transtensions géoéconomiques


En cette fin d’année 2013, prenons le temps de réaliser un tour d’horizon des données et perspectives géoéconomiques des Etats-Unis, du Japon, de l’Union européenne et projetons-nous ensuite sur les attendus de la situation Française….

Aux Etats-Unis, les derniers chiffres du chômage sont officiellement bons : 7%. Mais si nous analysons l’évolution démographique américaine entre novembre 2012 et novembre 2013, ce sont 2,4 millions d’américains qui entrent dans la vie active selon la pyramide des âges et les statistiques migratoires… Or, les chiffres officiels de la part de population active américaine pour la même période sont en baisse de 500 000 américains, soit 2,9 millions d’américains qui, en un an, ont disparu des statistiques de l’emploi….. Si nous les réintégrons, le taux de chômage est alors de 11,5%…. et si nous intégrons les temps partiels nous atteignons les 15,6% !!!!!

Les Etats-Unis font faire défaut. Les conséquences à terme au niveau stratégique sont désormais évidente : non seulement un repli stratégique américain est inéluctable, mais plus encore les Etats-Unis ne respecterons désormais aucun engagement passé…

Au Japon, les derniers chiffres officiels sont mauvais avec notamment un taux de croissance de 0,3%… Or ce taux provient exclusivement de dépenses publiques donc en réalité de dettes supplémentaires…. 250% du PIB japonais de dettes ! Et désormais, il faut 7 euros de dépenses publiques pour produire 1 euro de croissance ! Le déficit commercial se creuse, la déflation se poursuit, ainsi que la dépréciation du yen face à l’euro comme au dollar. Certes, le plan de reconstruction d’infrastructures dans les zones du nord-est soutient le secteur du bâtiment. Tant que le Japon n’aura pas fait défaut, l’économie japonaise ne pourra pas repartir… et ce n’est pas l’annonce d’un nouveau plan d’injection de liquidités de 40 milliards qui modifiera la donne…. le problème n’est pas un manque de liquidités mais un problème de solvabilité….. Il est intéressant de comparer cela avec l’Islande qui vient de rendre solvable une partie des dettes des ménages….

Au niveau européen, quelques données inquiétantes (sans nous attarder sur celles issues des fameuses données PMI… enquêtes plus que données). D’abord au niveau économique, nous notons en moyenne zone euro une baisse de 2,1% des prêts aux entreprises.  Pour l’Espagne, le crédit au secteur privé a baissé de 19,3 % (entreprises) et de 5% (ménages). Pour le Portugal, cette part ménages a baissé de 6% et de 7,7% en Italie…. En France, si le Ministre de l’économie indique toujours que la croissance est de retour, il convient de regarder de près notre situation. L’augmentation de 0,2% de la consommation a compensée la baisse de 0,6% des investissements. Tandis que le commerce extérieur contribuait négativement (-0,7 point), la hausse des stocks a permis d’obtenir 0,5 point de croissance… Ce qui veut dire en réalité qu’à stock égal, le PIB de la France a diminué de 0,6% !

La situation des pays de la zone euro est donc dramatique. Nous achetons du temps depuis maintenant 5 années ;  nous achetons de plus en plus cher un temps de plus en plus court. Pour la zone euro, s’il apparaît nécessaire à beaucoup d’avoir une stratégie coopérative, une question fondamentale perdure : qui paye ?

La Grèce ne paiera pas ses dettes, comme d’autres pays. L’Italie, l’Espagne, le Portugal s’interrogent… Nous allons donc là aussi vers un défaut partiel au minimum, voire davantage, car en zone euro, nous ne pouvons payer en « monnaie de singe » comme actuellement le japon et les Etats-Unis le font…. Une bataille diplomatique et économique vient donc d’être lancée par la Commission (procédure initiée contre l’Allemagne), dont l’objectif est de faire « plier » l’Allemagne.  Soit les pays du sud explosent ou quittent la zone euro, soit nous resolvabilisons ces Etats dont la France par le biais d’impression monétaire ce que refuse l’Allemagne…  les économies de la zone divergent et les forces / dynamiques s’opposent.

De même, tous les pays ne peuvent tenter de bâtir leur croissance sur les exportations en zone euro via une baisse des salaires… D’abord parce que ces politiques (Espagne, Grèce, Portugal, Italie, …) entraînent des politiques déflationnistes…. Nous sommes en zone euro désormais en déflation. Forte pression déflationniste en Europe. Plus encore, cette pression devient structurelle et non plus conjoncturelle. Ensuite car nous n’avons pas intégré l’essentiel de la problématique : la crise n’est que le bruit d’une mutation profonde. Certains d’entre nos responsables estiment toujours que nous sommes face à une simple crise, et donc que la croissance reviendra naturellement très vite, très tôt…. Etrange raisonnement qui dure depuis 5 années. L’état final ne ressemblera en rien en l’état initial. La croissance ne viendra pas.

Le taux de chômage des jeunes en Espagne est officiellement de 57,4% et de 58% en Grèce (pour un taux de chômage global de 27%) ! Laurent Pinsolle sur son blog gaulliste libre (http://www.gaullistelibre.com/ – de nombreuses données de cet article sont issues de son blog) donne des chiffres pour l’année 2012 particulièrement inquiétant : « le nombre de suicides a augmenté de 26%. Médecins du Monde s’alarme du fait que près de 30% de la population vit désormais sans couverture sociale, avec une baisse des vaccinations et une augmentation de 21% des embryons morts nés. On peut également rappeler que le PIB a baissé de 25%, le pouvoir d’achat de la population de 40%, que le taux de chômage dépasse 25% et même 50% pour les jeunes, que le SMIC a été baissé de 22%, et même 32% pour les jeunes et enfin qu’1% de la population a quitté le pays en 2011 ! »…

De ce simple fait, soyons clairs : au sud du continent, non seulement la Grèce mais plus encore l’Espagne comme l’Italie peuvent désormais quitter la zone euro ! Au nord, l’Allemagne est en position de le faire. Car les deux politiques divergent : une politique monétaire adaptée aux pays du sud est destructrice de valeur pour l’Allemagne tandis qu’une politique monétaire adaptée à l’Allemagne est destructrice pour l’économie des pays du Sud… Bref, la politique monétaire commune n’est pas adaptée à l’ensemble de la zone euro ! De même, ne rêvons pas, les conditions macroéconomiques d’une union monétaire entre l’Allemagne et la zone euro ne sont pas réunies, et ce, malgré toutes les belles déclarations suite à l’accord sur l’union bancaire !

Il est intéressant de noter que différentes analystes économiques envisagent désormais le fait que l’Allemagne puisse raisonnablement quitter l’euro  même si les Allemands ne veulent pas en prendre l’initiative (notamment dernière étude de Patrick Artus de Natixis). Pour ce dernier, l’Allemagne devrait sortir de l’euro au regard de l’asymétrie des cycles entre l’Allemagne et le reste de la zone euro, l’affaiblissement des liens économiques entre l’Allemagne et les pays de la zone euro…  la crise de la zone euro a poussé l’Allemagne à développer son commerce extérieur hors zone euro. Ce qui implique aussi que pour conserver l’euro, il nous faut accepter la concentration croissante de l’industrie et des services en Allemagne avec les flux migratoires associés !!!! Ce qui est inacceptable. Comme est inconcevable le fait que tous les pays se lancent dans une politique économique basée sur l’exportation massive alors même que tous les pays voient leurs économies se contracter et leur demande intérieure se réduire !

Face à ces données inquiétantes, comment réagissent les marchés et les places boursières ? De manière totalement déconnectées de la réalité… Les commentateurs ne parlent que des marchés financiers… pas de l’économie… Logique, car les QE ne servent pas à l’économie mais aux seuls marchés financiers… Les niveaux de valorisation ne correspondent pas à la réalité. Une déroute boursière est à prévoir et pas seulement sur le marché action mais plus certainement (et plus inquiétant) sur le marché obligataire…. A titre illustratif, la BNP a des encours à hauteur de 48 000 milliards d’euros…. Quels fonds propres en face ? Autre exemple  que celui de la volonté de différentes aires géographiques de définir des monnaies communes : Koweït, Qatar, Bahreïn, Arabie Saoudite d’une part, mais aussi Kenya, Ouganda, Tanzanie, Rwanda et Burundi en Afrique… Autre exemple encore les transferts massifs d’or vers l’Asie via Hong-Kong… Autre exemple toujours, l’engouement pour les Bitcoins, qui démontre avant tout la suspicion envers les monnaies traditionnelles et la crainte d’un effondrement monétaire.

Il en est bien davantage au niveau de l’effondrement social….

Deux enquêtes (publiées semaine dernière) montrent que la situation économique et sociale se dégrade au nord de l’UE, y compris hors zone euro, et non plus uniquement dans les pays du sud de l’UE…. Ainsi l’enquête des médecins britanniques notant une nette augmentation des personnes hospitalisées pour malnutrition…. Au-delà, c’est bien sur le recensement des personnes bénéficiant de l’aide alimentaire (18% de la population américaine pour avoir un point de comparaison). En Grande-Bretagne, en quatre ans (2008 – 2012) nous sommes passés de 26 000 personnes bénéficiant de cette aide à 347 000 !  De plus en plus d’enfants sont concernés. En Grèce, aucun chiffre national n’est disponible, seuls des chiffres régionaux existent indiquant que dans certaines régions le taux d’insécurité alimentaire atteint les 60% ! En Espagne, 22% de la population vit officiellement sous le seuil de pauvreté et l’aide alimentaire concerne désormais directement 2,5 millions de personnes (sur une population totale de 47 millions) contre seulement 0,5 en 2008 ! Plus encore, le choc a été rude de découvrir pour les espagnols qu’il était désormais nécessaire d’ouvrir les cantines scolaires pendant les vacances afin d’offrir un repas complet par jour à des milliers d’enfants ! En Italie, avant 2012 aucune aide alimentaire n’était distribuée par la Croix Rouge. En 2012, ils sont 378 000 personnes ! En France, plus de 9 millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté et 4 millions vivent d’aide alimentaire soit 16,5% de la population !

La situation économique et sociale s’aggrave donc et les décisions devant être prises seront avant tout politiques. En Italie, comme au Portugal, on s’interroge politiquement sur la dette publique et sur la nécessité de rester dans l’euro. Aux Pays-Bas, en France, en Grèce, les élections de 2014 verront de nombreux députés euro-critiques élus…  La Grande-Bretagne a remis en 2017 un vote sur la question européenne. En Allemagne, la coalition gouvernementale avec le SPD refuse à la fois davantage de solidarité envers les autres Etats et les euro-obligations. Plus encore dans le texte de l’accord de gouvernement entre les deux formations politique, est proposé qu’à l’avenir les plans d’aide aux autres Etats s’accompagnent obligatoirement d’une participation des pays aidés, bref d’une mise en application du précédent / modèle chypriote, à savoir la saisie de l’épargne…

Nous assistons donc partout à la montée de responsables politiques que nous nommons avec erreur populistes (Renzi et Berlusconi, Beppe Grillo, Marine Le Pen, etc…) mais aussi bien plus loin que la zone euro (Aam Admi Party en Inde, le parti du citoyen ordinaire)…. Avec erreur car les populistes, ce sont les peuples qui se sentent dominés, exclus, démunis, trahis, perdus, angoissés et en insécurité sociale, culturelle, physique, alimentaire, éducative et professionnelle y compris vis-à-vis de leur propres avenirs… bref, les populistes se sont ceux qui souffrent le martyr aujourd’hui confrontés qu’ils sont à la réalité…. en aucun cas, il ne convient de les stigmatiser car la dimension sociale est plus clivante que la dimension politique.

Le social c’est l’abandon des chiffres et le retour de l’humain, c’est la dignité de la personne vivant de son travail, fière de ce dernier comme de l’éducation qu’elle peut octroyer à ces enfants ; le social c’est la fatigue d’une journée de travail qui se termine dans la dignité d’un chez soi décent ; le social c’est la sécurité des personnes qu’elle soit culturelle, alimentaire, énergétique, professionnelle (nous devons sécuriser les personnes, pas les emplois), physique ou éducative ; le social c’est de vrais moyens de transports permettant de relier les centre urbains aux populations périurbaines….

Le FN devient un parti de laissés pour compte et donc devient de plus en plus porteur d’un simple message social dans une déliquescence du pouvoir politique ! De là, aussi l’aspiration dans l’opinion publique au renouvellement complet du personnel politique. En France, nous mesurons chaque jour le rejet de notre exécutif. Or, zéro désir de droite dans ce rejet de notre exécutif, mais bien une volonté sociale (les fractures françaises) de modifier le système…. Face à une formidable défiance envers la classe politique dans son ensemble et les « élites ».  Comment le peuple pourrait-il ne pas manifester ce dégoût de la politique et de la classe politique dans son ensemble lorsqu’il constate les rentes de situation de ce personnel politique qui ne vise qu’à se recaser par simple cooptation (Harlem Désir pour la troisième fois tête de liste aux élections européennes …. MAM et Morano pour l’UMP, ….). La parole politique souffre donc d’un discrédit absolu…. Les Français, comme d’autres peuples dans le monde non seulement ne croient plus en l’autorité politique mais ils commencent à ne plus écouter personne… Et dans les difficultés, de plus en plus, les batailles se livrent hors du champ politique mais se multiplient et se développent dans le champ social (sur le terrain sociétal).

Que comprendre au final ? Tous les grands avantages acquis, y compris sociaux, ont été pensés et réalisés durant des périodes durables de croissances fortes. Nous ne sommes plus dans ce cadre. Les possibilités ne sont plus les mêmes sachant que dans un horizon court et moyen terme, nous n’aurons plus de forte croissance. Alors quelle alternative ? Celle d’un retour aux fondamentaux et d’un discours social fort mais réaliste appelant aux sueurs et aux larmes car il n’existe pas de solution miracle et de court terme…juste un chemin pavé d’obstacles que nous devons surmonter ensemble (la Nation) car nous nous en sortirons ensemble ou pas du tout ! La France est une nouvelle fois face à son destin, celui d’abord de sa propre volonté !

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Désinvolture stratégique…


Oui, l’utilisation d’armes chimiques est une ignominie qu’il convient de condamner. Mais il faut être réaliste : s’interroger d’abord sur la réalité du conflit syrien (guerre entre grandes puissances au travers des Syriens) ; s’interroger sur les Etats intervenant de part et d’autre et leurs motivations (et constater malheureusement que pour nombres d’entre eux il s’agit avant tout de soutenir des mouvements djihadistes que nous combattons ailleurs dans le monde, notamment au Mali et la bande sahélienne) ; s’interroger sur l’origine de l’attaque (sur les frappes elles-mêmes, il existe peu de doute sur leur réalité (encore que…!), un peu plus sur leur ampleur et beaucoup plus sur leur provenance ; ensuite sur les dispositif légaux permettant une intervention (à force d’intervenir partout sans jamais respecter le droit international que nous avons mis en place, ne soyons pas étonnés demain de le voir se retourner contre nous et nos propres intérêts); mais plus encore les objectifs de ces actions de force militaire. Ces objectifs ne peuvent être que politique.
Quel est notre objectif politique ? Affaiblir Assad ? Le forcer à partir ? Mettre en place un autre pouvoir politique ? En ce cas, lequel ? Qui soutenons-nous ? Comme si le camp en face de Assad était homogène (laïcs, musulmans, salafistes, djihadistes, takfiristes, …) Allons-nous favoriser une partition du pays (une région kurde à l’est, une réduit alaouite fidèle au clan Assad à l’ouest dans une région allant de Damas à Homs, une région arabe sunnite (Alep – > Euphrate), des minorités éparses et condamnées (notamment les minorités chrétiennes) ?
La force militaire ne vient que pour mettre en œuvre des moyens militaires permettant la résolution des objectifs politiques ! Dans ces conditions, l’emploi de la force comme toujours doit être subordonné à une définition claire de l’objectif et de l’end state que l’on veut atteindre, c’est-à-dire de ce qui définira si oui, ou non, l’objectif politique est atteint. Dans le cas du dossier syrien, quels peuvent être les objectifs ?
– le respect du droit international (traité de non prolifération chimique ) ? Mais alors, il convient de respecter le droit dans tous les aspects (la question de la légitimité de l’intervention) ;
– la logique de la « punition » (dont j’ai du mal à comprendre la traduction en termes de stratégie ?). Mais le bon sens et l’expérience nous apprennent que punir une fois est rarement suffisant ;
– la changement de régime politique en Syrie (avec le départ de B. el Assad) ? Mais dans ce cas, pour le remplacer par quoi et avec quelle garantie de succès (Cf., le cas libyen) ? Ce que l’on sait de la rébellion et de ses évolutions récentes n’est guère encourageant ;
– il y a d’autres options, mais je ne les ai pas tellement vues exprimées ? Garder Assad mais empêcher l’emploi d’armes chimiques ? En fait cela revient à admettre que mourir (même en masse) sous les obus conventionnels et le tir des mitrailleuses est « acceptable » mais pas sous les bombes chimiques ? Etablir une administration internationale ? Mais on est reparti pour vingt ans !
Et ne pas tout mélanger : le Président déclare privilégier dorénavant une solution politique. Mais la guerre est aussi une solution politique ! En réalité, il nous faut chercher une solution diplomatique.
Très clairement notre Président a un problème Assad, global et personnel bien avant les armes chimiques aboutissant à sa surprenante déclaration lors de la conférence des ambassadeurs d’août 2012 : « Bachar Al-Assad doit partir. Il n’y a pas de solution politique avec lui »… Nous sommes bien là, déjà, dans l’affirmation d’une volonté de « regime change » à la libyenne. Les déclarations de François Hollande sur l’utilisation des gaz le 21 août 2013 lui ont fait franchir un seuil. Difficile de reculer. Dès lors apparaît la volonté politique de François Hollande de « punir ». Notre objectif politique serait de punir ? De mener des opérations militaires punitives ? Très surprenant concept. Très difficile application opérationnelle au-delà de simples frappes médiatiques.
Si Bachar doit partir ce ne peut être qu’à la fin d’un processus de transition politique et absolument pas en préalable. L’utilisation d’armes chimiques ne procède que peu d’une appréciation juridique mais uniquement d’appréciation morale. L’attaque a-t-elle été ordonnée par Bachar el Assad ? Pour rappel, les échantillons analysés par la France n’ont révélés que de très faibles doses de gaz sarin, même si le gaz s’affirme comme complexe et mortel. A l’inverse les échantillons américains révèlent de fortes proportions de sarin…
Quel est le jeu des acteurs ? L’offre russe n’est pas sérieuse, chacun le sait. L’objectif de Poutine n’est pas d’humilier Obama. Ni les Etats-Unis. Surtout pas. Mais de prendre l’avantage, l’ascendant. Tout en démontrant la fin de la superpuissance américaine (elle-même héritage de la fin de l’URSS), imposer la Russie de retour comme acteur (centre de la négociation syrienne) et comme alternative diplomatique aux Etats-Unis. L’affaire Snowden comme prémices. La Russie, bien évidement refuse la proposition de résolution de la France, trop contraignante. Grossière erreur diplomatique de la France ou au contraire manœuvre diplomatique visant à enfermer la proposition russe dans ses contradictions ?
Obama visait à agir à minima. Mais, attention, par orgueil politique, sa riposte militaire pourrait être disproportionnée. Obama risque fort (avec l’appui de François Hollande) de rechercher une légitimité de remplacement. Donc « d’aller à la pêche » à l’OTAN et à la ligue Arabe. Le soutien à minima de l’Union européenne lui étant assuré par le communiqué européen de Vilnius. Mais là encore, François Hollande a commis une erreur majeure en mettant une nouvelle fois à mal la relation franco-allemande. Alors que l’Allemagne est en pleine campagne électorale et que la Chancelière Merkel semble en position favorable pour l’emporter, il pousse l’Allemagne et la Chancelière un peu plus dans les bras de la Russie et Poutine finit par imposer Berlin comme point focal pour les Russes. Grave erreur pour l’avenir d’autant plus grave que l’axe franco-britannique ne peut jouer dans cette affaire, isolant davantage Paris.
Selon divers renseignements, l’ASL a perdu le contrôle militaire de la rébellion au profit des groupes radicaux islamistes. La rébellion a perdu une part de son poids dans les futures négociations. A contrario c’est actuellement le régime de Bachar qui est conforté.
Cette guerre risque fort de s’étendre. De guerre « civile », elle est devenue une guerre par procuration pour d’autres puissances (Qatar, Arabie Saoudite, Etats-Unis, France, Russie, Iran,). Ensuite elle débordera très vite sur le Liban, puis vraisemblablement sur le Golan, sur le nord de la Syrie c’est-à-dire la frontière turque… sans omettre la montée en tension pour Israël.
Le décideur politique est face à de mauvais choix faute d’avoir jamais voulu faire accepter des portes de sortie stratégiques (cf Tunisie, Egypte, Libye) et donc, quel que soit celui qui gagnera, la France comme les Etats-Unis vont perdre ! Nous pouvons même affirmer que les Etats-Unis et la France ont déjà perdu, tant sur le plan médiatique que sur le plan international. Les Etats-Unis montrant qu’ils ne souhaitaient plus avec ce Président s’engager avec la même force et la même détermination au Proche-Orient et la France ne devenant qu’un supplétif dans une région dans laquelle elle a pourtant toujours su jouer un rôle de premier plan. Les masques tombent et la France en sort cruellement affaiblie.
Alors quelles conséquences ?
D’abord des conséquences géopolitiques. Un monde libre. Un monde redevenu libre géopolitiquement. Voilà l’émergence de la fin de la période de transition commencée en 1989 avec la chute du mur de Berlin. Toute la problématique, toute la complexité du moment provient de l’absence de pensée stratégique ayant anticipé cette liberté géopolitique et capable de la gérer. Avec comme accentuation de la complexité, l’obsolescence des structures de sécurité (régionales comme internationales) mises en place depuis 1945. Paradoxalement, perdant ses « maîtres » traditionnels ; ce monde libre géopolitiquement induit une absence de liberté opérationnelle pour nos pays occidentaux dans des rapports de force corrigés par la quête d’un équilibre stratégique inatteignable. En ce sens, la Syrie peut être analysée comme un tournant.
La Russie est pour le moment le grand vainqueur de cette crise. Sans menace, elle s’est placée au centre du jeu. Elle a divisé le camp occidental, l’a poussé dans ses contradictions stratégiques et a démontré aux yeux de tous, notamment les émergents, ses insuffisances. Elle se réaffirme comme une puissance incontournable. A titre anecdotique, il est « savoureux » de voir s’impliquer la Russie sur ce dossier ! Il faut se rappeler que jusqu’à une date relativement récente, la Russie (et tout la Pacte de Varsovie) avait largement développé un concept d’usage de l’armement chimique dans sa doctrine d’emploi militaire (à usage tactique, bien en dessous du seuil nucléaire). Et l’on peut penser que le développement des capacités chimiques de la Syrie doit beaucoup à sa proximité historique avec l’ex-URSS…
L’Iran sort renforcée de cette crise. Elle réaffirme son rôle de protecteur des chiites notamment face à une menace d’intervention occidentale. Face aux hésitations américaines et occidentales, elle peut jauger sa marge de manœuvre.
Pour la France et l’Union européenne, cette reculade américaine démontre une nouvelle fois que non seulement la superpuissance américaine n’est plus ; mais surtout que les Etats-Unis n’interviendront désormais que pour leurs seuls intérêts et donc de manière parcimonieuse… Chypre, membre de l’Union européenne vient de se tourner vers la Russie… message pour le reste des européens ? Quant à notre pays, par le biais des actions / décisions de François Hollande et des erreurs dramatiques de notre diplomatie, il vient d’être brutalement renvoyée à ces insuffisances stratégiques….
Enfin, autre conséquence géopolitique, la menace terroriste s’estompe (en tant que concept stratégique), non par la fin d’Al-Qaeda ou la mort de Ben Laden mais par l’émergence de nouveaux acteurs et rapports de force stratégiques.
Ensuite des conséquences militaires. Ce que la Libye et le Mali avaient masqué se révèle : la France ne peut plus agir sans le soutien matériel des Etats-Unis et a perdu pour part sa réelle autonomie stratégique et donc son rang de puissance ! Il nous faut donc prendre en compte cette réalité (survenant à l’aube de notre débat parlementaire sur la LPM) et modifier en conséquence cette dernière faute de disparaître du paysage géostratégique. Ensuite, impérativement adosser à notre posture de dissuasion au sein de cet environnement stratégique naissant, une posture d’intimidation. Pour l’Union européenne (et donc pour la France), développer un outil militaire autonome capable de défendre pleinement nos intérêts sans les Etats-Unis. La constitution d’un tel outil ne constitue absolument pas une charge mais un devoir.
S’interroger aussi sur le concept des frappes et leur contrepoint politique. Des frappes aériennes ? Mais de quel niveau ? Opérationnel ? Alors les frappes doivent être chirurgicales, multiples et renouvelables impliquant l’emploi de forces au sol pour démultiplier leurs effets. Stratégiques ? Alors, on vise un effet significatif sur le niveau militaire, économique et politique de l’adversaire. Ce type de frappes se doit d’être puissant et si possible radical. Si nous réalisons des frappes, il nous faudra tout à la fois dissuader de tout nouvel emploi d’armes chimiques et intimider suffisamment pour amener les protagonistes à la table de négociation. Donc infliger de réels dommages (significatifs et durables) aux capacités militaires du régime syrien. Mais alors, quid des avantages donnés à la rébellion et notamment aux groupes islamistes radicaux et de leur future emprise sur la Syrie ? Quid de la Russie ? De la Chine ? Et plus prosaïquement, quid de la localisation des cibles (au milieu des populations) ? Bref, qui mesure les conséquences géostratégiques des frappes ? Cela implique alors qu’il est totalement contre-productif de fixer des limites de temps à l’opération (ne pas confondre avec la limitation donnée aux objectifs militaires) mais quid des opinions publiques et comment gagner la bataille médiatiques de ces opinions ? Conséquence : il ne faut pas fixer de limites hautes temporelles car cela nous affaiblit stratégiquement…Donc, forte nécessité de déployer des forces et moyens pour durer… Bien loin des envies politiques….
Les solutions sont diverses et ne peuvent être exclusives. Alors quelle solution privilégier ? Potentiellement, oui, une sorte de show of force, une démonstration de force occidentale MAIS assortie immédiatement d’une vraie conférence régionale avec tous les acteurs dont l’Iran ! Des frappes de missiles de croisière afin d’apaiser les émotions médiatiques, tout en permettant d’affaiblir le régime d’Assad tandis qu’en en sous-main nous favoriserons la reprise en main des insurgés par l’Arabie Saoudite (des grands démocrates eux aussi) et la mise en place d’insurgés « euro-occidentaux compatibles » que l’on pourra soutenir militairement. Mais le risque est grand que cela ne serve à rien, sauf à enclencher un processus militaire plus important. Puisque les frappes ne font rien, frappons plus fort. Puis plus fort. La bascule sera là. La guerre aussi.
Dès lors, il nous faut aussi mesurer les implications politiques de tout cela, et pour nos responsables, l’impérieuse nécessité de prendre de la hauteur….car dans des circonstances aussi graves, il convient de garder la tête froide et de s’exprimer avec responsabilité. Aucune action militaire ne doit dépendre de l’émotion et des médias. Si la volonté politique de notre exécutif ( ce qui aurait été une erreur) était le départ de Bachar Al-Assad, alors la priorité de notre diplomatie sur cette question devait être un accord avec la Russie et donc profiter du G20 pour définir un deal diplomatique : la Russie garderait son influence dans la zone, mais à elle de solutionner le problème et de trouver le successeur de Bachar….
Encore une fois, comme souvent, en raisonnant sous l’emprise de l’émotion, on s’attache plus à traiter les effets de la crise (massacre de populations) que les causes. C’est sans doute vendable plus facilement dans l’opinion publique mais cela explique la durée de nos cycles de gestion de crise (les Balkans, 20 ans en Bosnie, presque 15 au Kosovo et rien n’est réglé), en complet décalage avec nos propres cycles politiques (de 4 ou 5 ans !). Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de défendre le système en place. Le régime Assad (père et fils) demeure celui d’une minorité (alaouite) s’imposant par la force et la dictature à tout un pays (je n’ose écrire « peuple »). Je serai totalement cynique, je dirai qu’on peut y reconnaître une forme de stabilité (avec laquelle d’ailleurs tous les Etats à commencer par la France, ont dialogué pendant des années !).
Mais, il ne peut exister de diplomatie de l’émotion et de la représentation politique. Il faut d’abord effectuer une appréciation de situation politique et stratégique. En effet, gérer les effets de la crise peut se révéler relativement facile (toute proportion gardée) en les éradiquant et en faisant retomber la part d’émotion (l’effet CNN ou « 20heures »). Traiter des causes s’avère en général beaucoup plus complexe car on touche souvent au cœur de l’humain (ethnique, religieux, politique, etc.). Au niveau local, une guerre civile avec 100 000 morts et des crimes partagés. Au niveau régional, des pays voisins engagés et inquiets des répercussions. Au niveau mondial on montre ses forces et on essaie de se rassurer : la puissance résiduelle des USA, celle de la Russie, l’influence nulle de l’UE, nulle encore des autres pays (Chine, Inde, Brésil, etc), celle intéressée des pays arabes. Sur le plan historique, la France a une légitimité d’intérêt mais que veut-elle ? Se hausser du col, fortifier l’alliance avec une puissance ou avec l’autre, sanctuariser le droit international ? Sanctifier un siège au CSNU ? Favoriser la défense européenne ? Promouvoir la stabilité du Proche-Orient ? Saisir l’occasion pour promouvoir une attitude européenne ?
La décision politique doit s’imposer, y compris dans les opérations militaires. En ce sens, il ne peut y avoir de légitimité politique sans réussite militaire. En s’engageant sans stratégie de règlement politique, Barak Obama comme François Hollande ont placé leurs pays respectifs dans une position de faiblesse très lourde de conséquences. En particulier, François Hollande a fait montre d’une exceptionnelle désinvolture dans ses prises de positions, ses décisions politiques internationales et ses reculades. La Syrie n’est pas (pour le moment) la guerre d’Espagne. Il n’est pas Blum et ne doit pas avoir peur de l’histoire. Mais, françois Hollande est clairement mis en difficulté au niveau international ; et avec lui, la France. Très prosaïquement, après le refus d’accepter la présence de la diplomatie Française aux négociations, il est à craindre que notre pays ne fasse les frais de l’accord défini entre les Etats-Unis et la Russie à Genève… et des erreurs dramatiques à répétition de notre exécutif !

Merkamrom


La croissance française sera donc de 0,1% selon la Commission européenne…. Assez loin des prévisions du gouvernement !
Face à cette bérézina, le gouvernement tente de conserver la méthode Coué, or nous serons probablement en négatif à la fin de l’année. C’est l’échec total de la politique économique suivi par cet exécutif. Rassurant pour l’exécutif, la Commission européenne nous comprend et nous ne sommes pas les seuls à subir ce défaut de croissance. Terriblement inquiétant pour moi. Pour rappel, le Japon est pour le troisième trimestre consécutif en récession, les statistiques de croissance chinoises sont falsifiées et gonflées ; enfin, les Etats-Unis ont officiellement annoncé un PIB de – 0,1% (PIB négatif donc avec une production tant industrielle que manufacturière en baisse).
Au niveau européen, les objectifs principaux du budget européen concernent essentiellement pour 45% des dépenses : renforcement de la compétitivité (innovation, recherche, développement des réseaux de transports et des interconnections énergétiques) et de la cohésion (fonds structurels) et pour 43% des dépenses : la PAC. Certes, il y a accord sur le cadre financier pluriannuel 2014-2020 lors du Conseil européen des 07-08 février : 960 milliards d’euros de crédits d’engagement (1% du PIB européen) ; 908,4 milliards d’euros de crédits de paiement (0,95% du PIB européen). Cet écart entre les engagements et les paiements peut a priori créer un déficit structurel. Tout le monde compare surtout le niveau des engagements. Seul compte le niveau des crédits de paiement donc des dépenses qui seront effectivement réalisées. De là, des négociations à venir avec le Parlement Européen : Conformément au Traité de Lisbonne, le Parlement Européen doit se prononcer sur ce projet de budget (session plénière en juillet). Les chefs des 4 principaux groupes politiques du Parlement Européen, dont les socialistes, ont annoncé qu’ils refuseraient d’accepter en l’état ce budget. Les parlementaires mettront en avant 3 revendications : une flexibilité maximale entre les années budgétaires et les postes de dépenses, une révision de l’accord à mi-parcours, une discussion sur les ressources propres de l’UE. Si le budget est rejeté, l’UE devra vivre avec des budgets annuels sur la base de celui de 2013 jusqu’à l’élaboration d’un nouveau cadre financier, source d’instabilité.
La France voulait que le budget européen envoie un signal de relance. Or le budget approuvé est un budget d’austérité. La France est isolée. Nous sommes passés du « Merkozy », tant décrié, au « Merkamron ». François Hollande a réussi le tour de force de créer un axe Grande-Bretagne/Allemagne, alliées de circonstances sur les perspectives budgétaires européennes alors que leurs projets politiques sont diamétralement opposés : Europe à la carte pour la Grande-Bretagne, intégration politique pour l’Allemagne. La France risque de devenir le maillon faible économique et industriel de l’Europe. La compétitivité est d’abord un problème national. On ne peut pas là non plus se défausser constamment sur nos partenaires.
Où est le projet politique de la France pour l’Europe ? Le discours de David Cameron a été beaucoup critiqué mais peu l’ont lu dans les détails. Il est habile : il s’adresse à ses électeurs et propose un projet. Je ne sais pas qui est aux commandes en France. En Europe, c’est clair. La France est absence. C’est désormais le couple Cameron Merkel comme a pu le démontrer les dernières négociations sur ce budget européen à minima…

L’Europe des Nains


Fraîchement pressé, un billet d’humeur suite à une rencontre avec des homologues, loin de France…
Beaucoup de désillusions de la part de nos partenaires lointains qui ne comprennent pas l’évolution de notre organisation/système politique… Et ils ne sont pas les seuls… Donc un court exposé oral pour tenter de leur faire comprendre différentes dimensions, un débat engageant et engagé, et pour finir… fraîchement pressé vous dis-je, un billet regroupant ce que j’ai dit et certains choses que je n’ai pu dire…pudeur ou fierté nationale retenue lorsque je me trouve loin de ma terre natale ; la seule terre que j’aime profondément au fond de mon cœur malgré la beauté de toutes les autres…
L’Europe des nains donc… et pour complaire à l’idéologie dominante d’un universalisme vert béat, l’Europe des nains de jardins…
Regardons avec objectivité les attendus et les résultats du dernier congrès des VRP nationaux que sont devenus nos représentants politiques européens, sur le budget européen…L’union européenne va dans le mur, chacun le sait, chacun le mesure à l’aune des différentes déclarations politiques, nous avons atteint le niveau zéro de la réflexion budgétaire, signifiant là, que nous sommes passés dans le domaine du négatif en ce qui concerne la réflexion stratégique… constituant à mon sens un dysfonctionnement majeur de l’Union européenne mais aussi de nos différentes démocraties nationales… sorte d’aveu (enfin) de leurs graves affections….
La Politique (avec un « P », c’est-à-dire la Grande Politique), c’est d’abord et avant tout des mots, qui donnent des formules, définissant une vision qui produit un effet sur une population et donc qui engendre une Histoire !
Rien de tout cela désormais…. Des nains vous dis-je !
Lisons le discours du « Moi, Le, Président de la République » au parlement européen… Un vrai condensé de mots creux, de fausses formules, d’absence de vision… Que de critiques apportées au sens de l’union européenne par un de ceux qui, patiemment et régulièrement, y a toujours apporté son concours… Que de différences entre les discours tenus à Bruxelles, à Strasbourg, à Berlin, à Athènes ; et il y a encore peu à Londres ; et les décisions politiques prises en France… La France est absente, tristement absente de la réalité du monde et des évènements, se contentant de bruits et de gestes maladroits face à une poussière stratégique de plus en plus prégnante… regardons le couple franco-allemand.
Il n’y a plus de couple franco-allemand. Absence de vision à la fois nationale, mais aussi collective (européenne) et commune. Aux regards des faits, je suis contraint de constater une forme de trahison politique tant du côté allemand que du côté français…
Or, à l’évidence, désormais, la France manque les différents rendez-vous internationaux. Juste des sous-performances politiques essentiellement liées à l’impréparation des équipes et des conseillers en place me direz-vous ? Malheureusement pas. Non que les équipes arrivées en France en mai/juin 2012 ne furent pas elles-mêmes surprises par leur victoire ; non pas par un manque quelconque de compétences ; mais malheureusement, par un claire manque de vision…
Aujourd’hui, partout où je me déplace, je ne puis que constater que la France manque… Notre pays manque au monde. Manque au couple Franco-allemand. Manque à l’Union européenne… Manque au continent européen… Manque ailleurs, même si pour certains, aller parader en guerre constitue le plus beau jour de leur vie….
La crise de l’Euro est finie ! La crise économique se termine ! La reprise économique est là… du moins pour le second trimestre 2013…. Tout cela est derrière nous ne cessent-ils de nous dire. Retournez-vous, messieurs les gouvernants, messieurs les sachants…vous verrez ainsi de face ce qui nous attend !
Alors qu’il nous faudrait des investissements massifs dans la recherche, diminution de ces derniers ! Alors que les temps à venir vont être destructeurs pour nombres de personnes, forte diminution des aides, tout particulièrement alimentaires ! Le budget 2014-2020 sera donc en recul, non seulement une première pour l’Union européenne ; mais aussi une abération méthodologique dans sa projection vers l’avenir…. Il est tout aussi « amusant » d’entendre le Premier Ministre reconnaitre son erreur dans sa projection de croissance à un an tout en affirmant sa clairvoyance et sa maîtrise dans sa projection à 4 ans…
Est-il possible de se faire élire sans être démagogue dans une démocratie ? Si la mise en exergue de la réalité ne peut tuer l’utopie, la désespérance démocratique est dangereuse… Aujourd’hui la France compte 4 à 5 millions de chômeurs, 10 millions de mal logés, et presque autant de mal nourris…. Une large part de notre population paie par lâcheté politique nos problèmes… Ainsi notre logique (constante depuis près de 40 ans) est de protéger le travail de ceux qui en ont et non pas de privilégier de créer du travail pour ceux qui n’en ont pas ! Nous voulons sécuriser les emplois, et non sécuriser les personnes… Pis, le modèle français, tant vanté mais jamais copié, est défendu par tous dans une tentation/aspiration/résignation de fatalité. Nous nous attaquons aux signes, jamais aux causes… et nous exécutons sans vergogne le messager porteur de la (si) mauvaise nouvelle….
La dette publique et privé atteint aujourd’hui 270% du PIB dans les pays définis comme PDEM…. Les stratégies et politiques monétaires (et économiques) actuelles (2012-début 2013) épuisent les armes démocratiques d’ajustement économiques… et impliquent le fin du cycle actuel de mondialisation, chacun prenant le contrôle de sa monnaie face aux politiques des uns et des autres…. Chacun, sauf l’Union européenne grâce à l’Allemagne et contre le désir de François Hollande…. Heureusement d’ailleurs. Mais cette fin du cycle actuel de mondialisation va dériver vers l’émergence d’un nouveau cycle, celui de la continentalisation du monde en parallèle d’une crise latente mais profonde du système international héritée de la Seconde Guerre Mondiale et de la structuration de la Guerre Froide. Le monde tel que nous le connaissons, encore quelque temps, va s’embraser !
Problème de temporalité mais aussi d’espace géographique d’expression. L’Etat-nation, véritable invention française, n’est plus le cadre maximum dans lequel peuvent s’inscrire les modalités du politique. Ce que l’on retrouve au niveau européen. De là, aussi, l définition prospective du Général De Gaulle concernant l’Europe des Nations. Le Politique se doit donc de prendre en compte cette réalité stratégique : l’état-nation n’est plus le seul arbitre des décisions politiques ! Le prendre en compte, c’est-à-dire, non seulement l’accepter en tant que tel et rejeter toute faute sur lui en l’espèce… mais inscrire dans le « jeu » national (voire dans le « je » national) à la fois le cadre européen mais aussi le cadre international…
Et, dans ce « je » national, nous gommons les différences au lieu de les tolérer. Face à une conception de la République où l’Etat a pris la place du Roi d’hier, et donc de Dieu ; sorte de fétichisme de l’Etat ; l’autorité est aujourd’hui remise en cause via une déconstruction de la collectivité souveraine au profit de l’individu ; désagrégation de la collectivité dans un phénomène que certain (Jacques Généreux) nomme avec justesse : la « dissociété » qui fait disparaître la société au profit de communautés et d’individus ; forme de montée de légitimité politique de tous au sein d’un égalitarisme béat… De ce fait, aussi, la France, a du mal à se projeter dans un monde, qui lui, ne l’est assurément pas !
Point de décadence, ni de déclin…. La réaction est possible… Elle sera douloureuse… Mais, force de constater que si la France manque au monde, elle manque d’abord parce qu’elle se ment à elle-même…

Billet d’humeur sur un « drôle » de moment…


Nous avons fêté les 50 ans du couple franco-allemand…bel anniversaire… Mais quel projet ? Quelle vision politique ? Comment ne pas sentir cette absence de vision et de futur, tout particulièrement entre les deux pays fondateurs de l’Union européenne… y compris jusqu’à endormir certains de nos ministres, et non des moindres !
Véritable désunion européenne entre la France et l’Allemagne, et ce dans le même tempo…degré zéro de la politique européenne, isolant encore davantage la France et favorisant la dispersion des énergies européennes. A la fois significatif (malheureusement) et inquiétant…
C’est dans ce cadre historique du cinquantenaire du Traité de l’Elysée que s’inscrit le discours, fort habile, de David Cameron. A la fois objet de politique intérieure et objet de politique extérieure, voulant ancrer dès maintenant sa future renégociation d’un futur européen… Il est extrêmement dommageable que la France et son exécutif n’en aient pas fait de même…y compris dans le recours aux citoyens. L’union européenne ne peut se réduire à un marché unique, qui plus est, organisant entre ses membres une concurrence effrénée !
Il est étonnant d’entendre un Président « normal » ayant fait une campagne sur la thématique du « changement, c’est maintenant » déclarer, suite au discours du Premier Ministre britannique : « rien ne doit changer… une opportunité et une occasion de plus loupée ? Tout autant d’écouter son Ministre des Affaires Etrangères ; jadis « grand louvoyeur politique » » de la question européenne au gré des opportunités ; proclamer qu’il ne saurait exister une Union européenne à la carte ! Ah bon ? Mais alors, quid de la zone euro à 17 et non à tous les membres ? Quid des accords de Schengen ? Véritable ignorance de la réalité stratégique de l’Union européenne et de son avenir que nous ne cessons d’envisager : une Union européenne à plusieurs cercles et à plusieurs vitesses !
Il n’est alors pas étonnant, paradoxalement, d’entendre Madame Angela Merckel immédiatement intégré le discours et les propos de David Cameron… En ce sens, le discours de Cameron signe peut-être l’émergence d’un nouvel axe européen, avec l’Allemagne, pour redéfinir les contours du futur de l’Union européenne… Car, dans ce futur de l’Union européenne, il ne fait pas de doute qu’il conviendra de compter avec l’Allemagne… Une Allemagne qui a peur, terriblement peur de l’avenir… peur d’un avenir démographique qui la condamne à privilégier son épargne et des excédents… la peur intime du futur qu’à l’Allemagne repose sur sa démographie, sur rien d’autre… De ce fait, Cameron indique que certes, il faudra compter avec l’Allemagne dans la définition de la nouvelle architecture européenne, mais aussi avec la Grande-Bretagne… Et la France ? Silence… Au moins, soyons heureux ; l’initiative du Premier Ministre Britannique va nous contraindre à définir ce que nous voulons comme futur pour l’Union européenne…

Nucléaire et AAA+


A la lecture de diverses déclarations récentes (Jean-Vincent Placé, Michel Rocard et Noël Mamère notamment) reprises et reformulées par quelques articles (Paul Quiles), l’heure des « ajustements » budgétaires, à l’évidence, ne favorise pas la réflexion stratégique… Ce n’est pas la dissuasion nucléaire qui stérilise la pensée stratégique, mais plus justement les considérations stratégiques immédiates et erronées d’hier qui nous expliquent que faire demain avec des formules aussi lapidaires et simplificatrices que leurs propres visions stratégiques : l’arme nucléaire n’a plus aucun sens, elle est donc inutile et coûteuse !
Bien évidement la question du coût ne peut être éludée mais tout questionnement sur le coût de notre dissuasion doit être posé autrement : que devra perdre la France en terme de souveraineté, d’intérêts et d’autonomie pour contrebalancer les coûts de la dissuasion nucléaire ? Et inversement que devra payer (financièrement) la France pour préserver les mêmes avantages que ceux procurés par le nucléaire en termes de souveraineté, d’intérêts, de droit à la parole et d’autonomie en cas d’abandon ? Pour la France, plus que jamais, de la dissuasion nucléaire et de la force qui s’en dégage, naît la force politique qui en émane. La dissuasion est donc une cohérence, un langage, un comportement mais aussi et surtout une exigence : être crédible.
Dès lors, ceux qui prônent, parfois pour de simples raisons budgétaires, l’abandon du nucléaire, en empruntant parfois la forme d’une proposition d’un simple maintien des capacités actuelles sans volonté de pérennisation et de modernisation, condamne l’Union européenne et surtout la France à l’impuissance dans les temps à venir. Or, c’est pourtant bien l’arme nucléaire dans toute la complémentarité issue de ces deux composantes, qui octroie sa stature à notre pays. Et demain, c’est elle seule, au-delà des réflexions stratégiques légitimes actuelles, qui donnera à notre pays une garantie globale de sécurité.
Notre capacité à nous défendre demain, se mesurera très précisément à l’aune de notre détermination politique actuelle. Le maintien de notre posture de « stricte suffisance » trouve notamment sa justification dans ce contexte géostratégique. Alors que ne s’estompent pas pour les décennies à venir la possibilité d’un affrontement dual ; les tensions régionales ou « zonales », longtemps tues, s’expriment avec force et violence, essaimant à travers le monde pour recomposer les équilibres régionaux, et autres…. A cela s’ajoute un accès toujours plus grand et rapide à l’information et à l’image qui ne fait que renforcer le facteur exacerbation des frustrations de populations qui se sentent déracinées, punies, frustrées et ghettoïsées dans un monde globalisé. Ces mêmes populations s’entassent dans des mégalopoles, confrontées à une raréfaction des ressources, à une oppression politique et dessinent une géopolitique du ressentiment, exploitée par des fondamentalismes religieux.
Le Président de la République sera guetté sur de possibles évolutions concernant la notion d’emploi de l’arme nucléaire. Le socle de la doctrine nucléaire française est la volonté d’octroyer à l’arme nucléaire un rôle fondamentalement politique. L’arme nucléaire, créée pour empêcher Verdun (plus jamais cela !) ne saurait être une arme d’emploi (c’est-à-dire un outil militaire utilisable au même titre que les autres), ni même un moyen de coercition. Mais, véritable voix de la France sur la scène internationale par la puissance qu’elle lui confère, il s’agit aussi de pouvoir affirmer que la France ne dépend d’aucune autre puissance pour ce qui est de sa survie. Cette affirmation de puissance repose sur la crédibilité politique de l’arme qui repose elle-même sur une double crédibilité, technique et opérationnelle, qui passe par la mise à disposition envers le Chef de l’Etat de systèmes nucléaires fiables et efficients.
Pour ce faire, et a contrario de la Grande-Bretagne, la France a toujours maintenu la maîtrise nationale de l’ensemble des technologies, des outils scientifiques et industriels afférents, mais aussi et surtout une totale indépendance dans la planification, le déploiement et la décision d’emploi des différents systèmes d’armes composant la dissuasion nucléaire. De là, diversification des moyens, permanence, et moyens de renseignements et de communication adaptés. De là, le dimensionnement de l’outil nucléaire avec le maintien de deux types de moyens aux caractéristiques techniques différentes et complémentaires : des missiles balistiques équipant la composante océanique, emportés par des sous-marins, et des missiles à trajectoire aérobie pour la composante aéroportée. Ce maintien est impératif pour crédibiliser notre système. Nous n’avons qu’un choix : poursuivre ou abandonner.
Nous sommes une puissance stratégique AAA+, il convient de le rester !