Réformes, budget et horizon


Le budget Français a été validé par Junkers à Bruxelles. Forme de blanc-seing… Euréka.
La France n’est pas Malte ou le Portugal… (sic). Nous (nous collectif représentant la France) allons valider deux années sous les 3% de déficit public nous permettant de sortir de la procédure de déficit excessif et nous procurant plus de marge de manœuvres dans les temps à venir. Gros souci à venir sur le CICE (20 + 20 milliards à trouver). Donc bonne nouvelle.

De fait, nous sommes entre gens polis et bien élevés. Certes, comme le dit Junkers, la France n’a pas sa place dans la procédure de déficit excessif, mais pour des raisons politiques, et ce afin de rééquilibrer le pouvoir en Europe (face à l’Allemagne). De fait, la dynamique de désintégration / éclatement de l’Union européenne se poursuit de manière douce et furtive, sans émotion. L’Autriche vient de basculer dans le camp des pays d’Europe centrale en opposition frontale avec la conception européenne traditionnelle (Europe de l’Ouest), y compris vis-à-vis des Allemands. Nous allons, au mieux, vers plusieurs Union européenne. Au pire : implosion et recomposition.

En regardant simplement au-delà au niveau économique, quelle lecture prospective ?

Notre budget ne va pas dans le bon sens, et pire, de manière évidente. Premier point, le plus important : le déficit de l’Etat augmente passant de 69 milliards en 2016 à 83 milliards d’euros pour 2018. Second point, la dépense publique augmente à nouveau en volume de 0.7%… On supprime 1600 emplois avec un objectif de 120 000 suppressions sur le quinquennat et les projections du Président Français. Et, de l’aveu même de nos dirigeants, notre déficit structurel reste à l’identique.

La croissance économique actuelle masque ces faits et notre situation reste relative… En Europe, l’Allemagne devrait se maintenir avec une croissance stable. Mais pas dans les autres pays : France, Italie, Espagne… Certes, en apparence, les chiffres économiques s’améliorent avec une croissance de 1.7%. Mais, cela reste un point en dessous de la croissance de 2007. Les prévisions pour 2018 sont inférieures à celle de 2017. Et celles de 2019 sont encore plus basses. Nous sommes à un « pic » de croissance, qui relativement n’est pas extraordinaire. Nous étions avant 2007 sous une moyenne tendancielle de 2.7% de croissance (contre 1.7% pour 2017 année considérée comme particulièrement bonne). La croissance va rechuter en 2018 et plus encore en 2019, nous ramenant en face de nos difficultés et de nos contradictions.
Triste réalité, la France n’a plus d’argent. Mais nous le masquons habilement. De la bonne communication à la Castagner : bref de la pub de lessive.
Nous pourrions faire un parallèle avec la Catalogne : pourquoi cette volonté de partir de l’Espagne alors même que tous les experts ne cessent de die que tout va mieux en Espagne. Idem pour l’Italie du Nord et l’Italie du Sud. Osons un parallèle géopolitique avec la courbe de Laffer : un ras-le-bol fiscal engendrant des conséquences géopolitiques : la solidarité ne fait plus recette.
Le chômage est-il en baisse ? Malheureusement pas. La perte d’un point de chômage vient simplement de la croissance de la population active. Certes, il ne faut pas confondre demandeurs d’emploi et chômeurs, mais si le taux de chômage baisse c’est essentiellement parce que la population active augmente plus vite. Ce qui pour autant ne remet pas en cause le fait qu’il y ait de la création d’emploi. Mais à quel coût ? (et pour quels résultats ?).

L’horizon de temps, est plutôt de 5 à 7 ans. En réalité, Emmanuel Macron se lie les mains à la conjoncture économique. Si la conjoncture économique est bonne d’ici 18 à 24 mois, on dira que Macron cela fonctionne. Si la conjoncture se retourne, on dira que Macron a échoué.

Pendant ce temps les indices boursiers « actions » continuent de battre des records, y compris en période de tension géopolitique, sans volatilité, démontrant bien leurs décorrélations totales avec la réalité. Plus encore, les enquêtes d’opinions économiques auprès des chefs d’entreprises sont bonnes, tandis que les chiffres économiques sont en réalité mauvais. Mais les marchés ne prennent en compte que les enquêtes d’opinions économiques dans une sorte d’euphorie béate. Réalité boursière totalement artificielle. Communication boursière. Communication financière. Communication économique. Communication politique. Les communications se rejoignent dans un attendu tragique : la fin prévisible est écrite et sera tragique.
De fait, les marchés boursiers ne montent que par les créations de liquidités des banques centrales, atteignant aujourd’hui dans le monde entier les plus hauts historiques. Ainsi l’indice de Shiller est plus haut aujourd’hui qu’il ne l’était avant la crise de 1929. Nous ne sommes pas encore sortis de la crise de 2008-2009. Nous sommes dans une bulle boursière. Et comme toute bulle, elle ne se dégonfle pas, elle explose…

Victoire pour qui ?


Mon analyse « à chaud » de la situation issue du sommet de l’euro sur la Grèce. Je sais que je ne suis pas dans le ton…

La crise grecque est devenue une crise de l’Union européenne.

1/ pour que la zone européenne continue d’exister (démonstration même de l’accord du 13 juin), il faut des transferts massifs de capitaux ! Or aucun pays ne peut les supporter, y compris l’Allemagne (de l’ordre de 250 milliards d’euros par sur dix ans –en prenant comme base les « aides » à quatre pays du sud Italie, Espagne, Portugal et Grèce – soit de l’ordre de 8% de son PIB…

2/ le seul moyen de ralentir / diminuer ces transferts massifs a donc consisté en une politique d’austérité, entraînant une divergence de plus en plus forte entre économie des pays membres. C’est la fin de l’unité européenne…

3/ Crise du politique. Cette crise, ses atermoiements, (FH ne déclarait-il pas en 2012 que la crise grecque était désormais derrière nous ?) c’est aussi la crise du personnel politique (pas seulement des technocrates de Bruxelles). La perte de confiance des opinions (des peuples) envers les responsables politiques va s’accentuer. Et la faute n’en incombe pas à Alexis Tzipras…

4/ Victoire pour François Hollande ? Il est déjà en campagne pour sa réélection, oublieux de toutes ces promesses de campagne présidentielle de 2012, notamment celles de réorienter l’Union européenne…
Surtout, il s’agit d’une capitulation en rase campagne de la France face aux pays du Nord de l’Union européenne…. La France ne compte plus….

5/ les décisions prises ne régleront rien, ni pour la Grèce qui ne peut rembourser (et ce n’est pas un « reprofilage » de sa dette qui y changera quelque chose), ni pour la zone euro du fait de l’impossibilité des transferts massifs. Les décisions prises vont aggraver la situation. La dette grecque va donc, continuer de croître. Au moins, FH passera l’été tranquille.

6/ L’imposition de ces réformes, la mise sous tutelle de la Grèce, aboutit à une crise politique majeure « le gouvernement doit consulter les institutions [européennes] et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement ». Exit la démocratie…

C’est désormais l’implosion de l’Union européenne qui est possible. Et, le Premier Ministre français juge que notre Président a été à la hauteur de l’Histoire….

Craquements stratégiques


En Afrique, 2015 sera une année d’élections législatives (Nigeria –février ; Soudan et Bénin en avril ; Ethiopie en mai ; Burundi en juillet, Tanzanie en octobre) et présidentielles (Zambie en janvier, Nigéria en février, Soudan en avril ; Burundi et RCA en juillet ; Côte d’Ivoire et Tanzanie en octobre ; Guinée Conakry et Burkina Faso en novembre).
En Libye, la situation se complique fortement, particulièrement en Tripolitaine où les forces djihadistes des Frères musulmans de Misrata et les fondamentalistes de Tripoli s’allient tandis que les Touaregs les rejoignent et les Berbères pourraient le faire. Si tel est le cas, la frontière Tunisienne et Algérienne bascule…. La prise de contrôle des hydrocarbures de tripolitaine par les islamistes pose d’autant plus problème que les islamistes ont tenté de prendre le contrôle des terminaux de Ras Lanouf, d’Al Sedra et de Brega (Cyrénaïque)… En Cyrénaïque, l’Egypte soutient les forces du général Khelifa Haftar contre les islamistes de Benghazi et de Derna (ayant fait allégeance à EI). Officiellement, la France n’interviendra pas en Libye (FH à RFI) mais des forces spéciales françaises ont d’ores et déjà été déployées.
L’Algérie est devenue incontournable dans la résolution de la situation en Libye mais aussi au Mali. La France le reconnait (Jean-Marie Guéhénno à Alger). Les affrontements du premier week-end de la nouvelle année et du lundi suivant à Nampala (frontière Mauritanienne) démontrent que rien n’est résolu. Le leader d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali est inféodé au DRS (services secrets algériens) qui craint par-dessus tout la création d’un Etat aux confins du Mali susceptible d’alimenter les revendications des propres minorités algériennes (Berbères, Kabyles, Touaregs) tandis qu’Alger abrite les négociations entre les différentes factions maliennes… Certains islamistes algériens se sont rendus au nord-Mali auprès de katibas pour négocier un ralliement à EIIL. Enfin, l’élection en Tunisie de Bej Cadi Essebssi (proche du clan Bouteflika) renforce encore le poids d’Alger. (et choix de Habib Essid, ancien ministre de l’intérieur tunisien au poste de PM).
Au Nigeria, Boko Haram a fait allégeance à EI tout en augmentant ses opérations et son assise, y compris au-delà des frontières du Nigeria (Cameroun, Niger, Tchad). Les élections de février 2015 devraient voir une intensification des opérations de ce groupe. Le Niger est désormais pris en étau entre Boko Haram et les islamistes du sud libyen.
En RCA, l’armée Française n’a pas réussi à stopper les massacres entre les rebelles de la Séléka (majoritairement musulmans) et les milices anti-balaka (essentiellement chrétiennes) ; massacres apparus avec le renversement du régime du Président Bozizé en mars 2013 par les Séléka. Après un an de présence (05/12/2013), les 1950 soldats français de la force Sangaris amorcent un repli. Ce retrait, annoncé fort discrètement, se fait alors que le pays est dans une situation chaotique absolue. Certes, l’ONU compte 8 600 casques bleus (+ arrivés prochaine de bataillons angolais), mais la séléka devrait profiter du retrait des forces françaises. L’Ouganda et le Congo (médiateur officiel) soutiennent Bozizé. Surtout, la France a sous-estimé la complexité de la situation (« une opération rapide qui n’a pas vocation à durer ») et n’a pas fourni l’accompagnement politique et diplomatique en appui de l’intervention militaire.
En Arabie Saoudite, JYLD a rencontré le roi d’Arabie Saoudite (très amaigri et qui a dû être ré-hospitalisé) ainsi que le Prince Héritier Aziz puis les principaux interlocuteurs défense saoudiens (Intérieur, Affaires Etrangères, Garde Nationale, Défense). Au menu, sujet diplomatique (crise syrienne, irakienne, lutte contre le terrorisme) mais aussi relation bilatérale de défense. Le sujet contrat d’armements saoudiens a été abordé, notamment les patrouilleurs. Accord aussi sur contrat Liban qui devrait être notifié (VAB, Gazelle, missiles anti-char HOT, Puma, Artillerie, patrouilleurs, moyens de renseignements et de communications). Mais, au-delà des négociations sur ces accords, se pose la question de la donne politique. Si les apparences désignent le prince héritier Salman Ben Abdelaziz (80 ans) comme successeur au Roi ; les tensions politiques actuellement à l’œuvre à Riyad confinent à la crise de régime. Souffrant de la maladie d’Alzheimer, le prince héritier ne pourra exercer le pouvoir… De là, la nomination du prince Mokran comme deuxième prince héritier. La problématique du Califat est toujours actuelle : la succession du roi Abdallah est porteuse de troubles pour les temps à venir.
En Iran, la situation se tend entre le gouvernement de Hassan Rohani (défini comme modéré) et les conservateurs au point que le Président iranien menace de consulter le peuple par référendum (prévu par la Constitution) afin de pallier à l’hostilité et l’opposition du parlement. L’objet des discordes concerne le développement économique, lui-même lié à la question nucléaire : « le pays ne peut se développer de manière constante dans l’isolement ». Un référendum sur cette question pourrait donc voir le jour. Mais la réalité des tensions politiques provient d’une mesure fiscale : le président Rohani veut revenir sur l’exonération d’impôts des dignitaires religieux et militaires… arme financière utile dans le bras de fer qui l’oppose aux conservateurs sur nombres de mesures.
En Chine, d’importantes sorties de capitaux ont lieu dépréciant le RMB mais démontrant aussi l’inquiétude sur la situation économique réelle du pays. De là, une perspective de faiblesse continu de l’investissement et donc de la croissance chinoise. Changement de modèle de croissance économique et de société en cours. En parallèle, l’épargne chinoise est en train de se transférer massivement en bourse avec des effets de levier, donc à crédit, renforçant la constitution d’une bulle spéculative. Au niveau géopolitique, la Chine adopte une stratégie englobante inverse à celle des Etats-Unis, allant de l’Asie vers l’Europe.
En Russie, la chute des cours de pétrole provoque non seulement une importante récession économique et un déficit budgétaire, mais plus encore si cette chute perdure au-delà du premier trimestre, une crise bancaire majeure…
En Grèce, l’élection du 25 janvier est importante. Théoriquement, le choix des Grecs semble évident : le vote pour Syriza. Le PIB a baissé de 25%, à l’identique du pourcentage de la population au chômage. Le niveau de dettes est au plus haut, malgré deux restructurations. Alexis Tsipras indique ne pas vouloir quitter la monnaie unique (posture visant à rassurer les électeurs ?) malgré son programme (renégociation de la dette à hauteur de 50%, hausse du SMIC et fin des politiques d’austérité). En cas de désaccord de la troïka, Athènes pourrait sortir de la monnaie unique (quid de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, et de l’Allemagne ?) et entrainer de violentes spéculations sur l’euro. De ce fait, l’UE pourrait être tentée d’accepter une nouvelle renégociation ainsi qu’un assouplissement des politiques budgétaires. Mais en ce cas, quid de l’Allemagne ? Retour du deutsche mark ? Nous ne pouvons pas exclure également que le gouvernement actuel l’emporte sur le fil ou qu’un accord sauvant la face de tous soit trouvé.
Aux Etats-Unis, les rapports d’analyse financière montrent que désormais la dette des entreprises américaines (hors secteur financier) croît plus rapidement que leur cash-flow. Fait nouveau, la dette américaine (18 000 milliards de $ pour la dette de l’Etat fédéral et 59 000 milliards de $ pour la dette globale, publique et privée) est désormais aussi détenue en interne par des fonds de pension. La chute du Yen et de l’Euro devrait dans un premier temps favoriser le dollar (premier semestre 2015) accentué par la peur… Il y aura une hausse du coût de la dette donc des défauts : forte probabilité de renégociation de dettes…
Au final, au-delà des éléments décrits ci-dessus, nous assistons à la fin du système monétaire actuel (la devise est ce qui libelle toute l’économie) : le yen est moribond, le dollar n’est plus qu’une monnaie d’apparence/apparat en tant que monnaie internationale, le RMB plonge, l’euro est en crise et au bord de l’éclatement depuis 2008 … La dé-dollarisation des échanges internationaux est en marche (Inde, Turquie, Iran, Russie, Chine, …).
Il faut un changement de système monétaire, passant d’une monnaie nationale de référence (le dollar) à une monnaie « globale ». Nous devons l’anticiper, y réfléchir et le proposer. La Chine s’y prépare, notamment par ses investissements publics et privés dans l’or physique.

Nous sommes très loin de la reprise économique.


Les prêts aux entreprises et aux ménages baissent dans tous les pays européens tandis que les revenus disponibles ne cessent de diminuer. Le taux de croissance de la zone euro s’établit à 1,1% en moyenne sur la période 2001-2011 contre 1,9% hors zone euro. Pour rappel, pour la France : 0%, Italie : -0,1%, Portugal : -0,7%, Pays-Bas : -1,4%, Allemagne : 0,8% alors même que 80% de la richesse mondiale provient des exportations, ce qui démontre malheureusement le peu de dynamisme du commerce mondial…
Au niveau des PIB la situation est tout aussi inquiétante : si le PIB allemand a augmenté de 3,3% depuis 2008, il est en baisse dans toute la zone euro, atteignant une baisse de 23,3% en Grèce. L’investissement est lui aussi en baisse
Dans différents pays de la zone euro, les prix baissent ; 2% en moyenne en Grèce sur la dernière année mais dorénavant aussi au Portugal depuis février 2014 et en Espagne depuis mars (- 0,2% sur un mois), augmentant mécaniquement aussi le poids de la dette…
Pour la France, notre inflation est tombée à 0,5% au regard du fameux « panier de la ménagère » (donc avec marge de la distribution) alors qu’ils sont en baisse de 1,3% dans l’industrie (retrouvant en cela les baisses de 2008/2009). Un processus déflationniste semble en train de s’engager dans une partie de la zone euro.
Aux Etats-Unis, les derniers chiffres sont à ce titre particulièrement significatifs (et renforcent notre dernière analyse) : – 2,9% de croissance révisée pour le premier trimestre 2014 avec correction négative pour avril et mai… Pour rappel, il était initialement défini par les autorités américaines a +0,1% et j’avais indiqué combien il était absurde de le prendre au sérieux… Durant la période récente (depuis 2008), le QE mis en place par la FED a conduit à la fois à une hausse du prix des actifs tandis que le taux d’épargne des ménages n’ eu de cesse de baisser depuis 2012…
Les inégalités ne cessent de croitre dans les différentes sociétés (aux Etats-Unis, depuis 2009, 95% de la croissance des revenus est allée au 1% le plus riche). Les revenus du capital étant plus élevé que la croissance, une nouvelle concentration des richesses et du capital se poursuit… Cette croissance des inégalités, si elle n’est pas combattue, impliquera des déflagrations de violence de par l’absence de débouchés de travail ainsi qu’une redéfinition des critères politique. Il convient donc d’élaborer un nouveau système fiscal (remise à plat du système de l’impôt sur le revenu et le capital).

En conséquence :
– Miser sur le retour de la croissance pour lutter contre le chômage paraît donc totalement en décalage avec la réalité économique. Ne pas omettre un fait démographique : en Allemagne le taux d’emploi augmente parce que la démographie diminue (la baisse du taux de chômage en Allemagne provient pour plus de 80% des départs en retraite).

– L’insuffisance de croissance économique ne fait que renforcer les risques géopolitiques (manque d’argent pour « acheter » les problèmes).

Cela n’a pas grande importance….


Un emploi du temps surchargé m’a tenu éloigné (trop longtemps) de ce blog…

Toutes les grandes voix de l’UMP (Raffarin, Juppé, MAM, JFC) ont fustigé tant la tribune Guaino-Wauquiez sur l’UE que le livre de Laurent Wauquiez (« Europe, tout doit changer »). Ces attaques sont intéressantes et instructives politiquement pour deux motifs.
D’abord dans les termes utilisés : « irresponsable », « stupide », « invraisemblable », « populiste ». Dès que l’on attaque la construction européenne (dans la forme comme dans le fond) ou que l’on pointe ses faiblesses ; bref dès que l’on exprime un désaccord, les noms d’oiseau pleuvent… l’attitude dogmatique d’interdire le débat et la réflexion démontrant avant tout la désertion politique : panne de projet européen, panne de projection politique, panne de dessein politique collectif… Tout le monde (à de trop rares exceptions) récite des « éléments de langage » sans véritable réflexion hors mode idéologique du politiquement correct.
Ensuite sur le fond, il existe une incapacité à faire la distinction entre les institutions/politiques européennes et la réalité européenne. Incapacité de penser et de comprendre que de critiquer le système européen et vouloir le modifier en profondeur c’est aussi d’abord être profondément européen et vouloir renforcer l’union européenne.
De ce fait, le clivage n’est plus entre pro et anti-européen (y compris au sein du FN et du FDG) mais entre gardiens du dogme/temple (pro-européen béat) et critiques trop souvent amalgamés aux destructeurs de l’union (ceux que nous nommons pudiquement eurosceptiques).
Toute la campagne a été de dire et/ou de dénoncer, jamais de faire !!! (À l’instar de la politique européenne). Nous devons construire une Europe forte et solidaire. Forte pour faire face aux risques du monde mais aussi forte pour saisir les opportunités qui en résultent. Solidaire pour les peuples qui composent cette Europe.
Le « marketing politique » s’est substitué à la pensée politique et donc à l’idéologie (comprise comme vision associée à une stratégie déterminant les relations sociales). Désormais, nous assistons à une inversion du sens : la pulsion domine l’attention et la raison. De ce fait, il y a une « consommation politique », à l’identique à celle du coca cola et à la formule célébre de l’ancien patron de TF1 : « mon travail c’est de vendre à coca cola du temps de cerveau disponible ». Et cette consommation politique ne peut que créer des « envies politiques »… pas des savoirs.
Proposer donc une voie, la seule possible : celle de l’efficacité face aux dogmatismes ! (des gardiens comme des destructeurs). Proposer un nouveau temps de l’union européenne, définir où est-ce que l’on veut aller, pourquoi, et avec quelle méthode… De là, faire 2 à 3 propositions concrètes et compréhensibles par le grand public ; c’est-à-dire proposer de faire le bilan, de construire l’avenir et de définir une méthode à employer pour y parvenir :
– Dresser un bilan complet des politiques communautaires (coûts vs avantages) ;
– Définir de grands projets (Europe de l’Energie, Europe du transport, Europe de la défense, Europe de la recherche, Europe de l’éducation, …) ;
– Mettre en place une Union à géométrie variable (associer sur la voie de l’intégration les pays qui le veulent et qui le peuvent).

Mais la France a pensé et voulu l’Europe à six puis à douze. Et, elle découvre en perte de vitesse et de vision une Europe élargie désormais à 28… Personne à l’étranger ne croit aux promesses de la France. Aucune décision annoncée depuis deux ans n’a été effectivement tenue… La France, désormais, se situe ni au Sud ni au Nord de l’Union européenne d’après les dernières déclarations de Bruxelles… Elle est ailleurs…

L’Histoire d’un géant…


Cela pourrait être l’histoire d’un industriel, d’un géant déchu dont les réalisations passées ne suffisent plus à lui assurer un avenir. Cela pourrait être aussi l’histoire d’un pays, l’histoire d’une nation en déclin, dont la grandeur passée ne suffit plus à lui assurer sa place dans le monde en devenir…
Ce sujet ne saurait être une surprise pour le gouvernement. Le sujet était parfaitement connu depuis plusieurs mois, notamment suite à la dernière publication des comptes d’Alstom, il y avait une baisse de CA de 22% et un cash-flow négatif (de l’ordre de 500 millions). Le gouvernement s’affole et gesticule démontrant avant tout la perte de capacité du politique.
La problématique n’est pas tant de savoir si GE ou Siemens doit être le repreneur, mais quel est le projet industriel ? Nous allons vers un démantèlement (élimination d’un concurrent pour Siemens, et pour GE une récupération de compétences par découpage / dépeçage) avec pour Bouygues du cash (logique) au regard de son portage actionnarial.
Les investisseurs sont dans une logique de fusion-acquisition leur permettant de créer de la valeur (boursière) via le biais de consolidation industrielle parfaitement anticipable : les entreprises gagnent de la valeur/argent sur de la croissance organique dans une économie en expansion, mais dans une économie en stagnation vous rachetez des parts de marché (ce qui explique que dans les dernières années nombres de sociétés se sont focalisés sur le développement de leurs trésoreries afin de pouvoir acheter des « proies » par absence de relais de croissance organique). Certains voient dans ces rachats un signe positif sur la situation économique européenne ou l’attractivité de la France… A mon sens, aucun signe positif y compris en termes macro-économiques mais réaffirmation d’une fin de cycle économique.
Nous allons entrer en fin de cycle économique. La multiplication des fusions-acquisitions n’est jamais bon signe (à terme) pour les marchés financiers (2000 ou 2007 pour les derniers épisodes). Par ailleurs, la plupart de ces fusions-acquisitions sont des échecs opérationnels (absence de réelle synergie et recherche de parts de marchés)… mais pas en termes de création de valeur financière (démantèlement ou dépeçage des entreprises).
Au niveau des entreprises, les fusions-acquisitions vont se poursuivre du simple fait que les liquidités sont abondantes, que leurs détenteurs sont à la recherche de moyens d’allocations faciles sans réflexion d’ensemble, et que les entreprises comme dit, dans une période de stagnation cherchent de la croissance externe par acquisition de parts de marchés…
Au niveau boursier : la capitalisation boursière des entreprises européennes, asiatiques et plus encore américaines, sont surévaluées de l’ordre de 20 à 40%. Nous sommes dans une bulle de liquidités. Et les bulles ne se dégonflent pas. Elles explosent… et lorsqu’elles explosent la crise des capitaux est là. Rassurons-nous, les médias parleront d’une simple « correction » boursière, largement attendue…. Rappelons un fait qui me semble important mais souvent mésestimé : les marchés financiers sont des lieux où l’on échange, non des biens, mais des anticipations… rien d’autre. (En ce sens les derniers propos de Yellen sont foncièrement inquiétants).
Au niveau financier, la non régulation va entraîner une nouvelle crise systémique par effondrement du marché des capitaux… il conviendrait de démanteler les banques dites systémiques dont la faillite pourrait être absorbée par les marchés. Pour rappel, la société générale a (fin 2013) des engagements à hauteur de 48 000 milliards de dollars…A-t-elle les fond propres en face ? Pour rappel encore, les fluctuations de l’indice Dow Jones de plus de 400 points à la hausse puis à la baisse en une seule journée (1000 points d’écart le 06 mai 2010)…s’agit-il d’évolution logique, rationnelle ? Pour rappel encore toujours, plus de 60% des opérations boursières sont le fait aujourd’hui de « trading algorithmique »… Pour rappel toujours, la somme mondiale des actifs financiers est aujourd’hui de 160 trillions de dollars. Là encore, y-a-t-il une réalité matérielle en face ? ou du vent que l’on brasse et rebrasse ?
Ne nous trompons pas, la finance est au cœur des affrontements à venir dans l’apparition d’un nouvel ordre (cf déclaration de Poutine, cf achat massif d’or par la Chine, cf multiplication des accords monétaires bilatéraux, …)
Au niveau industriel, les différents gouvernements n’ont eu de cesse depuis des décennies de définir un environnement économique défavorable, de confisquer la liberté de gestion et de faire dépendre nombres d’industries de l’Etat tandis que ce dernier appuyé par les syndicats favorisait le refus d’adaptation… tandis que le patronat français se pensent comme propriétaire des entreprises et des industries (cf Kron ou Lagardere…)… Nous n’avons que trop rarement constitué des rapports de forces mais exclusivement des rapports de faiblesse permettant aux Politiques de se présenter comme grand ordonnateur ou sauveur….
Au niveau économique, pas de retour de la croissance et pas d’amélioration profonde malgré les dires du ministre… Nous attendons une sortie de récession et un retour de croissance et elle n’est (toujours) pas là. Et, disons-le, elle ne sera pas là ! Aux Etats-Unis, en Europe, comme au Japon (et, là encore, je le redis une nouvelle fois, les abenomics ne marchent pas et ne marcheront pas !), les indices de vente à la consommation sont mauvais (y compris pour l’alimentation).
De ca fait, le problème est ailleurs : pourquoi nos entreprises (petites et grandes) ont disparu ou sont rachetées par des capitaux étrangers (textile, habillement, métallurgie, aluminium, automobile, agroalimentaire, …). Ont-elles toutes faites des erreurs de stratégies ? Etaient-elles toutes mal gérées ? Ou y-a-t-il plus réellement et prosaïquement un problème d’environnement économique (charges excessives, réglementation, orientation de l’épargne pour les besoins de l’Etat et non pour ceux de l’économie, …) ? Les « mesurettes » de servent pas à grand-chose comme d’ailleurs le plan de 50 milliards… Pas de baisse du chômage non plus car nous ne cherchons plus à produire de la richesse, mais juste à produire de la valeur… Les négociations concernant le Traité transatlantique en est le dernier exemple inquiétant…
La seule solution, à mes yeux, c’est de prendre ses pertes….
Pour conclure, dans son livre intitulé « Effondrement », Jared Diamond mentionne parmi les raisons pour lesquelles des civilisations anciennes meurent, l’incapacité de leurs élites à se représenter clairement le processus de bouleversement / d’effondrement en cours ou, si elles en ont pris conscience, leur incapacité à le prévenir en raison d’une attitude de défense « court-termiste » de leurs privilèges…
Mais, une autre lecture me semble possible : les acteurs économiques « testent » la France (l’exécutif français) à être en position / posture de prendre des décisions fortes sur des dossiers stratégiques. La réponse pourrait être simple : Alstom est stratégique pour la France, donc c’est moi l’Etat qui prend la décision et je prends celle de préserver ce cœur stratégique… L’enjeu est donc politique et concerne la crédibilité de notre exécutif. Sans réponse, nos autres fleurons économiques pourront devenir des proies en cas de difficultés.

Allemagne


En quelques jours, différents hauts responsables Allemands ont fait des déclarations sur la place de l’Allemagne dans le monde.

Le Président de la République Allemande, Joachim Gauck a tenu des propos pour le moins inédit : « L’Allemagne n’est pas une île. Les conséquences de l’inaction peuvent être plus graves que celles de l’action ». Puis demandant à son pays de « ne pas se cacher derrière la culpabilité passée de l’Allemagne pour fermer les yeux ».  La presse Allemande a abondamment repris ces propos les qualifiant « d’hymne à la responsabilité allemande ». Ensuite, le Ministre des Affaires Etrangères (SPD) Franck-Walter Steinmeier plaide pour « un engagement plus important de notre pays dans la réduction des conflits » tandis que la ministre de la défense (CDU) Ursula Von Der leyen indique tour à tour que « l’indifférence n’est pas une option pour l’Allemagne » et « L’Allemagne est prête à élargir son engagement (…) nous ne pouvons pas détourner le regard ».

Au-delà de l’aspect politique intérieure : en l’espace de quelques jours deux poids lourds de l’exécutif du gouvernement Merkel se sont fait entendre, chacun entendant prendre le leadership de son propre camp face à une Chancelière dans son dernier mandat ; l’aspect résurgence de la dimension internationale que l’Allemagne entend s’octroyer n’est pas anodin : ne pas être un géant économique et un nain politique, ce que les Allemands définissent autrement par ne pas être une « grosse Suisse »… Avant d’être un politique géopolitique allemande, il s’agit d’abord d’un infléchissement psycho-politique allemand.

Par ailleurs, il convient de noter un infléchissement de la politique allemande vis-à-vis de la Russie avec le retour de Steinmeier à la tête de la diplomatie allemande (il avait déjà occupé ce poste de 2005 à 2009 lors du premier gouvernement de coalition de Merkel) mais aussi avec la nomination de Gernot Erler au poste de directeur des relations avec la Russie (et ce au moment même de la crise ukrainienne).  Les deux hommes sont issus du SPD et entendent poursuivre discrètement la politique Schröder d’une relation privilégiée avec la Russie… tendance politique qui va aller à l’encontre de toute politique de l’UE et des autres membres. Or, face à l’affaiblissement généralisé des pays de l’UE (dont en premier lieu la France) mais aussi des Etats-Unis, ; face à l’absence totale d’une vision politique structurée et donc face à l’absence totale d’action politique structurante confinant à la paralysie ; l’Allemagne se trouve idéalement placée au centre du jeu. 

transtensions géoéconomiques


En cette fin d’année 2013, prenons le temps de réaliser un tour d’horizon des données et perspectives géoéconomiques des Etats-Unis, du Japon, de l’Union européenne et projetons-nous ensuite sur les attendus de la situation Française….

Aux Etats-Unis, les derniers chiffres du chômage sont officiellement bons : 7%. Mais si nous analysons l’évolution démographique américaine entre novembre 2012 et novembre 2013, ce sont 2,4 millions d’américains qui entrent dans la vie active selon la pyramide des âges et les statistiques migratoires… Or, les chiffres officiels de la part de population active américaine pour la même période sont en baisse de 500 000 américains, soit 2,9 millions d’américains qui, en un an, ont disparu des statistiques de l’emploi….. Si nous les réintégrons, le taux de chômage est alors de 11,5%…. et si nous intégrons les temps partiels nous atteignons les 15,6% !!!!!

Les Etats-Unis font faire défaut. Les conséquences à terme au niveau stratégique sont désormais évidente : non seulement un repli stratégique américain est inéluctable, mais plus encore les Etats-Unis ne respecterons désormais aucun engagement passé…

Au Japon, les derniers chiffres officiels sont mauvais avec notamment un taux de croissance de 0,3%… Or ce taux provient exclusivement de dépenses publiques donc en réalité de dettes supplémentaires…. 250% du PIB japonais de dettes ! Et désormais, il faut 7 euros de dépenses publiques pour produire 1 euro de croissance ! Le déficit commercial se creuse, la déflation se poursuit, ainsi que la dépréciation du yen face à l’euro comme au dollar. Certes, le plan de reconstruction d’infrastructures dans les zones du nord-est soutient le secteur du bâtiment. Tant que le Japon n’aura pas fait défaut, l’économie japonaise ne pourra pas repartir… et ce n’est pas l’annonce d’un nouveau plan d’injection de liquidités de 40 milliards qui modifiera la donne…. le problème n’est pas un manque de liquidités mais un problème de solvabilité….. Il est intéressant de comparer cela avec l’Islande qui vient de rendre solvable une partie des dettes des ménages….

Au niveau européen, quelques données inquiétantes (sans nous attarder sur celles issues des fameuses données PMI… enquêtes plus que données). D’abord au niveau économique, nous notons en moyenne zone euro une baisse de 2,1% des prêts aux entreprises.  Pour l’Espagne, le crédit au secteur privé a baissé de 19,3 % (entreprises) et de 5% (ménages). Pour le Portugal, cette part ménages a baissé de 6% et de 7,7% en Italie…. En France, si le Ministre de l’économie indique toujours que la croissance est de retour, il convient de regarder de près notre situation. L’augmentation de 0,2% de la consommation a compensée la baisse de 0,6% des investissements. Tandis que le commerce extérieur contribuait négativement (-0,7 point), la hausse des stocks a permis d’obtenir 0,5 point de croissance… Ce qui veut dire en réalité qu’à stock égal, le PIB de la France a diminué de 0,6% !

La situation des pays de la zone euro est donc dramatique. Nous achetons du temps depuis maintenant 5 années ;  nous achetons de plus en plus cher un temps de plus en plus court. Pour la zone euro, s’il apparaît nécessaire à beaucoup d’avoir une stratégie coopérative, une question fondamentale perdure : qui paye ?

La Grèce ne paiera pas ses dettes, comme d’autres pays. L’Italie, l’Espagne, le Portugal s’interrogent… Nous allons donc là aussi vers un défaut partiel au minimum, voire davantage, car en zone euro, nous ne pouvons payer en « monnaie de singe » comme actuellement le japon et les Etats-Unis le font…. Une bataille diplomatique et économique vient donc d’être lancée par la Commission (procédure initiée contre l’Allemagne), dont l’objectif est de faire « plier » l’Allemagne.  Soit les pays du sud explosent ou quittent la zone euro, soit nous resolvabilisons ces Etats dont la France par le biais d’impression monétaire ce que refuse l’Allemagne…  les économies de la zone divergent et les forces / dynamiques s’opposent.

De même, tous les pays ne peuvent tenter de bâtir leur croissance sur les exportations en zone euro via une baisse des salaires… D’abord parce que ces politiques (Espagne, Grèce, Portugal, Italie, …) entraînent des politiques déflationnistes…. Nous sommes en zone euro désormais en déflation. Forte pression déflationniste en Europe. Plus encore, cette pression devient structurelle et non plus conjoncturelle. Ensuite car nous n’avons pas intégré l’essentiel de la problématique : la crise n’est que le bruit d’une mutation profonde. Certains d’entre nos responsables estiment toujours que nous sommes face à une simple crise, et donc que la croissance reviendra naturellement très vite, très tôt…. Etrange raisonnement qui dure depuis 5 années. L’état final ne ressemblera en rien en l’état initial. La croissance ne viendra pas.

Le taux de chômage des jeunes en Espagne est officiellement de 57,4% et de 58% en Grèce (pour un taux de chômage global de 27%) ! Laurent Pinsolle sur son blog gaulliste libre (http://www.gaullistelibre.com/ – de nombreuses données de cet article sont issues de son blog) donne des chiffres pour l’année 2012 particulièrement inquiétant : « le nombre de suicides a augmenté de 26%. Médecins du Monde s’alarme du fait que près de 30% de la population vit désormais sans couverture sociale, avec une baisse des vaccinations et une augmentation de 21% des embryons morts nés. On peut également rappeler que le PIB a baissé de 25%, le pouvoir d’achat de la population de 40%, que le taux de chômage dépasse 25% et même 50% pour les jeunes, que le SMIC a été baissé de 22%, et même 32% pour les jeunes et enfin qu’1% de la population a quitté le pays en 2011 ! »…

De ce simple fait, soyons clairs : au sud du continent, non seulement la Grèce mais plus encore l’Espagne comme l’Italie peuvent désormais quitter la zone euro ! Au nord, l’Allemagne est en position de le faire. Car les deux politiques divergent : une politique monétaire adaptée aux pays du sud est destructrice de valeur pour l’Allemagne tandis qu’une politique monétaire adaptée à l’Allemagne est destructrice pour l’économie des pays du Sud… Bref, la politique monétaire commune n’est pas adaptée à l’ensemble de la zone euro ! De même, ne rêvons pas, les conditions macroéconomiques d’une union monétaire entre l’Allemagne et la zone euro ne sont pas réunies, et ce, malgré toutes les belles déclarations suite à l’accord sur l’union bancaire !

Il est intéressant de noter que différentes analystes économiques envisagent désormais le fait que l’Allemagne puisse raisonnablement quitter l’euro  même si les Allemands ne veulent pas en prendre l’initiative (notamment dernière étude de Patrick Artus de Natixis). Pour ce dernier, l’Allemagne devrait sortir de l’euro au regard de l’asymétrie des cycles entre l’Allemagne et le reste de la zone euro, l’affaiblissement des liens économiques entre l’Allemagne et les pays de la zone euro…  la crise de la zone euro a poussé l’Allemagne à développer son commerce extérieur hors zone euro. Ce qui implique aussi que pour conserver l’euro, il nous faut accepter la concentration croissante de l’industrie et des services en Allemagne avec les flux migratoires associés !!!! Ce qui est inacceptable. Comme est inconcevable le fait que tous les pays se lancent dans une politique économique basée sur l’exportation massive alors même que tous les pays voient leurs économies se contracter et leur demande intérieure se réduire !

Face à ces données inquiétantes, comment réagissent les marchés et les places boursières ? De manière totalement déconnectées de la réalité… Les commentateurs ne parlent que des marchés financiers… pas de l’économie… Logique, car les QE ne servent pas à l’économie mais aux seuls marchés financiers… Les niveaux de valorisation ne correspondent pas à la réalité. Une déroute boursière est à prévoir et pas seulement sur le marché action mais plus certainement (et plus inquiétant) sur le marché obligataire…. A titre illustratif, la BNP a des encours à hauteur de 48 000 milliards d’euros…. Quels fonds propres en face ? Autre exemple  que celui de la volonté de différentes aires géographiques de définir des monnaies communes : Koweït, Qatar, Bahreïn, Arabie Saoudite d’une part, mais aussi Kenya, Ouganda, Tanzanie, Rwanda et Burundi en Afrique… Autre exemple encore les transferts massifs d’or vers l’Asie via Hong-Kong… Autre exemple toujours, l’engouement pour les Bitcoins, qui démontre avant tout la suspicion envers les monnaies traditionnelles et la crainte d’un effondrement monétaire.

Il en est bien davantage au niveau de l’effondrement social….

Deux enquêtes (publiées semaine dernière) montrent que la situation économique et sociale se dégrade au nord de l’UE, y compris hors zone euro, et non plus uniquement dans les pays du sud de l’UE…. Ainsi l’enquête des médecins britanniques notant une nette augmentation des personnes hospitalisées pour malnutrition…. Au-delà, c’est bien sur le recensement des personnes bénéficiant de l’aide alimentaire (18% de la population américaine pour avoir un point de comparaison). En Grande-Bretagne, en quatre ans (2008 – 2012) nous sommes passés de 26 000 personnes bénéficiant de cette aide à 347 000 !  De plus en plus d’enfants sont concernés. En Grèce, aucun chiffre national n’est disponible, seuls des chiffres régionaux existent indiquant que dans certaines régions le taux d’insécurité alimentaire atteint les 60% ! En Espagne, 22% de la population vit officiellement sous le seuil de pauvreté et l’aide alimentaire concerne désormais directement 2,5 millions de personnes (sur une population totale de 47 millions) contre seulement 0,5 en 2008 ! Plus encore, le choc a été rude de découvrir pour les espagnols qu’il était désormais nécessaire d’ouvrir les cantines scolaires pendant les vacances afin d’offrir un repas complet par jour à des milliers d’enfants ! En Italie, avant 2012 aucune aide alimentaire n’était distribuée par la Croix Rouge. En 2012, ils sont 378 000 personnes ! En France, plus de 9 millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté et 4 millions vivent d’aide alimentaire soit 16,5% de la population !

La situation économique et sociale s’aggrave donc et les décisions devant être prises seront avant tout politiques. En Italie, comme au Portugal, on s’interroge politiquement sur la dette publique et sur la nécessité de rester dans l’euro. Aux Pays-Bas, en France, en Grèce, les élections de 2014 verront de nombreux députés euro-critiques élus…  La Grande-Bretagne a remis en 2017 un vote sur la question européenne. En Allemagne, la coalition gouvernementale avec le SPD refuse à la fois davantage de solidarité envers les autres Etats et les euro-obligations. Plus encore dans le texte de l’accord de gouvernement entre les deux formations politique, est proposé qu’à l’avenir les plans d’aide aux autres Etats s’accompagnent obligatoirement d’une participation des pays aidés, bref d’une mise en application du précédent / modèle chypriote, à savoir la saisie de l’épargne…

Nous assistons donc partout à la montée de responsables politiques que nous nommons avec erreur populistes (Renzi et Berlusconi, Beppe Grillo, Marine Le Pen, etc…) mais aussi bien plus loin que la zone euro (Aam Admi Party en Inde, le parti du citoyen ordinaire)…. Avec erreur car les populistes, ce sont les peuples qui se sentent dominés, exclus, démunis, trahis, perdus, angoissés et en insécurité sociale, culturelle, physique, alimentaire, éducative et professionnelle y compris vis-à-vis de leur propres avenirs… bref, les populistes se sont ceux qui souffrent le martyr aujourd’hui confrontés qu’ils sont à la réalité…. en aucun cas, il ne convient de les stigmatiser car la dimension sociale est plus clivante que la dimension politique.

Le social c’est l’abandon des chiffres et le retour de l’humain, c’est la dignité de la personne vivant de son travail, fière de ce dernier comme de l’éducation qu’elle peut octroyer à ces enfants ; le social c’est la fatigue d’une journée de travail qui se termine dans la dignité d’un chez soi décent ; le social c’est la sécurité des personnes qu’elle soit culturelle, alimentaire, énergétique, professionnelle (nous devons sécuriser les personnes, pas les emplois), physique ou éducative ; le social c’est de vrais moyens de transports permettant de relier les centre urbains aux populations périurbaines….

Le FN devient un parti de laissés pour compte et donc devient de plus en plus porteur d’un simple message social dans une déliquescence du pouvoir politique ! De là, aussi l’aspiration dans l’opinion publique au renouvellement complet du personnel politique. En France, nous mesurons chaque jour le rejet de notre exécutif. Or, zéro désir de droite dans ce rejet de notre exécutif, mais bien une volonté sociale (les fractures françaises) de modifier le système…. Face à une formidable défiance envers la classe politique dans son ensemble et les « élites ».  Comment le peuple pourrait-il ne pas manifester ce dégoût de la politique et de la classe politique dans son ensemble lorsqu’il constate les rentes de situation de ce personnel politique qui ne vise qu’à se recaser par simple cooptation (Harlem Désir pour la troisième fois tête de liste aux élections européennes …. MAM et Morano pour l’UMP, ….). La parole politique souffre donc d’un discrédit absolu…. Les Français, comme d’autres peuples dans le monde non seulement ne croient plus en l’autorité politique mais ils commencent à ne plus écouter personne… Et dans les difficultés, de plus en plus, les batailles se livrent hors du champ politique mais se multiplient et se développent dans le champ social (sur le terrain sociétal).

Que comprendre au final ? Tous les grands avantages acquis, y compris sociaux, ont été pensés et réalisés durant des périodes durables de croissances fortes. Nous ne sommes plus dans ce cadre. Les possibilités ne sont plus les mêmes sachant que dans un horizon court et moyen terme, nous n’aurons plus de forte croissance. Alors quelle alternative ? Celle d’un retour aux fondamentaux et d’un discours social fort mais réaliste appelant aux sueurs et aux larmes car il n’existe pas de solution miracle et de court terme…juste un chemin pavé d’obstacles que nous devons surmonter ensemble (la Nation) car nous nous en sortirons ensemble ou pas du tout ! La France est une nouvelle fois face à son destin, celui d’abord de sa propre volonté !

Désinvolture stratégique…


Oui, l’utilisation d’armes chimiques est une ignominie qu’il convient de condamner. Mais il faut être réaliste : s’interroger d’abord sur la réalité du conflit syrien (guerre entre grandes puissances au travers des Syriens) ; s’interroger sur les Etats intervenant de part et d’autre et leurs motivations (et constater malheureusement que pour nombres d’entre eux il s’agit avant tout de soutenir des mouvements djihadistes que nous combattons ailleurs dans le monde, notamment au Mali et la bande sahélienne) ; s’interroger sur l’origine de l’attaque (sur les frappes elles-mêmes, il existe peu de doute sur leur réalité (encore que…!), un peu plus sur leur ampleur et beaucoup plus sur leur provenance ; ensuite sur les dispositif légaux permettant une intervention (à force d’intervenir partout sans jamais respecter le droit international que nous avons mis en place, ne soyons pas étonnés demain de le voir se retourner contre nous et nos propres intérêts); mais plus encore les objectifs de ces actions de force militaire. Ces objectifs ne peuvent être que politique.
Quel est notre objectif politique ? Affaiblir Assad ? Le forcer à partir ? Mettre en place un autre pouvoir politique ? En ce cas, lequel ? Qui soutenons-nous ? Comme si le camp en face de Assad était homogène (laïcs, musulmans, salafistes, djihadistes, takfiristes, …) Allons-nous favoriser une partition du pays (une région kurde à l’est, une réduit alaouite fidèle au clan Assad à l’ouest dans une région allant de Damas à Homs, une région arabe sunnite (Alep – > Euphrate), des minorités éparses et condamnées (notamment les minorités chrétiennes) ?
La force militaire ne vient que pour mettre en œuvre des moyens militaires permettant la résolution des objectifs politiques ! Dans ces conditions, l’emploi de la force comme toujours doit être subordonné à une définition claire de l’objectif et de l’end state que l’on veut atteindre, c’est-à-dire de ce qui définira si oui, ou non, l’objectif politique est atteint. Dans le cas du dossier syrien, quels peuvent être les objectifs ?
– le respect du droit international (traité de non prolifération chimique ) ? Mais alors, il convient de respecter le droit dans tous les aspects (la question de la légitimité de l’intervention) ;
– la logique de la « punition » (dont j’ai du mal à comprendre la traduction en termes de stratégie ?). Mais le bon sens et l’expérience nous apprennent que punir une fois est rarement suffisant ;
– la changement de régime politique en Syrie (avec le départ de B. el Assad) ? Mais dans ce cas, pour le remplacer par quoi et avec quelle garantie de succès (Cf., le cas libyen) ? Ce que l’on sait de la rébellion et de ses évolutions récentes n’est guère encourageant ;
– il y a d’autres options, mais je ne les ai pas tellement vues exprimées ? Garder Assad mais empêcher l’emploi d’armes chimiques ? En fait cela revient à admettre que mourir (même en masse) sous les obus conventionnels et le tir des mitrailleuses est « acceptable » mais pas sous les bombes chimiques ? Etablir une administration internationale ? Mais on est reparti pour vingt ans !
Et ne pas tout mélanger : le Président déclare privilégier dorénavant une solution politique. Mais la guerre est aussi une solution politique ! En réalité, il nous faut chercher une solution diplomatique.
Très clairement notre Président a un problème Assad, global et personnel bien avant les armes chimiques aboutissant à sa surprenante déclaration lors de la conférence des ambassadeurs d’août 2012 : « Bachar Al-Assad doit partir. Il n’y a pas de solution politique avec lui »… Nous sommes bien là, déjà, dans l’affirmation d’une volonté de « regime change » à la libyenne. Les déclarations de François Hollande sur l’utilisation des gaz le 21 août 2013 lui ont fait franchir un seuil. Difficile de reculer. Dès lors apparaît la volonté politique de François Hollande de « punir ». Notre objectif politique serait de punir ? De mener des opérations militaires punitives ? Très surprenant concept. Très difficile application opérationnelle au-delà de simples frappes médiatiques.
Si Bachar doit partir ce ne peut être qu’à la fin d’un processus de transition politique et absolument pas en préalable. L’utilisation d’armes chimiques ne procède que peu d’une appréciation juridique mais uniquement d’appréciation morale. L’attaque a-t-elle été ordonnée par Bachar el Assad ? Pour rappel, les échantillons analysés par la France n’ont révélés que de très faibles doses de gaz sarin, même si le gaz s’affirme comme complexe et mortel. A l’inverse les échantillons américains révèlent de fortes proportions de sarin…
Quel est le jeu des acteurs ? L’offre russe n’est pas sérieuse, chacun le sait. L’objectif de Poutine n’est pas d’humilier Obama. Ni les Etats-Unis. Surtout pas. Mais de prendre l’avantage, l’ascendant. Tout en démontrant la fin de la superpuissance américaine (elle-même héritage de la fin de l’URSS), imposer la Russie de retour comme acteur (centre de la négociation syrienne) et comme alternative diplomatique aux Etats-Unis. L’affaire Snowden comme prémices. La Russie, bien évidement refuse la proposition de résolution de la France, trop contraignante. Grossière erreur diplomatique de la France ou au contraire manœuvre diplomatique visant à enfermer la proposition russe dans ses contradictions ?
Obama visait à agir à minima. Mais, attention, par orgueil politique, sa riposte militaire pourrait être disproportionnée. Obama risque fort (avec l’appui de François Hollande) de rechercher une légitimité de remplacement. Donc « d’aller à la pêche » à l’OTAN et à la ligue Arabe. Le soutien à minima de l’Union européenne lui étant assuré par le communiqué européen de Vilnius. Mais là encore, François Hollande a commis une erreur majeure en mettant une nouvelle fois à mal la relation franco-allemande. Alors que l’Allemagne est en pleine campagne électorale et que la Chancelière Merkel semble en position favorable pour l’emporter, il pousse l’Allemagne et la Chancelière un peu plus dans les bras de la Russie et Poutine finit par imposer Berlin comme point focal pour les Russes. Grave erreur pour l’avenir d’autant plus grave que l’axe franco-britannique ne peut jouer dans cette affaire, isolant davantage Paris.
Selon divers renseignements, l’ASL a perdu le contrôle militaire de la rébellion au profit des groupes radicaux islamistes. La rébellion a perdu une part de son poids dans les futures négociations. A contrario c’est actuellement le régime de Bachar qui est conforté.
Cette guerre risque fort de s’étendre. De guerre « civile », elle est devenue une guerre par procuration pour d’autres puissances (Qatar, Arabie Saoudite, Etats-Unis, France, Russie, Iran,). Ensuite elle débordera très vite sur le Liban, puis vraisemblablement sur le Golan, sur le nord de la Syrie c’est-à-dire la frontière turque… sans omettre la montée en tension pour Israël.
Le décideur politique est face à de mauvais choix faute d’avoir jamais voulu faire accepter des portes de sortie stratégiques (cf Tunisie, Egypte, Libye) et donc, quel que soit celui qui gagnera, la France comme les Etats-Unis vont perdre ! Nous pouvons même affirmer que les Etats-Unis et la France ont déjà perdu, tant sur le plan médiatique que sur le plan international. Les Etats-Unis montrant qu’ils ne souhaitaient plus avec ce Président s’engager avec la même force et la même détermination au Proche-Orient et la France ne devenant qu’un supplétif dans une région dans laquelle elle a pourtant toujours su jouer un rôle de premier plan. Les masques tombent et la France en sort cruellement affaiblie.
Alors quelles conséquences ?
D’abord des conséquences géopolitiques. Un monde libre. Un monde redevenu libre géopolitiquement. Voilà l’émergence de la fin de la période de transition commencée en 1989 avec la chute du mur de Berlin. Toute la problématique, toute la complexité du moment provient de l’absence de pensée stratégique ayant anticipé cette liberté géopolitique et capable de la gérer. Avec comme accentuation de la complexité, l’obsolescence des structures de sécurité (régionales comme internationales) mises en place depuis 1945. Paradoxalement, perdant ses « maîtres » traditionnels ; ce monde libre géopolitiquement induit une absence de liberté opérationnelle pour nos pays occidentaux dans des rapports de force corrigés par la quête d’un équilibre stratégique inatteignable. En ce sens, la Syrie peut être analysée comme un tournant.
La Russie est pour le moment le grand vainqueur de cette crise. Sans menace, elle s’est placée au centre du jeu. Elle a divisé le camp occidental, l’a poussé dans ses contradictions stratégiques et a démontré aux yeux de tous, notamment les émergents, ses insuffisances. Elle se réaffirme comme une puissance incontournable. A titre anecdotique, il est « savoureux » de voir s’impliquer la Russie sur ce dossier ! Il faut se rappeler que jusqu’à une date relativement récente, la Russie (et tout la Pacte de Varsovie) avait largement développé un concept d’usage de l’armement chimique dans sa doctrine d’emploi militaire (à usage tactique, bien en dessous du seuil nucléaire). Et l’on peut penser que le développement des capacités chimiques de la Syrie doit beaucoup à sa proximité historique avec l’ex-URSS…
L’Iran sort renforcée de cette crise. Elle réaffirme son rôle de protecteur des chiites notamment face à une menace d’intervention occidentale. Face aux hésitations américaines et occidentales, elle peut jauger sa marge de manœuvre.
Pour la France et l’Union européenne, cette reculade américaine démontre une nouvelle fois que non seulement la superpuissance américaine n’est plus ; mais surtout que les Etats-Unis n’interviendront désormais que pour leurs seuls intérêts et donc de manière parcimonieuse… Chypre, membre de l’Union européenne vient de se tourner vers la Russie… message pour le reste des européens ? Quant à notre pays, par le biais des actions / décisions de François Hollande et des erreurs dramatiques de notre diplomatie, il vient d’être brutalement renvoyée à ces insuffisances stratégiques….
Enfin, autre conséquence géopolitique, la menace terroriste s’estompe (en tant que concept stratégique), non par la fin d’Al-Qaeda ou la mort de Ben Laden mais par l’émergence de nouveaux acteurs et rapports de force stratégiques.
Ensuite des conséquences militaires. Ce que la Libye et le Mali avaient masqué se révèle : la France ne peut plus agir sans le soutien matériel des Etats-Unis et a perdu pour part sa réelle autonomie stratégique et donc son rang de puissance ! Il nous faut donc prendre en compte cette réalité (survenant à l’aube de notre débat parlementaire sur la LPM) et modifier en conséquence cette dernière faute de disparaître du paysage géostratégique. Ensuite, impérativement adosser à notre posture de dissuasion au sein de cet environnement stratégique naissant, une posture d’intimidation. Pour l’Union européenne (et donc pour la France), développer un outil militaire autonome capable de défendre pleinement nos intérêts sans les Etats-Unis. La constitution d’un tel outil ne constitue absolument pas une charge mais un devoir.
S’interroger aussi sur le concept des frappes et leur contrepoint politique. Des frappes aériennes ? Mais de quel niveau ? Opérationnel ? Alors les frappes doivent être chirurgicales, multiples et renouvelables impliquant l’emploi de forces au sol pour démultiplier leurs effets. Stratégiques ? Alors, on vise un effet significatif sur le niveau militaire, économique et politique de l’adversaire. Ce type de frappes se doit d’être puissant et si possible radical. Si nous réalisons des frappes, il nous faudra tout à la fois dissuader de tout nouvel emploi d’armes chimiques et intimider suffisamment pour amener les protagonistes à la table de négociation. Donc infliger de réels dommages (significatifs et durables) aux capacités militaires du régime syrien. Mais alors, quid des avantages donnés à la rébellion et notamment aux groupes islamistes radicaux et de leur future emprise sur la Syrie ? Quid de la Russie ? De la Chine ? Et plus prosaïquement, quid de la localisation des cibles (au milieu des populations) ? Bref, qui mesure les conséquences géostratégiques des frappes ? Cela implique alors qu’il est totalement contre-productif de fixer des limites de temps à l’opération (ne pas confondre avec la limitation donnée aux objectifs militaires) mais quid des opinions publiques et comment gagner la bataille médiatiques de ces opinions ? Conséquence : il ne faut pas fixer de limites hautes temporelles car cela nous affaiblit stratégiquement…Donc, forte nécessité de déployer des forces et moyens pour durer… Bien loin des envies politiques….
Les solutions sont diverses et ne peuvent être exclusives. Alors quelle solution privilégier ? Potentiellement, oui, une sorte de show of force, une démonstration de force occidentale MAIS assortie immédiatement d’une vraie conférence régionale avec tous les acteurs dont l’Iran ! Des frappes de missiles de croisière afin d’apaiser les émotions médiatiques, tout en permettant d’affaiblir le régime d’Assad tandis qu’en en sous-main nous favoriserons la reprise en main des insurgés par l’Arabie Saoudite (des grands démocrates eux aussi) et la mise en place d’insurgés « euro-occidentaux compatibles » que l’on pourra soutenir militairement. Mais le risque est grand que cela ne serve à rien, sauf à enclencher un processus militaire plus important. Puisque les frappes ne font rien, frappons plus fort. Puis plus fort. La bascule sera là. La guerre aussi.
Dès lors, il nous faut aussi mesurer les implications politiques de tout cela, et pour nos responsables, l’impérieuse nécessité de prendre de la hauteur….car dans des circonstances aussi graves, il convient de garder la tête froide et de s’exprimer avec responsabilité. Aucune action militaire ne doit dépendre de l’émotion et des médias. Si la volonté politique de notre exécutif ( ce qui aurait été une erreur) était le départ de Bachar Al-Assad, alors la priorité de notre diplomatie sur cette question devait être un accord avec la Russie et donc profiter du G20 pour définir un deal diplomatique : la Russie garderait son influence dans la zone, mais à elle de solutionner le problème et de trouver le successeur de Bachar….
Encore une fois, comme souvent, en raisonnant sous l’emprise de l’émotion, on s’attache plus à traiter les effets de la crise (massacre de populations) que les causes. C’est sans doute vendable plus facilement dans l’opinion publique mais cela explique la durée de nos cycles de gestion de crise (les Balkans, 20 ans en Bosnie, presque 15 au Kosovo et rien n’est réglé), en complet décalage avec nos propres cycles politiques (de 4 ou 5 ans !). Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de défendre le système en place. Le régime Assad (père et fils) demeure celui d’une minorité (alaouite) s’imposant par la force et la dictature à tout un pays (je n’ose écrire « peuple »). Je serai totalement cynique, je dirai qu’on peut y reconnaître une forme de stabilité (avec laquelle d’ailleurs tous les Etats à commencer par la France, ont dialogué pendant des années !).
Mais, il ne peut exister de diplomatie de l’émotion et de la représentation politique. Il faut d’abord effectuer une appréciation de situation politique et stratégique. En effet, gérer les effets de la crise peut se révéler relativement facile (toute proportion gardée) en les éradiquant et en faisant retomber la part d’émotion (l’effet CNN ou « 20heures »). Traiter des causes s’avère en général beaucoup plus complexe car on touche souvent au cœur de l’humain (ethnique, religieux, politique, etc.). Au niveau local, une guerre civile avec 100 000 morts et des crimes partagés. Au niveau régional, des pays voisins engagés et inquiets des répercussions. Au niveau mondial on montre ses forces et on essaie de se rassurer : la puissance résiduelle des USA, celle de la Russie, l’influence nulle de l’UE, nulle encore des autres pays (Chine, Inde, Brésil, etc), celle intéressée des pays arabes. Sur le plan historique, la France a une légitimité d’intérêt mais que veut-elle ? Se hausser du col, fortifier l’alliance avec une puissance ou avec l’autre, sanctuariser le droit international ? Sanctifier un siège au CSNU ? Favoriser la défense européenne ? Promouvoir la stabilité du Proche-Orient ? Saisir l’occasion pour promouvoir une attitude européenne ?
La décision politique doit s’imposer, y compris dans les opérations militaires. En ce sens, il ne peut y avoir de légitimité politique sans réussite militaire. En s’engageant sans stratégie de règlement politique, Barak Obama comme François Hollande ont placé leurs pays respectifs dans une position de faiblesse très lourde de conséquences. En particulier, François Hollande a fait montre d’une exceptionnelle désinvolture dans ses prises de positions, ses décisions politiques internationales et ses reculades. La Syrie n’est pas (pour le moment) la guerre d’Espagne. Il n’est pas Blum et ne doit pas avoir peur de l’histoire. Mais, françois Hollande est clairement mis en difficulté au niveau international ; et avec lui, la France. Très prosaïquement, après le refus d’accepter la présence de la diplomatie Française aux négociations, il est à craindre que notre pays ne fasse les frais de l’accord défini entre les Etats-Unis et la Russie à Genève… et des erreurs dramatiques à répétition de notre exécutif !

Fractures morales, fractures économiques, fractures géopolitiques…


Surprise, Indignation, transparence…

Course non pas aux qualités des hommes et femmes mais bien course au misérabilisme… De nouveaux impôts sont et seront levés tandis que la dépense publique globale est plus haut historique… La dégradation morale est générale mais provient d’une confusion des valeurs et des problématiques. Nos actes ont des conséquences pour des générations…
Au niveau des valeurs, non seulement, être riche devient suspect, immoral…probablement illégal ; mais plus important et sous-jacent, nous assistons à la mise en place d’une exposition de la morale (individuelle, sorte d’examen de conscience) visant à permettre une morale collective dans le refus / renoncement de toute possibilité de morale individuelle… la morale et/ou la vertu obligatoire ne sont pas des bons souvenirs de l’histoire de France… les Français et plus encore l’éxécutif devraient s’en souvenir…

Les fractures actuelles laissent à penser à une simple bipolarisation de la société française comme européenne alors qu’en réalité le délitement et émiettement sociétal devrait être perçu comme extrêmement préoccupant car décrivant la fin d’un processus de déconstruction nationale… Pire, les Français comme l’ensemble des peuples européens n’ont plus confiance en leurs gouvernements car ils n’ont plus confiance en l’avenir…Durcissement du climat social alors que l’austérité n’a pas encore commencé…
Au niveau des problématiques et de la compréhension de la réalité, particulièrement celle de la situation de notre pays… La croissance économique ne vient pas du déficit public, même si certaines dépenses publiques peuvent contribuer à l’environnement de la croissance. Il est possible en ce sens, de réviser dans sa totalité sans pour autant tuer le service public. Et, chaque dépense doit avoir un sens…

Or, ont été sacrifiés toutes les dépenses de recherche et d’investissements (préparant le futur) pour préserver le règlement des pensions / salaires / rentes et le financement des structures publiques. La France attend des autres une hypothétique reprise dans un plan de communication / marketing !!!   La zone euro était en fin 2012 à 3,2% de moyenne de déficit…tandis que la France était à 4,8% de déficit : la France est, comme nous l’avons déjà dit, le maillon faible de la zone euro… potentiellement de l’Union européenne. La dette française va devenir ingérable… L’ensemble des pays européens, de la zone euro ou non, sombre…

Qui conçoit encore la légitimité des décisions prises ? Austérité versus croissance tel semble être le dilemne, comme si rien d’autre n’était possible… le débat comme les idées, est malheureusement binaire… et stupide…. le cadre choisit par les responsables ne nous laisse aucune porte de sortie… Faillite des élites… Faillite des experts… Faillite des politiques… Partout s’amoncellent les signaux mais peu semblent les voir, beaucoup veulent les ignorer ou les réfuter…
La baisse de l’or montre le ralentissement de la vitesse des monnaies malgré leurs manipulations, et donc, déjà, à terme, l’échec des différentes politiques monétaires mises en œuvre aux Etats-Unis et au Japon. Ainsi la manipulation des monnaies consiste à une tentative de vol de la croissance des autres pays ; tentative qui va à terme paralyser le commerce international… La confiance, c’est la paix ;  là encore ce que tous les Etats européens ne peuvent méconnaitre au regard de leur histoire. Les conséquences de cette omission/occultation seront dramatiques… Tous appelent aujourd’hui de leurs voeux d’aller au plus vite retrouver les Etats-unis et le Japon dans leurs politiques monétaires, oubliant qu’ils sont, eux aussi, aux bords du gouffre… Pire, puisque les régles comptables ne permettent plus de répondre, pas de souci… les régles du jeu sont modifiés à l’instar des modifications de calcul du PIB américain sous couvert de simple actualisation…  Les chiffres économiques ne sont pas bons donc il suffit de les modifier pour améliorer la situation économique… Ce n’est pas en changeant le thermométre que la fièvre baisse et que le malade guérit !!! le ridicule ne tue pas…ni l’absurdité ! Heureusement !
Nous allons vers des temps révolutionnaires. point de crise(s) ici et maintenant, mais une mutation géopolitique de grande ampleur : le système né de la Seconde Guerre Mondiale se désagrège…. l’onde de choc sera gigantesque !