Réformes, budget et horizon


Le budget Français a été validé par Junkers à Bruxelles. Forme de blanc-seing… Euréka.
La France n’est pas Malte ou le Portugal… (sic). Nous (nous collectif représentant la France) allons valider deux années sous les 3% de déficit public nous permettant de sortir de la procédure de déficit excessif et nous procurant plus de marge de manœuvres dans les temps à venir. Gros souci à venir sur le CICE (20 + 20 milliards à trouver). Donc bonne nouvelle.

De fait, nous sommes entre gens polis et bien élevés. Certes, comme le dit Junkers, la France n’a pas sa place dans la procédure de déficit excessif, mais pour des raisons politiques, et ce afin de rééquilibrer le pouvoir en Europe (face à l’Allemagne). De fait, la dynamique de désintégration / éclatement de l’Union européenne se poursuit de manière douce et furtive, sans émotion. L’Autriche vient de basculer dans le camp des pays d’Europe centrale en opposition frontale avec la conception européenne traditionnelle (Europe de l’Ouest), y compris vis-à-vis des Allemands. Nous allons, au mieux, vers plusieurs Union européenne. Au pire : implosion et recomposition.

En regardant simplement au-delà au niveau économique, quelle lecture prospective ?

Notre budget ne va pas dans le bon sens, et pire, de manière évidente. Premier point, le plus important : le déficit de l’Etat augmente passant de 69 milliards en 2016 à 83 milliards d’euros pour 2018. Second point, la dépense publique augmente à nouveau en volume de 0.7%… On supprime 1600 emplois avec un objectif de 120 000 suppressions sur le quinquennat et les projections du Président Français. Et, de l’aveu même de nos dirigeants, notre déficit structurel reste à l’identique.

La croissance économique actuelle masque ces faits et notre situation reste relative… En Europe, l’Allemagne devrait se maintenir avec une croissance stable. Mais pas dans les autres pays : France, Italie, Espagne… Certes, en apparence, les chiffres économiques s’améliorent avec une croissance de 1.7%. Mais, cela reste un point en dessous de la croissance de 2007. Les prévisions pour 2018 sont inférieures à celle de 2017. Et celles de 2019 sont encore plus basses. Nous sommes à un « pic » de croissance, qui relativement n’est pas extraordinaire. Nous étions avant 2007 sous une moyenne tendancielle de 2.7% de croissance (contre 1.7% pour 2017 année considérée comme particulièrement bonne). La croissance va rechuter en 2018 et plus encore en 2019, nous ramenant en face de nos difficultés et de nos contradictions.
Triste réalité, la France n’a plus d’argent. Mais nous le masquons habilement. De la bonne communication à la Castagner : bref de la pub de lessive.
Nous pourrions faire un parallèle avec la Catalogne : pourquoi cette volonté de partir de l’Espagne alors même que tous les experts ne cessent de die que tout va mieux en Espagne. Idem pour l’Italie du Nord et l’Italie du Sud. Osons un parallèle géopolitique avec la courbe de Laffer : un ras-le-bol fiscal engendrant des conséquences géopolitiques : la solidarité ne fait plus recette.
Le chômage est-il en baisse ? Malheureusement pas. La perte d’un point de chômage vient simplement de la croissance de la population active. Certes, il ne faut pas confondre demandeurs d’emploi et chômeurs, mais si le taux de chômage baisse c’est essentiellement parce que la population active augmente plus vite. Ce qui pour autant ne remet pas en cause le fait qu’il y ait de la création d’emploi. Mais à quel coût ? (et pour quels résultats ?).

L’horizon de temps, est plutôt de 5 à 7 ans. En réalité, Emmanuel Macron se lie les mains à la conjoncture économique. Si la conjoncture économique est bonne d’ici 18 à 24 mois, on dira que Macron cela fonctionne. Si la conjoncture se retourne, on dira que Macron a échoué.

Pendant ce temps les indices boursiers « actions » continuent de battre des records, y compris en période de tension géopolitique, sans volatilité, démontrant bien leurs décorrélations totales avec la réalité. Plus encore, les enquêtes d’opinions économiques auprès des chefs d’entreprises sont bonnes, tandis que les chiffres économiques sont en réalité mauvais. Mais les marchés ne prennent en compte que les enquêtes d’opinions économiques dans une sorte d’euphorie béate. Réalité boursière totalement artificielle. Communication boursière. Communication financière. Communication économique. Communication politique. Les communications se rejoignent dans un attendu tragique : la fin prévisible est écrite et sera tragique.
De fait, les marchés boursiers ne montent que par les créations de liquidités des banques centrales, atteignant aujourd’hui dans le monde entier les plus hauts historiques. Ainsi l’indice de Shiller est plus haut aujourd’hui qu’il ne l’était avant la crise de 1929. Nous ne sommes pas encore sortis de la crise de 2008-2009. Nous sommes dans une bulle boursière. Et comme toute bulle, elle ne se dégonfle pas, elle explose…

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Penser l’impensable : le fait national-libéral


Ci-après une note rédigée en décembre 2016 suite à la victoire de Donald Trump pour un service gouvernemental Français.

Imprévisible élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis comme l’était l’imprévisible Brexit ! Imprévisible pour tous ceux qui refusent de penser l’impensable…
Lire une analyse et découvrir que le Brexit comme l’élection de Trump « ne se peut » car elle fait « figure de scandale » en dit long sur l’incompréhension du mouvement de fond et le refus de regarder en face la nouvelle réalité du monde. Pétrification idéologique, pétrification stratégique, qui conduisent à refuser le constat que dressait l’ambassadeur de France dans un tweet « tout est désormais possible » …
Trump et son entourage inquiètent… Certains analystes n’hésitent pas à décrier « la brutalité » du nouveau dirigeant, sa « violence verbale dans nos démocraties réglées », ou encore sa « dangereuse inculture » … Refusant cette réalité élective, ils espèrent d’abord un rejet de son élection par les grands électeurs, puis souhaiteront un impeachment… Les mêmes décrivent un « phénomène politique interne isolé » oubliant que si Trump remporte l’élection présidentielle américaine, la lame de fond électorale lui offre tout autant le Congrès (le Sénat et la Chambre des représentants), et, plus important encore, la Cour suprême.
Plutôt que de poursuivre les descriptions et jugements sommaires sur Trump, son style, sa coupe de cheveux, son équipe de campagne ou son entourage ; nous devrions nous interroger sur les raisons qui ont conduits tant les électeurs britanniques à produire le Brexit et les électeurs américains à produire Trump… car les deux phénomènes ont les mêmes origines et leurs conséquences géostratégiques sont de prime importance ; puis de là, tenter de nous projeter dans un avenir.

Une rupture du monde s’est produite en novembre 1989. La chute du mur de Berlin constitue, de manière symbolique mais aussi géopolitique, le début d’une période de transition. Un nouveau monde n’est pas né en 1991 au travers de l’affirmation d’un nouvel ordre mondial, ni même le 11 septembre 2001 ; car malgré les déclarations péremptoires, les démocraties n’ont pas changé le monde ! Bien, étonnamment, en 2016 avec la conjugaison du Brexit et de l’élection de Trump, se produit la rupture stratégique.
Depuis 1688 (Glorious Revolution), le monde anglo-saxon « fait » (détermine) le jeu mondial. Or, et c’est bien là l’important, les bouleversements se déroulent au cœur de ce monde anglo-saxon. Britanniques et américains ont rompu le consensus. Le Brexit, comme l’élection de Trump, c’est dire et affirmer vouloir faire autrement, et donc annonciateurs d’autres bouleversements. De là aussi, stratégiquement, la réaffirmation de l’Etat territorial. Une forme d’impérialisme américain d’un côté (forme d’Hégémon), recentrage national et retrait du monde de l’autre. Ce qui se traduit immédiatement dans les représentations américaines en matière de politique étrangère.
2008 fut l’année d’une prise en compte, le début d’une révolution et l’aube d’une dynamique. Celle, non plus de davantage d’interdépendance mais de plus de souveraineté. Révolution car les opinions anglo-saxonnes, hyper-individualistes, redécouvrent soudainement et profondément les vertus du « collectif ». En ce sens, aussi, quête culturelle identitaire et recherche de « valeurs traditionnelles » face à la globalisation. La dynamique remet en cause ce que les américains nomment « le consensus de Washington » et elle pose un constat : l’Etat-Nation, pour l’Occident comme pour son cœur qu’est le monde anglo-saxon, apporte des bénéfices que la mondialisation, non seulement ne peut apporter, mais désormais détruit.
Pétrification économique qui consiste à accumuler des richesses et du capital, non pas pour utiliser ces richesses et ce capital, mais à unique fin d’accumulation ; aboutissant par là à une pétrification sociale et à un élargissement entre possédants et non-possédants. Même pétrification dans notre modèle social français tant vanté, qui ne protège que les protégés et laisse dans le froid et sur le chemin des milliers (millions ?) de nos concitoyens précarisés et figés dans le non-emploi/vie précaire (précariat).
Le modèle anglo-saxon bouge car il ne fonctionne plus pour le plus grand nombre. Dénonciation du libre-échange, volonté de protéger et de défendre sa population, affirmation territoriale y compris dans la dimension « frontière » … En ce sens, révolution / transition américaine et britannique en cours, mais aussi (re)découverte de ce qui se joue sur le continent européen avec l’Allemagne et la Russie, et un basculement vers le fait national.

La victoire de Trump vient de la contestation du libre-échange qui détruit le peuple américain (les classes moyennes) ; une victoire qui surgit du cœur blanc de la démocratie américaine (démocratie blanche qui constate son déclassement démographique à terme) souffrant de la violence de la mondialisation. Trump a défini les maux ET la réalité américaine, du moins vécue par une part considérable de la population américaine (classes moyennes et classes dites populaires) : celle d’un quotidien déplorable issu d’une mondialisation et globalisation détruisant l’intérieur de la société américaine.
Obama laisse son pays dans un état catastrophique. Le rêve américain ? Oui, mais loin de l’être pour tous les américains pour lesquels les indicateurs socio-économiques exposent à la vue de tous (années 2010-2016) une nette dégradation du niveau de vie. Comme le démontre Olivier Delamarche, ce sont près de 102 millions d’américains qui sont sans emploi ; plus de 50 millions qui se nourrissent avec les bons d’aide alimentaire et 33% des américains qui sont désormais incapables de subvenir normalement à leurs besoins alimentaires ; ce sont près de 20% des jeunes adultes qui vivent chez leurs parents/grands-parents faute de pouvoir se loger ; c’est une mortalité en hausse dans la population blanche pour la tranche 45/54 ans ; … Le compromis socio-économique n’est plus tenu…
Ce malaise dans les classes moyennes et populaires (désormais affublées du terme « populistes ») conduit politiquement à une pression démocratique sur des sociétés qui ne sont déjà plus des sociétés démocratiques ; conséquence directe de la disqualification du Politique et de la démocratie représentative (démocratie twitter avec Trump ?). La démocratie, directe ou indirecte, n’est pas un régime de compétences ; tant au niveau des électeurs que des responsables et dirigeants politiques ; d’où son besoin impérieux d’une élite. En France, aussi sidérant que cela puisse être, celui qui se définit comme issu du corps des élites et qui entend répondre aux effets de la mondialisation et des souffrances engendrées, se nomme Emmanuel Macron. Curieuse campagne de fait que la campagne présidentielle française qui s’annonce, où François Fillon entend représenter l’antisystème, Jean-Luc Mélenchon veut abandonner le bruit et la fureur révolutionnaire, et Emmanuel Macron propose la révolution.
La situation américaine (interne comme externe) sera compliquée avec ou sans Trump, au regard du montant des dettes (niveau économique) et des détenteurs de cette dette (niveau géopolitique). Actuellement les Chinois vendent de la dette américaine, et les Japonais, derniers serviteurs zélés de l’Hégémon américain, achètent cette même dette, soit 1 070 milliards de dettes américaines supplémentaires entre le 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016. Et la politique économique de Trump vise à augmenter cette dette…
Donald Trump indiquait clairement, dès avril 2016, que sa priorité serait désormais « l’Amérique d’abord ». Pour lui comme pour les Britanniques, forme de refondation et de recherche d’un développement autonome se recomposant autour de fondamentaux traditionnels.
Trump n’est pas en guerre contre le libéralisme économique. Theresa May, Xi Jinping et Vladimir Poutine sont sur la même ligne. Ne pas confondre libre-échangisme économique et interdépendance. Etablir des barrières tarifaires, des frontières économiques ou migratoires, des politiques protectionnistes, limiter la circulation des personnes et du capital, autant de mesures qui appartiennent aussi à la pensée économique libérale, et nous ramènent aux origines mêmes du développement économique du monde anglo-saxon. La remise en cause des accords d’échange sera donc une suite logique. Trump, de par sa personnalité, va favoriser des négociations bilatérales commerciales, dans une forme de diplomatie du deal, qui viseront d’abord à permettre un phénomène de réindustrialisation et de recentrage économique. Deal économique, deal commercial, deal géopolitique, …

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, l’effet Brexit et l’effet Trump conduisent à un constat majeur : la question allemande va redevenir d’actualité. Mais de nombreuses questions restent en suspens et particulièrement celle de l’Euro/gouvernement de la zone euro. Et, là, certes les événements à venir au sein de la zone euro seront contraignants, mais plus encore l’attitude allemande.
De fait, au sein de l’Union européenne, devant l’abandon Français (la France est tétanisée par le vertige du déclassement), l’Allemagne visera à imposer ses intérêts économiques et géopolitiques avec davantage d’indépendance (et moins d’interdépendance), tant vis-à-vis de la France que de l’Union européenne ; ce que Steinmeeir à l’été 2016 annonçait déjà en indiquant que l’Allemagne se devait d’agir politiquement et économiquement « éventuellement avec l’Union » face aux puissances mondiales (signifiant par là-même en contrepoint sa volonté d’agir sans l’Union).
Le fait national allemand, c’est tout autant sa prise de contrôle économique et commerciale, sa toute-puissance monétaire au travers de l’euro, que dans un autre domaine sa politique migratoire. La question allemande que nous (re)découvrons, et qui ne va avoir de cesse de se développer pour les deux décennies à venir, devrait nous conduire à nous interroger profondément sur le devenir de notre relation avec la Grande-Bretagne.
Le Brexit n’est pas un souci économique pour les Britanniques mais un problème politique pour les pays européens, signifiant en terme politique une volonté de retour au peuple, en matière monétaire une nécessaire donc prévisible chute de l’euro, et en terme territorial comme stratégique, une Union européenne qui devra impérativement se modifier/corriger si elle souhaite perdurer (ce qui n’est pas acquis).
Vladimir Poutine en Russie, Trump aux Etats-Unis, Xi Jinping en Chine, mais aussi Angela Merkel en Allemagne et Theresa May en Grande-Bretagne, doivent nous amener à regarder le monde réel. Volonté du peuple américain de se désengager du monde, pas de ses dirigeants traditionnels (Clinton versus Trump). Volonté britannique de recouvrer sa liberté envers une bureaucratie bruxelloise jugée bien trop contraignante. Volonté russe de recouvrer une puissance malmenée depuis 25 ans, volonté allemande de se réaffirmer nationalement, volonté chinoise de restaurer l’Empire du milieu…

En laissant faire cette dérive stratégique qui nous isole doublement (isolement stratégique face à la Grande-Bretagne et isolement stratégique face à l’Allemagne), la France a bel et bien perdu (provisoirement ?) la main stratégique. Sommes-nous dans l’aveuglement ? Ce double choc a eu lieu. Il faut le regarder comme tel et non pas le nier. Or, de nombreux analystes et dirigeants politiques tentent de croire dans une illusion qui leur convient alors que nous sommes en train d’assister à la fin du système occidental. Il faut d’urgence accepter la réalité, fut-elle impensable. Faute de quoi, nous serions, nous Français, en train de quitter l’histoire !

Victoire pour qui ?


Mon analyse « à chaud » de la situation issue du sommet de l’euro sur la Grèce. Je sais que je ne suis pas dans le ton…

La crise grecque est devenue une crise de l’Union européenne.

1/ pour que la zone européenne continue d’exister (démonstration même de l’accord du 13 juin), il faut des transferts massifs de capitaux ! Or aucun pays ne peut les supporter, y compris l’Allemagne (de l’ordre de 250 milliards d’euros par sur dix ans –en prenant comme base les « aides » à quatre pays du sud Italie, Espagne, Portugal et Grèce – soit de l’ordre de 8% de son PIB…

2/ le seul moyen de ralentir / diminuer ces transferts massifs a donc consisté en une politique d’austérité, entraînant une divergence de plus en plus forte entre économie des pays membres. C’est la fin de l’unité européenne…

3/ Crise du politique. Cette crise, ses atermoiements, (FH ne déclarait-il pas en 2012 que la crise grecque était désormais derrière nous ?) c’est aussi la crise du personnel politique (pas seulement des technocrates de Bruxelles). La perte de confiance des opinions (des peuples) envers les responsables politiques va s’accentuer. Et la faute n’en incombe pas à Alexis Tzipras…

4/ Victoire pour François Hollande ? Il est déjà en campagne pour sa réélection, oublieux de toutes ces promesses de campagne présidentielle de 2012, notamment celles de réorienter l’Union européenne…
Surtout, il s’agit d’une capitulation en rase campagne de la France face aux pays du Nord de l’Union européenne…. La France ne compte plus….

5/ les décisions prises ne régleront rien, ni pour la Grèce qui ne peut rembourser (et ce n’est pas un « reprofilage » de sa dette qui y changera quelque chose), ni pour la zone euro du fait de l’impossibilité des transferts massifs. Les décisions prises vont aggraver la situation. La dette grecque va donc, continuer de croître. Au moins, FH passera l’été tranquille.

6/ L’imposition de ces réformes, la mise sous tutelle de la Grèce, aboutit à une crise politique majeure « le gouvernement doit consulter les institutions [européennes] et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement ». Exit la démocratie…

C’est désormais l’implosion de l’Union européenne qui est possible. Et, le Premier Ministre français juge que notre Président a été à la hauteur de l’Histoire….

Les arbres ne montent pas au ciel


Les derniers chiffres de l’économie américaine sont encore plus mauvais que les précédents. La production industrielle américaine est une nouvelle fois en baisse. Nous assistons au début d’une phase de début de récession (- 0,54), tandis que les investissements baissent depuis 6 mois et que les salaires et revenus personnels chutent. Les ventes en gros sont en baisse pour le huitième mois consécutif (ce qui explique en corollaire la hausse des stocks). Officiellement, le chiffre du PIB va être revu à la baisse, alors qu’il était de + 0,5% !
Plus encore, la Présidente de la FED semble ne plus comprendre : il y a seulement quinze jours, elle déclare qu’il n’existe aucune bulle…. Et la semaine dernière, Yelen nous déclare conjointement à Christine Lagarde qu’il existe une bulle des actions… (ce que nous décrivons depuis de nombreux mois). Bref, nous assistons de la part des responsables des banques centrales à une perte totale de compréhension et de contrôle… Et, cette bulle des actions se rapproche étrangement de celles de 1928…. Or, 1929 à suivi 1928…

Les chiffres chinois d’exportation officiellement publié montrent une baisse de 15%, les importations chutent de 12,3%. Le ralentissement de l’économie chinoise est beaucoup plus brutal que ce que les chiffres montrent engendrant une vraie préoccupation des autorités chinoises. La Chine est confrontée à une problématique majeure : elle fait face à une bulle de crédit gigantesque en parallèle d’un ralentissement de croissance extrêmement fort (7% de croissance officielle ; en réalité entre 2 et 3% !). La Chine est donc coincée entre un ralentissement économique important qui demanderait un élargissement du crédit et une baisse des taux, mais sa bulle de crédit exige une réduction de ses lignes de crédit.

La Chine s’éteint, le Brésil s’arrête, les émergents chutent les uns après les autres, le Japon poursuit sa (lente) agonie, les Etats-Unis ont fortement ralenti et se préparent à une récession, l’Union européenne se rattache aux prévisions de l’OCDE… Ainsi, ce que vit actuellement le Brésil était prévisible et son déroulement décrit par avance : hyperinflation, accident de croissance, crise brutale et sévère.

Il n’y a pas de reprise en Europe. Certes, la baisse temporaire du Pétrole conjuguée à celle de l’euro (parité euro/dollar) a procuré un « bol d’air » comptable sans augmentation des marges des entreprises. Plus encore, la baisse de prix de l’énergie a plus induit en réalité un déplacement de consommation et moins une augmentation de consommation. Nous assistons d’ailleurs au même phénomène en ce moment aux Etats-Unis.
En Espagne, le chômage repart à la hausse (27%) tandis que la croissance allemande elle-même s’essouffle. Les négociations en Grèce tournent à la « Comedia Del Arte ». Le Grexit ne fait plus peur car « intégré ». Mais, intégré psychologiquement car il ne faut pas confondre deux choses totalement différentes : s’attendre à la sortie de la Grèce de l’euro est différent de la « douleur » qui en résultera : nous ne maitrisons pas les conséquences financières ni les conséquences politiques intra-européenne, intra zone euro, mais aussi comme déjà souligné les conséquences géopolitiques. Les Grecs ne peuvent pas payer. Actons-le, mais préparons-le y compris en termes de conséquences… ce que nous aurions dû faire il y a plus de quatre ans déjà.
Il est à ce titre étonnant que le pouvoir grec issu des urnes n’ait pas été plus « brutal » que cela dans les négociations. Pour qu’un pays fasse défaut, il convient à ce dernier de ne plus avoir de déficit public (hors charges financières) et qu’il n’y ait plus de déficit courant, c’est-à-dire une balance commerciale équilibrée. Les Grecs n’en sont pas si éloignés. Les efforts ont été faits par les gouvernements précédents : les déficits publics hors charges financières sont globalement satisfaisant et la balance commerciale en partie équilibrée. Mais, le gouvernement grec n’a pas mis en place un contrôle des capitaux afin de restreindre la fuite de ces derniers ; 15 milliards de capitaux qui partent en un mois, c’est 7,5% du PIB de la Grèce qui quitte le pays.
Si, en janvier 2015, le gouvernement grec avait fait défaut et conjointement instauré un contrôle des capitaux, c’est 120% du PIB de dettes qui auraient disparu tandis que restaient 35% de dettes, détenues par des grecs… un défaut presque parfait !
Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Et, pourquoi le feraient-ils maintenant ? Il convient donc d’être extrêmement prudent sur le sujet. Nous sommes dans une décision politique, ce qui signifie déjà en préambule que cette décision n’est ni automatique ni logique. Elle est binaire : oui versus non. Vous la prenez ou vous ne la prenez pas. Bref, dans ce deal, nous sommes en négociations de marchands de tapis…

Etonnante et paradoxale logique : les chiffres économiques sont mauvais mais les indices boursiers sont bons. Nous sommes, dans le gonflement d’une bulle (+ 27% en un trimestre) : le QE européen à un effet d’éviction, les capitaux se fixent en Europe (avec de plus la crainte sur les émergents). Plus encore, la politique monétaire européenne mise en place favorise la suppression de l’épargne et l’augmentation de la dette des Etats. Personne ne maîtrise la situation, tout le monde tente de repousser les problématiques et de gagner du temps…
Peu importe les fondamentaux, les éléments financiers sont là pour permettre aux marchés de monter et de se maintenir à des niveaux qui ne correspondent en rien à la réalité. Les gens achètent aujourd’hui en bourse un papier, dont la valeur boursière ne correspond en rien à la valeur réelle. Les marchés financiers sont actuellement guidés uniquement par les liquidités.
Nous n’avons jamais vu, historiquement parlant, de tels taux de marge sur les marchés financiers. Deux scénarii sont alors prévisibles d’ici la fin de l’année : soit une poursuite de la bulle puis une baisse continue par paliers ; soit (malheureusement le plus probable), un décrochage des marchés boursiers de l’ordre de 20% pour certains, plus certainement de l’ordre de 30 à 35% (avec pour effet, un « train » de faillite).

PONZI…


Les mêmes responsables politiques qui louaient hier un euro fort (à 1.36), chantent désormais les louanges d’un euro faible (à 1.08), sans mesurer (apparemment) ni leurs propres contradictions, ni le niveau de leurs réflexions.
En premier lieu, le passage en moins d’un an, d’une parité à 1.36 à une parité à 1.08 est le signe d’une forte dépréciation de notre monnaie.
En second lieu, cette dépréciation monétaire favorise une baisse (relative) des prix des exportations et une hausse (elle aussi relative) des produits importés. Mais, pour être efficace, cette dépréciation monétaire (dévaluation) doit se faire face à vos principaux concurrents. Si, pour la France, 47% de notre commerce se fait dans la zone euro ; il n’en est pas de même de différents de nos partenaires européens : de 65% pour l’Espagne à 70% pour l’Italie. Dès lors, cette dépréciation monétaire n’avantage que les pays disposant d’une industrie majoritairement tournée à l’export en zone dollar, et en interne que les industries en concurrence zone dollar. Conséquence logique : les effets seront limités pour l’ensemble de la zone euro (mais plus importants pour la France que pour ces partenaires européens).
Troisièmement, cette dépréciation monétaire n’est pas suffisante pour restaurer la compétitivité de l’économie de nombres pays de la zone euro (Italie, Grèce, Irlande, Italie, Portugal, Espagne). Pour être efficace, cette dépréciation monétaire devrait atteindre des taux, selon les différents pays, de l’ordre de 12% (Portugal) à 22% (Italie).
Quatrièmement, puisque que la seule dépréciation monétaire ne peut réduire les écarts de compétitivité en cours au sein de la zone euro, ces derniers ne peuvent l’être que par des dévaluations salariales (coût unitaire de la main d’œuvre). Mais, de telles dévaluations salariales contractent la demande intérieure (70% du PIB des pays européens provient de la consommation intérieure) et donc induisent une récession (avec en complément une augmentation du ratio dette/PIB).
Au niveau monétaire, l’absence de variation du taux de change dans la zone euro issue de la monnaie unique engendre une perte d’ajustement compétitif. Au niveau économique, un rebond limité de l’activité est attendu. Au niveau politique, les conséquences des effets pervers des ajustements économiques par dépréciation salariale sont (malheureusement) connues. Pour différents pays (Grèce, Italie, Portugal, Espagne) la sortie de l’Euro cesse d’être un choix pour devenir l’unique stratégie de retour compétitif.
La politique du QE (Quantitative Easing) est une aberration économique. Nous sommes en train de perdre le contrôle de nos différentes politiques économiques.
Le Japon finance un déficit depuis 20 ans par émission monétaire. Le ratio dette/PIB dépassant désormais 240%, implique une fin prévisible : un effondrement monétaire. Le Japon est en outre un bon exemple de comparaison car il est en avance de situation démographique par rapport aux pays de l’Union européenne et aux pays de la zone euro. L’Union européenne commence à vieillir. Le Japon n’a pas accepté de faire le constat économique de son vieillissement démographique. L’Union européenne peut encore le faire.
Le pilier de la croissance économique repose au 2/3 sur la consommation. Une demande est alimentée par un besoin, un désir. Or, une population qui vieillit, consomme moins. Une population vieillissante signifie donc moins de consommation, impliquant donc aussi une croissance économique faible.
Il ne suffit pas de la décrire ou de le comprendre. Il nous faut adapter la soutenabilité de notre modèle de développement à celui de notre croissance économique. Ce qui revient à dire qu’il faut diminuer les dépenses publiques car sinon ce dernier devient structurel et chronique au détriment de l’avenir.
Au niveau boursier, il convient de prévoir un vaste mouvement de consolidation (OPA) afin d’assurer un développement externe par l’atonie de la croissance interne du CA des sociétés. Les banques centrales investissent de la monnaie par le biais de QE dans le seul but d’éviter un effondrement des marchés financiers. De ce fait, il n’y a plus aucune correspondance entre les résultats des entreprises et les valeurs boursières de ces mêmes entreprises.
L’indice français comme l’indice allemand est au plus haut ainsi que celui de wall street. Le Nikkei japonais a franchi les 20 000 points alors même que la monnaie japonaise s’effondre. Nous atteignons les limites d’un système boursier mis en place en 2009. A titre d’illustration, les entreprises américaines distribuent actuellement davantage de dividendes qu’elles ne réalisent de profits. Elles n’investissent que modérément, préférant racheter leurs propres titres.
Pour résumer, nous sommes au niveau économique comme au niveau boursier dans une fuite en avant. Nous gagnons du temps en maintenant haut les marchés financiers. Une bascule (correction) de la bourse, à commencer par la bourse américaine, est probable.
Les banques grecques sont confrontées depuis le début de l’année à une fuite massive de capitaux : 27 milliards d’euros en janvier 2015 soit avant l’arrivée au pouvoir de Syriza ; 15 milliards d’euros en février 2015 (soit pour ce seul mois, 7,5% du PIB qui a fui). Cette fuite des capitaux, au-delà de son impact fiscal, provoque un asséchement des liquidités dans l’économie, et risque de faire sauter en cascade les banques grecques.
La Grèce est en faillite. Dette publique : 315,509 milliards d’euros, soit 176 % du PIB. Les banques privées grecques sont en faillite. La Banque centrale de Grèce est gavée d’obligations de l’Etat grec, mais ces obligations d’État ne seront jamais remboursées. En clair : la Banque centrale de Grèce est en faillite. La Grèce est en défaut.
Véritable schéma de Ponzi, seule solution pour tenir encore quelques semaines de plus, au moins jusqu’en juin : il faut que l’Union Européenne prête en urgence quelques milliards d’euros supplémentaires à la Grèce !
Alexis Tsipras a averti par lettre en date du 15 mars Angela Merkel qu’il serait impossible pour Athènes d’assurer le service de la dette d’ici les prochaines semaines si l’UE ne distribuait pas à court terme une assistance financière au pays. « Étant donné que la Grèce n’a pas accès aux marchés financiers et en vue des pics attendus dans nos échéances de dette au printemps et à l’été… il est clair que les restrictions particulières de la BCE combinées à des retards de versement rendraient impossible pour tout gouvernement d’assurer le service de sa dette ».
Le bras de fer entre l’Eurogroupe et le gouvernement grec vise à faire plier ce dernier par cet étranglement monétaire et à faire perdurer une dépendance de la Grèce aux aides de l’Eurogroupe et de la BCE, voulant ainsi définir une défaite politique du gouvernement Tsypras (dangereux) tandis que dernier joue contre l’Allemagne la carte Podemos avec les prochaines échéances espagnoles.
La Grèce doit mettre en place rapidement un contrôle des capitaux mais en ayant conscience que cette mesure ne réglera pas l’asséchement des liquidités. Cette mesure, proposée par l’Eurogroupe se situe hors cadre juridique des accords euro ; mais un cadre juridique de « force majeure » le permet à l’instar de ce qui fut réalisée en 2013 à Chypre. Mais, de ce fait, l’Eurogroupe reconnait aussi que le gouvernement Tsypras peut prendre tout aussi légalement des mesures « de force majeure » hors cadre juridique des accords euro, comme une « renationalisation » provisoire (6 mois ?) de la Banque Centrale Grecque émettant ses propres euros…
L’Eurogroupe serait mis en face d’un choix stratégique : accepter l’émission d’euros grecs, soit les interdire de circuler hors Grèce, reconnaissant alors de facto un défaut grec… Un défaut de la Grèce sur sa dette ne serait pas catastrophique pour ce pays. La Grèce dispose d’un excédent budgétaire (hors paiements de la dette), d’un solde commercial positif. En cas de défaut, la monnaie Grèce sera mécaniquement dépréciée, favorisant un retour d’investissements étrangers et un regain touristique.
La problématique Grecque est jugée sur un mauvais plan de part et d’autre (Eurogroupe et Varoufakis) en se contentant d’utiliser une grille « théorie des jeux ». Le cadre de référence devrait être un cadre politique (donc stratégique). Toutes mesures que peut prendre la Grèce se situe dans un cadre « d’exception ». Ce dernier peut se situer dans le respect des normes, soit en contrevenant aux normes. Si nous nous contentons d’une théorie des jeux, nous omettons (consciemment ou inconsciemment) la dynamique stratégique : la démonstration politique du gouvernement Tsypras qu’il est souverain en dernier ressort de son pays, et pas l’Eurogroupe !
Les conséquences politiques d’une telle décision : une Grèce hors zone euro, c’est une Grèce qui se tournera vers la Russie avec affirmation souveraine. Un tag se retrouve régulièrement actuellement sur les murs en Grèce, Ελευθερία ή θάνατος (« La liberté ou la mort »), devise de la Grèce née lors de la révolution nationale de 1821.
Mais, au-delà, pour la zone euro, ne pas entrevoir les conséquences stratégiques est tout aussi dangereux. La sortie de la Grèce de la zone euro ne sera pas sans conséquences financières (douloureuses) ni sans répercutions : l’Espagne, le Portugal et l’Italie pointent déjà.

Victoire de Syriza et QE – Comprendre les implications


Oui, la situation économique de la Grèce et le montant des dettes proviennent aussi de la faiblesse structurelle de l’Etat et des rentrées fiscales. Oui, effectivement le vote massif pour Syriza est d’abord la conséquence du discrédit de la classe politique grecque (oligarchie), de la fatigue des partis politiques traditionnels grecs et du charisme du nouveau leader (incarnation d’un renouvellement des responsables politiques). Ce vote consacre aussi des décennies de gestion politico-économique désastreuse. Mais-est-ce le cas de la Grèce seulement ?
La victoire de Syriza consacre aussi l’aveuglement bruxellois qui a omis à la fois la « fierté des peuples » (Syriza combat pour la souveraineté de la Grèce face à la zone euro) et surtout n’a jamais voulu acter par idéologie (l’euro est irréversible) une sortie de la Grèce. C’est aussi un rejet politique massif de la politique économique imposée par la Troïka et ses conséquences.
En principe, nous devrions en tirer une seule conséquence : l’urgence d’une réforme radicale de l’Union européenne, seul remède pour sauver l’union politique. Mais, toutes les préoccupations se concentrent sur le remboursement de la dette… avec des affirmations pathétique à l’instar de celle du banquier Matthieu Pigasse affirmant qu’un défaut de la Grèce à hauteur de 50% de sa dette n’aurait aucune conséquence puisque « déjà inscrit dans son bilan ».
Tout le monde a intérêt à gagner du temps et à trouver une solution négociée en apparence… car dans les faits, les Grecs ne rembourseront pas (170% du PIB). La Grèce n’a toujours pas (et n’aura pas) les moyens de rembourser sa dette. Il y aura restructuration de la dette grecque (et pas uniquement sur sa duration). Il n’y a pas d’autres solutions. Dans les faits, le défaut de paiement est là. Les politiques se contentent de gagner du temps pour éviter une crise systémique (faillites bancaires). Voilà longtemps que j’écris qu’il nous fallait faire sortir la Grèce de la zone euro et prendre nos pertes afin d’éviter un risque de contagion.
Avec Syriza (au-delà de la victoire politique) nous allons vers un affrontement « dur » avec la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) de par la volonté de refuser toute négociation directe avec la Troïka mais privilégier uniquement des négociations bilatérales, en premier lieu avec l’eurogroup. De fait, la structure de l’alliance, comme les nominations ministérielles, indique une ligne politique dure dans la préparation des négociations avec la zone euro (demande de rééchelonnement de la dette sur 30 ans – cf moratoire allemand de 1953). Une manière soft de ne pas rembourser. Le volet social de Syriza n’étant pas négociable.
Jouant sur sa position de faiblesse, la Grèce mise sur son incapacité d’honorer d’ici début juillet (23 milliards d’euros).C ‘est dans ce cadre qu’il convient de placer le renoncement de la Grèce à l’aide de la Troïka (7 milliards) plaçant encore davantage le pays en situation de faiblesse. Le calendrier est donc clair : un accord devra être impérativement trouvé avant fin juin.
Et il faudra un vainqueur. La question est de savoir s’il peut y avoir une coopération implicite entre l’Allemagne et la Grèce, ou si nous allons vers une collision frontale…

Tout le monde semble se réjouir de la baisse de la monnaie européenne qui est repassé sous son cours d’introduction (1.17 dollar) soit une baisse supérieure à 15% de sa valeur en moins de 6 mois.
La baisse de l’euro est préoccupante. Ne pas croire que cette baisse est significative pour les exportations de la zone euro et donc engendrera un retour de la croissance. Les pays européens font leur commerce intra-zone (80% pour l’Espagne, 70% pour l’Italie et certes, 50% pour la France).
La baisse de l’euro n’est donc pas spécialement une bonne nouvelle (démonstration de l’allocation des ressources financières vers d’autres lieux plus attractifs) et ne résout pas le problème de la compétitivité économique intra-zone.
Nous allons assister à une tension sur la structure de l’euro. Les négociations internes à la BCE ont été très difficiles, particulièrement avec les Allemands. Le climat s’est d’ailleurs « tendu » entre la France et l’Allemagne. La relation avec l’Allemagne est encore plus cruciale pour le devenir de l’Union Européenne. L’avenir de la relation franco-allemande est primordial.
L’Allemagne est désormais confrontée à un piège politico-monétaire : soit elle accepte une restructuration de la dette Grecque mais avec augmentation de sa contribution financière et risque de contagion ; soit elle refuse et elle portera la responsabilité de la dislocation de la zone euro.
La crédibilité de la monnaie européenne est en train de se jouer, y compris dans un processus de recherche de (re)création d’inflation. L’affaire de la BNS démontre qu’il faut revenir, tôt ou tard, aux fondamentaux et que les banques centrales ont des limites… ce qui contredit d’emblée toute politique de QE.

La BCE applique avec espérance un « médicament » qui n’a fonctionné, ni au Japon, Ni aux Etats-Unis, ni en Grande-Bretagne comme le démontre les dernières analyses. Mais les marchés financiers sont satisfaits d’une telle manne qui n’aura aucune influence sur l’économie réelle. Une banque centrale ne créée pas de richesse. Jamais.
Cela d’autant plus qu’une erreur de diagnostic est réalisé : la faiblesse de l’activité économique implique une politique budgétaire. Or, la BCE fait le choix d’une politique monétaire. De plus, nous sommes confrontés à une problématique de solvabilité et absolument pas de liquidités.
Le QE a été fait pour maintenir les taux d’intérêts très bas, face notamment à la situation de la France. Il s’agit d’abord de protéger certaines économies européennes face à une remontée des taux. Mais, le QE ne produira aucune incitation pour les ajustements nécessaires tant au niveau de l’Etat qu’au niveau des industries.
Mais, surtout, le QE de la BCE, dans sa structure même, signifie la fin de l’union monétaire européenne. 80% des risques sont portés par les banques nationales, seuls 20% étant portés par la BCE. Il n’y a plus d’union monétaire ni organisation politique monétaire. La BCE a fait long feu. Plus encore, le démontage (partiel ou complet) de la monnaie unique est désormais acquis.

Avec le QE de la BCE, après les trois successifs de la FED et ceux de la BoJ ; nous jouons avec nos monnaies (Yen, Dollar, Euro, et Sterling). Pour nombres de responsables politiques et économiques de pays émergents, l’Occident fabrique de la fausse monnaie et fragilise l’équilibre géopolitique précaire de la planète. Les derniers propos de Thomas Piketty sur le QE sont indicatifs
Nous assistons avec ce QE à un affaiblissement de la main de la BCE, alors même, je le répète, que nous sommes dans les prémisses d’un changement de système monétaire international. L’invitation du Président d’Obama à Angela Merkel de venir rapidement à la Maison Blanche en est l’un des indicateurs.

Qui va se substituer à moi pour assurer les risques ?


En France, les marges des entreprises ont peu de chance de s’améliorer, tandis que les investissements sont en panne faute à la pression fiscale, tandis que pour la grande majorité des citoyens la priorité n’est plus d’épargner ou d’investir mais d’échapper à l’impôt ! En parallèle les retraites des systèmes privés (AGIRC ARRCO sont discrètement pillées afin de renflouer les systèmes de retraite publics (IRCANTEC) permettant de sauvegarder les régimes spéciaux).

Nous n’avons plus d’argent donc nous le dépensons sans compter… Notre système économique fonctionne désormais sur la dette.

Le déficit continue de se creuser alors même que notre pays a subi un choc fiscal sans précédent (69 milliards d’euros de prélèvements supplémentaires depuis 2011). L’objectif du déficit budgétaire de 3.6% du PIB en 2014 et de 3% en 2015 ne sera pas tenu. A comparer avec la promesse de FH (comme de NS) d’atteindre celui des 3% dès 2013 ! Nous sommes non seulement hors-jeu mais aussi discrédités…

La France est désormais un partenaire « junior » pour l’Allemagne. Le triangle dominant est UK-ALL-IT chacun défendant ses intérêts. UK fait du chantage sur sa sortie. ALL domine économiquement. Renzi est le socialiste européen qui réussit (pour le moment). La France a le levier de l’international mais ne l’utilise pas ! Sauf peut-être pour faire diversion par rapport à la scène intérieure : intervention à venir en Irak pour « effacer » les affaires Thevenoud, le succès littéraire de la rentrée et le retour de NS. Nous ne faisons plus partie du triangle dominant. Or, les autres pays européens s’agrègent auprès des dominants (Pologne-Allemagne, Tusk-Merkel notamment).

 

En Europe, la production industrielle a progressé de 2.2% en juillet mais uniquement grâce à l’Allemagne (2.4%)… il est amère de constater que l’Euro est devenue un outil déflationniste : hier, l’ajustement se faisait par la valeur de la monnaie (déflation), aujourd’hui, l’ajustement se fait par les salaires ; la baisse des salaires renforce la compétitivité… Certes, c’est la politique qui fut conduite par l’Allemagne.

L’ensemble des politiques économiques mises en place dans les pays européens et visant à renforcer la compétitivité par ajustements salariaux a alors conduit à rompre un cycle potentiel de croissance et a abouti à une impasse économique et budgétaire prévisible (je n’ai de cesse de le dire depuis trois ans) et à amplifier la déflation.

La crise provient de surendettement et de sur liquidités. Les réponses actuelles sont mauvaises car reposants sur une mauvaise allocation de l’épargne.

La déflation est notre horizon. L’inflation est passée en zone euro de 1.3 à 0.3% en un an. Dans différents pays (du Sud), les prix baissent de manière importante (Grèce et Espagne notamment). Or, la déflation induit mécaniquement une spirale dangereuse : baisse de l’activité (notamment par report des dépenses), baisse de la croissance (déjà nulle), augmentation de la dette et du coût de la dette (Grèce : recul du PIB de 20% et hausse de 25% du poids de la dette). Pour le bien de l’Europe, il faut que l’Allemagne aille moins bien !

 

En Allemagne, les données sont impressionnantes : faible chômage, profitabilité des entreprises, diminution du déficit public, augmentation des exportations et donc de l’excédent extérieur, augmentation des revenus par tête et stabilisation des inégalités (qui ne sont pas plus importantes du reste de la zone euro). A terme le vieillissement démographique allemand va modifier ce constat et notamment sur deux points immédiats : le taux d’épargne des ménages et le potentiel de croissance (faible : 0.4%).

Plus encore, la faiblesse de l’Allemagne dans les nouvelles technologies du fait des investissements importants dans le niveau de gamme de sa production dégraderont son commerce extérieur et entraineront des pertes de parts de marché vis-à-vis de nouveaux concurrents émergents. Mais il s’agit d’un modèle économique non duplicable car reposant sur un fort excédent commercial alors même qu’il est structurellement impossible à tous les pays européens d’être simultanément dans la même position. L’Allemagne est un passager clandestin pour le reste des pays européens. Ses solutions ne sont pas transposables.

 

Au Portugal, l’Etat est en faillite mais personne ne veut le reconnaitre, lui permettant de s’endetter à nouveau pour renflouer une banque. Or, les banques européennes étaient définies par l’ensemble des politiques européens comme saines et le système monétaire européen comme sain et sauf… Notre modèle européen dérive : les contribuables deviennent les seuls responsables de tous…

 

Il est sidérant de voir des responsables politiques dénoncer les risques de déflation tout en menant des politiques économiques déflationnistes. Pire, ces mêmes responsables réclament aujourd’hui des mesures d’assouplissement monétaire de la part de la BCE ; une drogue apaisante ; sans mesurer (ou vouloir mesurer) les conséquences de ces mesures ni même les travers du système monétaire mis en place. Mario Draghi est parfait dans son rôle mais n’a pas les moyens de transmettre des impacts dans l’économie réelle.

Les politiques d’assouplissement monétaire (en réalité, des politiques d’impression monétaire) ont partout échoués. Même la FED le reconnaît dans son rapport publié début septembre.

 

Au Japon, les revenus continuent de diminuer (c’est une constante économique japonaise depuis plus d’une décennie).

Le cas japonais est exemplaire à plusieurs titres car il est aussi structurel tandis qu’en face les responsables politiques ne cessent de pratiquer la même politique économique (nous en sommes à la 9ème politique d’impression monétaire) avec un leitmotiv : « cela ne marche pas mais cela finira par marcher » !

La Banque centrale japonaise ne peut plus désormais financer le déficit japonais car l’épargne japonaise est devenue insuffisante tandis que les investisseurs étrangers refusent de prêter au Japon (endettement à hauteur de 240 % de PIB). Donc, pour faire face, le Japon imprime des billets. Et certains en France et en Europe nous parlent de « modèle japonais » en nous exhortant à suivre sa politique.

Comprenons bien, la politique monétaire japonaise n’est pas une politique choisie mais une politique subie. A défaut le Japon sera en faillite car ne pouvant financer son déficit public. Le Japon est entré dans un cycle d’effondrement de la devise et d’hyperinflation violente avec pour conséquence à terme la cessation de paiement. Or, le Japon est la 3ème économie mondiale. Les conséquences économiques seront majeures.

 

Aux Etats-Unis, pas de croissance des revenus mais une reprise du crédit. De là, l’actuel reprise de croissance économique (1 à 1.8%), mais avec un nouveau problème de « qualité » du crédit, d’autant plus qu’un crédit est une dette soit pour investir soit pour consommer…. La bulle des crédits étudiants (student loans) risque d’éclater du fait de leur fort caractère subprime ; les actifs des entreprises sont nettement surévaluer (multiple supérieur à celui de 2007 et identique à celui d’octobre 1929 !) ; l’effet richesse ne cesse d’augmenter (l’enrichissement des ménages les plus riches impactes positivement la croissance, mais toute correction boursière entrainerait mécaniquement une récession).

La balance des exportations hors commerce extérieur se creuse. Certes les stocks ont baissé et réalisent à eux seuls pour près de 1.5% de croissance. Le déficit budgétaire américain ne se résorbe pas : de septembre 2013 à septembre 2014, 1 000 milliards de dettes supplémentaires aux Etats-Unis.

Plus encore, avec une croissance de 1.8% pour 2014, cela équivaut à 900 milliards de dollars de croissance de PIB pour une injection de 5 000 milliards de dollars dans leur économie. Ce qui signifie que pour 5 dollars de dettes, il y a 1 dollar de PIB !

Pire, là aussi les inégalités se creusent comme l’a démontré Thomas Piketty puis la FED. Si la crise financière avait permis une légère contraction des inégalités, ces dernières ont augmentés depuis 2010 : la part des richesses détenues par les 3% des américains est passée de 51.8% à 54.4% entre 2007 et 2013 (+2.6), tandis que celle de 90% des américains est passée de 33.2% en 1989 à 24.7% en 2013 (- 8.5) !

La macro économie n’est que l’agrégation des comportements économiques micro, c’est-à-dire individuel… On voit partout les revenus baissés et un chômage de masse atteignant des proportions hallucinantes et certains espèrent une croissance forte…. Tandis que certains interprètent les paroles de Yelen ou de Draghi, ou la parité euro-dollar, comme hier on interprétait les astres…. Certes, les économistes ont été inventés pour que les astrologues aient l’air sérieux, mais restons sérieux et constatons surtout le manque de conviction de tous les acteurs économiques et la recherche effrénée de justifications.

En réalité, depuis les années 80 en France et au Japon ; les années 90 aux Etats-Unis et en Europe, les années 2000 en Chine ; le dynamisme économique s’est fortement érodé. Refusant ce constat pour des raisons diverses (et radicalement différentes selon les zones), les responsables politiques ont décidé de stimuler l’économie de manière artificielle (politique de taux d’intérêt bas et politique d’assouplissement monétaire).

Du refus de ce constat, nombres d’erreurs ont été réalisées et notamment celle de la croyance en un redémarrage économique facile. Nous naviguons à vue…. Personne ne veut prendre la mesure du phénomène en cours depuis plus de 20 ans dans le monde….

Mais plus encore que le refus du constat, personne n’a voulu affronter la double origine de cet affaiblissement : le privilège commercial accordé en 2000 à la Chine par son entrée dans l’OMC et le vieillissement démographique de nos populations. Une population vieillissante réclame une monnaie forte afin de lutter contre l’inflation (l’inflation diminue les rentes). Lorsqu’une population vieillit démographiquement, elle devient rentière (par diminution du nombre de « producteurs ») et préfère détruire sa compétitivité (y compris à l’export) au profit du maintien de sa rente. De ce fait, il est sidérant de voir le gouvernement français s’attaquer à la seule politique française efficace que constitue notre politique familiale !!

Ce que nous observons actuellement dans le monde entier (stagnation-baisse des salaires, montée des inégalités, augmentation du capital) traduit un dysfonctionnement du système politique qui ne parvient plus à rendre les « marchés » concurrentiels encourageant les dysfonctionnements.

 

Qui va se substituer à moi pour assurer les risques ?