Hurler avec les loups pour qu’ils ne vous dévorent pas


Nous sommes à la fin d’un cycle électoral de plus de neuf mois. Fin novembre 2016, avec le triomphe de François Fillon, gagnant des primaires, la droite est certaine de sa prochaine victoire aux Présidentielles et aux législatives qui s’en suivront. On connaît la suite… Jusqu’à la victoire de Emmanuel Macron à la Présidentielle, la (re)-naissance jupitérienne, la victoire de la République En Marche aux élections législatives, et l’adoubement-couronnement médiatique.

Deux analyses peuvent être portées. La première, Emmanuel Macron est un sauveur (celle des médias, des éditorialistes, etc…) et nous sommes sur la voie du redressement national. L’euphorie, le culte de la personnalité (Emmanuel Macron), la purification des mœurs politiques (avant d’autres ?), le parti de la raison, du modernisme et de la vérité, l’enrégimentement des cerveaux en sont les caractéristiques principales ; comme l’exclusion de tous les libres penseurs (Delamarche, Godin, Polony, Brighelli, Taddei…) face à ceux qui s’auto-proclament (enfin) éclairés et avant-garde… Une démocratie de l’émotion médiatique jouant politiquement sur l’invention-désignation d’un ennemi (une classe politique corrompue versus la vertu politique) permettant une approche-fantasme d’émancipation politique. Une méthode et une démarche somme toute calquée sur celle de Podemos. Avec une question de philosophie politique : quand on définit qu’il n’y a qu’une seule voie politique possible, quelles bascules risque-t-on ?
La seconde, est celle du désordre et du chaos : une France qui navigue entre euphories, indifférences, angoisses, extrémismes, hystéries, obsessions (actuellement celle de la vertu), boucs-émissaires et frondes. Une démocratie française à la dérive avec comme révélateur un taux d’abstention record faisant craindre selon les mots d’un éditorialiste « une démocratie sans le peuple » …
Mais ces deux analyses, c’est aussi deux peuples pour un seul pays, deux peuples pour une seule nation ; ce que certains ont schématisé dans la France d’en haut versus la France d’en bas. Schéma que nous retrouvons aussi en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis, et qui a conduit notamment à l’élection de Donald Trump. Il y a une solide tradition démocratique aux Etats-Unis. Mais, il ne faut pas, pour autant, croire que la démocratie américaine est égalitaire. Tout comme la nôtre. Les classes moyennes ont éclatées, sont « reprolétarisées » et se sentent mises en danger par la mondialisation. La remise en question du libre-échange, de la mondialisation, de l’échelle économique supranational, est commune tant à Bernie Sanders, Trump, Marine Le Pen, ou encore Jean-Luc Mélenchon. Et il s’agit là, à mon sens et à tout le moins pour les Etats-Unis et le monde anglo-saxon, d’une évolution de fond, rationnelle et raisonnable. Or, en France, nous méconnaissons le protectionnisme. Nous ne le comprenons pas pour ce qu’il est : une méthode de régulation non-hostile au marché.
Oui, les élites ont trahi le peuple, c’est certain. Et le peuple, les peuples (dans le sens qu’il existe désormais plusieurs peuples au sein de chaque pays, au sein de chaque nation) se vengent, pensant être meilleur. On rejoint là, la pensée de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise ou le peuple serait moralement (la vertu encore) supérieur. Ce qui est tout aussi faux.

Trois axes politiques sont donc à prendre en compte : l’axe droite/gauche, affaibli certes mais qui continue d’exister ; l’axe vieux/neuf qui malgré toute présentation médiatique voulant le définir comme novateur est simplement cyclique ; l’axe contre le système/corriger le système qui tend à recouvrir extrêmes/non-extrêmes. Ainsi, si une opposition non extrême ne s’impose pas, lors d’une seconde phase de « dégagisme », seuls les deux extrémismes de gauche (FI) et de droite (FN) le feront, profitant alors d’une décomposition politique totale.
De ce fait, pour l’emporter demain, le FN de l’union des droites, celui de Marion Marechal Le Pen, visera à se poser en choix de civilisation, reprenant à son compte des questions comme la souveraineté, l’identité nationale, mais aussi un programme économique basé sur la valeur travail, la méritocratie et le volontarisme politique…
Mais un quatrième axe est apparu : européiste/non européiste (ce que je nomme européiste est la peur de la non-Europe, voir pour certains la peur de la non-mondialisation). Or, cet axe recouvre aussi la segmentation entre ceux qui vivant « bien » veulent profiter de tous les attributs de la mondialisation, quitte à se ghettoïser socialement et ceux qui veulent juste survivre économiquement. Le corps électoral qui a remporté la Présidentielle (au 1er tour avec Hamon, Macron, Fillon comme au second tour avec Macon) est un corps électoral marqué par le conservatisme européen et l’européisme. Pour les Français ce n’est pas la revanche de l’histoire, mais le souhait non avoué de ne plus en faire partie. A l’inverse, pour l’Allemagne il s’agit d’une fenêtre d’opportunité : l’Union européenne comme instrument de la puissance allemande. Et là, force est de constater une confusion entre identité et souveraineté. Confusion qui a introduit des points de focalisation souvent mal interprétés.
En apparence, le rejet des partis comme des catégories/clivages traditionnels notamment droite/gauche est là. Nous sommes dans une phase de décomposition. Les sociologues peuvent parfois la nommer aussi destituante, permettant d’opposer deux signifiants aussi vides l’un que l’autre mais leur donnant une identité propre : En Marche pour qui tout est discours et les Autres. Ainsi, à titre illustratif, nos politiques, à force de ne cesser de le modeler pour tous les usages, ont fait du Gaullisme un signifiant vide, c’est-à-dire que tout responsable politique peut s’en revendiquer pour finalement y mettre n’importe quoi. N’importe qui. N’importe quoi.
De là aussi, logiquement un mouvement d’extrême-gauche et un mouvement d’extrême-droite ; toutes deux contre le système et s’intellectualisant l’un l’autre réciproquement, tandis que les autres partis se positionnent en faveur de corriger les excès du système.
Mais, et là nous touchons le primordial, nous sommes dans des mouvements tactiques et non stratégique ; nous sommes dans le court-terme, non dans le long terme. De là aussi, l’usage par les dé-constituants de choses abstraites à même de mobiliser le corps électoral, refusant toute thématique pouvant faire perdre des voix ; la construction réelle du programme n’intervenant qu’une fois les élections clairement gagnées.
Au-delà, et malgré toute la rhétorique médiatique, le réel conserve ses droits. Si seule l’obsession de vertu catalyse les pensées et les discours ; la France depuis 2015 connaît le terrorisme islamiste et vit sous la menace de nouveaux attentats djihadiste, une situation internationale chaotique, près de 5 millions de chômeurs, l’exclusion, la remise en cause de la cohésion sociale, la pauvreté, le communautarisme, l’insécurité quotidienne (qui n’est pas que physique), les inégalités, etc… Ces (tristes et brutales) réalités s’imposeront à nouveau politiquement très vite. L’on peut censurer la réalité, mais jamais, la faire disparaitre.

Deux options sont dès lors possible : la réussite ou la crise de régime. Robespierre n’est pas loin…

Penser l’impensable : le fait national-libéral


Ci-après une note rédigée en décembre 2016 suite à la victoire de Donald Trump pour un service gouvernemental Français.

Imprévisible élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis comme l’était l’imprévisible Brexit ! Imprévisible pour tous ceux qui refusent de penser l’impensable…
Lire une analyse et découvrir que le Brexit comme l’élection de Trump « ne se peut » car elle fait « figure de scandale » en dit long sur l’incompréhension du mouvement de fond et le refus de regarder en face la nouvelle réalité du monde. Pétrification idéologique, pétrification stratégique, qui conduisent à refuser le constat que dressait l’ambassadeur de France dans un tweet « tout est désormais possible » …
Trump et son entourage inquiètent… Certains analystes n’hésitent pas à décrier « la brutalité » du nouveau dirigeant, sa « violence verbale dans nos démocraties réglées », ou encore sa « dangereuse inculture » … Refusant cette réalité élective, ils espèrent d’abord un rejet de son élection par les grands électeurs, puis souhaiteront un impeachment… Les mêmes décrivent un « phénomène politique interne isolé » oubliant que si Trump remporte l’élection présidentielle américaine, la lame de fond électorale lui offre tout autant le Congrès (le Sénat et la Chambre des représentants), et, plus important encore, la Cour suprême.
Plutôt que de poursuivre les descriptions et jugements sommaires sur Trump, son style, sa coupe de cheveux, son équipe de campagne ou son entourage ; nous devrions nous interroger sur les raisons qui ont conduits tant les électeurs britanniques à produire le Brexit et les électeurs américains à produire Trump… car les deux phénomènes ont les mêmes origines et leurs conséquences géostratégiques sont de prime importance ; puis de là, tenter de nous projeter dans un avenir.

Une rupture du monde s’est produite en novembre 1989. La chute du mur de Berlin constitue, de manière symbolique mais aussi géopolitique, le début d’une période de transition. Un nouveau monde n’est pas né en 1991 au travers de l’affirmation d’un nouvel ordre mondial, ni même le 11 septembre 2001 ; car malgré les déclarations péremptoires, les démocraties n’ont pas changé le monde ! Bien, étonnamment, en 2016 avec la conjugaison du Brexit et de l’élection de Trump, se produit la rupture stratégique.
Depuis 1688 (Glorious Revolution), le monde anglo-saxon « fait » (détermine) le jeu mondial. Or, et c’est bien là l’important, les bouleversements se déroulent au cœur de ce monde anglo-saxon. Britanniques et américains ont rompu le consensus. Le Brexit, comme l’élection de Trump, c’est dire et affirmer vouloir faire autrement, et donc annonciateurs d’autres bouleversements. De là aussi, stratégiquement, la réaffirmation de l’Etat territorial. Une forme d’impérialisme américain d’un côté (forme d’Hégémon), recentrage national et retrait du monde de l’autre. Ce qui se traduit immédiatement dans les représentations américaines en matière de politique étrangère.
2008 fut l’année d’une prise en compte, le début d’une révolution et l’aube d’une dynamique. Celle, non plus de davantage d’interdépendance mais de plus de souveraineté. Révolution car les opinions anglo-saxonnes, hyper-individualistes, redécouvrent soudainement et profondément les vertus du « collectif ». En ce sens, aussi, quête culturelle identitaire et recherche de « valeurs traditionnelles » face à la globalisation. La dynamique remet en cause ce que les américains nomment « le consensus de Washington » et elle pose un constat : l’Etat-Nation, pour l’Occident comme pour son cœur qu’est le monde anglo-saxon, apporte des bénéfices que la mondialisation, non seulement ne peut apporter, mais désormais détruit.
Pétrification économique qui consiste à accumuler des richesses et du capital, non pas pour utiliser ces richesses et ce capital, mais à unique fin d’accumulation ; aboutissant par là à une pétrification sociale et à un élargissement entre possédants et non-possédants. Même pétrification dans notre modèle social français tant vanté, qui ne protège que les protégés et laisse dans le froid et sur le chemin des milliers (millions ?) de nos concitoyens précarisés et figés dans le non-emploi/vie précaire (précariat).
Le modèle anglo-saxon bouge car il ne fonctionne plus pour le plus grand nombre. Dénonciation du libre-échange, volonté de protéger et de défendre sa population, affirmation territoriale y compris dans la dimension « frontière » … En ce sens, révolution / transition américaine et britannique en cours, mais aussi (re)découverte de ce qui se joue sur le continent européen avec l’Allemagne et la Russie, et un basculement vers le fait national.

La victoire de Trump vient de la contestation du libre-échange qui détruit le peuple américain (les classes moyennes) ; une victoire qui surgit du cœur blanc de la démocratie américaine (démocratie blanche qui constate son déclassement démographique à terme) souffrant de la violence de la mondialisation. Trump a défini les maux ET la réalité américaine, du moins vécue par une part considérable de la population américaine (classes moyennes et classes dites populaires) : celle d’un quotidien déplorable issu d’une mondialisation et globalisation détruisant l’intérieur de la société américaine.
Obama laisse son pays dans un état catastrophique. Le rêve américain ? Oui, mais loin de l’être pour tous les américains pour lesquels les indicateurs socio-économiques exposent à la vue de tous (années 2010-2016) une nette dégradation du niveau de vie. Comme le démontre Olivier Delamarche, ce sont près de 102 millions d’américains qui sont sans emploi ; plus de 50 millions qui se nourrissent avec les bons d’aide alimentaire et 33% des américains qui sont désormais incapables de subvenir normalement à leurs besoins alimentaires ; ce sont près de 20% des jeunes adultes qui vivent chez leurs parents/grands-parents faute de pouvoir se loger ; c’est une mortalité en hausse dans la population blanche pour la tranche 45/54 ans ; … Le compromis socio-économique n’est plus tenu…
Ce malaise dans les classes moyennes et populaires (désormais affublées du terme « populistes ») conduit politiquement à une pression démocratique sur des sociétés qui ne sont déjà plus des sociétés démocratiques ; conséquence directe de la disqualification du Politique et de la démocratie représentative (démocratie twitter avec Trump ?). La démocratie, directe ou indirecte, n’est pas un régime de compétences ; tant au niveau des électeurs que des responsables et dirigeants politiques ; d’où son besoin impérieux d’une élite. En France, aussi sidérant que cela puisse être, celui qui se définit comme issu du corps des élites et qui entend répondre aux effets de la mondialisation et des souffrances engendrées, se nomme Emmanuel Macron. Curieuse campagne de fait que la campagne présidentielle française qui s’annonce, où François Fillon entend représenter l’antisystème, Jean-Luc Mélenchon veut abandonner le bruit et la fureur révolutionnaire, et Emmanuel Macron propose la révolution.
La situation américaine (interne comme externe) sera compliquée avec ou sans Trump, au regard du montant des dettes (niveau économique) et des détenteurs de cette dette (niveau géopolitique). Actuellement les Chinois vendent de la dette américaine, et les Japonais, derniers serviteurs zélés de l’Hégémon américain, achètent cette même dette, soit 1 070 milliards de dettes américaines supplémentaires entre le 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016. Et la politique économique de Trump vise à augmenter cette dette…
Donald Trump indiquait clairement, dès avril 2016, que sa priorité serait désormais « l’Amérique d’abord ». Pour lui comme pour les Britanniques, forme de refondation et de recherche d’un développement autonome se recomposant autour de fondamentaux traditionnels.
Trump n’est pas en guerre contre le libéralisme économique. Theresa May, Xi Jinping et Vladimir Poutine sont sur la même ligne. Ne pas confondre libre-échangisme économique et interdépendance. Etablir des barrières tarifaires, des frontières économiques ou migratoires, des politiques protectionnistes, limiter la circulation des personnes et du capital, autant de mesures qui appartiennent aussi à la pensée économique libérale, et nous ramènent aux origines mêmes du développement économique du monde anglo-saxon. La remise en cause des accords d’échange sera donc une suite logique. Trump, de par sa personnalité, va favoriser des négociations bilatérales commerciales, dans une forme de diplomatie du deal, qui viseront d’abord à permettre un phénomène de réindustrialisation et de recentrage économique. Deal économique, deal commercial, deal géopolitique, …

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, l’effet Brexit et l’effet Trump conduisent à un constat majeur : la question allemande va redevenir d’actualité. Mais de nombreuses questions restent en suspens et particulièrement celle de l’Euro/gouvernement de la zone euro. Et, là, certes les événements à venir au sein de la zone euro seront contraignants, mais plus encore l’attitude allemande.
De fait, au sein de l’Union européenne, devant l’abandon Français (la France est tétanisée par le vertige du déclassement), l’Allemagne visera à imposer ses intérêts économiques et géopolitiques avec davantage d’indépendance (et moins d’interdépendance), tant vis-à-vis de la France que de l’Union européenne ; ce que Steinmeeir à l’été 2016 annonçait déjà en indiquant que l’Allemagne se devait d’agir politiquement et économiquement « éventuellement avec l’Union » face aux puissances mondiales (signifiant par là-même en contrepoint sa volonté d’agir sans l’Union).
Le fait national allemand, c’est tout autant sa prise de contrôle économique et commerciale, sa toute-puissance monétaire au travers de l’euro, que dans un autre domaine sa politique migratoire. La question allemande que nous (re)découvrons, et qui ne va avoir de cesse de se développer pour les deux décennies à venir, devrait nous conduire à nous interroger profondément sur le devenir de notre relation avec la Grande-Bretagne.
Le Brexit n’est pas un souci économique pour les Britanniques mais un problème politique pour les pays européens, signifiant en terme politique une volonté de retour au peuple, en matière monétaire une nécessaire donc prévisible chute de l’euro, et en terme territorial comme stratégique, une Union européenne qui devra impérativement se modifier/corriger si elle souhaite perdurer (ce qui n’est pas acquis).
Vladimir Poutine en Russie, Trump aux Etats-Unis, Xi Jinping en Chine, mais aussi Angela Merkel en Allemagne et Theresa May en Grande-Bretagne, doivent nous amener à regarder le monde réel. Volonté du peuple américain de se désengager du monde, pas de ses dirigeants traditionnels (Clinton versus Trump). Volonté britannique de recouvrer sa liberté envers une bureaucratie bruxelloise jugée bien trop contraignante. Volonté russe de recouvrer une puissance malmenée depuis 25 ans, volonté allemande de se réaffirmer nationalement, volonté chinoise de restaurer l’Empire du milieu…

En laissant faire cette dérive stratégique qui nous isole doublement (isolement stratégique face à la Grande-Bretagne et isolement stratégique face à l’Allemagne), la France a bel et bien perdu (provisoirement ?) la main stratégique. Sommes-nous dans l’aveuglement ? Ce double choc a eu lieu. Il faut le regarder comme tel et non pas le nier. Or, de nombreux analystes et dirigeants politiques tentent de croire dans une illusion qui leur convient alors que nous sommes en train d’assister à la fin du système occidental. Il faut d’urgence accepter la réalité, fut-elle impensable. Faute de quoi, nous serions, nous Français, en train de quitter l’histoire !

JE SUIS GAULOIS


Surpris par la polémique des origines gauloises des Français, « Ecœuré par les effets tangibles de la sotte querelle », comme se le plaisait à dire l’historien Pierre Chaunu, je voudrais dire qu’avant toute chose, pour moi, la France est une idée.
La France que je parcoure, c’est une terre labourée par l’histoire et les hommes, c’est des paysages, des couleurs, des saveurs, des villages, des régions, des reliefs, des cours d’eau ; tous différents mais tous parcelle de France…
La France, c’est au travers d’une histoire religieuse, le paganisme comme la Chrétienté ; France fille aînée de l’Eglise comme il plaît de le rappeler, avec des histoires et des géographies différentes mais toutes liées dans une destinée commune. C’est aussi, pratiquants ou pas, croyants ou non croyants, un héritage culturel ancré au plus profond de notre terroir à l’instar des crèches de Noël, si semblables mais si intrinsèquement différentes…
La France, c’est des familles, des clans, des peuples venus de différents horizons, à différentes époques, brassés par une volonté farouche, celle d’être là, sur cette terre si particulière, parce que notre. C’est ensuite, seulement ensuite, un peuple et une nation. Nation que l’on invente tardivement d’abord face aux autres, puis avec les autres, par une autorité politique, un Etat, qui sur bien des points est certes particulier, mais à l’image de son territoire et de ceux qui l’anime…
La France c’est des chefs, des seigneuries, un royaume puis une république, mais aussi des solidarités comme des jacqueries, des rassemblements comme des frondes, des massacres, des vengeances, des hontes, des honneurs, des oublis et des pardons…
La France, c’est une histoire riche de plusieurs millénaires, une terre façonnée par des hommes qui laissent en héritage ici des dolmens, là des cathédrales, des monuments romains, des grottes, des beffrois, des lagons, des chemins, des châteaux et place-forte, des salines, des cités, des bassins miniers, des ports, des vignobles, …
La France c’est des vivants mais aussi des morts. Nombreux morts qui ont parsemé la terre de France au long de l’histoire, qui font de notre terre une particularité : « les Français ont sous leurs pieds le sol qui contient, proportionnellement aux vivants, le plus grand nombre de morts »
La France c’est tant de choses, et tant d’autres choses encore…. Mais c’est surtout « le passé et l’avenir, le vertige de l’avant et celui de l’après ».
Être Gaulois, ce n’est non pas venir d’ancêtres gaulois ; c’est simplement vouloir être une parcelle de France, de sa terre comme de son histoire. La France est un idéal et pour moi une fierté.
Je suis si peu gaulois de mes origines, comme tant et tant… mais je suis pleinement gaulois.

« Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage »


Suite au dernier attentat de Nice, cette citation me conduit à répéter, une nouvelle fois, des éléments déjà publiés à de multiples reprises, ici.

L’absence de résultats doit nous conduire à réévaluer notre posture et nous amener à définir précisément nos objectifs stratégiques au-delà de péroraisons verbales…Certes, nous avons pour nous l’efficacité tactique, mais nous payons l’absence de réelle stratégie, en ce sens que nous n’avons aucune vision, aucun projet politique à proposer autre qu’une guerre sans fin.
– 1er objectif : Sécuriser, identifier, neutraliser les individus dangereux sur notre territoire (et hors territoire). C’est l’essence des missions de nos services depuis de nombreuses décennies. Le terrorisme (quel que soit l’idéologie derrière lequel il se drape) va durer… constat établit dès les années 80 ! Pour ce faire, une politique claire de renseignements et de neutralisation qui n’a pas besoin de nouvelles lois mais de s’inscrire dans la durée (prendre la mesure du temps long)

– 2nd objectif : prendre la mesure des défis extérieurs auxquels nous sommes exposés.
o Pour la première fois, nous sommes engagés militairement simultanément sur plusieurs théâtres d’opérations envers la même mouvance, complexe et protéiforme.
o Comprendre le phénomène et donner du sens. Alors, vouloir peser sur la suite des événements.
o Remettre à plat notre politique de sécurité / défense / diplomatie et anticiper !
o Avoir une vision et un projet politique pour faire émerger une situation différente de celle que nous cherchons à maintenir (accords Sykes-Picot) qui pousse justement nos adversaires à recomposer la zone. (ce qui implique aussi de revoir nos alliances et la vision future de ces dernières…)

Aller plus loin
Nous sommes dans le brouillard. Il n’y a plus aujourd’hui au niveau de notre exécutif et des services qui le représentent de compréhension stratégique de la menace djihadiste. Ce brouillard est accentué à la fois par le « bruit » assourdissant des pseudos experts et par le pouvoir politique (majorité comme opposition) qui à chaque nouvelle attaque et nouvel attentat tente de nous « bricoler » une nouvelle mesure sortie d’une boîte à idées à l’évidence trouée… Quand la panique côtoie la stupidité et l’indécence.
Avant de donner des réponses, il conviendrait de se poser les (bonnes) questions (gênantes). Je n’en ferai pas ici la liste, par pudeur mais aussi par lassitude… Je me contenterai de redire une nouvelle et énième fois, qu’il nous faut d’abord impérativement comprendre la menace et ne pas refuser la recherche de cette compréhension (PM) sous des prétextes fallacieux.
Ensuite ne pas craindre la réalité. Dès lors, ne pas tomber ni dans le déni (dormez tranquille braves gens tout va bien, aucune faille – ou nouvelle formule : la cellule est quasiment détruite), ni dans les postures martiales (la guerre, la guerre, la guerre), ni dans l’exploitation des peurs (tremblez pauvres gens, la menace est chaque jour plus grande et imminente). Être dans la mesure et la maîtrise ; dans la prudence de l’analyse froide, qui permettra de faire face au défi posé.
Le volet extérieur (les attentats hors son territoire socle) de l’EI n’a aucun lien avec le volet intérieur (Syrie/Irak). Les deux volets sont déconnectés militairement. Malgré ce qui est dit et affirmé par les uns et les autres, les attentats ne signifient absolument pas un affaiblissement de l’EI sur son volet intérieur.
Arrêtons de les prendre pour des fous furieux, le djihadisme a un sens pour ceux qui l’adoptent. La solution est politique (offre/projet/vision politique) et géopolitique. Pas de formule magique du djihadisme, comme pas de profil type du djihadiste. C’est un parcours personnel. A la fois au départ et au retour. Alors forcément, cela complique et cela rebute certains de chercher à comprendre…
Garder la tête froide et mesurons nos propos comme nos actes. Frapper en Libye, en Syrie, en Irak ne réduira pas la menace. Stopper nos frappes en Irak et en Syrie, stopper nos actions ailleurs n’empêcheront pas de nouveaux attentats. EI a décidé d’exporter son combat. Les équipes sont constituées en Europe et frappent chez nous.
Il faut donc s’attendre à d’autres attentats opportunistes. Si nous parlons uniquement de EI, nous faisons face à un proto-état qui utilise le terrorisme comme moyen d’action parmi d’autres moyens, et qui a structuré sur notre territoire européen son action lui permettant de passer à l’offensive et de prendre l’initiative. Il nous faut être résilient face à une stratégie de harcèlement (stratégie différente d’Al-Qaeda qui était dans le symbolisme). Notons toutefois à la fois un émiettement extérieur et un développement de « franchisés » à l’instar d’Al-Qaeda.
Mais, un changement d’échelle dans l’action terroriste s’est opéré : nous n’avons pas un seul ennemi face à nous mais une multitude. Un discours martial ne change pas la réalité. Seule l’intelligence le peut…

Les attentats commis en France depuis janvier 2015 sont des actes mêlant amateurisme et professionnalisme, préparation, planification, entraînement et acquisition d’équipements ; binômes et individus, le tout dans un mélange de coordination et d’opportunisme. Des actes intrinsèquement terroristes reposant sur la disproportion entre l’acte et l’effet politique désiré et/ou obtenu. Des actes ne représentant cependant aucune rupture opératoire ni aucune nouveauté idéologique ou doctrinale. Rien de nouveau. Rien de surprenant non plus. Ni surprise, ni étonnement à avoir donc…
C’est surtout un acte politique ; un modèle politique qui nous agresse afin de nous imposer son propre modèle. Si nous l’acceptons tel quel, par peur ou par renonciation, nous entrons dans un nouveau type de régime politique. Si nous modifions nos règles par des lois d’exception, nous entrons dans une déconstruction démocratique qui nous amènera à accepter des abandons plus ou moins sélectifs de pans de liberté.
C’est aussi une évolution notable de notre modèle politique que nos responsables peuvent vouloir proposer faute de compréhension et de volonté. La peur ne doit pas guider nos actions. Restons fidèles à nos convictions, nos idées, nos idéaux, nos valeurs. D’autant plus fidèle à nos convictions et nos valeurs qu’elles ne sont pas universelles. Ni peur, ni renonciation. Epreuve de volonté politique donc.
Nommer l’ennemi c’est aussi commencer à le combattre. Après tout disait Clemenceau « si l’on n’a pas d’ennemi, c’est que l’on a rien fait ». Nommer notre ennemi c’est le dévoiler et porter la parole politique publique afin de désigner et non stigmatiser. Notre ennemi n’est pas tant le terrorisme que sa cause profonde. Notre ennemi c’est l’idée dont il est le fruit. Notre ennemi, c’est l’idéologie en cause. Notre ennemi, en ce cas, c’est le salafisme (wahhâbisme salafiste). La matrice idéologique est née en Arabie Saoudite pour lutter contre les Frères musulmans égyptiens qui avaient soutenu l’Irak de Saddam Hussein. Ce sont les mêmes Saoudiens qui ensuite ont pris le contrôle des écoles au Pakistan, les fameuses madrasas, et donnèrent naissance aux talibans. C’est cette même vision que nous retrouvons au sein d’Al-Qaïda, d’EIIL ou chez certains de nos jeunes.
Mais, nous serions incomplets si nous ne nommions pas aussi les motivations politiques et sociales à l’œuvre, tant dans nombre de ces pays qu’au sein du notre dans l’édification de plusieurs (et, oui, plusieurs !) modèles de radicalisation.
L’un des problèmes majeurs étant l’attraction de ce(s) modèle(s) sur une fraction de notre population en tant qu’étiquette identitaire procurant une pensée, une cause, un sens, une action, une identité et un destin : le « Meurs et deviens » de Goethe. Le terrorisme comme réponse offerte. Et, plus inquiétant, une réponse rationnelle !

Ne réduisons pas la problématique mais regardons la réalité en face. Cela nous contraint à regarder le monde tel qu’il est, même si ce n’est pas agréable, et non tel que nous voudrions qu’il soit !
Aujourd’hui, cet islam présente une incarnation majeure, le wahhâbisme salafiste mais pas d’illusion non plus, c’est bien d’abord l’Islam qui est en cause dans ce lien étroit qu’il entretient avec le djihadisme. Si, les Balkans, une des zones historiques de confrontation, permettent de le dire ; cette incarnation trouve son siège dans la péninsule arabique. C’est là que, se trouvent les émetteurs des ondes salafistes qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, et le plus tôt sera le mieux neutraliser : des émetteurs d’idées bien sûr mais aussi des sources de financements et des « stratèges ».
En ce sens, il faut réfléchir, ne pas se précipiter et ne pas céder à l’émotion. Il faut d’abord poser une analyse politique avant de définir une politique générale en évitant de réciter des formules aussi lapidaires que définitives. Une émotion n’est pas, et ne fait pas, une politique : le pire au regard de l’histoire peut être à venir !
La guerre donc ! Si nous sommes effectivement en guerre, alors nombre de questions et problèmes politiques sont en principe réglés. La mission d’abord : vaincre l’ennemi. Le cadre juridique : l’état de guerre. Les moyens ensuite : tous les moyens de la nation pour concourir à la victoire. La moralité : aucune compassion pour notre ennemi. La mobilisation : générale. La volonté : totale !
Au-delà de quelque uns de nos responsables politiques affirmant leurs désirs d’éradiquer nos ennemis, où est la « mobilisation générale » des moyens de la nation correspondant à cet « état de guerre » ? On connaît d’avance la réponse : du vent ! Nous sommes dans la posture politique sous le coup de l’émotion de responsables politiques qui, à force de tout vouloir savoir ne savent rien ; à force de tout prétendre diriger, ne maîtrise rien.
Ils en oublient les fondamentaux politiques de toute action militaire : définir un niveau stratégique et se mettre en capacité de l’influencer, limiter le périmètre des interventions militaires en fonction du sens stratégique, déterminer des objectifs (effet recherché) réalistes, atteignables et en proportionnalité avec la volonté politique affirmée et les moyens par celle-ci octroyée.
Malheureusement, cette émotion est un facteur stratégique : par notre émotivité, son affichage et sa politisation « sondagière », nous donnons un statut mondial (en termes de reconnaissance) à l’échec politique de notre ennemi. Et, nous soulignons ainsi une de nos vulnérabilités, l’émotion, toujours mauvaise conseillère. Déclencher cette émotion devient un objectif de l’ennemi qui peut compter sur la caisse de résonnance des médias et la défaillance de certains politiques.

Certes, il nous faudra une politique de déradicalisation et intégrer que la simplification ne doit pas écarter le terreau social, culturel, éducatif de ces individus ; car ces actes sont aussi la cristallisation d’une situation à la fois intérieure et extérieure. Certes, il nous faudra de la culture, du symbole, des croyances et valeurs. Mais, il nous faudra d’abord une profonde réflexion politique, de la rigueur et de la volonté. Agir le plus en amont possible, à l’extérieur de nos frontières comme à l’intérieur de ces dernières. Pour faire simple, sur tous les items : tenir la position, et ce, dans la durée.
Cela signifie qu’il va falloir se poser la question de nos relations avec les pays de cette zone du Moyen Orient : Arabie Saoudite, Qatar, Emirats-Arabes-Unis, Turquie, la liste n’est pas exhaustive… Cela ne va pas plaire aux affairistes en tout genre. Mais il faut un minimum de cohérence.
Il nous faut donc arrêter le dogmatisme idéologique en matière de politique étrangère. La diplomatie sert d’abord à discuter avec ses adversaires, surtout si on partage les mêmes ennemis. Et, dans ces situations, les services servent à l’évidence de passerelles : il faut bien discuter avec le diable pour s’habiller en Prada… C’est pour cela que d’urgence, il nous faut renouer avec la Syrie, le Maroc, etc… car derrière ces pays et leurs services, ce sont d’autres pays et des renseignements opérationnels qui aujourd’hui nous font cruellement défaut.
Certains de ces pays financent ou ont financé des mouvements terroristes (EIIL, Al-Nosra, …). Dire que nous ne disposons pas de preuves est un mensonge cynique au regard du travail réalisé sur le terrain par les agents de la DGSE. Dire que nous ne disposons pas de preuves est encore un mensonge cynique au regard des documents émis par les services occidentaux depuis le 11 septembre 2001…. De même, dire que dans ces pays, ce n’est plus le gouvernement qui finance désormais, mais la sphère privée est au mieux une méconnaissance de la réalité, plus probablement une volonté délibérée de masquer la vérité, au pire une forme d’enfumage officielle.

Retours sur les attentats de Bruxelles


Nous sommes dans le brouillard. Il n’y a plus aujourd’hui au niveau de notre exécutif et des services qui le représentent de compréhension stratégique de la menace djihadiste.

Ce brouillard est accentué à la fois par le « bruit » assourdissant des pseudos experts (Président de tel observatoire ou de tel institut, dont ils sont le seul membre et qui ne produisent rien d’autre que leur propre parole se contredisant chaque jour…) et par le pouvoir politique (majorité comme opposition) qui à chaque nouvelle attaque et nouvel attentat tente de nous « bricoler » une nouvelle mesure sortie d’une boîte à idées à l’évidence trouée… Quand la panique côtoie la stupidité et l’indécence.

Avant de donner des réponses, il conviendrait de se poser les (bonnes) questions (gênantes). Je n’en ferai pas ici la liste, par pudeur mais aussi par lassitude… Je me contenterai de redire une nouvelle et énième fois, qu’il nous faut d’abord impérativement comprendre la menace et ne pas refuser la recherche de cette compréhension (PM) sous des prétextes fallacieux.

Ensuite ne pas craindre la réalité. Dès lors, ne pas tomber ni dans le déni (dormez tranquille braves gens tout va bien, aucune faille – ou nouvelle formule : la cellule est quasiment détruite), ni dans les postures martiales (la guerre, la guerre, la guerre), ni dans l’exploitation des peurs (tremblez pauvres gens, la menace est chaque jour plus grande et imminente). Être dans la mesure et la maîtrise ; dans la prudence de l’analyse froide, qui permettra de faire face au défi posé.

Les attentats de Bruxelles ne sont pas une vengeance de l’arrestation d’Abdelslam, mais l’arrestation d’Abdelslam a précipité l’action. Les attentats de Bruxelles sont donc précipités mais tout autant planifiés et coordonnés ; même si le ciblage peut avoir été modifié dans la précipitation et ne correspondrait pas au ciblage initial.

Réelle capacité d’anticipation / planification des cellules terroristes. Affirmation d’une capacité de frappe de l’EI avec une latitude donnée aux cellules. Capacité à monter des équipes sur le sol européen. En parallèle, à titre d’information, les retours de djihadistes sur territoire UE ont fortement augmenté.

Le volet extérieur (les attentats hors son territoire socle) de l’EI n’a aucun lien avec le volet intérieur (Syrie/Irak). Les deux volets sont déconnectés militairement. Malgré ce qui est dit et affirmé par les uns et les autres, à mon sens, les attentats (Paris et Bruxelles) ne signifient absolument pas un affaiblissement de l’EI sur son volet intérieur.

Arrêtons de les prendre pour des fous furieux, le djihadisme a un sens pour ceux qui l’adoptent. La solution est politique (offre/projet/vision politique) et géopolitique. Ils ne combattent pas prioritairement nos valeurs, mais se battent pour un avenir. Pas de formule magique du djihadisme, comme pas de profil type du djihadiste. C’est un parcours personnel. A la fois au départ et au retour. Alors forcément, cela complique et cela rebute certains de chercher à comprendre…

Garder la tête froide et mesurons nos propos comme nos actes. Frapper en Libye, en Syrie, en Irak ne réduira pas la menace. Stopper nos frappes en Irak et en Syrie, stopper nos actions ailleurs n’empêcheront pas de nouveaux attentats. EI a décidé d’exporter son combat. Les équipes sont constituées en Europe et frappent chez nous.

Il faut donc s’attendre à d’autres attentats opportunistes. Si nous parlons uniquement de EI, nous faisons face à un proto-état qui utilise le terrorisme comme moyen d’action parmi d’autres moyens, et qui a structuré sur notre territoire européen son action lui permettant de passer à l’offensive et de prendre l’initiative. Il nous faut être résilient face à une stratégie de harcèlement (stratégie différente d’Al-Qaeda qui était dans le symbolisme). Notons toutefois à la fois un émiettement extérieur et un développement de « franchisés » à l’instar d’Al-Qaeda.

Mais, un changement d’échelle dans l’action terroriste s’est opéré : nous n’avons pas un seul ennemi face à nous mais une multitude. Comprendre aussi que nous ne sommes pas en guerre. Un discours martial ne change pas la réalité. Seule l’intelligence le peut…

NE RIEN COMPRENDRE OU LA STRATEGIE DE LA GESTICULATION


« Pour [les djihadistes] il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser » (Valls le 09 janvier 2015), puis « j’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications sociologiques ou culturelles à ce qui s’est passé » (Valls, toujours, le 26 novembre 2015)…
L’exécutif a choisi, volontairement, consciemment, et politiquement (en la définissant comme ligne politique), de ne pas vouloir chercher à comprendre et expliquer les événements en assimilant par avance toute démarche de compréhension à une culture de l’excuse déresponsabilisante… Nous sommes très loin de la vision du décideur politique de Raymond Aron et de sa capacité essentielle à « honorer ses traites »…
S’interdire de comprendre et de « penser » son ennemi, c’est faire correspondre dans un tout global simplificateur les champs d’opérations, les lignes géographiques, culturelles, religieuses comme historiques et refuser de comprendre que nous ne sommes pas en phase de décomposition du Moyen-Orient (phase commencée en 1979 et achevée en 2011) mais en phase de recomposition, dans lequel l’Etat Islamique promeut la création / développement d’un nouvel ordre.
Découle aussi de là, l’incapacité à comprendre et analyser les objectifs stratégiques de l’Etat Islamique comme de se projeter et à anticiper les suites de ces objectifs : tôt ou tard, Al-Baghdadi devra défier le royaume saoudien. De même, découle de là l’incapacité de comprendre l’asymétrie de sens que les actions de l’Etat islamique produit, tant en interne qu’en externe ; et qui permet à la fois l’extension de son influence et son enracinement territorial.
Ne pas vouloir comprendre son ennemi, c’est aussi s’interdire (ou se restreindre à) la compréhension de ses objectifs ; donc restreindre ses choix stratégiques à de simples bombardements périphériques, que l’on déclare intensifier aux grés des prises de paroles publiques, en espérant des jours meilleurs…. et c’est malheureusement aussi confondre le point de vue de l’ennemi avec celui des autres acteurs (partenaires, alliés, adversaires, …) comme avec le sien. De ce fait, découle la multiplication des théâtres d’engagements et le risque de se créer de nouveaux ennemis. En ce sens, refuser de connaître et comprendre un ennemi, c’est se condamner à ne pouvoir le vaincre ; et ce même si vaincre dans un premier temps consiste à survivre stratégiquement, c’est-à-dire à tenir la position et contenir son ennemi.
Ni recherche de compréhension, ni même d’ailleurs recherche d’explication… Déni du projet politique de l’Etat Islamique, déni de la réalité de l’ensemble de ses actions réduites à de simples actes terroristes, déni de son rapport aux territoires qu’il contrôle, déni de son rapport à l’Histoire des Hommes et du monde, déni de sa filiation à des valeurs sacrées et à des croyances (religieuses ou pas), déni de la part d’ombre du pouvoir, déni de trajectoires historiques différentes, déni de la guerre même et de sa réalité…, déni, déni, déni…
Mais plus encore ; au mieux sans en prendre conscience, au pire en toute conscience ; c’est avouer se soumettre individuellement (le responsable politique qu’est le Premier Ministre avec de tels propos) et collectivement (la Nation qu’il prétend diriger/incarner) aux circonstances.
En réalité, pour notre exécutif, il s’agit d’exploiter politiquement un phénomène et ces conséquences plutôt que de le traiter et le résoudre. Cette logique du déni du savoir permet toutes les manipulations idéologiques, et notamment plus prosaïquement de faire passer des vessies pour des lanternes…