XI JINPING : tenir la maison sur le fil du rasoir


Le Parti communiste chinois s’est donc prononcé en faveur de la levée de la limite constitutionnelle de deux mandats pour celui qui fait déjà figure d’hyper-président, Xi Jinping, âgé de 64 ans. La convocation du Comité Central est totalement inédite (troisième plenum en moins de deux mois) avec de nombreux changements constitutionnels prévus au-delà de cette réforme des mandats présidentiels. Nécessité pour Xi Jinping de montrer son pouvoir face à un Comité Central dans lequel il est certes majoritaire mais de manière limitée. Il y a des oppositions à Xi Jinping, notamment dans le cadre des « vieux » militaires.

Est-il en train de consolider son pouvoir du fait d’une très grande puissance face à des freins certains et des capacités à s’opposer à lui ; ou assiste-t-on à une tentative désespérée pour regrouper tous les pouvoirs afin d’y rester ?

Depuis fin 2012 et son arrivée à la tête du Parti Communiste Chinois (PCC), Xi Jinping a rencontré de nombreuses difficultés : il a dû créer différentes commissions au sein du Comité central pour reprendre les rênes, il a dû mener une campagne anti-corruption large (plus d’un million de personnes poursuivis et écartés) pour reprendre le contrôle de certaines directions du parti et de l’Etat, … Le chemin de Xi Jinping fut difficile et il rencontra beaucoup de résistance sur son parcours politique, non pas dans la société chinoise (même s’il existe de réelles interrogations politiques au sein de la jeunesse chinoise et des aspirations sociales fortes, volonté de richesse), mais de la part de groupes d’intérêts au sein du parti même. Pays immense avec des pouvoirs locaux pouvant être forts et en capacités de « freiner » les réformes en fonction de leurs intérêts personnels et locaux. Or, l’un des enjeux fondamentaux pour Xi Jinping (exprimé dans de nombreux discours et dans ces deux livres) et le maintien/survie du PCC (ne pas toucher trop au système politique chinois) alors même que son propre programme de réformes est extrêmement ambitieux.

Le message de Xi Jinping est donc aujourd’hui de poursuivre « jusqu’au bout » les réformes entreprises…à l’horizon de son 80éme anniversaire (2032/2033) ; le nombre de mandats étant vu comme un obstacle « artificiel » sur le chemin de la stabilité et grandeur chinoise. La Chine à le culte du long terme et de la stabilité par peur du chaos (cyclique dans son histoire -chaos qui amène les puissances étrangères) et de l’immobilisme.

La décision de levée la limite constitutionnelle de deux mandats accentue donc en Chine, comme dans d’autres pays (Russie, Turquie, Arabie Saoudite, etc., voire les Etats-Unis…) le système de l’homme fort (souvent providentiel), nouveau leader « mondial » (Xi Jinping, Trump, Erdogan, MBS, Poutine, … et Emmanuel Macron) avec une perte totale des valeurs occidentales (contre-pouvoirs, élections libres, système libéral, etc…). Différents pays, dont la Chine, proclament haut et forts, ne pas vouloir devenir un pays « occidental » tout en favorisant chacun leur propre prosélytisme.

La Chine, toujours comme d’autres pays (Etats-Unis, Russie, Turquie, Iran, Arabie Saoudite, Grande-Bretagne, etc..), se cherche donc un nouveau modèle (à rapprocher du monde anglo-saxon qui avec le Brexit et l’élection de Trump fait sécession et rompt avec le modèle anglo-saxon originel). Déjà dit, mais répétons-le, ce que nous nommons pudiquement régime autoritaire aujourd’hui, nous risquons de le nommer bonne gouvernance demain…

Xi Jinping et ses proches conseillers sont (à raison) dans une conscience de crise. Ils sont persuadés, et Xi Jinping le premier, que la Chine rentre dans un contexte de crise ; conscience de l’entrée de la Chine et du monde dans une zone de turbulence existentielle.

A l’intérieur, car le pays nécessite des réformes difficiles (mise sous tutelle de différentes entreprises financières et industrielles, dettes des gouvernements locaux, entreprises d’Etat, etc…). Volonté établie de transformer radicalement l’économie du pays (PIB par habitant qui place la Chine au 70éme rang mondial alors que la Chine est la seconde économie mondiale), nécessité d’augmenter significativement la productivité (qui assure la hausse du niveau de vie) face à un net ralentissement de la croissance structurelle, en contrepoint des automatiques augmentation/levée de capital (la dette des entreprises privées en Chine atteint aujourd’hui les 200% du PIB) pour assurer la stabilité sociale interne. Le défi est donc de « nourrir » les espoirs de la jeunesse (niveau de vie avec une sortie de la pauvreté de près de 600 millions de chinois) face à la difficulté de « délivrer » l’économie (en arrêtant les injonctions massives de capital. De là, toujours aussi un besoin du monde extérieur (technologies – la moitié de l’investissement privé va à des innovations de rupture) et des Etats-Unis. Effets structurels et effets temporels s’affrontent et se renforcent paradoxalement.

Les dirigeants chinois sont pour autant relativement confiants dans la réussite de leur pays, comme de leur régime et système politique. Le déterminant, sont les réformes actuellement menées dans le domaine financier et industriel.

A l’extérieur, car la situation géopolitique change, tout particulièrement avec les Etats-Unis. Mondialisation qui n’est plus dirigée, tensions géopolitiques fortes… Ajoutons Taiwan (ambition personnelle de Xi Jinping de réunir les deux Chines), la Corée du Nord, les Paracels, Spratleys et Senkaku/Diaoyu, la nouvelle route de la soie (1 000 milliards de dollars d’investissement avec une vision 2049 !), la projection vers l’Afrique et l’Amérique Latine, réaction face à la projection des Etats-Unis vers l’Asie, lecture géostratégique face au Japon, à l’Australie, etc…

Conscience de crise toujours… Le contexte international est celui de crises à venir dans lesquels se cristallisent aussi la volonté d’affirmer le leadership chinois, dans une vraie stratégie, celle du long terme. Il est vrai que la lecture politique française se focalise et se projette dans un horizon de temps de 5 ans… Plus encore, nous (Européens et particulièrement les Français) sommes dans l’idéologie avec les Chinois à défaut d’être dans le pragmatisme (nos projets, nos règles, nos intérêts).

Mais en parallèle, pour la Chine, peur ou crainte d’étendre trop ses ambitions face à sa réalité géostratégique (monde multipolaire avec une logique multilatérale – « la communauté de destin de l’humanité »- remise en cause par la vision américaine d’un monde hétéropolaire avec des logiques bilatérales) dans une aspiration à un co-leadership mondial avec les Etats-Unis. Et nous ? La Chine ne « connaît » pas l’Union Européenne qu’elle restreint dans un cadre uniquement bilatéral.

Les Chinois veulent « redessiner » leur monde et le monde. Et les dirigeants chinois ont besoin de temps pour mener leurs réformes (en Chine, comme ailleurs, notamment en France), et ce dans une période de cristallisation géopolitique…

Besoin de temps, besoin d’autorité. Sorte de marche sur le fil du rasoir.

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Penser l’impensable : le fait national-libéral


Ci-après une note rédigée en décembre 2016 suite à la victoire de Donald Trump pour un service gouvernemental Français.

Imprévisible élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis comme l’était l’imprévisible Brexit ! Imprévisible pour tous ceux qui refusent de penser l’impensable…
Lire une analyse et découvrir que le Brexit comme l’élection de Trump « ne se peut » car elle fait « figure de scandale » en dit long sur l’incompréhension du mouvement de fond et le refus de regarder en face la nouvelle réalité du monde. Pétrification idéologique, pétrification stratégique, qui conduisent à refuser le constat que dressait l’ambassadeur de France dans un tweet « tout est désormais possible » …
Trump et son entourage inquiètent… Certains analystes n’hésitent pas à décrier « la brutalité » du nouveau dirigeant, sa « violence verbale dans nos démocraties réglées », ou encore sa « dangereuse inculture » … Refusant cette réalité élective, ils espèrent d’abord un rejet de son élection par les grands électeurs, puis souhaiteront un impeachment… Les mêmes décrivent un « phénomène politique interne isolé » oubliant que si Trump remporte l’élection présidentielle américaine, la lame de fond électorale lui offre tout autant le Congrès (le Sénat et la Chambre des représentants), et, plus important encore, la Cour suprême.
Plutôt que de poursuivre les descriptions et jugements sommaires sur Trump, son style, sa coupe de cheveux, son équipe de campagne ou son entourage ; nous devrions nous interroger sur les raisons qui ont conduits tant les électeurs britanniques à produire le Brexit et les électeurs américains à produire Trump… car les deux phénomènes ont les mêmes origines et leurs conséquences géostratégiques sont de prime importance ; puis de là, tenter de nous projeter dans un avenir.

Une rupture du monde s’est produite en novembre 1989. La chute du mur de Berlin constitue, de manière symbolique mais aussi géopolitique, le début d’une période de transition. Un nouveau monde n’est pas né en 1991 au travers de l’affirmation d’un nouvel ordre mondial, ni même le 11 septembre 2001 ; car malgré les déclarations péremptoires, les démocraties n’ont pas changé le monde ! Bien, étonnamment, en 2016 avec la conjugaison du Brexit et de l’élection de Trump, se produit la rupture stratégique.
Depuis 1688 (Glorious Revolution), le monde anglo-saxon « fait » (détermine) le jeu mondial. Or, et c’est bien là l’important, les bouleversements se déroulent au cœur de ce monde anglo-saxon. Britanniques et américains ont rompu le consensus. Le Brexit, comme l’élection de Trump, c’est dire et affirmer vouloir faire autrement, et donc annonciateurs d’autres bouleversements. De là aussi, stratégiquement, la réaffirmation de l’Etat territorial. Une forme d’impérialisme américain d’un côté (forme d’Hégémon), recentrage national et retrait du monde de l’autre. Ce qui se traduit immédiatement dans les représentations américaines en matière de politique étrangère.
2008 fut l’année d’une prise en compte, le début d’une révolution et l’aube d’une dynamique. Celle, non plus de davantage d’interdépendance mais de plus de souveraineté. Révolution car les opinions anglo-saxonnes, hyper-individualistes, redécouvrent soudainement et profondément les vertus du « collectif ». En ce sens, aussi, quête culturelle identitaire et recherche de « valeurs traditionnelles » face à la globalisation. La dynamique remet en cause ce que les américains nomment « le consensus de Washington » et elle pose un constat : l’Etat-Nation, pour l’Occident comme pour son cœur qu’est le monde anglo-saxon, apporte des bénéfices que la mondialisation, non seulement ne peut apporter, mais désormais détruit.
Pétrification économique qui consiste à accumuler des richesses et du capital, non pas pour utiliser ces richesses et ce capital, mais à unique fin d’accumulation ; aboutissant par là à une pétrification sociale et à un élargissement entre possédants et non-possédants. Même pétrification dans notre modèle social français tant vanté, qui ne protège que les protégés et laisse dans le froid et sur le chemin des milliers (millions ?) de nos concitoyens précarisés et figés dans le non-emploi/vie précaire (précariat).
Le modèle anglo-saxon bouge car il ne fonctionne plus pour le plus grand nombre. Dénonciation du libre-échange, volonté de protéger et de défendre sa population, affirmation territoriale y compris dans la dimension « frontière » … En ce sens, révolution / transition américaine et britannique en cours, mais aussi (re)découverte de ce qui se joue sur le continent européen avec l’Allemagne et la Russie, et un basculement vers le fait national.

La victoire de Trump vient de la contestation du libre-échange qui détruit le peuple américain (les classes moyennes) ; une victoire qui surgit du cœur blanc de la démocratie américaine (démocratie blanche qui constate son déclassement démographique à terme) souffrant de la violence de la mondialisation. Trump a défini les maux ET la réalité américaine, du moins vécue par une part considérable de la population américaine (classes moyennes et classes dites populaires) : celle d’un quotidien déplorable issu d’une mondialisation et globalisation détruisant l’intérieur de la société américaine.
Obama laisse son pays dans un état catastrophique. Le rêve américain ? Oui, mais loin de l’être pour tous les américains pour lesquels les indicateurs socio-économiques exposent à la vue de tous (années 2010-2016) une nette dégradation du niveau de vie. Comme le démontre Olivier Delamarche, ce sont près de 102 millions d’américains qui sont sans emploi ; plus de 50 millions qui se nourrissent avec les bons d’aide alimentaire et 33% des américains qui sont désormais incapables de subvenir normalement à leurs besoins alimentaires ; ce sont près de 20% des jeunes adultes qui vivent chez leurs parents/grands-parents faute de pouvoir se loger ; c’est une mortalité en hausse dans la population blanche pour la tranche 45/54 ans ; … Le compromis socio-économique n’est plus tenu…
Ce malaise dans les classes moyennes et populaires (désormais affublées du terme « populistes ») conduit politiquement à une pression démocratique sur des sociétés qui ne sont déjà plus des sociétés démocratiques ; conséquence directe de la disqualification du Politique et de la démocratie représentative (démocratie twitter avec Trump ?). La démocratie, directe ou indirecte, n’est pas un régime de compétences ; tant au niveau des électeurs que des responsables et dirigeants politiques ; d’où son besoin impérieux d’une élite. En France, aussi sidérant que cela puisse être, celui qui se définit comme issu du corps des élites et qui entend répondre aux effets de la mondialisation et des souffrances engendrées, se nomme Emmanuel Macron. Curieuse campagne de fait que la campagne présidentielle française qui s’annonce, où François Fillon entend représenter l’antisystème, Jean-Luc Mélenchon veut abandonner le bruit et la fureur révolutionnaire, et Emmanuel Macron propose la révolution.
La situation américaine (interne comme externe) sera compliquée avec ou sans Trump, au regard du montant des dettes (niveau économique) et des détenteurs de cette dette (niveau géopolitique). Actuellement les Chinois vendent de la dette américaine, et les Japonais, derniers serviteurs zélés de l’Hégémon américain, achètent cette même dette, soit 1 070 milliards de dettes américaines supplémentaires entre le 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016. Et la politique économique de Trump vise à augmenter cette dette…
Donald Trump indiquait clairement, dès avril 2016, que sa priorité serait désormais « l’Amérique d’abord ». Pour lui comme pour les Britanniques, forme de refondation et de recherche d’un développement autonome se recomposant autour de fondamentaux traditionnels.
Trump n’est pas en guerre contre le libéralisme économique. Theresa May, Xi Jinping et Vladimir Poutine sont sur la même ligne. Ne pas confondre libre-échangisme économique et interdépendance. Etablir des barrières tarifaires, des frontières économiques ou migratoires, des politiques protectionnistes, limiter la circulation des personnes et du capital, autant de mesures qui appartiennent aussi à la pensée économique libérale, et nous ramènent aux origines mêmes du développement économique du monde anglo-saxon. La remise en cause des accords d’échange sera donc une suite logique. Trump, de par sa personnalité, va favoriser des négociations bilatérales commerciales, dans une forme de diplomatie du deal, qui viseront d’abord à permettre un phénomène de réindustrialisation et de recentrage économique. Deal économique, deal commercial, deal géopolitique, …

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, l’effet Brexit et l’effet Trump conduisent à un constat majeur : la question allemande va redevenir d’actualité. Mais de nombreuses questions restent en suspens et particulièrement celle de l’Euro/gouvernement de la zone euro. Et, là, certes les événements à venir au sein de la zone euro seront contraignants, mais plus encore l’attitude allemande.
De fait, au sein de l’Union européenne, devant l’abandon Français (la France est tétanisée par le vertige du déclassement), l’Allemagne visera à imposer ses intérêts économiques et géopolitiques avec davantage d’indépendance (et moins d’interdépendance), tant vis-à-vis de la France que de l’Union européenne ; ce que Steinmeeir à l’été 2016 annonçait déjà en indiquant que l’Allemagne se devait d’agir politiquement et économiquement « éventuellement avec l’Union » face aux puissances mondiales (signifiant par là-même en contrepoint sa volonté d’agir sans l’Union).
Le fait national allemand, c’est tout autant sa prise de contrôle économique et commerciale, sa toute-puissance monétaire au travers de l’euro, que dans un autre domaine sa politique migratoire. La question allemande que nous (re)découvrons, et qui ne va avoir de cesse de se développer pour les deux décennies à venir, devrait nous conduire à nous interroger profondément sur le devenir de notre relation avec la Grande-Bretagne.
Le Brexit n’est pas un souci économique pour les Britanniques mais un problème politique pour les pays européens, signifiant en terme politique une volonté de retour au peuple, en matière monétaire une nécessaire donc prévisible chute de l’euro, et en terme territorial comme stratégique, une Union européenne qui devra impérativement se modifier/corriger si elle souhaite perdurer (ce qui n’est pas acquis).
Vladimir Poutine en Russie, Trump aux Etats-Unis, Xi Jinping en Chine, mais aussi Angela Merkel en Allemagne et Theresa May en Grande-Bretagne, doivent nous amener à regarder le monde réel. Volonté du peuple américain de se désengager du monde, pas de ses dirigeants traditionnels (Clinton versus Trump). Volonté britannique de recouvrer sa liberté envers une bureaucratie bruxelloise jugée bien trop contraignante. Volonté russe de recouvrer une puissance malmenée depuis 25 ans, volonté allemande de se réaffirmer nationalement, volonté chinoise de restaurer l’Empire du milieu…

En laissant faire cette dérive stratégique qui nous isole doublement (isolement stratégique face à la Grande-Bretagne et isolement stratégique face à l’Allemagne), la France a bel et bien perdu (provisoirement ?) la main stratégique. Sommes-nous dans l’aveuglement ? Ce double choc a eu lieu. Il faut le regarder comme tel et non pas le nier. Or, de nombreux analystes et dirigeants politiques tentent de croire dans une illusion qui leur convient alors que nous sommes en train d’assister à la fin du système occidental. Il faut d’urgence accepter la réalité, fut-elle impensable. Faute de quoi, nous serions, nous Français, en train de quitter l’histoire !

Syrie et PMO


L’élargissement des vols de reconnaissance de la France dans ce qui semble désormais faire office de stratégie française, constitue d’abord et avant tout une réponse à l’opinion publique française. Il en est de même des premières frappes des forces aériennes françaises en Syrie, visant avant tout à affirmer une posture présidentielle française face à Vladimir Poutine et Barak Obama à New-York de crainte d’être désormais isolé… Sorte de volonté présidentielle de se hisser sur un strapontin à la table de négociations après quatre années d’errements moralisateurs par le biais de postures et terminologies martiale….
Des négociations ont lieu depuis plusieurs mois puis se sont intensifiés ces dernières semaines entre Américains, Iraniens et Russes sur la suite à donner. Les Russes veulent éviter l’effondrement de l’Etat Syrien et trouver une sortie « honorable » à Bachar. De là, depuis mai 2015 des entretiens bilatéraux entre Russes et Américains, puis élargies aux Iraniens (en bi puis trilatérale).
La personne de Bachar El-Assad est le point de fixation. Les atermoiements sur Bachar sont contre-productifs. La question n’est pas l’avenir de Bachar Al-Assad. Pactisez ou pas n’est pas la question. Personne ne conteste la réalité de Bachar Al-Assad et de son régime. Nous sommes dans un système complexe. La question est de trouver une solution politique. Introduire une dimension personnelle sur Bachar dans notre politique extérieure est (était) une erreur grave, aux conséquences funestes. Pour rappel à certains de nos politiques qui nous expliquent la « faute morale » à vouloir discuter avec Bachar, les propos de Churchill au début de la Seconde Guerre Mondiale, évoquant une alliance avec le diable si Hitler envahissait l’enfer…
En parallèle de ces premières initiatives diplomatiques, Vladimir Poutine a graduellement déployé des forces en Russie, mettant les autres puissances devant le fait accompli et ne reconnaissant son implication qu’à ce stade… Politique du fait accompli qui est la marque de Poutine depuis 2008, et qui après le Caucase du Sud, puis la Crimée, s’imbrique au sein du Proche et Moyen-Orient montrant ainsi la volonté russe de s’impliquer à nouveau dans les questions de cette zone. Certes, d’abord par le constat de la réalité du terrain, renforcé par le fait que les iraniens ont indiqué à la Russie ne plus être en mesure à reprendre le contrôle de certaines positions comme à protéger Bachar (entretien entre des responsables russes et iraniens de la Brigade Al-Qods). Mais, de manière plus profonde, rien de moins qu’un changement majeur dans les relations internationales, équivalent (effet boomerang ?) de son éviction de la scène internationale en 1991… Juste retour du balancier pour les russes… Mais, de fait, une période de transition s’achève, un nouveau monde est en train de naître….
A ce stade, et en Syrie, la Russie ne cherche pas à s’opposer frontalement aux puissances occidentales, mais cherche plus intelligemment à devenir le « leader » de la coalition anti-E.I et le garant d’une solution. Une coalition concentrée sur cet adversaire et non pas Bachar Al-Assad dans laquelle il veut amener les américains à définir avec lui les opérations à venir. C’est l’arrière-plan de sa position et de son discours.
Et cette habile manœuvre diplomatique n’a pas attirée que la Syrie et l’Iran. L’Arabie Saoudite depuis plusieurs mois a des entretiens réguliers avec la Russie tout comme l’Egypte ou encore la Jordanie. Le Premier Ministre Israélien a eu des entretiens avec Vladimir Poutine (dans une volonté de montrer son agacement vis-à-vis de la politique américaine mais aussi une nécessité de « coordonner » techniquement les opérations entre les deux pays puisqu’était présent outre le Premier Ministre, le chef des renseignements militaires ainsi que le Chef d’Etat-major de le Tsahal), suivi peu après par la Turquie. L’Allemagne a eu des entretiens discrets avec les russes sur le sujet, tout comme Kerry… Petit à petit donc, les européens et les américains s’alignent sur la position russe : simple principe de réalité ?
Un principe de réalité que nous n’aurions jamais dû omettre. La stratégie française en Syrie est en échec depuis quatre ans car en décalage profond avec les événements. Elle risque de l’être encore en partie au regard du décalage entre les déclarations stratégiques (nous voulons la destruction de l’E.I) et des moyens (frappes aériennes).
Et, il est tout autant « surprenant » d’entendre nombres de nos responsables politiques constater que nos frappes ont des effets limitées et/ou marginales ; qu’elles ne nous préservent pas du risque d’attentats terroristes contre nos intérêts (sur notre territoire ou à l’extérieur) ; qu’elles ne réduisent pas l’attrait au djihad de nombres de nos jeunes ; qu’elles ne nous procurent pas une place centrale mais une place marginale au sein des négociations diplomatiques ; etc… Serait-ce là une « surprise » pour eux ?
Au-delà, considérant les multiples déclarations de ces mêmes responsables politiques de droite comme de gauche demandant une intervention militaire contre l’E.I (avec des variantes burlesques) ; pour l’essentiel et à une notable exception, ce sont les mêmes politiques qui depuis 1981 n’ont eu de cesse, exécutif par exécutif, de mettre à mal l’armée française. Personne n’assume les conséquences de ces décisions passées et une contradiction majeure : les armées françaises n’ont plus les moyens des ambitions du pays, tandis que nombres de responsables souhaitent leurs assigner un engagement militaire hors de proportion… constat douloureux de personnels politique dégrisés.
Or, devant l’émotion des opinions publiques ; la confusion gagne conduisant nos responsables politiques effarés à vouloir fondre les problèmes en un seul : terrorisme, migrants, E.I ; et à décider de nouvelles phases d’opérations sans aucune perspective de solution pour l’après E.I. faute d’appréhender la complexité de la situation. Mais la virilité de la posture politique l’impose !
Sur le terrain, tout est fragmenté. Les acteurs sont multiples (plus de 2 000 katibas sur le terrain), les alliances diverses, variées et fluctuantes… tous les acteurs y compris régionaux ont des intérêts contradictoires, impliquant des ambiguïtés et des double-jeux politiques. Dans le viseur la Turquie, mais aussi les monarchies du Golfe….
E.I a une stratégie. Vladimir Poutine a une stratégie. La France n’a pas de stratégie. Le Président Français nous indique vouloir lancer une offensive sur Daech (qu’il conviendrait de nommer E.I) afin de « réduire la menace terroriste » (avec l’invocation de l’article 51 de la Charte des Nations unies), est-ce à dire que les frappes aériennes de la coalition depuis un an n’ont produit aucun effet ? Donc, est-ce à dire que notre stratégie initiale était fausse ou incomplète ? Est-ce à dire que nous allons frapper aussi au Yémen contre AQPA (responsable d’attentat contre la France) ? Est-ce à dire que nous aurions dû faire cela auparavant, y compris en 1995 ? Est-ce à dire, enfin et surtout, que nous pensons réellement que ces frappes aériennes vont dissuader et/ou empêcher tout nouvel attentat ?
Les frappes aériennes comme une potentielle offensive terrestre ne constituent pas une réponse globale. Une guerre, comme une offensive (terrestre ou autre) n’est pas une finalité politique. Juste un moyen. En ce sens, le choix de frappes aériennes définit l’objectif : non pas vaincre, juste contenir… ce qui est déjà quelque chose, mais en inadéquation avec les objectifs stratégiques. Un moyen devant permettre la mise en œuvre d’une solution / effet final recherché, soit dans le cadre préétabli, soit dans un nouveau cadre. On fait la guerre pour un devenir !
Voilà pourquoi, en Syrie et en Irak, rien ne se fera (et ne se fait) sans forces au sol… De là aussi, la nécessité impérieuse d’associer des puissances régionales : certes l’Iran que tout le monde cite, ou encore la Turquie, mais aussi l’Egypte.
E.I est une organisation née en Irak, qui s’est exportée en Syrie, puis répandue ailleurs du Maghreb à l’Asie. E.I est un projet politique révolutionnaire international, susceptible d’attirer à lui tout le monde. En ce sens, la problématique politique est autant chez eux (recomposition de la zone du PMO) que chez nous… de ce fait, il s’agit bien là, à l’œuvre, de transtensions mondiales remettant en cause « l’ordre mondial ». Un nouvel ordre va naître. Changement par le chaos et non pas les nouvelles croisades. E.I utilise un mythe et ces membres ne veulent pas être (plus être) les perdants de l’Histoire.
Ce qui se déroule actuellement en Syrie et en Irak, ne concerne pas uniquement ces deux pays, mais bien au-delà : le Proche et Moyen-Orient est en recomposition ; l’ensemble du monde arabo-musulman (appellation très impropre je le concède) est concerné ; l’Etat Islamique mais aussi des groupes comme Al-Nosra, sont dans un projet politique global avec de nombreuses ramifications. Refus de la modernité diront certains. Refus de notre modèle social, politique mais aussi économique (qualifié par eux de « barbare ») surtout bien avant des questions de religions. Question de souveraineté au sens de légitimité, tant individuelle que collective. Sorte de refus du « nous » que nos sociétés proposent au profit d’un « je » individuel devenant très vite un « nous » collectif pour une autre forme de société.
En Irak, en Syrie, en Libye, en Egypte mais aussi dans les zones tribales Afghano-Pakistanaises (un mouvement pro E.I émerge) les Etats traditionnels ont implosé dans une dynamique de recomposition à la fois territoriales (frontalières), sociétales et politiques (dans une logique d’agonie des différents régimes). Demain, d’autres pays seront concernés, en premier lieu l’Arabie Saoudite.
Face à des groupes djihadistes (Yémen, Mali, Nigeria, Afghanistan, Pakistan, Somalie, Libye, …) aux motivations multiples mais regroupés au sein d’un projet politique global, il nous faut nous adapter. Si nous avons su (partiellement) dans le passé faire face à des petits groupes variés, dispersés et géographiquement localisés ; nous devons appréhender la mouvance djihadiste adaptative actuelle de manière différente et elle aussi adaptative.
Sur le plan géopolitique, il nous faut d’abord donner des garanties aux populations diverses de la zone ; revoir avec l’ensemble des partenaires régionaux les problématiques frontalières, et travailler dans le temps long par le biais d’une diplomatie ambitieuse : c’est-à-dire ayant pour tâche de (re)nouer des relations difficiles et ne pas les refuser de prime abord.
Voilà pourquoi sans perspective de solution politique immédiate pour l’après E.I, notre combat militaire ne peut être que d’arrière garde : tenir la position et non pas de grande offensive terrestre. Tenir la position : renseignements toujours, cycle raccourci d’exploitations, frappes ciblées, politique assumée de décimation de l’ennemi (y compris lorsqu’ils sont de nationalité française ce qui risque de faire « tanguer » politiquement certains) et de ses chefs. Tenir la position, mais en étant assuré sur sa « vision politique », solide sur ses positions géopolitiques et morales ; affermit sur ses moyens, clair sur les conséquences de ses choix et actes, puissant sur sa volonté politique…

Craquements syriens


Il est désormais possible que Damas tombe ainsi que son régime. De même, une extension de la zone de crise à la Jordanie est désormais certaine. Ce pays fournit des bases logistiques et d’entraînement à certaines forces rebelles. Il est vrai essentiellement en tant qu’intermédiaire stratégique pour les pays occidentaux et les pays du Golfe.

L’armée syrienne, qui vient de connaître de nouveaux revers au sud (frontière Jordanienne) mais aussi à Alep, est éprouvée. A l’Est de la Syrie, Daesh pousse son avantage sur la route de la capitale (y compris à Deir ez-Zor). Surtout, dans la province d’Idlib, les forces fidèles au régime ont connu une défaite majeure face à des forces fédérées autour du groupe Front Al-Nosra (villes d’Idlib et de Jisr Shughour). Le centre de la Syrie va devenir une zone de guerre forte où s’affronteront plusieurs groupes djihadistes concurrent. La situation se tend aux frontières de la Syrie. Si celle avec l’Irak à disparue, celle avec la Turquie pose problème ainsi que la zone de délimitation avec les kurdes. Le recours à des attentats suicides pour forcer les verrous (plus de 40 attentats suicides pour la seule ville d’Iblib) est devenu la norme des tactiques de Daesh comme du Front Al-Nosra ; tout comme lors de certaines de ces opérations, l’usage massif de missiles antichar occidentaux, démontre l’implication de nombreux pays.

Il n’est pas invraisemblable d’envisager une attaque massive des groupes djihadistes sur Damas par le biais d’une multitude d’attentats… « Poly-attentats » suicides déstructurant les forces et le commandement dans la capitale.

Il convient de noter que des opérations sont en cours de préparation de la part de différents pays (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Russie, mais aussi Turquie, Arabie Saoudite, Qatar, Israël). Au total, le nombre de « forces spéciales » et autres « membres de services » actuellement sur place est effarant, combinés à des alliances différentes, mais visant à faire tomber le régime syrien.

Et, le fait marquant, essentiel est là. Depuis le début de la crise en Syrie, les protagonistes se combattaient les uns les autres afin d’obtenir et d’affermir le soutien des puissances étrangères, qui du Qatar, qui de l’Arabie Saoudite, qui des Emirats-Arabes-Unis, qui de la Turquie… De même, les positions des puissances occidentales divergeaient.

Au niveau diplomatique, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie se sont rapprochés. Ainsi, on a pu assister lors de certains combats à des djihadistes utilisant des armes fournies par Ryad, blessés franchissant librement la frontière Turque afin d’être soignés par des médecins turques. Dernièrement, ce sont les journaux turcs eux-mêmes qui se sont fait l’écho des livraisons d’armes aux djihadistes via la Turquie par le biais des services secrets de leur pays. Mais plus encore, un accord semble avoir été conclu entre toutes les parties prenantes, y compris les puissances occidentales. Bachar El-Assad affronte donc des forces hétéroclites et radicales mais désormais coalisées.

Dès lors, il est logique de constater l’implication croissante de l’Iran et surtout de son bras armé dans la région que constitue le Hezbollah. Son leader, Hassan Nasrallah a clairement indiqué que son mouvement soutiendrait le régime syrien jusqu’au bout et plus encore a répété dernièrement une nouvelle fois que son mouvement combattrait « où il le faudrait sur le territoire syrien ». Ce faisant, la menace se fait plus pesante au Sud. Dès lors, la Jordanie devra faire face dans les tous prochains mois, à la fois à la pression du Hezbollah et à l’implantation de Daesh sur son territoire.

Pour survivre, le régime de Bachar El-Assad va devoir faire des choix, et d’abord des choix territoriaux, laissant certaines zones et certains axes à Daesh d’une part et au Front Al-Nosra d’autre part. Or, Damas ne contrôle déjà plus que 30% de son territoire (mais environ 60% de sa population)

La « crise » va donc durer. Daesh est en train de se structurer véritablement en s’appuyant notamment sur les cadres baasistes.

Bachar El Assad, qui reste dans une structure mentale baasiste, envisage toujours la reprise totale du territoire syrien. A l’inverse, son allié iranien, pousse Bachar El-Assad a accepter une partition de son territoire et replie ses forces sur un territoire plus réduit autour de Damas. Surtout ce schéma implique un abandon d’Alep.

Dans l’attente d’une offensive djihadiste sur Damas, l’entourage de Bachar EL Assad est en train de quitter le pays et se rend à Minsk (hors des poursuites internationales). En parallèle, les Russes semblent sur le point de le lâcher et de négocier avec différents pays une suite tragique.

 

Quant à la France, elle a toujours manqué de vision et de clairvoyance sur ce dossier et c’est contentée de réagir aux événements sans jamais ni les anticiper, ni les prévenir. Il n’est pas exclu de la part de la France d’un nouveau changement de cap diplomatique et que nos forces effectuent des frappes en Syrie dans les semaines qui viennent, uniquement dans le but d’avoir voix au chapitre… bien piètre vision stratégique….

 

 

L’Histoire d’un géant…


Cela pourrait être l’histoire d’un industriel, d’un géant déchu dont les réalisations passées ne suffisent plus à lui assurer un avenir. Cela pourrait être aussi l’histoire d’un pays, l’histoire d’une nation en déclin, dont la grandeur passée ne suffit plus à lui assurer sa place dans le monde en devenir…
Ce sujet ne saurait être une surprise pour le gouvernement. Le sujet était parfaitement connu depuis plusieurs mois, notamment suite à la dernière publication des comptes d’Alstom, il y avait une baisse de CA de 22% et un cash-flow négatif (de l’ordre de 500 millions). Le gouvernement s’affole et gesticule démontrant avant tout la perte de capacité du politique.
La problématique n’est pas tant de savoir si GE ou Siemens doit être le repreneur, mais quel est le projet industriel ? Nous allons vers un démantèlement (élimination d’un concurrent pour Siemens, et pour GE une récupération de compétences par découpage / dépeçage) avec pour Bouygues du cash (logique) au regard de son portage actionnarial.
Les investisseurs sont dans une logique de fusion-acquisition leur permettant de créer de la valeur (boursière) via le biais de consolidation industrielle parfaitement anticipable : les entreprises gagnent de la valeur/argent sur de la croissance organique dans une économie en expansion, mais dans une économie en stagnation vous rachetez des parts de marché (ce qui explique que dans les dernières années nombres de sociétés se sont focalisés sur le développement de leurs trésoreries afin de pouvoir acheter des « proies » par absence de relais de croissance organique). Certains voient dans ces rachats un signe positif sur la situation économique européenne ou l’attractivité de la France… A mon sens, aucun signe positif y compris en termes macro-économiques mais réaffirmation d’une fin de cycle économique.
Nous allons entrer en fin de cycle économique. La multiplication des fusions-acquisitions n’est jamais bon signe (à terme) pour les marchés financiers (2000 ou 2007 pour les derniers épisodes). Par ailleurs, la plupart de ces fusions-acquisitions sont des échecs opérationnels (absence de réelle synergie et recherche de parts de marchés)… mais pas en termes de création de valeur financière (démantèlement ou dépeçage des entreprises).
Au niveau des entreprises, les fusions-acquisitions vont se poursuivre du simple fait que les liquidités sont abondantes, que leurs détenteurs sont à la recherche de moyens d’allocations faciles sans réflexion d’ensemble, et que les entreprises comme dit, dans une période de stagnation cherchent de la croissance externe par acquisition de parts de marchés…
Au niveau boursier : la capitalisation boursière des entreprises européennes, asiatiques et plus encore américaines, sont surévaluées de l’ordre de 20 à 40%. Nous sommes dans une bulle de liquidités. Et les bulles ne se dégonflent pas. Elles explosent… et lorsqu’elles explosent la crise des capitaux est là. Rassurons-nous, les médias parleront d’une simple « correction » boursière, largement attendue…. Rappelons un fait qui me semble important mais souvent mésestimé : les marchés financiers sont des lieux où l’on échange, non des biens, mais des anticipations… rien d’autre. (En ce sens les derniers propos de Yellen sont foncièrement inquiétants).
Au niveau financier, la non régulation va entraîner une nouvelle crise systémique par effondrement du marché des capitaux… il conviendrait de démanteler les banques dites systémiques dont la faillite pourrait être absorbée par les marchés. Pour rappel, la société générale a (fin 2013) des engagements à hauteur de 48 000 milliards de dollars…A-t-elle les fond propres en face ? Pour rappel encore, les fluctuations de l’indice Dow Jones de plus de 400 points à la hausse puis à la baisse en une seule journée (1000 points d’écart le 06 mai 2010)…s’agit-il d’évolution logique, rationnelle ? Pour rappel encore toujours, plus de 60% des opérations boursières sont le fait aujourd’hui de « trading algorithmique »… Pour rappel toujours, la somme mondiale des actifs financiers est aujourd’hui de 160 trillions de dollars. Là encore, y-a-t-il une réalité matérielle en face ? ou du vent que l’on brasse et rebrasse ?
Ne nous trompons pas, la finance est au cœur des affrontements à venir dans l’apparition d’un nouvel ordre (cf déclaration de Poutine, cf achat massif d’or par la Chine, cf multiplication des accords monétaires bilatéraux, …)
Au niveau industriel, les différents gouvernements n’ont eu de cesse depuis des décennies de définir un environnement économique défavorable, de confisquer la liberté de gestion et de faire dépendre nombres d’industries de l’Etat tandis que ce dernier appuyé par les syndicats favorisait le refus d’adaptation… tandis que le patronat français se pensent comme propriétaire des entreprises et des industries (cf Kron ou Lagardere…)… Nous n’avons que trop rarement constitué des rapports de forces mais exclusivement des rapports de faiblesse permettant aux Politiques de se présenter comme grand ordonnateur ou sauveur….
Au niveau économique, pas de retour de la croissance et pas d’amélioration profonde malgré les dires du ministre… Nous attendons une sortie de récession et un retour de croissance et elle n’est (toujours) pas là. Et, disons-le, elle ne sera pas là ! Aux Etats-Unis, en Europe, comme au Japon (et, là encore, je le redis une nouvelle fois, les abenomics ne marchent pas et ne marcheront pas !), les indices de vente à la consommation sont mauvais (y compris pour l’alimentation).
De ca fait, le problème est ailleurs : pourquoi nos entreprises (petites et grandes) ont disparu ou sont rachetées par des capitaux étrangers (textile, habillement, métallurgie, aluminium, automobile, agroalimentaire, …). Ont-elles toutes faites des erreurs de stratégies ? Etaient-elles toutes mal gérées ? Ou y-a-t-il plus réellement et prosaïquement un problème d’environnement économique (charges excessives, réglementation, orientation de l’épargne pour les besoins de l’Etat et non pour ceux de l’économie, …) ? Les « mesurettes » de servent pas à grand-chose comme d’ailleurs le plan de 50 milliards… Pas de baisse du chômage non plus car nous ne cherchons plus à produire de la richesse, mais juste à produire de la valeur… Les négociations concernant le Traité transatlantique en est le dernier exemple inquiétant…
La seule solution, à mes yeux, c’est de prendre ses pertes….
Pour conclure, dans son livre intitulé « Effondrement », Jared Diamond mentionne parmi les raisons pour lesquelles des civilisations anciennes meurent, l’incapacité de leurs élites à se représenter clairement le processus de bouleversement / d’effondrement en cours ou, si elles en ont pris conscience, leur incapacité à le prévenir en raison d’une attitude de défense « court-termiste » de leurs privilèges…
Mais, une autre lecture me semble possible : les acteurs économiques « testent » la France (l’exécutif français) à être en position / posture de prendre des décisions fortes sur des dossiers stratégiques. La réponse pourrait être simple : Alstom est stratégique pour la France, donc c’est moi l’Etat qui prend la décision et je prends celle de préserver ce cœur stratégique… L’enjeu est donc politique et concerne la crédibilité de notre exécutif. Sans réponse, nos autres fleurons économiques pourront devenir des proies en cas de difficultés.

Ukraine


Ci-après une analyse sur la situation en Ukraine. Analyse en date du 04 mars 2014, réalisée pour le compte d’autorités politiques, expliquant le délai entre l’analyse et sa publication dans mon blog.

Depuis samedi 1er mars, les événements se sont accélérer en Ukraine. Le premier point important est la prise de contrôle de la Crimée par des soldats russes. Le second, amplifié depuis hier, est le soulèvement des populations russes, russophones dans la partie Est du pays. Le nombre de mairie où le drapeau russe a été installé est ici significatif. Dans certains cas, à Donetsk et à Kharkov, on a assisté à des manifestations de très grandes ampleurs … voire à des volontés de sécessions. Ces manifestations tant populaires que politiques, en particulier avec le drapeau russe, dessinent la carte d’une partition possible
Ces manifestations, et ces installations de drapeaux russes, alors que jusqu’à maintenant l’armée russe n’est présente qu’en Crimée montrent que ce ne sont pas seulement les russophones au sens strict qui ont ainsi manifesté leur défiance par rapport au pouvoir de fait en place à Kiev.

Cette diversité de l’Ukraine, qui recoupe une diversité ethnique, est le produit de l’Histoire. L’Ukraine actuelle n’est pas l’Ukraine soviétique des années 1920 et 1930. Il lui a été rattaché des territoires polonais, hongrois, roumains et slovaques en 1939 et 1940, mais aussi la Crimée, « donnée » dans le cadre de l’Union soviétique par la Russie. Cette hétérogénéité se reflète dans la pratique, héritée des temps soviétiques, de distinguer la citoyenneté et la nationalité.
On doit ensuite prendre conscience de qui sont réellement les militants de « Pravogo Sektora » et du parti « Svoboda », deux organisations minoritaires mais extrêmement actives dans le mouvement de Maïdan, et qui ont pris la direction de ce mouvement au début de février. Les dirigeant de « Svoboda » dénoncent ce qu’ils appellent la « mafia judéo-russe ». Ces militants, ainsi que ceux du « Pravogo Sektora » ont repris à leur compte le slogan classique de l’antisémitisme en Russie, l’adaptant pour les besoins de la cause « Bat les juifs et sauve l’Ukraine ». Or, ce sont avec des dirigeants de ce parti, que les dirigeants européens, dont Mme Ashton, responsable de la diplomatie de l’Union Européenne, ont choisi de s’afficher à Kiev.

Comprenons bien le « paysage d’arrière-plan » : la politique de restauration de la puissance russe (impériale) de Vladimir Poutine ; qui ne peut se faire qu’en opposition vis-à-vis des puissances occidentales. Certes, nous pouvons y superposer différents calques (énergétique, jeux de puissances, fin de période de transition, recomposition des équilibres, calque historique des deux Ukraines…) mais l’essentiel est là : la Russie n’entend pas perdre une partie de son glacis face à une Union européenne plus que jamais impuissante et divisée et des Etats-Unis politiquement dépassés et stratégiquement inquiets.
Avec la « révolution de Maidan », Vladimir poutine a perdu à Kiev. Il a donc repris l’initiative en Crimée et s’est mis en position de force. Et nous nous en étonnons ? Il « joue » à la façon russe : le « fait accompli » ferme, sans se cacher, mais sans provoquer de combat tout en démontrant si nécessaire ne pas les craindre. Nous avons incité les Ukrainiens à se rapprocher de l’Union européenne afin (aux yeux des russes) de changer de camp. Quelle légèreté stratégique. Alors nous oscillons entre une position de vierge effarouchée et celle de va-t’en guerre démocratique sans omettre au passage celle de certains de nos responsables politiques du soutien indéfectible soit aux Etats-Unis soit à la Russie…
Nous menaçons la Russie de sanctions que nous Européens ne pouvons assumer, ce qui n’est en réalité que gesticulation stratégique : l’Union européenne n’a pas les moyens de « suivre » la Russie dans cette ligne tandis que les Etats-Unis n’en affiche pas l’ambition. Il doit être évident que la Russie estime qu’une ligne rouge a été franchie et que ses intérêts sont menacés. Certes, elle connaît une vraie faiblesse : celle des marchés financiers, mais Vladimir Poutine l’a déjà intégré. De là, sa position en conférence de presse plutôt conciliatoire.
Notre intérêt est de stabiliser cette région, qui est aussi une « marche » de l’Union. Nous pouvons aller plus loin. Nous avons un intérêt commun avec la Russie, y compris à la désescalade. Par ailleurs, personne ne veut réellement se « fâcher » avec Poutine et la Russie, ayant trop besoin de son concours sur différents sujets (Iran, Syrie).
Mais, la position française a été affaiblie. Il y a trois semaines en réunion des directeurs du Quai, Laurent Fabius avait clairement exprimée sa volonté de faire tomber le régime ukrainien… et ce à l’inverse de la position de nos homologues allemands… Ces derniers, à la fois beaucoup plus en phase avec la réalité du terrain et possédant de bonnes relations avec les dirigeants russes, ont proposé à la Chancelière allemande de jouer les médiatrices. Ce qui fut fait. L’Allemagne, idéalement placée au centre du jeu (ce que nous disions déjà dans notre dernière note) a donc pris la main en définissant une forme de dialogue (que Laurent Fabius tente de reprendre à son compte). Il est vrai que de tous les pays européens, l’Allemagne semble être celui ayant le plus à perdre…
Ce qui implique que l’initiative ne peut venir que de l’Union européenne, suivie et appuyée en cela par les Etats-Unis. Et là, les autorités actuelles à Kiev ne sont clairement pas au niveau (que penser de la suppression du statut de seconde langue –langue régionale – à la langue russe ?).

Par ailleurs, nous avons là le premier « retour de bâton » de nos propres excès de politique étrangère : comment condamner demain une indépendance de la Crimée voulue par les Criméens lors d’un référendum à venir alors qu’il s’agit justement de la solution que nous avons appliquée et imposée il y a peu au Kosovo créant en cela un des premiers précédents stratégiques fâcheux (la Libye en est un autre) que nous aurons à gérer… Le jeu des minorités ne s’en trouvent que renforcée pour les années à venir. De là aussi, constatons le renouveau des sphères d’influences et celles des souverainetés limitées (demain celle de la France ?)
Quel intérêt l’Union européenne a-t-elle d’agrandir ses frontières : aucun. Son périmètre actuel (Turquie ?) peut être considéré comme définitif, ce qui n’exclut pas l’établissement de relations politiques et économiques serrées avec un pays qui n’en fasse pas partie. Bien entendu cela sera considéré par les Russes comme une victoire. Et alors ? Il est nécessaire de renforcer les liens politiques et économiques avec les Russes. Cela ne peut passer par une humiliation en Ukraine.
Notre diplomatie (Française et Européenne) a préféré entrer dans une seringue de telle sorte que la sortie de crise soit un noeud gordien qui ne sera tranché que par la défaite… mais de qui ? Quel jeu ont joué les puissances occidentales pour que la communauté européenne en soit au point de forcer la Russie à plier, mais qui en paiera le prix ?
Quel rôle pour la France ? Il ne faut pas oublier que la relation FH/VP est mauvaise depuis le début. L’activisme du ministre des Affaires Etrangères doit être canalisé et surtout coordonné avec celui de ses homologues en pointe sur le dossier (Allemagne, Pologne, …) et avec l’UE quitte à rester un peu en retrait (tant pis pour l’ego national). L’agitation brouillonne et démagogique de nos flambeaux nationaux (BHL, …) doit absolument rester sous contrôle.

Cela dit, crise = risques : quels sont-ils ?
– Le dérapage sur le terrain : ouverture du feu, provocation, etc. Ne pas sous-estimer ce risque. La situation peut sortir très vite du contrôle. Au bout, …la guerre même si personne n’en veut ?
– – l’engagement européen au-delà du raisonnable : ne pas donner au pouvoir à Kiev des illusions sur ce que l’UE peut/veut faire. Je ne suis pas convaincu de l’adhésion des 28 et encore moins des opinions publiques (à la veille des élections européennes?) à un accord d’association avec l’Ukraine. Quant à un soutien financier, par les temps qui courent ? Et de toute façon, cela prendra du temps (en années, cf. la Serbie !).
– – le couplage UE-OTAN : très mal perçu à Moscou. A éviter autant que faire se peut (cela dépend de nos amis américains entre autres mais pas seulement). Mais après Danzig, qui veut mourir pour Sébastopol ?
– – la gestion de nos différents accords industriels avec l’industrie de défense russe (BPC/DCNS St-Nazaire) et autres programmes ; y compris dans une dimension export vis-à-vis d’autres pays (Brésil, Inde, Arabie Saoudite). Quelles réactions de ces derniers pays si nous « revenons » sur certains de nos accords avec les Russes ?
Enfin, faire le tri à Kiev entre qui est présentable ou pas (il y a quand même quelques questions à se poser) et avec quelle crédibilité dans l’opinion publique locale ?

Quelles solutions ?

Au final, trouver un deal sauvant (à peu près) la face de tous les acteurs : Russie/Ukraine mais aussi, UE/Russie, et USA et +++? Pas de solution facile, solution clé en main, mais je reste convaincu que nous sommes tous entrés (depuis 2008) dans une grosse zone de turbulences.
D’abord arrêtons de parler de solution politique. Pour rappel, la guerre est une solution politique… Donc contentons-nous d’envisager et de travailler à des solutions diplomatiques.
Ensuite, la solution idéale serait de doter l’Ukraine d’un statut de neutralité stratégique (hors de toute alliance militaire et économique) mais des relations économiques approfondies tant avec la Russie qu’avec l’Union européenne. Cela tout en accordant un statut de large autonomie pour la Crimée (ce qui permettrait de conserver l’intégrité territoriale de l’Ukraine) vis-à-vis de l’Etat Ukrainien (avec le risque qu’à terme cela ne débouche bel et bien sur l’indépendance de la Crimée).

Allemagne


En quelques jours, différents hauts responsables Allemands ont fait des déclarations sur la place de l’Allemagne dans le monde.

Le Président de la République Allemande, Joachim Gauck a tenu des propos pour le moins inédit : « L’Allemagne n’est pas une île. Les conséquences de l’inaction peuvent être plus graves que celles de l’action ». Puis demandant à son pays de « ne pas se cacher derrière la culpabilité passée de l’Allemagne pour fermer les yeux ».  La presse Allemande a abondamment repris ces propos les qualifiant « d’hymne à la responsabilité allemande ». Ensuite, le Ministre des Affaires Etrangères (SPD) Franck-Walter Steinmeier plaide pour « un engagement plus important de notre pays dans la réduction des conflits » tandis que la ministre de la défense (CDU) Ursula Von Der leyen indique tour à tour que « l’indifférence n’est pas une option pour l’Allemagne » et « L’Allemagne est prête à élargir son engagement (…) nous ne pouvons pas détourner le regard ».

Au-delà de l’aspect politique intérieure : en l’espace de quelques jours deux poids lourds de l’exécutif du gouvernement Merkel se sont fait entendre, chacun entendant prendre le leadership de son propre camp face à une Chancelière dans son dernier mandat ; l’aspect résurgence de la dimension internationale que l’Allemagne entend s’octroyer n’est pas anodin : ne pas être un géant économique et un nain politique, ce que les Allemands définissent autrement par ne pas être une « grosse Suisse »… Avant d’être un politique géopolitique allemande, il s’agit d’abord d’un infléchissement psycho-politique allemand.

Par ailleurs, il convient de noter un infléchissement de la politique allemande vis-à-vis de la Russie avec le retour de Steinmeier à la tête de la diplomatie allemande (il avait déjà occupé ce poste de 2005 à 2009 lors du premier gouvernement de coalition de Merkel) mais aussi avec la nomination de Gernot Erler au poste de directeur des relations avec la Russie (et ce au moment même de la crise ukrainienne).  Les deux hommes sont issus du SPD et entendent poursuivre discrètement la politique Schröder d’une relation privilégiée avec la Russie… tendance politique qui va aller à l’encontre de toute politique de l’UE et des autres membres. Or, face à l’affaiblissement généralisé des pays de l’UE (dont en premier lieu la France) mais aussi des Etats-Unis, ; face à l’absence totale d’une vision politique structurée et donc face à l’absence totale d’action politique structurante confinant à la paralysie ; l’Allemagne se trouve idéalement placée au centre du jeu.