PONZI…


Les mêmes responsables politiques qui louaient hier un euro fort (à 1.36), chantent désormais les louanges d’un euro faible (à 1.08), sans mesurer (apparemment) ni leurs propres contradictions, ni le niveau de leurs réflexions.
En premier lieu, le passage en moins d’un an, d’une parité à 1.36 à une parité à 1.08 est le signe d’une forte dépréciation de notre monnaie.
En second lieu, cette dépréciation monétaire favorise une baisse (relative) des prix des exportations et une hausse (elle aussi relative) des produits importés. Mais, pour être efficace, cette dépréciation monétaire (dévaluation) doit se faire face à vos principaux concurrents. Si, pour la France, 47% de notre commerce se fait dans la zone euro ; il n’en est pas de même de différents de nos partenaires européens : de 65% pour l’Espagne à 70% pour l’Italie. Dès lors, cette dépréciation monétaire n’avantage que les pays disposant d’une industrie majoritairement tournée à l’export en zone dollar, et en interne que les industries en concurrence zone dollar. Conséquence logique : les effets seront limités pour l’ensemble de la zone euro (mais plus importants pour la France que pour ces partenaires européens).
Troisièmement, cette dépréciation monétaire n’est pas suffisante pour restaurer la compétitivité de l’économie de nombres pays de la zone euro (Italie, Grèce, Irlande, Italie, Portugal, Espagne). Pour être efficace, cette dépréciation monétaire devrait atteindre des taux, selon les différents pays, de l’ordre de 12% (Portugal) à 22% (Italie).
Quatrièmement, puisque que la seule dépréciation monétaire ne peut réduire les écarts de compétitivité en cours au sein de la zone euro, ces derniers ne peuvent l’être que par des dévaluations salariales (coût unitaire de la main d’œuvre). Mais, de telles dévaluations salariales contractent la demande intérieure (70% du PIB des pays européens provient de la consommation intérieure) et donc induisent une récession (avec en complément une augmentation du ratio dette/PIB).
Au niveau monétaire, l’absence de variation du taux de change dans la zone euro issue de la monnaie unique engendre une perte d’ajustement compétitif. Au niveau économique, un rebond limité de l’activité est attendu. Au niveau politique, les conséquences des effets pervers des ajustements économiques par dépréciation salariale sont (malheureusement) connues. Pour différents pays (Grèce, Italie, Portugal, Espagne) la sortie de l’Euro cesse d’être un choix pour devenir l’unique stratégie de retour compétitif.
La politique du QE (Quantitative Easing) est une aberration économique. Nous sommes en train de perdre le contrôle de nos différentes politiques économiques.
Le Japon finance un déficit depuis 20 ans par émission monétaire. Le ratio dette/PIB dépassant désormais 240%, implique une fin prévisible : un effondrement monétaire. Le Japon est en outre un bon exemple de comparaison car il est en avance de situation démographique par rapport aux pays de l’Union européenne et aux pays de la zone euro. L’Union européenne commence à vieillir. Le Japon n’a pas accepté de faire le constat économique de son vieillissement démographique. L’Union européenne peut encore le faire.
Le pilier de la croissance économique repose au 2/3 sur la consommation. Une demande est alimentée par un besoin, un désir. Or, une population qui vieillit, consomme moins. Une population vieillissante signifie donc moins de consommation, impliquant donc aussi une croissance économique faible.
Il ne suffit pas de la décrire ou de le comprendre. Il nous faut adapter la soutenabilité de notre modèle de développement à celui de notre croissance économique. Ce qui revient à dire qu’il faut diminuer les dépenses publiques car sinon ce dernier devient structurel et chronique au détriment de l’avenir.
Au niveau boursier, il convient de prévoir un vaste mouvement de consolidation (OPA) afin d’assurer un développement externe par l’atonie de la croissance interne du CA des sociétés. Les banques centrales investissent de la monnaie par le biais de QE dans le seul but d’éviter un effondrement des marchés financiers. De ce fait, il n’y a plus aucune correspondance entre les résultats des entreprises et les valeurs boursières de ces mêmes entreprises.
L’indice français comme l’indice allemand est au plus haut ainsi que celui de wall street. Le Nikkei japonais a franchi les 20 000 points alors même que la monnaie japonaise s’effondre. Nous atteignons les limites d’un système boursier mis en place en 2009. A titre d’illustration, les entreprises américaines distribuent actuellement davantage de dividendes qu’elles ne réalisent de profits. Elles n’investissent que modérément, préférant racheter leurs propres titres.
Pour résumer, nous sommes au niveau économique comme au niveau boursier dans une fuite en avant. Nous gagnons du temps en maintenant haut les marchés financiers. Une bascule (correction) de la bourse, à commencer par la bourse américaine, est probable.
Les banques grecques sont confrontées depuis le début de l’année à une fuite massive de capitaux : 27 milliards d’euros en janvier 2015 soit avant l’arrivée au pouvoir de Syriza ; 15 milliards d’euros en février 2015 (soit pour ce seul mois, 7,5% du PIB qui a fui). Cette fuite des capitaux, au-delà de son impact fiscal, provoque un asséchement des liquidités dans l’économie, et risque de faire sauter en cascade les banques grecques.
La Grèce est en faillite. Dette publique : 315,509 milliards d’euros, soit 176 % du PIB. Les banques privées grecques sont en faillite. La Banque centrale de Grèce est gavée d’obligations de l’Etat grec, mais ces obligations d’État ne seront jamais remboursées. En clair : la Banque centrale de Grèce est en faillite. La Grèce est en défaut.
Véritable schéma de Ponzi, seule solution pour tenir encore quelques semaines de plus, au moins jusqu’en juin : il faut que l’Union Européenne prête en urgence quelques milliards d’euros supplémentaires à la Grèce !
Alexis Tsipras a averti par lettre en date du 15 mars Angela Merkel qu’il serait impossible pour Athènes d’assurer le service de la dette d’ici les prochaines semaines si l’UE ne distribuait pas à court terme une assistance financière au pays. « Étant donné que la Grèce n’a pas accès aux marchés financiers et en vue des pics attendus dans nos échéances de dette au printemps et à l’été… il est clair que les restrictions particulières de la BCE combinées à des retards de versement rendraient impossible pour tout gouvernement d’assurer le service de sa dette ».
Le bras de fer entre l’Eurogroupe et le gouvernement grec vise à faire plier ce dernier par cet étranglement monétaire et à faire perdurer une dépendance de la Grèce aux aides de l’Eurogroupe et de la BCE, voulant ainsi définir une défaite politique du gouvernement Tsypras (dangereux) tandis que dernier joue contre l’Allemagne la carte Podemos avec les prochaines échéances espagnoles.
La Grèce doit mettre en place rapidement un contrôle des capitaux mais en ayant conscience que cette mesure ne réglera pas l’asséchement des liquidités. Cette mesure, proposée par l’Eurogroupe se situe hors cadre juridique des accords euro ; mais un cadre juridique de « force majeure » le permet à l’instar de ce qui fut réalisée en 2013 à Chypre. Mais, de ce fait, l’Eurogroupe reconnait aussi que le gouvernement Tsypras peut prendre tout aussi légalement des mesures « de force majeure » hors cadre juridique des accords euro, comme une « renationalisation » provisoire (6 mois ?) de la Banque Centrale Grecque émettant ses propres euros…
L’Eurogroupe serait mis en face d’un choix stratégique : accepter l’émission d’euros grecs, soit les interdire de circuler hors Grèce, reconnaissant alors de facto un défaut grec… Un défaut de la Grèce sur sa dette ne serait pas catastrophique pour ce pays. La Grèce dispose d’un excédent budgétaire (hors paiements de la dette), d’un solde commercial positif. En cas de défaut, la monnaie Grèce sera mécaniquement dépréciée, favorisant un retour d’investissements étrangers et un regain touristique.
La problématique Grecque est jugée sur un mauvais plan de part et d’autre (Eurogroupe et Varoufakis) en se contentant d’utiliser une grille « théorie des jeux ». Le cadre de référence devrait être un cadre politique (donc stratégique). Toutes mesures que peut prendre la Grèce se situe dans un cadre « d’exception ». Ce dernier peut se situer dans le respect des normes, soit en contrevenant aux normes. Si nous nous contentons d’une théorie des jeux, nous omettons (consciemment ou inconsciemment) la dynamique stratégique : la démonstration politique du gouvernement Tsypras qu’il est souverain en dernier ressort de son pays, et pas l’Eurogroupe !
Les conséquences politiques d’une telle décision : une Grèce hors zone euro, c’est une Grèce qui se tournera vers la Russie avec affirmation souveraine. Un tag se retrouve régulièrement actuellement sur les murs en Grèce, Ελευθερία ή θάνατος (« La liberté ou la mort »), devise de la Grèce née lors de la révolution nationale de 1821.
Mais, au-delà, pour la zone euro, ne pas entrevoir les conséquences stratégiques est tout aussi dangereux. La sortie de la Grèce de la zone euro ne sera pas sans conséquences financières (douloureuses) ni sans répercutions : l’Espagne, le Portugal et l’Italie pointent déjà.

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transtensions géoéconomiques


En cette fin d’année 2013, prenons le temps de réaliser un tour d’horizon des données et perspectives géoéconomiques des Etats-Unis, du Japon, de l’Union européenne et projetons-nous ensuite sur les attendus de la situation Française….

Aux Etats-Unis, les derniers chiffres du chômage sont officiellement bons : 7%. Mais si nous analysons l’évolution démographique américaine entre novembre 2012 et novembre 2013, ce sont 2,4 millions d’américains qui entrent dans la vie active selon la pyramide des âges et les statistiques migratoires… Or, les chiffres officiels de la part de population active américaine pour la même période sont en baisse de 500 000 américains, soit 2,9 millions d’américains qui, en un an, ont disparu des statistiques de l’emploi….. Si nous les réintégrons, le taux de chômage est alors de 11,5%…. et si nous intégrons les temps partiels nous atteignons les 15,6% !!!!!

Les Etats-Unis font faire défaut. Les conséquences à terme au niveau stratégique sont désormais évidente : non seulement un repli stratégique américain est inéluctable, mais plus encore les Etats-Unis ne respecterons désormais aucun engagement passé…

Au Japon, les derniers chiffres officiels sont mauvais avec notamment un taux de croissance de 0,3%… Or ce taux provient exclusivement de dépenses publiques donc en réalité de dettes supplémentaires…. 250% du PIB japonais de dettes ! Et désormais, il faut 7 euros de dépenses publiques pour produire 1 euro de croissance ! Le déficit commercial se creuse, la déflation se poursuit, ainsi que la dépréciation du yen face à l’euro comme au dollar. Certes, le plan de reconstruction d’infrastructures dans les zones du nord-est soutient le secteur du bâtiment. Tant que le Japon n’aura pas fait défaut, l’économie japonaise ne pourra pas repartir… et ce n’est pas l’annonce d’un nouveau plan d’injection de liquidités de 40 milliards qui modifiera la donne…. le problème n’est pas un manque de liquidités mais un problème de solvabilité….. Il est intéressant de comparer cela avec l’Islande qui vient de rendre solvable une partie des dettes des ménages….

Au niveau européen, quelques données inquiétantes (sans nous attarder sur celles issues des fameuses données PMI… enquêtes plus que données). D’abord au niveau économique, nous notons en moyenne zone euro une baisse de 2,1% des prêts aux entreprises.  Pour l’Espagne, le crédit au secteur privé a baissé de 19,3 % (entreprises) et de 5% (ménages). Pour le Portugal, cette part ménages a baissé de 6% et de 7,7% en Italie…. En France, si le Ministre de l’économie indique toujours que la croissance est de retour, il convient de regarder de près notre situation. L’augmentation de 0,2% de la consommation a compensée la baisse de 0,6% des investissements. Tandis que le commerce extérieur contribuait négativement (-0,7 point), la hausse des stocks a permis d’obtenir 0,5 point de croissance… Ce qui veut dire en réalité qu’à stock égal, le PIB de la France a diminué de 0,6% !

La situation des pays de la zone euro est donc dramatique. Nous achetons du temps depuis maintenant 5 années ;  nous achetons de plus en plus cher un temps de plus en plus court. Pour la zone euro, s’il apparaît nécessaire à beaucoup d’avoir une stratégie coopérative, une question fondamentale perdure : qui paye ?

La Grèce ne paiera pas ses dettes, comme d’autres pays. L’Italie, l’Espagne, le Portugal s’interrogent… Nous allons donc là aussi vers un défaut partiel au minimum, voire davantage, car en zone euro, nous ne pouvons payer en « monnaie de singe » comme actuellement le japon et les Etats-Unis le font…. Une bataille diplomatique et économique vient donc d’être lancée par la Commission (procédure initiée contre l’Allemagne), dont l’objectif est de faire « plier » l’Allemagne.  Soit les pays du sud explosent ou quittent la zone euro, soit nous resolvabilisons ces Etats dont la France par le biais d’impression monétaire ce que refuse l’Allemagne…  les économies de la zone divergent et les forces / dynamiques s’opposent.

De même, tous les pays ne peuvent tenter de bâtir leur croissance sur les exportations en zone euro via une baisse des salaires… D’abord parce que ces politiques (Espagne, Grèce, Portugal, Italie, …) entraînent des politiques déflationnistes…. Nous sommes en zone euro désormais en déflation. Forte pression déflationniste en Europe. Plus encore, cette pression devient structurelle et non plus conjoncturelle. Ensuite car nous n’avons pas intégré l’essentiel de la problématique : la crise n’est que le bruit d’une mutation profonde. Certains d’entre nos responsables estiment toujours que nous sommes face à une simple crise, et donc que la croissance reviendra naturellement très vite, très tôt…. Etrange raisonnement qui dure depuis 5 années. L’état final ne ressemblera en rien en l’état initial. La croissance ne viendra pas.

Le taux de chômage des jeunes en Espagne est officiellement de 57,4% et de 58% en Grèce (pour un taux de chômage global de 27%) ! Laurent Pinsolle sur son blog gaulliste libre (http://www.gaullistelibre.com/ – de nombreuses données de cet article sont issues de son blog) donne des chiffres pour l’année 2012 particulièrement inquiétant : « le nombre de suicides a augmenté de 26%. Médecins du Monde s’alarme du fait que près de 30% de la population vit désormais sans couverture sociale, avec une baisse des vaccinations et une augmentation de 21% des embryons morts nés. On peut également rappeler que le PIB a baissé de 25%, le pouvoir d’achat de la population de 40%, que le taux de chômage dépasse 25% et même 50% pour les jeunes, que le SMIC a été baissé de 22%, et même 32% pour les jeunes et enfin qu’1% de la population a quitté le pays en 2011 ! »…

De ce simple fait, soyons clairs : au sud du continent, non seulement la Grèce mais plus encore l’Espagne comme l’Italie peuvent désormais quitter la zone euro ! Au nord, l’Allemagne est en position de le faire. Car les deux politiques divergent : une politique monétaire adaptée aux pays du sud est destructrice de valeur pour l’Allemagne tandis qu’une politique monétaire adaptée à l’Allemagne est destructrice pour l’économie des pays du Sud… Bref, la politique monétaire commune n’est pas adaptée à l’ensemble de la zone euro ! De même, ne rêvons pas, les conditions macroéconomiques d’une union monétaire entre l’Allemagne et la zone euro ne sont pas réunies, et ce, malgré toutes les belles déclarations suite à l’accord sur l’union bancaire !

Il est intéressant de noter que différentes analystes économiques envisagent désormais le fait que l’Allemagne puisse raisonnablement quitter l’euro  même si les Allemands ne veulent pas en prendre l’initiative (notamment dernière étude de Patrick Artus de Natixis). Pour ce dernier, l’Allemagne devrait sortir de l’euro au regard de l’asymétrie des cycles entre l’Allemagne et le reste de la zone euro, l’affaiblissement des liens économiques entre l’Allemagne et les pays de la zone euro…  la crise de la zone euro a poussé l’Allemagne à développer son commerce extérieur hors zone euro. Ce qui implique aussi que pour conserver l’euro, il nous faut accepter la concentration croissante de l’industrie et des services en Allemagne avec les flux migratoires associés !!!! Ce qui est inacceptable. Comme est inconcevable le fait que tous les pays se lancent dans une politique économique basée sur l’exportation massive alors même que tous les pays voient leurs économies se contracter et leur demande intérieure se réduire !

Face à ces données inquiétantes, comment réagissent les marchés et les places boursières ? De manière totalement déconnectées de la réalité… Les commentateurs ne parlent que des marchés financiers… pas de l’économie… Logique, car les QE ne servent pas à l’économie mais aux seuls marchés financiers… Les niveaux de valorisation ne correspondent pas à la réalité. Une déroute boursière est à prévoir et pas seulement sur le marché action mais plus certainement (et plus inquiétant) sur le marché obligataire…. A titre illustratif, la BNP a des encours à hauteur de 48 000 milliards d’euros…. Quels fonds propres en face ? Autre exemple  que celui de la volonté de différentes aires géographiques de définir des monnaies communes : Koweït, Qatar, Bahreïn, Arabie Saoudite d’une part, mais aussi Kenya, Ouganda, Tanzanie, Rwanda et Burundi en Afrique… Autre exemple encore les transferts massifs d’or vers l’Asie via Hong-Kong… Autre exemple toujours, l’engouement pour les Bitcoins, qui démontre avant tout la suspicion envers les monnaies traditionnelles et la crainte d’un effondrement monétaire.

Il en est bien davantage au niveau de l’effondrement social….

Deux enquêtes (publiées semaine dernière) montrent que la situation économique et sociale se dégrade au nord de l’UE, y compris hors zone euro, et non plus uniquement dans les pays du sud de l’UE…. Ainsi l’enquête des médecins britanniques notant une nette augmentation des personnes hospitalisées pour malnutrition…. Au-delà, c’est bien sur le recensement des personnes bénéficiant de l’aide alimentaire (18% de la population américaine pour avoir un point de comparaison). En Grande-Bretagne, en quatre ans (2008 – 2012) nous sommes passés de 26 000 personnes bénéficiant de cette aide à 347 000 !  De plus en plus d’enfants sont concernés. En Grèce, aucun chiffre national n’est disponible, seuls des chiffres régionaux existent indiquant que dans certaines régions le taux d’insécurité alimentaire atteint les 60% ! En Espagne, 22% de la population vit officiellement sous le seuil de pauvreté et l’aide alimentaire concerne désormais directement 2,5 millions de personnes (sur une population totale de 47 millions) contre seulement 0,5 en 2008 ! Plus encore, le choc a été rude de découvrir pour les espagnols qu’il était désormais nécessaire d’ouvrir les cantines scolaires pendant les vacances afin d’offrir un repas complet par jour à des milliers d’enfants ! En Italie, avant 2012 aucune aide alimentaire n’était distribuée par la Croix Rouge. En 2012, ils sont 378 000 personnes ! En France, plus de 9 millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté et 4 millions vivent d’aide alimentaire soit 16,5% de la population !

La situation économique et sociale s’aggrave donc et les décisions devant être prises seront avant tout politiques. En Italie, comme au Portugal, on s’interroge politiquement sur la dette publique et sur la nécessité de rester dans l’euro. Aux Pays-Bas, en France, en Grèce, les élections de 2014 verront de nombreux députés euro-critiques élus…  La Grande-Bretagne a remis en 2017 un vote sur la question européenne. En Allemagne, la coalition gouvernementale avec le SPD refuse à la fois davantage de solidarité envers les autres Etats et les euro-obligations. Plus encore dans le texte de l’accord de gouvernement entre les deux formations politique, est proposé qu’à l’avenir les plans d’aide aux autres Etats s’accompagnent obligatoirement d’une participation des pays aidés, bref d’une mise en application du précédent / modèle chypriote, à savoir la saisie de l’épargne…

Nous assistons donc partout à la montée de responsables politiques que nous nommons avec erreur populistes (Renzi et Berlusconi, Beppe Grillo, Marine Le Pen, etc…) mais aussi bien plus loin que la zone euro (Aam Admi Party en Inde, le parti du citoyen ordinaire)…. Avec erreur car les populistes, ce sont les peuples qui se sentent dominés, exclus, démunis, trahis, perdus, angoissés et en insécurité sociale, culturelle, physique, alimentaire, éducative et professionnelle y compris vis-à-vis de leur propres avenirs… bref, les populistes se sont ceux qui souffrent le martyr aujourd’hui confrontés qu’ils sont à la réalité…. en aucun cas, il ne convient de les stigmatiser car la dimension sociale est plus clivante que la dimension politique.

Le social c’est l’abandon des chiffres et le retour de l’humain, c’est la dignité de la personne vivant de son travail, fière de ce dernier comme de l’éducation qu’elle peut octroyer à ces enfants ; le social c’est la fatigue d’une journée de travail qui se termine dans la dignité d’un chez soi décent ; le social c’est la sécurité des personnes qu’elle soit culturelle, alimentaire, énergétique, professionnelle (nous devons sécuriser les personnes, pas les emplois), physique ou éducative ; le social c’est de vrais moyens de transports permettant de relier les centre urbains aux populations périurbaines….

Le FN devient un parti de laissés pour compte et donc devient de plus en plus porteur d’un simple message social dans une déliquescence du pouvoir politique ! De là, aussi l’aspiration dans l’opinion publique au renouvellement complet du personnel politique. En France, nous mesurons chaque jour le rejet de notre exécutif. Or, zéro désir de droite dans ce rejet de notre exécutif, mais bien une volonté sociale (les fractures françaises) de modifier le système…. Face à une formidable défiance envers la classe politique dans son ensemble et les « élites ».  Comment le peuple pourrait-il ne pas manifester ce dégoût de la politique et de la classe politique dans son ensemble lorsqu’il constate les rentes de situation de ce personnel politique qui ne vise qu’à se recaser par simple cooptation (Harlem Désir pour la troisième fois tête de liste aux élections européennes …. MAM et Morano pour l’UMP, ….). La parole politique souffre donc d’un discrédit absolu…. Les Français, comme d’autres peuples dans le monde non seulement ne croient plus en l’autorité politique mais ils commencent à ne plus écouter personne… Et dans les difficultés, de plus en plus, les batailles se livrent hors du champ politique mais se multiplient et se développent dans le champ social (sur le terrain sociétal).

Que comprendre au final ? Tous les grands avantages acquis, y compris sociaux, ont été pensés et réalisés durant des périodes durables de croissances fortes. Nous ne sommes plus dans ce cadre. Les possibilités ne sont plus les mêmes sachant que dans un horizon court et moyen terme, nous n’aurons plus de forte croissance. Alors quelle alternative ? Celle d’un retour aux fondamentaux et d’un discours social fort mais réaliste appelant aux sueurs et aux larmes car il n’existe pas de solution miracle et de court terme…juste un chemin pavé d’obstacles que nous devons surmonter ensemble (la Nation) car nous nous en sortirons ensemble ou pas du tout ! La France est une nouvelle fois face à son destin, celui d’abord de sa propre volonté !

Lignes stratégiques…


Point de situation économique
Au niveau mondial, différents signaux montrent qu’une aggravation de la crise est là. L’Union européenne est en récession, la Chine voit son économie se contracter en parallèle de l’apparition d’une bulle de crédit. Un effondrement total de la monnaie japonaise est à prévoir. Les propos du Ministre de l’économie japonaise, sont à la fois, les confirmations de nos précédentes analyses et l’annonce de ce qui va suivre. Il risque fort d’en être de même aux Etats-Unis. L’économie américaine est sous transfert monétaire massif (injection de liquidités qui soutiennent l’activité). Si ces injections massives de liquidités cessent, l’économie américaine s’effondre ; alors même que la plupart des indicateurs américains sont au rouge.
Plus encore, nous sommes face à une bulle obligataire de plusieurs milliers de milliards de dollars. Les dettes japonaises (230% du PIB) comme els dettes américaines changent de main. Désormais les dettes hypothécaires sont aux mains des banques qui détournent les marchés, y compris en vendant leurs stocks d’or et en faisant chuter ainsi les cours. Mais attention, il y a désormais un découplage entre l’or-papier et l’or-physique… Les marchés financiers sont à des niveaux sans correspondance avec les fondamentaux économiques. L’ayant bien compris la Chine tente d’acheter massivement via Hong-Kong de l’or physique (stratégie de sortie de l’ère dollar ? internationalisation future du Yuan ? précaution de crise de liquidités à venir ?).
La seule certitude est que différents pays tentent de définir un nouveau système mondial plus conforme à leurs vœux, notamment un monde économique hors dollar…

Zone Euro : scénarii possible
1- Approfondissement de la crise
Dépression économique. Absence de croissance. Absence d’investissements. Fuite des capitaux et des cerveaux. Tensions sociales fortes et montée des mouvements politiques contestataires.
2- Eclatement de la zone
Aggravation de la situation économique dans de nombreux pays dont la France. Absence de politique économique et énergétique européenne. Contestation de l’Union européenne qui ne constitue plus un rêve au niveau des peuples européens, et au niveau des aspirations extérieures. Dépréciation stratégique de l’UE face à la Russie, à la Chine, Etats-Unis mais aussi face à de nombreux pays comme l’Inde et le Brésil. Tensions sociales incontrôlables et montée des mouvements politiques européens contestataires avec remise en cause des institutions européennes.
3- Création d’un Union européenne à différentes vitesses et différents cercles.
UE à géométrie variable avec constitution d’un noyau dur européen. Nécessité de définir l’accord politique autour du noyau. France-Allemagne ? Scénario supposant une forte entente Franco-allemande.
4- Saut fédéral
Mutualisation des dettes et transferts importants. Mais accords politiques et abandons de souveraineté importants notamment budgétaires.
5- Dissolution ordonnée de la zone euro.
Mise en place de mécanismes de concertation et flexibilité monétaire face à une zone euro dysfonctionnelle (Irlande 120% PIB de dette ; Portugal supérieur à 100% ; Italie 130% PIB de dettes)

Le sort de la France ; à moins de réformes structurelles importantes ; ne lui appartient plus mais appartient au nord à l’Allemagne (et à son acceptation de poursuivre des transferts massifs), et au sud à l’Italie et à l’Espagne (en espérant que ces deux pays décident de rester dans la zone euro).

Who’s next ?


A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles disent certains sans se rendre compte à la fois de l’aberration de la situation, l’aberration des décisions souhaitées, l’aberration de leurs propres propos… Certes, la mesure est plus efficace que l’impôt, surtout si ces derniers ne rentrent pas, ne rentrent plus. Mais de quoi parlons-nous en réalité ? De la confiscation d’un bien de propriété par des responsables politiques, non-élus, qui à l’évidence possèdent une vision très floue de la réalité en n’hésitant pas à faire de la prédation… Nous sommes bien dans une crise politique avant d’être dans une crise économique ou financière….
Taxer les dépôts bancaires, revenir sur les garanties par le biais d’une destruction planifiée du principe de confiance constitue pour différentes personnes la meilleure solution ; oubliant qu’il ne peut y avoir de petit dans l’application des principes… Trop fort avec les faibles, trop faibles avec les forts, l’union européenne rompt avec l’état de droit (à contrario des propos de Jacques Attali)… et avec la démocratie. Ce que nous nommons dictature aujourd’hui, certains désirent le nommer demain pudiquement bonne gouvernance ! Le déni démocratique est redoutable…
Chypre, exemple et modèle des solutions à venir ? Désormais à genoux, entrant en récession, Chypre repousse jour après jour la réouverture des guichets bancaires par crainte de l’irrémédiable suite à venir : la panique financière…
Chypre a intégré la zone euro en 2008, donc point aujourd’hui de découverte…. Certes, la Russie mais aussi l’oligarchie chinoise utilisent les banques chypriotes pour faire des allers retours, c’est-à-dire du blanchiment…. Mais les pertes de Chypre viennent en partie du financement des dettes grecques. Chypre peut être vue comme un système réduit, local, du système financier mondial. Prendre des libertés avec les principes mais aussi la réalité parce que le système est analysé comme petit, local, réduit constitue une erreur grave et revient à ne pas comprendre la contamination de l’ensemble du système.
De fait, l’Union européenne n’a pas été un facteur d’apaisement, mais facteur aggravant de la crise. L’Union européenne a aggravé la situation en faisant une erreur majeure que celle de menacer les dépôts. Il est fascinant de constater avec quelle facilité les politiques font n’importe quoi… Les responsables politiques ouvrent actuellement des possibilités sans en mesurer les conséquences…La zone euro sans Chypre sera la démonstration que la boîte de Pandore est ouverte (ou l’a été)… terra ignognita…. La contagion chypriote à la Grèce, voir à d’autres pays européens dont la France est fort possible.
Le doute sur l’Euro change aussi de nature. De fait, nous passons en quelque sorte d’un doute de solvabilité à un doute de crédibilité de dépôt. Nous sommes dans le champ des perceptions. Il faut donc certes (re) gouverner Chypre, mais tout autant revoir la gouvernance de différentes prises de décisions tant au FMI qu’au niveau de Bruxelles, et des pays membres.
Une détestation de l’Allemagne pointe son nez sur le continent européen. Les images circulant en Espagne, au Portugal, en Grèce, à Chypre sont de ce point de vue inquiétant. Détestation et isolement politique. Il faut que la France « raccroche les wagons » avec l’Allemagne sous peine de voir voler en éclat l’Union… Le niveau de la colère est assourdissant mais personne ne l’entend… demain, les plus en colères iront voter associant vote de protestation, vote d’adhésion et vote d’abstention qui feront exploser le système…. Crainte de tous envers tous… sorte de rupture du contrat hobbesien.
Mais là aussi se pose d’emblée des questions majeures. Quelle Union européenne défendre ? Pour quel projet ? Bref, une Union Européenne pour quoi faire demain ? L’union européenne se vide, peu à peu, à chaque crise et à chaque inefficience, de sa substance… L’union européenne se satisfait de peu… de bien peu… de trop peu demain face aux peuples car elle ne construit rien et n’offre aucune perspective que celle de se survivre à elle-même. En ce sens, il est urgent de proposer Politiquement une modification du cadre de référence européen.
L’urgence est là, en Europe comme ailleurs. La dette est partout… 2 600 milliards d’euros de dettes en France pour 2 000 milliards d’euros de dépôts et 2 milliards d’euros de garantie de dépôts…15 000 milliards d’euros de dettes au Japon pour 8 000 milliards d’euros de dépôts…. 260 milliards d’euros de dettes au Portugal pour 160 milliards d’euros de dépôts. Ne nous voilons pas la face, ne masquons pas la réalité : il y aura défaut de paiement !

Désillusion sociale… et tensions politiques


Le 20 février, après dix jours de manifestations contre la pauvreté, émaillées de violences, le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov, a déposé sa démission au Parlement. Ces manifestations ont été déclenchées par la hausse brutale des factures d’électricité en janvier (les prix de l’électricité ont en fait augmenté de 13% en juillet dernier, mais l’impact de la mesure n’a été ressenti qu’au début de l’hiver). D’une façon plus générale, on peut considérer que c’est la crise économique et sa politique d’austérité, qui ont eu raison du gouvernement bulgare. En effet, la colère des Bulgares résulte avant tout de la hausse de la pauvreté dans tout le pays (salaire moyen mensuel à 800 levs soit 410 euros) et d’un taux de chômage atteignant 11.9%.
L’Italie est dans une impasse politique avec une Chambre des députés, à gauche et un Sénat sans réelle majorité. Certes, la gauche est majoritaire en nombre de voix et le centre-gauche de Pier Luigi Bersani est le parti vainqueur. Mais l’écart de voix entre le centre gauche et la droite de Berlusconi est très faible. A la Chambre des députés, au regard de la loi électorale qui donne une « prime » de 54% à la formation arrivant en tête, le nombre de sièges devrait se répartir entre 340 sièges pour la gauche et 290 pour la droite. Au sénat, en vertu de règles électorales différentes (prime de majorité par région), la gauche (malgré plus de voix) serait loin de la majorité absolue (158 sièges). Berlusconi, parti sous les huées fin 2011 est revenu à un haut niveau et ce en surfant sur les mesures impopulaires du gouvernement Monti. Monti ne remporte que 10% des voix dans chaque chambre et ne pourra assurer la grande coalition avec 17 à 20 sénateurs… A contrario, Beppe Grillo et son Mouvement 5 Etoiles (M5S) a surfé sur le mécontentement et le rejet grandissant de toute classe politique et obtient près de 25% des voix dans chacune de deux chambres et devient ainsi (provisoirement ?) la troisième force politique du pays… le populisme coïncide aussi en l’entrée d’un peuple en résistance contre ses élites selon Jacques Généreux… Le malaise social est là. La désillusion sociale aussi et elle sera fortement amplifiée dans les prochaines semaines et prochains mois… L’Italie est déprimée par la conjoncture économique et la récession (-2.2%), un pays perdant espoir dans son avenir… tout en possédant un excédent primaire… Aujourd’hui quasi-ingouvernable, certains risquent de choisir entre le pourrissement, la grande coalition éphémère ou le retour aux urnes afin de tenter de définir une nouvelle majorité…
En France, la gauche a porté lors de l’élection présidentielle d’immenses espoirs, tout particulièrement aux regards de l’entretien méticuleux du mensonge et de la démagogie. Elle déçoit donc très vite, y compris et surtout socialement, d’autant plus qu’elle a perdu son assise traditionnelle, mais en sus, elle s’enferme dans un déni de réalité… Alors que l’économie européenne et française ne peuvent plus être tirées par l’économie chinoise ou américaine, les prévisions économiques pour 2013 comme pour 2014 sont mauvaises : non seulement une croissance de l’ordre de 0,1% pour 2013 (je pense toujours que nous serons en récession comme pour l’ensemble de l’Union européenne), mais potentiellement une croissance 2014 de 0,4% (pour les prévisions les plus optimistes que je ne partage pas). Ce qui signifie donc, quasi mathématiquement, un déficit de l’ordre de 3,9% !!! Dès lors, l’exécutif français sera tenté (les premières annonces vont déjà en ce sens) à la fois d’instituer de nouveaux prélèvements et des mesures supplémentaires, conduisant à un effacement de tout potentiel de croissance et donc à une explosion du chômage, avec plus de 3,7 millions de chômeurs de catégorie A fin 2014 et plus de 5,6 millions toute catégorie confondue pour la France métropolitaine (plus de 6 millions si on y inclut les DOM-TOM). Ce double choc engendrera aussitôt une nouvelle contraction de la consommation comme une explosion des allocations à versées (dans l’hypothèse où ces dernières resteraient à niveau constant). Espérer un retour de croissance, même différé, pour fin 2013 ou pour 2014 semble illusoire…
Nous sommes désormais, conjointement, engagé dans une course vers le nivellement économique, voir demain vers une course à la dévaluation, ou pire, une course au défaut. Très clairement, malgré les différentes affirmations politiques, la zone euro risque fort au milieu de cette année 2013 ne plus pouvoir supporter le poids de la monnaie commune, encore monnaie unique pour quelque temps… Le désastre qui s’annonce est désormais d’une telle ampleur, que des mesures restrictives tant au niveau libre-échange que monétaire, voire d’urgences démocratiques pourraient voir le jour… La crise économique qui frappe l’Europe et le monde est en ce sens particulièrement inquiétante, car elle est, source d’une colère grandissante et profonde, d’une exaspération qui gagne tous les peuples… L’Union européenne était en charge d’assurer la paix… elle risque aujourd’hui d’engendrer non pas le mécontentement (cela est déjà fait) mais l’explosion sociale puis démocratique…
La société se stratifie avec des plafonds toujours plus résistants, rendant difficile toute évolution. Comme déjà dit, nous assistons à une baisse massive des revenus des ménages et à un déclassement du monde salarial, phénomène qui va en s’accélérant et dont la désindustrialisation est un symbole bien avant d’en être la cause, envoyant des millions de personnes à travers l’Union européenne vers la pauvreté. Face au sentiment de déclassement collectif mais d’abord perçu et vécu individuellement, face à la montée criante des inégalités, se pose la question fondamentale de la supportabilité, non seulement de nombreuses mesures, mais plus simplement, concrètement et réellement, des conditions de vie individuelles et familiales. En découle, ainsi, ces terribles tentatives d’immolation par le feu, que ce soit en France ou cette semaine en Espagne.
Nous assistons à une brutale et extrême régression économique et sociale, engendrant un sentiment d’abord diffus puis concret de désillusion sociale. Cette désillusion sociale, déjà forte en Europe comme en France va engendrer une explosion sociale, que malheureusement le gouvernement actuel fait sourdement monter… La désillusion sociale, c’est le cri de douleur de tous ceux qui n’ont plus rien ; de tous ceux qui souffre et dont la sécurité (professionnelle, alimentaire, culturelle, …) n’est plus assurée et que le reste de la collectivité ignore ; c’est l’abandon des dépossédés et l’angoisse de ceux qui redoutent de l’être ; c’est la servitude quotidienne de certains pour une vie que l’on ne maîtrise plus ; c’est aussi simplement le « non » jaillissant des poitrines des nouveaux gueux et des peuples à qui l’on a toujours exigé de dire « oui »… La désillusion sociale n’est pas le déni ou le refus de la réalité tragique de la vie humaine, c’est l’affirmation que transcendant cette tragédie, la vie à un sens commun et que le bien-être/bonheur existe… et notamment celui de l’appartenance du citoyen libre à une communauté de destin « le seul bien de ceux qui n’en ont pas » (Jean Jaurès) ; désormais mis à mal au profit d’une somme d’individus fier de leurs individualités…

Faux débats, vrais sujets…


Notre modèle de vie, ce que nombres de commentateurs nomment modèle de société n’est pas compatible avec d’autres modèles dans une même zone… De ce constat simple découle une cruelle vérité : pourquoi une union monétaire et une mutualisation des dettes ? La France vit dans une bulle confortable : pas de véritable baisse du pouvoir d’achat, retraites préservées, aides sociales, santé, …les Français n’ont pas le sentiment d’une crise catastrophique. Ont-ils conscience des ajustements nécessaires, des décrochages économiques, mais aussi du probable défaut de certains organismes financiers européens ? La France doit profiter – rapidement – du reste de crédit que les marchés financiers lui accordent pour prendre les mesures qui s’imposent…
Or, la France veut régler les problèmes de la zone euro avec le crédit de l’Allemagne, ce que, bien évidemment, les Allemands ne veulent pas… Mais, lorsque Merckel prend Cameron à témoin, il ne s’agit pas d’un changement d’alliance ni de la fin du couple Franco-allemand… Elle ne fait qu’indiquer à François Hollande qu’elle peut, elle aussi, modifier la donne. En réalité, la France et l’Allemagne sont indissociables dans le rétablissement de la confiance à l’échelle européenne, alors même que le périmètre de la zone euro va être repensé… Crise des subprimes, crise financière, crise des dettes souveraines, crise de la disparité de la zone euro…nous sommes entrés désormais dans une crise de l’euro… L’implosion de la zone euro viendra (ou pas) de l’implosion du système bancaire…
Différents pays du sud tentent de faire chanter l’Allemagne au risque de faire imploser / exploser l’ensemble du système européen. En Europe, l’Espagne est en ligne de mire, l’Italie sera prochainement attaquée, alors que l’Allemagne va connaître à son tour une pression bancaire et que la France constitue autant le maillon faible que le pays pivot. Nous pouvons anticiper que l’Allemagne sera mise en difficulté à l’automne ; la France avant…
Nous devons regarder la réalité, y compris lorsqu’elle est désagréable…. Le rapport de forces entre européens se tend tandis que le consensus politique disparaît… L’une des questions fondamentales qui se pose aujourd’hui concerne la capacité des sociétés européennes à supporter un certain nombre de tensions… L’union européenne est dans un processus régressif… La liberté est fragile : les quatre libertés du marché unique (biens, personnes, capitaux, services) mais plus encore les libertés fondamentales… L’union européenne peut-elle sombrer ?
Le vote grec sera donc déterminant. Attention toutefois là à ne pas confondre rationalité et épreuve des faits. Il n’est pas rationnel d’imaginer que la Grèce quitte la zone euro ; cela ne signifie pour autant pas que cette sortie n’aura pas lieu… Et le cas ne sera pas isolé ; réaction en chaîne de défauts souverains de la Grèce à l’Espagne, de l’Italie au Portugal et à la France…de l’Europe à l’Amérique, mais aussi à l’Asie…
Parallèlement nous assistons à la fin de l’ère dollar (que Hong-Kong anticipe aussi). La puissance américaine, à l’instar de celles des pays composant la vieille Europe ; à défaut de redressement ; repose sur des bases déclinantes. Si la Russie se comporte relativement bien, les tendances à moyen terme sont elles aussi inquiétantes. La croissance ralentit en Asie et tout particulièrement en Chine. Comment interpréter la troisième baisse des réserves bancaires chinoises ? Sa production industrielle est, elle aussi, en forte diminution. Il en est de même en Inde. Au Brésil, la croissance ralentit aussi. Autant de zones économiques différentes dans lesquelles les modèles de croissance, sont, ou vont être, remis en cause…
Crise de modèles. Le monde ancien que nous avons créé est en train de disparaître. L’ancien monde meurt. Nouveaux modèles de croissance nécessaire mais aussi nouveaux modèles politiques. Le monde nouveau commence à naître… difficilement. Nous sommes au bout des solutions classiques. Il faut aller au-delà et aboutir. Les lames de fond sont là, autant de circonstances précipitant les rythmes politiques. Des secousses extrêmement importantes sont en cours. Il nous faut anticiper les difficultés à venir, alors que l’Union européenne réagit au jour le jour. Manque de vision stratégique de tous les responsables politiques et absence de gouvernance. Il ne faut plus penser à court terme politique, mais à long terme stratégique…
Les déclarations actuelles de nombreux responsables politiques européens sont à très court terme ; à un horizon de fin juin… malheureusement s’ouvrira dès le 27 et 28 juin une nouvelle séquence européenne dans laquelle des gages devront être donnés. En Grèce et en Espagne actuellement, comme en France durant la campagne présidentielle, nous assistons à l’entretien méticuleux du mensonge et donc à un déni de la démocratie…. Le saut ou le sursaut ne sera possible que par volonté politique. Ces politiques d’hier qui ont infantilisé les peuples, les manipulant, courent la planète, criant et instrumentalisant les événements afin de favoriser résignation, fatalisme, apathie, et pour certains, anesthésie des opinions publiques… Ces mêmes responsables, dans une sorte de charlatanisme agité, s’offusquent de la montée du populisme (de quelque bord qu’ils soient) qui n’est qu’illusion de mots et d’annonces…
Comment faire parvenir aux différents peuples le discours de vérité ? Sommes-nous à ce point naïfs pour croire être seuls à connaître des problèmes structuraux ? Sommes-nous à ce point aveugles pour ne pas reconnaître que ces problèmes, nous en sommes les créateurs ? ? Avons-nous encore du respect, y compris et d’abord vis-à-vis de nous-mêmes ? Christine Lagarde n’a, ni commis d’impair, ni tenu des propos choquants ; même si nous ne devons pas comparer les misères et pauvretés. Ce qui est choquant, ce sont les réactions de responsables politiques ; y compris de certains ex-candidats à la Présidentielle Française… Le spectacle que l’Union européenne, France en tête, offre au monde est totalement indécent !