Chut, il ne faut pas le dire…


Au Maghreb et Machrek, au-delà des révolutions arabes, AQMI (qui a rallié Al-Qaeda en septembre 2006) poursuit ses opérations et ne cesse de s’étendre : originaire de Kabylie, s’implantant au Maroc, en Tunisie, en Libye. On (re)découvre que ces branches les plus récentes comme Ansar Al Sharia (active en Libye) comptent des algériens dans ses rangs… Au Sahel, Ansar Dine et le MUJAO structure les différents mouvements islamistes, menant leurs opérations au Mali, au Niger… tandis que le MUJAO a officiellement fusionné en août 2013 avec le groupe de Belmokhtar pour donner naissance à une nouvelle structure : Al Mourabitoun qui s’est immédiatement mis sous les ordres d’Al-Qaeda tout en refusant d’être sous la direction d’AQMI… Ce mouvement, ne nous y trompons pas est certainement un mouvement en devenir dans toute la région sahélienne et en Libye ! Ce que démontrent aussi les récentes et discrètes opérations des forces spéciales algériennes en Libye (allièes aux forces américaines et françaises).
Au Nigeria et au Cameroun, Boko Haram, mouvement islamiste devenu mouvement djihadiste ne cesse de se consolider. Sa structure internationale, le mouvement Ansaru navigue entre deux eaux… y compris dans ses relations avec AQMI (2012 et 2013). Ce mouvement pourrait déstabiliser le RCA, le Cameroun dans son entier et le Niger.
En Afrique de l’Est, la situation se complexifie plus encore depuis la première apparition d’Al-Qaeda en décembre 1992 à Aden… Ne pas oublier l’ensemble de la Corne de l’Afrique déstabilisé (Soudan, Tanzanie, Ouganda) et au-delà le Yémen
Bref, nous constatons différents foyers multidirectionnel (Maghreb, Machrek, Sahel, Somalie, Afrique centrale, Corne de l’Afrique, Afrique de l’Est, Yémen, péninsule arabique, Syrie, Irak, …) tandis que les djihadistes inscrivent leurs actions locales dans un cadre global. Nous assistons donc à une convergence de ces crises sécuritaires qui s’alimentent les unes les autres, tant sur le continent africain qu’au Proche et Moyen-Orient…plaçant souvent la France en première ligne, et face auxquels nos capacités militaires et non-militaires sont trop limitées (avec en sus des budgets en constante diminution). Au-delà, comment ne pas constater aussi que nos alliés africains (Tchad, Mauritanie, Burkina, Niger, …) ne nous appuient pas, démontrant la nécessaire refondation de notre politique africaine…

Au-delà, l’actualité médiatique nous emmène vers l’Irak et l’EIIL. La situation en Irak n’a rien de surprenant, tant pour des raisons intérieures que pour des raisons géopolitiques. Le Premier ministre irakien Nouri Al-Maliki a évincé les sunnites de tous les postes de pouvoir politiques, de l’administration comme de l’armée en poursuivant la « débaassisation » initiée par les Etats-Unis et en ne s’entourant que de chiites… Nombres de cadres militaires sunnites sont ainsi allés augmenter les groupes djihadistes. Aujourd’hui l’armée irakienne, bien équipée, n’a aucune réelle valeur combattante. Les deux seules forces « militaires » capable de s’opposer aux groupes djihadistes est la milice de Moqtada al Sadr, aussi nommée l’armée du Mahdi ; et les forces kurdes de la région autonome du Kurdistan (sans réelles capacités offensives).
L’EIIL (Armée de l’Etat Islamique de l’Irak et du Levant) s’est formé par filiation avec Ansar Al-Islam et Al-Qaida en Irak (Abou Moussaab Al-Zarqaoui) en 2003 par financements de l’Arabie Saoudite… mais depuis la fin de l’année 2009 le Qatar a pris le contrôle du groupe via d’abondants financements, contraignant l’Arabie Saoudite à créer via ses propres services secrets un nouveau groupe, Jabhat Al-Nosra (qui a férocement combattu l’EIIL en Syrie)…
En 2013, avec l’arrivée à la tête du Qatar de Tamim Ben Hamad, le régime qatari a fortement diminué ses contributions à l’EIIL (repris en cela par nombres de donateurs privés, qataris et saoudiens). De même, en Arabie Saoudite, la mise à l’écart de Bandar Ben Sultan, a permis à une nouvelle ligne politique d’émerger : dialogue avec l’Iran chiite, restriction aux djihadistes, abandon du soutien aux Frères musulmans en Egypte…
L’EIIL se trouve aujourd’hui doté de moyens importants mais elle doit trouver des financements de substitution à ceux de ces mentors…. Mais ne dispose d’aucune structure politique, d’aucune organisation administrative à même de gérer des villes…
L’Iran devrait (logiquement) jouer le jeu du pourrissement (tout en intervenant ponctuellement via ses propres services) afin de démontrer qu’elle est bien une puissance régionale responsable à même de dialoguer avec les puissances occidentales sur ce sujet comme d’autres (le nucléaire n’est jamais bien loin). De ce fait, elle cherchera à apparaître, y compris aux yeux des irakiens, comme un recours (ultime ?)… mais pourrait intervenir afin de sanctuariser les sites chiites des villes de Najaf et Kerbela…
La Turquie se retrouve dans une situation beaucoup plus complexe. Ayant soutenu pour part certains groupes djihadistes en Syrie, la montée en puissance des Kurdes au sein du Kurdistan irakien n’est pas sans lui poser problèmes….

Scénarii possibles :
– Effondrement du pouvoir irakien, chute de Nouri Al-Maliki, affrontements entre la milice de Moqtada al Sadr et l’EIIL et sortent de partage nord (EIIL) sud (armée du Mahdi) de l’Irak… la position américaine est à ce titre assez « étrange »… leur « attentisme » jouant clairement le jeu de l’effondrement du pouvoir
– Affrontements communautaires violents dans les principales villes irakiennes dont Bagdad avec l’EIIL au nord (pour contrôler les routes du pétrole). La prise des villes est importante pour des questions de prestige mais aussi pour des questions tactiques (le terrain y est plus favorable au contrôle et restreint les capacités de frappes aériennes).
– Jeu « d’impuissances réciproques » (expression de Michel Goya) concrétisant une partition de fait en plusieurs zones

Dans tous les cas, sans une intervention forte et immédiate, l’EIIL va au minimum créer une zone grise d’insécurité permanente dans cette partie du PMO, aspirant de potentielles recrues étrangères au djihad…
Nous allons probablement vers la constitution d’une zone d’affrontements longs, dépassant le cadre géographique syrien, touchant désormais l’Irak et pouvant s’étendre à d’autres pays (Jordanie ?)…
Le « jeu » des pétromonarchies (Arabie Saoudite et Qatar en tête) est essentiel dans la problématique qu’elle soit en Irak mais aussi en Egypte, en Syrie, au Yémen, en Afrique, .., mais chut, il ne faut pas le dire….

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Cela n’a pas grande importance….


Un emploi du temps surchargé m’a tenu éloigné (trop longtemps) de ce blog…

Toutes les grandes voix de l’UMP (Raffarin, Juppé, MAM, JFC) ont fustigé tant la tribune Guaino-Wauquiez sur l’UE que le livre de Laurent Wauquiez (« Europe, tout doit changer »). Ces attaques sont intéressantes et instructives politiquement pour deux motifs.
D’abord dans les termes utilisés : « irresponsable », « stupide », « invraisemblable », « populiste ». Dès que l’on attaque la construction européenne (dans la forme comme dans le fond) ou que l’on pointe ses faiblesses ; bref dès que l’on exprime un désaccord, les noms d’oiseau pleuvent… l’attitude dogmatique d’interdire le débat et la réflexion démontrant avant tout la désertion politique : panne de projet européen, panne de projection politique, panne de dessein politique collectif… Tout le monde (à de trop rares exceptions) récite des « éléments de langage » sans véritable réflexion hors mode idéologique du politiquement correct.
Ensuite sur le fond, il existe une incapacité à faire la distinction entre les institutions/politiques européennes et la réalité européenne. Incapacité de penser et de comprendre que de critiquer le système européen et vouloir le modifier en profondeur c’est aussi d’abord être profondément européen et vouloir renforcer l’union européenne.
De ce fait, le clivage n’est plus entre pro et anti-européen (y compris au sein du FN et du FDG) mais entre gardiens du dogme/temple (pro-européen béat) et critiques trop souvent amalgamés aux destructeurs de l’union (ceux que nous nommons pudiquement eurosceptiques).
Toute la campagne a été de dire et/ou de dénoncer, jamais de faire !!! (À l’instar de la politique européenne). Nous devons construire une Europe forte et solidaire. Forte pour faire face aux risques du monde mais aussi forte pour saisir les opportunités qui en résultent. Solidaire pour les peuples qui composent cette Europe.
Le « marketing politique » s’est substitué à la pensée politique et donc à l’idéologie (comprise comme vision associée à une stratégie déterminant les relations sociales). Désormais, nous assistons à une inversion du sens : la pulsion domine l’attention et la raison. De ce fait, il y a une « consommation politique », à l’identique à celle du coca cola et à la formule célébre de l’ancien patron de TF1 : « mon travail c’est de vendre à coca cola du temps de cerveau disponible ». Et cette consommation politique ne peut que créer des « envies politiques »… pas des savoirs.
Proposer donc une voie, la seule possible : celle de l’efficacité face aux dogmatismes ! (des gardiens comme des destructeurs). Proposer un nouveau temps de l’union européenne, définir où est-ce que l’on veut aller, pourquoi, et avec quelle méthode… De là, faire 2 à 3 propositions concrètes et compréhensibles par le grand public ; c’est-à-dire proposer de faire le bilan, de construire l’avenir et de définir une méthode à employer pour y parvenir :
– Dresser un bilan complet des politiques communautaires (coûts vs avantages) ;
– Définir de grands projets (Europe de l’Energie, Europe du transport, Europe de la défense, Europe de la recherche, Europe de l’éducation, …) ;
– Mettre en place une Union à géométrie variable (associer sur la voie de l’intégration les pays qui le veulent et qui le peuvent).

Mais la France a pensé et voulu l’Europe à six puis à douze. Et, elle découvre en perte de vitesse et de vision une Europe élargie désormais à 28… Personne à l’étranger ne croit aux promesses de la France. Aucune décision annoncée depuis deux ans n’a été effectivement tenue… La France, désormais, se situe ni au Sud ni au Nord de l’Union européenne d’après les dernières déclarations de Bruxelles… Elle est ailleurs…