Syrie et PMO


L’élargissement des vols de reconnaissance de la France dans ce qui semble désormais faire office de stratégie française, constitue d’abord et avant tout une réponse à l’opinion publique française. Il en est de même des premières frappes des forces aériennes françaises en Syrie, visant avant tout à affirmer une posture présidentielle française face à Vladimir Poutine et Barak Obama à New-York de crainte d’être désormais isolé… Sorte de volonté présidentielle de se hisser sur un strapontin à la table de négociations après quatre années d’errements moralisateurs par le biais de postures et terminologies martiale….
Des négociations ont lieu depuis plusieurs mois puis se sont intensifiés ces dernières semaines entre Américains, Iraniens et Russes sur la suite à donner. Les Russes veulent éviter l’effondrement de l’Etat Syrien et trouver une sortie « honorable » à Bachar. De là, depuis mai 2015 des entretiens bilatéraux entre Russes et Américains, puis élargies aux Iraniens (en bi puis trilatérale).
La personne de Bachar El-Assad est le point de fixation. Les atermoiements sur Bachar sont contre-productifs. La question n’est pas l’avenir de Bachar Al-Assad. Pactisez ou pas n’est pas la question. Personne ne conteste la réalité de Bachar Al-Assad et de son régime. Nous sommes dans un système complexe. La question est de trouver une solution politique. Introduire une dimension personnelle sur Bachar dans notre politique extérieure est (était) une erreur grave, aux conséquences funestes. Pour rappel à certains de nos politiques qui nous expliquent la « faute morale » à vouloir discuter avec Bachar, les propos de Churchill au début de la Seconde Guerre Mondiale, évoquant une alliance avec le diable si Hitler envahissait l’enfer…
En parallèle de ces premières initiatives diplomatiques, Vladimir Poutine a graduellement déployé des forces en Russie, mettant les autres puissances devant le fait accompli et ne reconnaissant son implication qu’à ce stade… Politique du fait accompli qui est la marque de Poutine depuis 2008, et qui après le Caucase du Sud, puis la Crimée, s’imbrique au sein du Proche et Moyen-Orient montrant ainsi la volonté russe de s’impliquer à nouveau dans les questions de cette zone. Certes, d’abord par le constat de la réalité du terrain, renforcé par le fait que les iraniens ont indiqué à la Russie ne plus être en mesure à reprendre le contrôle de certaines positions comme à protéger Bachar (entretien entre des responsables russes et iraniens de la Brigade Al-Qods). Mais, de manière plus profonde, rien de moins qu’un changement majeur dans les relations internationales, équivalent (effet boomerang ?) de son éviction de la scène internationale en 1991… Juste retour du balancier pour les russes… Mais, de fait, une période de transition s’achève, un nouveau monde est en train de naître….
A ce stade, et en Syrie, la Russie ne cherche pas à s’opposer frontalement aux puissances occidentales, mais cherche plus intelligemment à devenir le « leader » de la coalition anti-E.I et le garant d’une solution. Une coalition concentrée sur cet adversaire et non pas Bachar Al-Assad dans laquelle il veut amener les américains à définir avec lui les opérations à venir. C’est l’arrière-plan de sa position et de son discours.
Et cette habile manœuvre diplomatique n’a pas attirée que la Syrie et l’Iran. L’Arabie Saoudite depuis plusieurs mois a des entretiens réguliers avec la Russie tout comme l’Egypte ou encore la Jordanie. Le Premier Ministre Israélien a eu des entretiens avec Vladimir Poutine (dans une volonté de montrer son agacement vis-à-vis de la politique américaine mais aussi une nécessité de « coordonner » techniquement les opérations entre les deux pays puisqu’était présent outre le Premier Ministre, le chef des renseignements militaires ainsi que le Chef d’Etat-major de le Tsahal), suivi peu après par la Turquie. L’Allemagne a eu des entretiens discrets avec les russes sur le sujet, tout comme Kerry… Petit à petit donc, les européens et les américains s’alignent sur la position russe : simple principe de réalité ?
Un principe de réalité que nous n’aurions jamais dû omettre. La stratégie française en Syrie est en échec depuis quatre ans car en décalage profond avec les événements. Elle risque de l’être encore en partie au regard du décalage entre les déclarations stratégiques (nous voulons la destruction de l’E.I) et des moyens (frappes aériennes).
Et, il est tout autant « surprenant » d’entendre nombres de nos responsables politiques constater que nos frappes ont des effets limitées et/ou marginales ; qu’elles ne nous préservent pas du risque d’attentats terroristes contre nos intérêts (sur notre territoire ou à l’extérieur) ; qu’elles ne réduisent pas l’attrait au djihad de nombres de nos jeunes ; qu’elles ne nous procurent pas une place centrale mais une place marginale au sein des négociations diplomatiques ; etc… Serait-ce là une « surprise » pour eux ?
Au-delà, considérant les multiples déclarations de ces mêmes responsables politiques de droite comme de gauche demandant une intervention militaire contre l’E.I (avec des variantes burlesques) ; pour l’essentiel et à une notable exception, ce sont les mêmes politiques qui depuis 1981 n’ont eu de cesse, exécutif par exécutif, de mettre à mal l’armée française. Personne n’assume les conséquences de ces décisions passées et une contradiction majeure : les armées françaises n’ont plus les moyens des ambitions du pays, tandis que nombres de responsables souhaitent leurs assigner un engagement militaire hors de proportion… constat douloureux de personnels politique dégrisés.
Or, devant l’émotion des opinions publiques ; la confusion gagne conduisant nos responsables politiques effarés à vouloir fondre les problèmes en un seul : terrorisme, migrants, E.I ; et à décider de nouvelles phases d’opérations sans aucune perspective de solution pour l’après E.I. faute d’appréhender la complexité de la situation. Mais la virilité de la posture politique l’impose !
Sur le terrain, tout est fragmenté. Les acteurs sont multiples (plus de 2 000 katibas sur le terrain), les alliances diverses, variées et fluctuantes… tous les acteurs y compris régionaux ont des intérêts contradictoires, impliquant des ambiguïtés et des double-jeux politiques. Dans le viseur la Turquie, mais aussi les monarchies du Golfe….
E.I a une stratégie. Vladimir Poutine a une stratégie. La France n’a pas de stratégie. Le Président Français nous indique vouloir lancer une offensive sur Daech (qu’il conviendrait de nommer E.I) afin de « réduire la menace terroriste » (avec l’invocation de l’article 51 de la Charte des Nations unies), est-ce à dire que les frappes aériennes de la coalition depuis un an n’ont produit aucun effet ? Donc, est-ce à dire que notre stratégie initiale était fausse ou incomplète ? Est-ce à dire que nous allons frapper aussi au Yémen contre AQPA (responsable d’attentat contre la France) ? Est-ce à dire que nous aurions dû faire cela auparavant, y compris en 1995 ? Est-ce à dire, enfin et surtout, que nous pensons réellement que ces frappes aériennes vont dissuader et/ou empêcher tout nouvel attentat ?
Les frappes aériennes comme une potentielle offensive terrestre ne constituent pas une réponse globale. Une guerre, comme une offensive (terrestre ou autre) n’est pas une finalité politique. Juste un moyen. En ce sens, le choix de frappes aériennes définit l’objectif : non pas vaincre, juste contenir… ce qui est déjà quelque chose, mais en inadéquation avec les objectifs stratégiques. Un moyen devant permettre la mise en œuvre d’une solution / effet final recherché, soit dans le cadre préétabli, soit dans un nouveau cadre. On fait la guerre pour un devenir !
Voilà pourquoi, en Syrie et en Irak, rien ne se fera (et ne se fait) sans forces au sol… De là aussi, la nécessité impérieuse d’associer des puissances régionales : certes l’Iran que tout le monde cite, ou encore la Turquie, mais aussi l’Egypte.
E.I est une organisation née en Irak, qui s’est exportée en Syrie, puis répandue ailleurs du Maghreb à l’Asie. E.I est un projet politique révolutionnaire international, susceptible d’attirer à lui tout le monde. En ce sens, la problématique politique est autant chez eux (recomposition de la zone du PMO) que chez nous… de ce fait, il s’agit bien là, à l’œuvre, de transtensions mondiales remettant en cause « l’ordre mondial ». Un nouvel ordre va naître. Changement par le chaos et non pas les nouvelles croisades. E.I utilise un mythe et ces membres ne veulent pas être (plus être) les perdants de l’Histoire.
Ce qui se déroule actuellement en Syrie et en Irak, ne concerne pas uniquement ces deux pays, mais bien au-delà : le Proche et Moyen-Orient est en recomposition ; l’ensemble du monde arabo-musulman (appellation très impropre je le concède) est concerné ; l’Etat Islamique mais aussi des groupes comme Al-Nosra, sont dans un projet politique global avec de nombreuses ramifications. Refus de la modernité diront certains. Refus de notre modèle social, politique mais aussi économique (qualifié par eux de « barbare ») surtout bien avant des questions de religions. Question de souveraineté au sens de légitimité, tant individuelle que collective. Sorte de refus du « nous » que nos sociétés proposent au profit d’un « je » individuel devenant très vite un « nous » collectif pour une autre forme de société.
En Irak, en Syrie, en Libye, en Egypte mais aussi dans les zones tribales Afghano-Pakistanaises (un mouvement pro E.I émerge) les Etats traditionnels ont implosé dans une dynamique de recomposition à la fois territoriales (frontalières), sociétales et politiques (dans une logique d’agonie des différents régimes). Demain, d’autres pays seront concernés, en premier lieu l’Arabie Saoudite.
Face à des groupes djihadistes (Yémen, Mali, Nigeria, Afghanistan, Pakistan, Somalie, Libye, …) aux motivations multiples mais regroupés au sein d’un projet politique global, il nous faut nous adapter. Si nous avons su (partiellement) dans le passé faire face à des petits groupes variés, dispersés et géographiquement localisés ; nous devons appréhender la mouvance djihadiste adaptative actuelle de manière différente et elle aussi adaptative.
Sur le plan géopolitique, il nous faut d’abord donner des garanties aux populations diverses de la zone ; revoir avec l’ensemble des partenaires régionaux les problématiques frontalières, et travailler dans le temps long par le biais d’une diplomatie ambitieuse : c’est-à-dire ayant pour tâche de (re)nouer des relations difficiles et ne pas les refuser de prime abord.
Voilà pourquoi sans perspective de solution politique immédiate pour l’après E.I, notre combat militaire ne peut être que d’arrière garde : tenir la position et non pas de grande offensive terrestre. Tenir la position : renseignements toujours, cycle raccourci d’exploitations, frappes ciblées, politique assumée de décimation de l’ennemi (y compris lorsqu’ils sont de nationalité française ce qui risque de faire « tanguer » politiquement certains) et de ses chefs. Tenir la position, mais en étant assuré sur sa « vision politique », solide sur ses positions géopolitiques et morales ; affermit sur ses moyens, clair sur les conséquences de ses choix et actes, puissant sur sa volonté politique…

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Arabie Saoudite : succession du Roi Abdallah


En Arabie Saoudite, le roi, également premier ministre, règne et gouverne aidé en cela d’un vice-premier ministre qui est aussi son successeur désigné recevant le titre de prince héritier.
Le système de succession en Arabie Saoudite est adelphique. A la différence des monarchies classiques où le pouvoir se transmet verticalement de père en fils, le trône saoudien passe de frère en frère d’une même génération, donnant lieu à des guerres fratricides où le prince le plus fort l’emporte. Depuis 1992, la loi fondamentale dit simplement que le trône doit aller « au plus apte des enfants et petits-enfants d’Abdelaziz ».
En 1953, à la mort du premier roi d’Arabie Saoudite, Abdelaziz Al-Saoud (une cinquantaine de fils dont 35 déclarés légitimes issus d’une trentaine d’épouses), cinq de ses fils (Saoud, Faycal, Khaled, Fahd et Abdallah) lui succéderont.

Deux factions importantes s’opposent traditionnellement : celle du clan Soudayri (7 frères germains) auquel appartient le nouveau Roi ; et celle de l’ancien roi Abdallah. Afin d’harmoniser les problématiques successorales, le régime a mis en place un système de répartition horizontale du pouvoir et des prébendes : chaque prince s’approprie un fief. Dès lors, pour peser au sein de la famille royale, les princes se réunissent en « factions » s’appuyant sur des dignitaires religieux (oulémas), des hommes d’affaires et des bureaucrates. Dans la réalité, le pouvoir est donc déjà aux mains des petits fils d’Abdelaziz car ils occupent tous les postes clé de gouverneurs et de ministres.

Abdallah a régné à compter de la mort de Fahd en 2005. Mais, l’attaque cérébrale du Roi Fahd en 1995 avait déjà laissé les rênes du pouvoir entre les mains d’Abdallah sous la forme d’une régence. Le règne d’Abdallah fut, du moins au début, caractérisé par une volonté de « moderniser » la vie de son royaume par des réformes prudentes dont la nomination de trente femmes au Majles Al Choura, conseil consultatif. En nommant en 2012 son frère Salman comme vice premier ministre et prince héritier, Abdallah visait à assurer la continuité. Salman fut gouverneur de Riyad, ministre de la défense et exerça parfois le pouvoir lors de phases d’hospitalisation du roi Abdallah. Surprenant le monde entier, le 27 mars 2014, le roi Abdallah a confirmé officiellement le prince Muqrin comme vice prince héritier irrévocable et donc futur roi à la mort de Salman.

La passation de pouvoir à l’annonce de la mort du roi Abdallah s’est opérée sans crise. Le prince héritier, Salman (79/80 ans) a été intronisé roi ; son demi-frère Muqrin (Mouqrin ou Mokran ou Mokren) Ben Abdellaziz (69 ans) a été confirmée prince héritier. Et, le nouveau roi, a nommé vendredi matin par décret son fils Mohamed Ben Salman, nouveau ministre de la défense et directeur de la cour royale. Surtout, il a nommé le ministre de l’intérieur, Mohamed Ben Nayef (son neveu) au rang de vice-prince héritier, second rang dans l’ordre de succession.

Le véritable « test » de la solidité de la succession, interviendra en réalité à la mort de Salman car le prince Moqrin ne fait pas partie de la faction de sept soudaïri et sa nomination définie par le roi Abdallah comme irrévocable n’a pas respecté l’avis de certains membres du conseil d’allégeance mis en place en 2006 (qui n’a pas cependant pas de réels pouvoirs, toutes les décisions se prenant dans un cercle familial restreint).

Deux hommes : Prince Muqrin et Prince Ben Nayef
Le prince Moqrin est connu pour son hostilité à l’Iran, mais aussi pour sa proximité avec les saoudiens et sous goût pour les nouvelles technologies. Père de 15 enfants dont six garçons, il est né le 15 septembre 1945 à Riyad. C’est le plus jeune des 35 fils d’Abdelaziz. Il a suivi une formation militaire en Grande-Bretagne (Cranwell) avant de servir dans l’armée de l’air saoudienne. A partir de 1980, il devient gouverneur de Haël (au nord) puis de Médine (à l’ouest). A compter d’octobre 2005 il dirige les services de renseignements et devient en juillet 2012 émissaire personnel du roi Abdallah.
L’homme fort du pays est aujourd’hui sans contestation, Mohamed Ben Nayef, actuel ministre de l’intérieur et nouveau vice-prince héritier. Ben Nayef mène une lutte sans aucun état d’âme, tout à la fois contre les démocrates et les militants islamistes radicaux. Il a le soutien des milieux d’affaires et politiques américains. Il a été reçu le 17 mars 2013 par Obama (le fait est rare l’administration présidentielle américaine recevant rarement des personnes au rang de ministre)

Arabie Saoudite : richesses et tensions intérieures
L’Arabie Saoudite peut compter sur ses richesses pétrolières lui procurant une manne financière conséquente (évaluée à 800 milliards de dollars de liquidités). Mais l’Arabie Saoudite, à la différence du Qatar et des Emirats Arabes Unis (eux aussi richement dotés en richesses) possède une population importante (21.3 millions), jeune (47% de la population à moins de 25 ans) et socialement fragilisée (25% de chômeurs). C’est cette génération de jeunes, fortement réceptive aux thèses djihadistes qui inquiète les gouvernants saoudiens.

Arabie Saoudite et enjeux diplomatique
La diplomatie saoudienne est l’un des théâtres où s’expriment cette lutte entre factions afin de réinvestir sur le champ interne les acquis et soutiens extérieurs. De là, des positions parfois divergentes.

Sur le plan régional, les trois défis diplomatiques majeurs de l’Arabie Saoudite étant actuellement : l’Iran et le dossier nucléaire ; la lutte contre Daesh ; la poussée houtistes (chiites) au Yemen qui vient de faire tomber le gouvernement et est en passe de prendre le pouvoir (démission du Président Abd Mansour Hadi jeudi soir).

Face à l’Iran, l’Arabie Saoudite est en perte de vitesse. La montée en puissance des chiites (minoritaires car ne représentant que 10%du monde musulman) en Irak, en Syrie, au Yemen, ou encore à Bahreïn met en difficulté l’influence des sunnites et particulièrement celle des wahhabites.
De plus, les négociations entre l’Iran et les puissances occidentales sur le dossier nucléaire provoquent de nombreuses inquiétudes chez les dirigeants saoudiens qui redoutent un accord politique entre les Etats-Unis (fin de mandat d’Obama) et les Iraniens sur la question nucléaire ; accord qui consacrerait l’influence iranienne (donc Chiite) non seulement dans le Golfe persique mais bien au-delà, en Irak, au Liban, en Syrie…

En Syrie, si les dirigeants Saoudiens ont entériné l’échec de leurs stratégie de renversement du régime de Bacha al-Assad, ils ont pour autant refusé jusqu’à présent les sollicitations syriennes (par le biais du négociateur égyptien, le maréchal Sissi car le royaume saoudien est un important soutien au régime Egyptien actuel). De fait, là encore, les dirigeants saoudiens craignent un renforcement de l’Iran et de l’axe chiite.

En Irak, la menace se nomme EIIL. Le chef du mouvement, Abou Bakr Al-Baghdadi qui s’est autoproclamé calife et prince des croyants conteste ouvertement le primat religieux de la famille Saoud tant sur le monde arabo-sunnite que sur les deux saintes mosquées…

Enfin, au Yemen, considéré traditionnellement par l’Arabie Saoudite comme son arrière-cour. Un affranchissement de tutelle, qui plus est obtenu avec le soutien de l’Iran, sera ressenti comme un péril et une provocation.

Un monde en trans-tensions (2)


Au niveau économique, la planète entière est entrée en récession économique. La baisse actuelle et à venir du commerce international n’étant qu’un indicateur supplémentaire… La Chine vient de confirmer une nouvelle baisse de sa croissance économique, y compris avec des chiffres officiels en dessous des taux nécessaires à l’intégration des nouveaux travailleurs. L’économie indienne est en difficulté, tout comme sa monnaie, engendrant une nouvelle défiance des investisseurs. Le système financier occidental est officiellement insolvable. Le système financier asiatique l’est officieusement ; tandis que la Russie tente de manière précipitée de constituer une réserve financière. Les États-Unis tentent de modifier leurs différents indicateurs économiques afin de masquer la réalité de l’état de leur économie…et de leur monnaie. Ce qui signifie qu’il n’existe plus de moteur de croissance mondial… tandis que nous assistons à une évaporation régulière de la richesse mondiale…
Malgré tout, pour le moment, les États-Unis restent au centre du jeu alliant différentes caractéristiques : allié et adversaire, partenaire et ennemi stratégique, modèle de développement mais repoussoir social, partenaire et concurrent économique… Mais là encore, leçon de l’Histoire, c’est la puissance qui domine l’ordre international et qui devrait en être le garant, qui lui porte les coups les plus rudes…
Le second semestre 2012 et plus encore l’année 2013, vont coïncider avec une intensification planétaire des mutations en cours ; et donc à une intensification de la crise touchant désormais l’ensemble des principales puissances économiques : Union européenne, États-Unis, Chine, Brésil, Inde, Russie, … Les suites de l’affaire Bo Xilai montre que la Chine est à l’aube d’une nouvelle campagne anti-corruption ; en réalité une campagne d’assainissement politique au profit du régime, tandis que deux sensibilités politiques (pas encore des lignes politiques) se font jour (Hu Jintao et Xi Jinping versus Wen Jiabao, Li Keqiang et Wang Yang). Les dysfonctionnements internes doivent être l’objet d’une remise en cause du régime à l’heure où le ralentissement économique se fait jour ; mais ils mettent à jour un flottement à la tête du parti chinois. Plus encore, diverses affaires montrent qu’il est désormais important d’éloigner les étrangers trop zélés…
Au Proche et Moyen-Orient, là aussi, des trans-tensions importantes sont à l’œuvre actuellement, que ce soit, en Arabie Saoudite où la famille saoudienne se renferme sur elle-même alors qu’un processus d’éclatement est en cours en son sein suite au décès de Nayef… en Jordanie, à Bahreïn, mais aussi dans l’ensemble des pays dits arabes… Confiscation des révolutions ? Il s’agit là, malheureusement, d’un cas classique au regard de l’Histoire : toute révolution est détournée et les premiers à y perdre sont toujours les révolutionnaires…
A contre-courant des opinions occidentales et experts médiatiques enthousiastes (et naïfs), la démocratie n’allait pas apparaître subitement…le pouvoir dans ces différents pays est tombé (logiquement) aux mains des seules forces politiques structurées : d’une part les armées et services de sécurité, de l’autre les forces religieuses fondamentalistes (soutenues financièrement par les pétromonarchies théocratiques de l’Arabie Saoudite alliée des Etats-Unis au Qatar allié de la France…)
De la Tunisie à l’Égypte, les partis religieux fondamentalistes (Frères musulmans et salafistes) se partagent donc le pouvoir « parlementaire » dans une forme de co-gestion avec les forces militaires (qui sont aussi les acteurs économiques dominants). Bien évidemment, ne pas croire ce qu’ils disent. Ainsi des Frères musulmans annonçant au printemps 2011 sur la Place Tahrir qu’ils n’aspirent pas au pouvoir… Aujourd’hui ils revendiquent à la fois la présidence de la république, la majorité parlementaire… l’intégralité du pouvoir politique…puis de la société… En Tunisie des comités de vigilance religieuse sont apparus… En Égypte une chaîne réservée aux femmes voit le jour, une chaîne burqa !!!! Malheureusement, face à ces forces, celles démocratiques sont sans moyens (notamment financiers), et seront dénoncées et combattues comme d’inspirations étrangères…puis impies !!! Demain boucs-émissaires ?
Au-delà de la Tunisie et de l’Égypte, si la Libye et le Yémen ont déjà sombré dans la confusion ; la Syrie retient toute l’attention médiatique planétaire. Oui, Bashar el-Assad est un dictateur de la pire espèce…Pour autant, et sans aucune complaisance avec lui ni son régime, depuis les années 80 (1980 massacre d’Alep puis 1982 massacre de Hama) le pays a basculé dans une forme de guerre civile… Ensuite, le régime syrien actuel n’est ni le régime d’un homme seul, ni celui d’une famille. En Syrie nous sommes confrontés à un régime communautaire complexe et malheureusement le départ de Bachar El Assad ne modifierait en rien la réalité des pouvoirs et des rapports de force interne… Derrière Bachar El Assad, il y a non seulement l’ensemble des Alaouites mais aussi d’autres minorités (dont des Chrétiens). N’omettons pas aussi que les Alaouites sont considérés par les sunnites (majoritaires), non pas comme Chiites mais comme apostats… Dès lors, proposer comme seule solution, celle d’un régime sunnite à ces populations signifie simplement des luttes encore plus féroces !!!!
Nos déclarations politiques actuelles ne font qu’ostraciser plus encore des minorités (certes violentes) mais qui luttent pour ce qu’elles considèrent comme l’espace de leur survie. Aujourd’hui, le chemin le plus probable pour la Syrie est malheureusement celui de la guerre civile libanaise…Au-delà, si les États-Unis semblent vouloir (diplomatiquement) accepter un compromis avec l’Iran dans une posture nucléaire de seuil ; il est à craindre de part et d’autre que cela ne suffise pas…
Mais ces problèmes stratégiques semblent bien lointains à une Union européenne, empêtrée dans une incapacité à penser et à agir au sein d’une crise, certes économique, mais dont les dysfonctionnements sont d’abord et avant tout politiques… Ainsi, comment ne pas constater (très logiquement et surtout sans mésestimer les motifs allemands) que le SPD et le CDU se sont retrouvés sur la position budgétaire allemande… Que la position de la France est aujourd’hui fragilisée politiquement et stratégiquement ; alors même, répétons-le, que la France constitue à la fois le maillon faible et le pivot de l’Union européenne ; union politique qui ne peut être une simple continuité de la France…
Face à des logiques abusivement nationales, prônant des actions et solutions exclusivement nationales, démontrant la fin du consensus politique européen ; il est à craindre pour les pays de l’Union européenne et la France, un fort ajustement à la baisse de la richesse par habitants, avec une réduction de l’ordre de 30 à 40 %…. Après la disparition des consensus politiques et la montée des extrémismes, y compris comme recours, nous allons assister à l’éclatement des consensus sociaux…  La tyrannie des petites décisions, chaque État se préoccupant de ses intérêts nationaux sans esprit de coopération ; l’absence de perspectives ; l’effondrement des solidarités européennes, intra-européennes, nationales ; dans différents pays risquent de lier à la crise économique des crises sociales et sécuritaires, par l’effondrement partiel ou total selon les cas, des différents systèmes sociaux ; avec à terme des crises militaires dans une interaction conjoncturelle. Les tentations, puis peut-être, les tentatives de reprendre par la force le contrôle de zones et de richesses en train d’échapper aux différents pouvoirs politiques pourraient aboutir sur le territoire européen mais aussi occidental à des opérations armées. Paraphrasons Winston Churchill : vous avez voulu éviter la guerre sociale au prix de la dette. Vous avez la dette (et la faillite). Et vous aurez la guerre sociale….
Le printemps 2013 sera donc tout autant crucial pour la zone européenne, fût-elle à 27, à 17 ou à moins ; que pour l’Asie ; le continent américain et tout particulièrement la puissance américaine ; que pour l’espace arabe et Proche / Moyen-Oriental. Mais, bien au-delà, les dix-huit mois à venir vont être porteurs de ruptures géostratégiques importantes… En ce sens, les temps à venir de ce monde en trans-tensions vont être « fascinants »…