Réformes, budget et horizon


Le budget Français a été validé par Junkers à Bruxelles. Forme de blanc-seing… Euréka.
La France n’est pas Malte ou le Portugal… (sic). Nous (nous collectif représentant la France) allons valider deux années sous les 3% de déficit public nous permettant de sortir de la procédure de déficit excessif et nous procurant plus de marge de manœuvres dans les temps à venir. Gros souci à venir sur le CICE (20 + 20 milliards à trouver). Donc bonne nouvelle.

De fait, nous sommes entre gens polis et bien élevés. Certes, comme le dit Junkers, la France n’a pas sa place dans la procédure de déficit excessif, mais pour des raisons politiques, et ce afin de rééquilibrer le pouvoir en Europe (face à l’Allemagne). De fait, la dynamique de désintégration / éclatement de l’Union européenne se poursuit de manière douce et furtive, sans émotion. L’Autriche vient de basculer dans le camp des pays d’Europe centrale en opposition frontale avec la conception européenne traditionnelle (Europe de l’Ouest), y compris vis-à-vis des Allemands. Nous allons, au mieux, vers plusieurs Union européenne. Au pire : implosion et recomposition.

En regardant simplement au-delà au niveau économique, quelle lecture prospective ?

Notre budget ne va pas dans le bon sens, et pire, de manière évidente. Premier point, le plus important : le déficit de l’Etat augmente passant de 69 milliards en 2016 à 83 milliards d’euros pour 2018. Second point, la dépense publique augmente à nouveau en volume de 0.7%… On supprime 1600 emplois avec un objectif de 120 000 suppressions sur le quinquennat et les projections du Président Français. Et, de l’aveu même de nos dirigeants, notre déficit structurel reste à l’identique.

La croissance économique actuelle masque ces faits et notre situation reste relative… En Europe, l’Allemagne devrait se maintenir avec une croissance stable. Mais pas dans les autres pays : France, Italie, Espagne… Certes, en apparence, les chiffres économiques s’améliorent avec une croissance de 1.7%. Mais, cela reste un point en dessous de la croissance de 2007. Les prévisions pour 2018 sont inférieures à celle de 2017. Et celles de 2019 sont encore plus basses. Nous sommes à un « pic » de croissance, qui relativement n’est pas extraordinaire. Nous étions avant 2007 sous une moyenne tendancielle de 2.7% de croissance (contre 1.7% pour 2017 année considérée comme particulièrement bonne). La croissance va rechuter en 2018 et plus encore en 2019, nous ramenant en face de nos difficultés et de nos contradictions.
Triste réalité, la France n’a plus d’argent. Mais nous le masquons habilement. De la bonne communication à la Castagner : bref de la pub de lessive.
Nous pourrions faire un parallèle avec la Catalogne : pourquoi cette volonté de partir de l’Espagne alors même que tous les experts ne cessent de die que tout va mieux en Espagne. Idem pour l’Italie du Nord et l’Italie du Sud. Osons un parallèle géopolitique avec la courbe de Laffer : un ras-le-bol fiscal engendrant des conséquences géopolitiques : la solidarité ne fait plus recette.
Le chômage est-il en baisse ? Malheureusement pas. La perte d’un point de chômage vient simplement de la croissance de la population active. Certes, il ne faut pas confondre demandeurs d’emploi et chômeurs, mais si le taux de chômage baisse c’est essentiellement parce que la population active augmente plus vite. Ce qui pour autant ne remet pas en cause le fait qu’il y ait de la création d’emploi. Mais à quel coût ? (et pour quels résultats ?).

L’horizon de temps, est plutôt de 5 à 7 ans. En réalité, Emmanuel Macron se lie les mains à la conjoncture économique. Si la conjoncture économique est bonne d’ici 18 à 24 mois, on dira que Macron cela fonctionne. Si la conjoncture se retourne, on dira que Macron a échoué.

Pendant ce temps les indices boursiers « actions » continuent de battre des records, y compris en période de tension géopolitique, sans volatilité, démontrant bien leurs décorrélations totales avec la réalité. Plus encore, les enquêtes d’opinions économiques auprès des chefs d’entreprises sont bonnes, tandis que les chiffres économiques sont en réalité mauvais. Mais les marchés ne prennent en compte que les enquêtes d’opinions économiques dans une sorte d’euphorie béate. Réalité boursière totalement artificielle. Communication boursière. Communication financière. Communication économique. Communication politique. Les communications se rejoignent dans un attendu tragique : la fin prévisible est écrite et sera tragique.
De fait, les marchés boursiers ne montent que par les créations de liquidités des banques centrales, atteignant aujourd’hui dans le monde entier les plus hauts historiques. Ainsi l’indice de Shiller est plus haut aujourd’hui qu’il ne l’était avant la crise de 1929. Nous ne sommes pas encore sortis de la crise de 2008-2009. Nous sommes dans une bulle boursière. Et comme toute bulle, elle ne se dégonfle pas, elle explose…

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Une réflexion sur “Réformes, budget et horizon

  1. Thierry d'Arbonneau dit :

    Merci pour cette vision très politique, plutôt sombre.
    Quels sont les leviers véritables des dirigeants, trop modestes pour qu’ils acceptent d’en être réduits là, mais dont ils pourraient jouer en harmonie pour en décupler les effets. S’identifier à la situation économique pour en revendiquer un gradient positif tout en rejetant la responsabilité sur l’inverse, est un peu court. Pourtant on semble s’en satisfaire…

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