Merkamrom


La croissance française sera donc de 0,1% selon la Commission européenne…. Assez loin des prévisions du gouvernement !
Face à cette bérézina, le gouvernement tente de conserver la méthode Coué, or nous serons probablement en négatif à la fin de l’année. C’est l’échec total de la politique économique suivi par cet exécutif. Rassurant pour l’exécutif, la Commission européenne nous comprend et nous ne sommes pas les seuls à subir ce défaut de croissance. Terriblement inquiétant pour moi. Pour rappel, le Japon est pour le troisième trimestre consécutif en récession, les statistiques de croissance chinoises sont falsifiées et gonflées ; enfin, les Etats-Unis ont officiellement annoncé un PIB de – 0,1% (PIB négatif donc avec une production tant industrielle que manufacturière en baisse).
Au niveau européen, les objectifs principaux du budget européen concernent essentiellement pour 45% des dépenses : renforcement de la compétitivité (innovation, recherche, développement des réseaux de transports et des interconnections énergétiques) et de la cohésion (fonds structurels) et pour 43% des dépenses : la PAC. Certes, il y a accord sur le cadre financier pluriannuel 2014-2020 lors du Conseil européen des 07-08 février : 960 milliards d’euros de crédits d’engagement (1% du PIB européen) ; 908,4 milliards d’euros de crédits de paiement (0,95% du PIB européen). Cet écart entre les engagements et les paiements peut a priori créer un déficit structurel. Tout le monde compare surtout le niveau des engagements. Seul compte le niveau des crédits de paiement donc des dépenses qui seront effectivement réalisées. De là, des négociations à venir avec le Parlement Européen : Conformément au Traité de Lisbonne, le Parlement Européen doit se prononcer sur ce projet de budget (session plénière en juillet). Les chefs des 4 principaux groupes politiques du Parlement Européen, dont les socialistes, ont annoncé qu’ils refuseraient d’accepter en l’état ce budget. Les parlementaires mettront en avant 3 revendications : une flexibilité maximale entre les années budgétaires et les postes de dépenses, une révision de l’accord à mi-parcours, une discussion sur les ressources propres de l’UE. Si le budget est rejeté, l’UE devra vivre avec des budgets annuels sur la base de celui de 2013 jusqu’à l’élaboration d’un nouveau cadre financier, source d’instabilité.
La France voulait que le budget européen envoie un signal de relance. Or le budget approuvé est un budget d’austérité. La France est isolée. Nous sommes passés du « Merkozy », tant décrié, au « Merkamron ». François Hollande a réussi le tour de force de créer un axe Grande-Bretagne/Allemagne, alliées de circonstances sur les perspectives budgétaires européennes alors que leurs projets politiques sont diamétralement opposés : Europe à la carte pour la Grande-Bretagne, intégration politique pour l’Allemagne. La France risque de devenir le maillon faible économique et industriel de l’Europe. La compétitivité est d’abord un problème national. On ne peut pas là non plus se défausser constamment sur nos partenaires.
Où est le projet politique de la France pour l’Europe ? Le discours de David Cameron a été beaucoup critiqué mais peu l’ont lu dans les détails. Il est habile : il s’adresse à ses électeurs et propose un projet. Je ne sais pas qui est aux commandes en France. En Europe, c’est clair. La France est absence. C’est désormais le couple Cameron Merkel comme a pu le démontrer les dernières négociations sur ce budget européen à minima…

Billet d’humeur sur un « drôle » de moment…


Nous avons fêté les 50 ans du couple franco-allemand…bel anniversaire… Mais quel projet ? Quelle vision politique ? Comment ne pas sentir cette absence de vision et de futur, tout particulièrement entre les deux pays fondateurs de l’Union européenne… y compris jusqu’à endormir certains de nos ministres, et non des moindres !
Véritable désunion européenne entre la France et l’Allemagne, et ce dans le même tempo…degré zéro de la politique européenne, isolant encore davantage la France et favorisant la dispersion des énergies européennes. A la fois significatif (malheureusement) et inquiétant…
C’est dans ce cadre historique du cinquantenaire du Traité de l’Elysée que s’inscrit le discours, fort habile, de David Cameron. A la fois objet de politique intérieure et objet de politique extérieure, voulant ancrer dès maintenant sa future renégociation d’un futur européen… Il est extrêmement dommageable que la France et son exécutif n’en aient pas fait de même…y compris dans le recours aux citoyens. L’union européenne ne peut se réduire à un marché unique, qui plus est, organisant entre ses membres une concurrence effrénée !
Il est étonnant d’entendre un Président « normal » ayant fait une campagne sur la thématique du « changement, c’est maintenant » déclarer, suite au discours du Premier Ministre britannique : « rien ne doit changer… une opportunité et une occasion de plus loupée ? Tout autant d’écouter son Ministre des Affaires Etrangères ; jadis « grand louvoyeur politique » » de la question européenne au gré des opportunités ; proclamer qu’il ne saurait exister une Union européenne à la carte ! Ah bon ? Mais alors, quid de la zone euro à 17 et non à tous les membres ? Quid des accords de Schengen ? Véritable ignorance de la réalité stratégique de l’Union européenne et de son avenir que nous ne cessons d’envisager : une Union européenne à plusieurs cercles et à plusieurs vitesses !
Il n’est alors pas étonnant, paradoxalement, d’entendre Madame Angela Merckel immédiatement intégré le discours et les propos de David Cameron… En ce sens, le discours de Cameron signe peut-être l’émergence d’un nouvel axe européen, avec l’Allemagne, pour redéfinir les contours du futur de l’Union européenne… Car, dans ce futur de l’Union européenne, il ne fait pas de doute qu’il conviendra de compter avec l’Allemagne… Une Allemagne qui a peur, terriblement peur de l’avenir… peur d’un avenir démographique qui la condamne à privilégier son épargne et des excédents… la peur intime du futur qu’à l’Allemagne repose sur sa démographie, sur rien d’autre… De ce fait, Cameron indique que certes, il faudra compter avec l’Allemagne dans la définition de la nouvelle architecture européenne, mais aussi avec la Grande-Bretagne… Et la France ? Silence… Au moins, soyons heureux ; l’initiative du Premier Ministre Britannique va nous contraindre à définir ce que nous voulons comme futur pour l’Union européenne…

Terres et temps inconnus


Revenons un instant à la situation européenne. Les opinions publiques européennes veulent revenir à l’époque des trente dernières années ; époque bénie des temps où nous avons cru, collectivement, être beaucoup plus riches que nous ne l’étions… Un système de vie à crédit… Nous sommes dans une escalade d’engagements, allant toujours plus loin dans les solutions les pires, à défaut d’avoir voulu en des temps meilleurs, régler et apurer nos dettes. Allons-nous alors vers des terres et temps inconnus ?
Real politics oblige, Angela Merckel n’est pas affaiblie, à contrario de ce que pensent nos médias sans connaissance et certains experts politiques béats, autoproclamés commentateurs avisés. Plus encore, notre pays comme nos prétendus intellectuels entretiennent consciencieusement l’ignorance. A l’inverse de ce qui est dit, les positions de la France et de l’Allemagne ne sont pas inconciliables. Elles peuvent être complémentaires mais elles demandent d’abord au nouveau Président Français d’ajuster socialement son programme présidentiel. Nous assistons, en réalité, depuis quelques jours, à la mise en place d’un décor, d’un paysage vis-à-vis des opinions publiques…et des électeurs.
Néanmoins, le contexte se modifie. Différents pays ; Pays-Bas, Espagne, Italie, Portugal, Grèce (demain la France ?) ; ne peuvent ou ne pourront remplir leurs objectifs de réduction de déficit, certes avec des différences notables. De nouveaux axes « géo politiques » (au sens littéral des deux termes) apparaissent au sein de l’Union européenne, confortant en cela notre analyse d’une Union européenne en devenir à plusieurs vitesses et à plusieurs cercles. L’axe Grande-Bretagne – Italie en est le plus surprenant. Or, nous ne nous situons qu’au regard d’un pays… Il y aura compromis, mais un compromis politique sur des bases qui restent à définir. Et ce, alors que le temps n’est plus aux compromis… Constatons aussi l’échec complet de la gouvernance européenne depuis quatre ans.
Dans une économie mondialisée, nous ne sommes plus compétitifs. Mais il ne faut pas, à l’inverse, uniquement réduire cela à des coûts salariaux trop élevés… mais plus globalement (malheureusement) à des coûts de structure trop importants… Comment assurer l’emploi sans croissance ? Cette question est primordiale alors qu’il convient de s’attendre à plusieurs années de stagnation (0,5% à 1% de croissance). La croissance n’est pas une incantation magique permettant de ne pas faire les efforts nécessaires… Nous cherchons des solutions idéales, simplement en colmatant des brèches… Elles n’existent pas. Nous vivons dans la fiction de l’existence d’une solution nous permettant d’éviter des sacrifices, y compris en les reportant sur les autres peuples, grecs en premiers… L’imperfection est une norme là aussi !
Le risque ne provient pas du montant des dettes (actuelles et supplémentaires) à supporter mais du stress et de la contagion, y compris par le biais de la fuite des dépôts… Crise des sub-primes, puis crise bancaire, puis crise des dettes souveraines… bientôt crise monétaire… Et, par la montée et diffusion de la protestation, crise politique dans des Etats européens (et, demain d’autres Etats occidentaux)… y compris par résurgence de luttes sociales avec un déclassement des classes dites moyennes, mais aussi ouvrières… permettant une mise en cause du terreau politique (sensation réelle ou fantasmée de confiscation du pouvoir par des élites, populisme et poujadisme)… des souffrances réelles de populations se paupérisant … sans omettre un risque de contagion sacrificielle…
Véritable Choc de l’incertitude. Mais, au-delà des erreurs de ceux d’hier qui nous expliquent comment nous en sortir demain ; personne ne semble vouloir accepter de changer à la fois de grille de lecture et d’échelle ! La transition entre un monde ancien et un monde nouveau appelle à de nouvelles politiques à rebours des logiques politiques d’hier, défaillantes et aveugles ; qui ne cessent de banaliser les conséquences d’actes inconsidérés pris sans horizon stratégique car se projetant avec des considérations datant de la veille, jamais du lendemain… Ayons l’honnêteté de nous confronter avec la réalité… Nous côtoyons l’abîme. Diverses économies européennes sont proches de sombrer. Et, nous précipitons le mouvement… Nous devons impérativement réfléchir différemment… Alors, oui, nous entrons en des terres inconnues. Espérons aussi en des temps de politiques inédites….Mais aussi potentiellement dans celui de responsables neufs, qui, n’ayant pas à porter le poids des erreurs passées, peuvent légitimement prétendre innover. Car la situation montre l’importance du Politique : l’indécision politique à définir un cap comme à donner du sens à l’action est malheureusement déterminante dans la crise actuelle…
Au niveau européen il convient de réduire les délais d’ajustement, d’augmenter la coordination à l’échelle européenne (à 17 pays) ; de garantir les dépôts européens et de mettre en place un système de recapitalisation bancaire à l’échelle de l’Union européenne ; de mutualiser une part de la dette (et donc un contrôle des autres Etats européens sur notre propre budget) ; d’introduire de l’inflation… mais plus encore de vivre les uns avec les autres !
Pour la France, trois futurs existent : sombrer, être la meilleure, intégrer un destin commun… Au niveau national, il convient donc de mettre la France en mouvement. Pour rétablir l’espoir et la confiance, il faut indiquer une direction, une voie, qui ne peut être simplement celle d’une sortie de crise. Il faut à la France à la fois une vision, un projet, une stratégie… et une volonté !