Penser l’impensable : le fait national-libéral


Ci-après une note rédigée en décembre 2016 suite à la victoire de Donald Trump pour un service gouvernemental Français.

Imprévisible élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis comme l’était l’imprévisible Brexit ! Imprévisible pour tous ceux qui refusent de penser l’impensable…
Lire une analyse et découvrir que le Brexit comme l’élection de Trump « ne se peut » car elle fait « figure de scandale » en dit long sur l’incompréhension du mouvement de fond et le refus de regarder en face la nouvelle réalité du monde. Pétrification idéologique, pétrification stratégique, qui conduisent à refuser le constat que dressait l’ambassadeur de France dans un tweet « tout est désormais possible » …
Trump et son entourage inquiètent… Certains analystes n’hésitent pas à décrier « la brutalité » du nouveau dirigeant, sa « violence verbale dans nos démocraties réglées », ou encore sa « dangereuse inculture » … Refusant cette réalité élective, ils espèrent d’abord un rejet de son élection par les grands électeurs, puis souhaiteront un impeachment… Les mêmes décrivent un « phénomène politique interne isolé » oubliant que si Trump remporte l’élection présidentielle américaine, la lame de fond électorale lui offre tout autant le Congrès (le Sénat et la Chambre des représentants), et, plus important encore, la Cour suprême.
Plutôt que de poursuivre les descriptions et jugements sommaires sur Trump, son style, sa coupe de cheveux, son équipe de campagne ou son entourage ; nous devrions nous interroger sur les raisons qui ont conduits tant les électeurs britanniques à produire le Brexit et les électeurs américains à produire Trump… car les deux phénomènes ont les mêmes origines et leurs conséquences géostratégiques sont de prime importance ; puis de là, tenter de nous projeter dans un avenir.

Une rupture du monde s’est produite en novembre 1989. La chute du mur de Berlin constitue, de manière symbolique mais aussi géopolitique, le début d’une période de transition. Un nouveau monde n’est pas né en 1991 au travers de l’affirmation d’un nouvel ordre mondial, ni même le 11 septembre 2001 ; car malgré les déclarations péremptoires, les démocraties n’ont pas changé le monde ! Bien, étonnamment, en 2016 avec la conjugaison du Brexit et de l’élection de Trump, se produit la rupture stratégique.
Depuis 1688 (Glorious Revolution), le monde anglo-saxon « fait » (détermine) le jeu mondial. Or, et c’est bien là l’important, les bouleversements se déroulent au cœur de ce monde anglo-saxon. Britanniques et américains ont rompu le consensus. Le Brexit, comme l’élection de Trump, c’est dire et affirmer vouloir faire autrement, et donc annonciateurs d’autres bouleversements. De là aussi, stratégiquement, la réaffirmation de l’Etat territorial. Une forme d’impérialisme américain d’un côté (forme d’Hégémon), recentrage national et retrait du monde de l’autre. Ce qui se traduit immédiatement dans les représentations américaines en matière de politique étrangère.
2008 fut l’année d’une prise en compte, le début d’une révolution et l’aube d’une dynamique. Celle, non plus de davantage d’interdépendance mais de plus de souveraineté. Révolution car les opinions anglo-saxonnes, hyper-individualistes, redécouvrent soudainement et profondément les vertus du « collectif ». En ce sens, aussi, quête culturelle identitaire et recherche de « valeurs traditionnelles » face à la globalisation. La dynamique remet en cause ce que les américains nomment « le consensus de Washington » et elle pose un constat : l’Etat-Nation, pour l’Occident comme pour son cœur qu’est le monde anglo-saxon, apporte des bénéfices que la mondialisation, non seulement ne peut apporter, mais désormais détruit.
Pétrification économique qui consiste à accumuler des richesses et du capital, non pas pour utiliser ces richesses et ce capital, mais à unique fin d’accumulation ; aboutissant par là à une pétrification sociale et à un élargissement entre possédants et non-possédants. Même pétrification dans notre modèle social français tant vanté, qui ne protège que les protégés et laisse dans le froid et sur le chemin des milliers (millions ?) de nos concitoyens précarisés et figés dans le non-emploi/vie précaire (précariat).
Le modèle anglo-saxon bouge car il ne fonctionne plus pour le plus grand nombre. Dénonciation du libre-échange, volonté de protéger et de défendre sa population, affirmation territoriale y compris dans la dimension « frontière » … En ce sens, révolution / transition américaine et britannique en cours, mais aussi (re)découverte de ce qui se joue sur le continent européen avec l’Allemagne et la Russie, et un basculement vers le fait national.

La victoire de Trump vient de la contestation du libre-échange qui détruit le peuple américain (les classes moyennes) ; une victoire qui surgit du cœur blanc de la démocratie américaine (démocratie blanche qui constate son déclassement démographique à terme) souffrant de la violence de la mondialisation. Trump a défini les maux ET la réalité américaine, du moins vécue par une part considérable de la population américaine (classes moyennes et classes dites populaires) : celle d’un quotidien déplorable issu d’une mondialisation et globalisation détruisant l’intérieur de la société américaine.
Obama laisse son pays dans un état catastrophique. Le rêve américain ? Oui, mais loin de l’être pour tous les américains pour lesquels les indicateurs socio-économiques exposent à la vue de tous (années 2010-2016) une nette dégradation du niveau de vie. Comme le démontre Olivier Delamarche, ce sont près de 102 millions d’américains qui sont sans emploi ; plus de 50 millions qui se nourrissent avec les bons d’aide alimentaire et 33% des américains qui sont désormais incapables de subvenir normalement à leurs besoins alimentaires ; ce sont près de 20% des jeunes adultes qui vivent chez leurs parents/grands-parents faute de pouvoir se loger ; c’est une mortalité en hausse dans la population blanche pour la tranche 45/54 ans ; … Le compromis socio-économique n’est plus tenu…
Ce malaise dans les classes moyennes et populaires (désormais affublées du terme « populistes ») conduit politiquement à une pression démocratique sur des sociétés qui ne sont déjà plus des sociétés démocratiques ; conséquence directe de la disqualification du Politique et de la démocratie représentative (démocratie twitter avec Trump ?). La démocratie, directe ou indirecte, n’est pas un régime de compétences ; tant au niveau des électeurs que des responsables et dirigeants politiques ; d’où son besoin impérieux d’une élite. En France, aussi sidérant que cela puisse être, celui qui se définit comme issu du corps des élites et qui entend répondre aux effets de la mondialisation et des souffrances engendrées, se nomme Emmanuel Macron. Curieuse campagne de fait que la campagne présidentielle française qui s’annonce, où François Fillon entend représenter l’antisystème, Jean-Luc Mélenchon veut abandonner le bruit et la fureur révolutionnaire, et Emmanuel Macron propose la révolution.
La situation américaine (interne comme externe) sera compliquée avec ou sans Trump, au regard du montant des dettes (niveau économique) et des détenteurs de cette dette (niveau géopolitique). Actuellement les Chinois vendent de la dette américaine, et les Japonais, derniers serviteurs zélés de l’Hégémon américain, achètent cette même dette, soit 1 070 milliards de dettes américaines supplémentaires entre le 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016. Et la politique économique de Trump vise à augmenter cette dette…
Donald Trump indiquait clairement, dès avril 2016, que sa priorité serait désormais « l’Amérique d’abord ». Pour lui comme pour les Britanniques, forme de refondation et de recherche d’un développement autonome se recomposant autour de fondamentaux traditionnels.
Trump n’est pas en guerre contre le libéralisme économique. Theresa May, Xi Jinping et Vladimir Poutine sont sur la même ligne. Ne pas confondre libre-échangisme économique et interdépendance. Etablir des barrières tarifaires, des frontières économiques ou migratoires, des politiques protectionnistes, limiter la circulation des personnes et du capital, autant de mesures qui appartiennent aussi à la pensée économique libérale, et nous ramènent aux origines mêmes du développement économique du monde anglo-saxon. La remise en cause des accords d’échange sera donc une suite logique. Trump, de par sa personnalité, va favoriser des négociations bilatérales commerciales, dans une forme de diplomatie du deal, qui viseront d’abord à permettre un phénomène de réindustrialisation et de recentrage économique. Deal économique, deal commercial, deal géopolitique, …

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, l’effet Brexit et l’effet Trump conduisent à un constat majeur : la question allemande va redevenir d’actualité. Mais de nombreuses questions restent en suspens et particulièrement celle de l’Euro/gouvernement de la zone euro. Et, là, certes les événements à venir au sein de la zone euro seront contraignants, mais plus encore l’attitude allemande.
De fait, au sein de l’Union européenne, devant l’abandon Français (la France est tétanisée par le vertige du déclassement), l’Allemagne visera à imposer ses intérêts économiques et géopolitiques avec davantage d’indépendance (et moins d’interdépendance), tant vis-à-vis de la France que de l’Union européenne ; ce que Steinmeeir à l’été 2016 annonçait déjà en indiquant que l’Allemagne se devait d’agir politiquement et économiquement « éventuellement avec l’Union » face aux puissances mondiales (signifiant par là-même en contrepoint sa volonté d’agir sans l’Union).
Le fait national allemand, c’est tout autant sa prise de contrôle économique et commerciale, sa toute-puissance monétaire au travers de l’euro, que dans un autre domaine sa politique migratoire. La question allemande que nous (re)découvrons, et qui ne va avoir de cesse de se développer pour les deux décennies à venir, devrait nous conduire à nous interroger profondément sur le devenir de notre relation avec la Grande-Bretagne.
Le Brexit n’est pas un souci économique pour les Britanniques mais un problème politique pour les pays européens, signifiant en terme politique une volonté de retour au peuple, en matière monétaire une nécessaire donc prévisible chute de l’euro, et en terme territorial comme stratégique, une Union européenne qui devra impérativement se modifier/corriger si elle souhaite perdurer (ce qui n’est pas acquis).
Vladimir Poutine en Russie, Trump aux Etats-Unis, Xi Jinping en Chine, mais aussi Angela Merkel en Allemagne et Theresa May en Grande-Bretagne, doivent nous amener à regarder le monde réel. Volonté du peuple américain de se désengager du monde, pas de ses dirigeants traditionnels (Clinton versus Trump). Volonté britannique de recouvrer sa liberté envers une bureaucratie bruxelloise jugée bien trop contraignante. Volonté russe de recouvrer une puissance malmenée depuis 25 ans, volonté allemande de se réaffirmer nationalement, volonté chinoise de restaurer l’Empire du milieu…

En laissant faire cette dérive stratégique qui nous isole doublement (isolement stratégique face à la Grande-Bretagne et isolement stratégique face à l’Allemagne), la France a bel et bien perdu (provisoirement ?) la main stratégique. Sommes-nous dans l’aveuglement ? Ce double choc a eu lieu. Il faut le regarder comme tel et non pas le nier. Or, de nombreux analystes et dirigeants politiques tentent de croire dans une illusion qui leur convient alors que nous sommes en train d’assister à la fin du système occidental. Il faut d’urgence accepter la réalité, fut-elle impensable. Faute de quoi, nous serions, nous Français, en train de quitter l’histoire !

Publicités

L’Histoire d’un géant…


Cela pourrait être l’histoire d’un industriel, d’un géant déchu dont les réalisations passées ne suffisent plus à lui assurer un avenir. Cela pourrait être aussi l’histoire d’un pays, l’histoire d’une nation en déclin, dont la grandeur passée ne suffit plus à lui assurer sa place dans le monde en devenir…
Ce sujet ne saurait être une surprise pour le gouvernement. Le sujet était parfaitement connu depuis plusieurs mois, notamment suite à la dernière publication des comptes d’Alstom, il y avait une baisse de CA de 22% et un cash-flow négatif (de l’ordre de 500 millions). Le gouvernement s’affole et gesticule démontrant avant tout la perte de capacité du politique.
La problématique n’est pas tant de savoir si GE ou Siemens doit être le repreneur, mais quel est le projet industriel ? Nous allons vers un démantèlement (élimination d’un concurrent pour Siemens, et pour GE une récupération de compétences par découpage / dépeçage) avec pour Bouygues du cash (logique) au regard de son portage actionnarial.
Les investisseurs sont dans une logique de fusion-acquisition leur permettant de créer de la valeur (boursière) via le biais de consolidation industrielle parfaitement anticipable : les entreprises gagnent de la valeur/argent sur de la croissance organique dans une économie en expansion, mais dans une économie en stagnation vous rachetez des parts de marché (ce qui explique que dans les dernières années nombres de sociétés se sont focalisés sur le développement de leurs trésoreries afin de pouvoir acheter des « proies » par absence de relais de croissance organique). Certains voient dans ces rachats un signe positif sur la situation économique européenne ou l’attractivité de la France… A mon sens, aucun signe positif y compris en termes macro-économiques mais réaffirmation d’une fin de cycle économique.
Nous allons entrer en fin de cycle économique. La multiplication des fusions-acquisitions n’est jamais bon signe (à terme) pour les marchés financiers (2000 ou 2007 pour les derniers épisodes). Par ailleurs, la plupart de ces fusions-acquisitions sont des échecs opérationnels (absence de réelle synergie et recherche de parts de marchés)… mais pas en termes de création de valeur financière (démantèlement ou dépeçage des entreprises).
Au niveau des entreprises, les fusions-acquisitions vont se poursuivre du simple fait que les liquidités sont abondantes, que leurs détenteurs sont à la recherche de moyens d’allocations faciles sans réflexion d’ensemble, et que les entreprises comme dit, dans une période de stagnation cherchent de la croissance externe par acquisition de parts de marchés…
Au niveau boursier : la capitalisation boursière des entreprises européennes, asiatiques et plus encore américaines, sont surévaluées de l’ordre de 20 à 40%. Nous sommes dans une bulle de liquidités. Et les bulles ne se dégonflent pas. Elles explosent… et lorsqu’elles explosent la crise des capitaux est là. Rassurons-nous, les médias parleront d’une simple « correction » boursière, largement attendue…. Rappelons un fait qui me semble important mais souvent mésestimé : les marchés financiers sont des lieux où l’on échange, non des biens, mais des anticipations… rien d’autre. (En ce sens les derniers propos de Yellen sont foncièrement inquiétants).
Au niveau financier, la non régulation va entraîner une nouvelle crise systémique par effondrement du marché des capitaux… il conviendrait de démanteler les banques dites systémiques dont la faillite pourrait être absorbée par les marchés. Pour rappel, la société générale a (fin 2013) des engagements à hauteur de 48 000 milliards de dollars…A-t-elle les fond propres en face ? Pour rappel encore, les fluctuations de l’indice Dow Jones de plus de 400 points à la hausse puis à la baisse en une seule journée (1000 points d’écart le 06 mai 2010)…s’agit-il d’évolution logique, rationnelle ? Pour rappel encore toujours, plus de 60% des opérations boursières sont le fait aujourd’hui de « trading algorithmique »… Pour rappel toujours, la somme mondiale des actifs financiers est aujourd’hui de 160 trillions de dollars. Là encore, y-a-t-il une réalité matérielle en face ? ou du vent que l’on brasse et rebrasse ?
Ne nous trompons pas, la finance est au cœur des affrontements à venir dans l’apparition d’un nouvel ordre (cf déclaration de Poutine, cf achat massif d’or par la Chine, cf multiplication des accords monétaires bilatéraux, …)
Au niveau industriel, les différents gouvernements n’ont eu de cesse depuis des décennies de définir un environnement économique défavorable, de confisquer la liberté de gestion et de faire dépendre nombres d’industries de l’Etat tandis que ce dernier appuyé par les syndicats favorisait le refus d’adaptation… tandis que le patronat français se pensent comme propriétaire des entreprises et des industries (cf Kron ou Lagardere…)… Nous n’avons que trop rarement constitué des rapports de forces mais exclusivement des rapports de faiblesse permettant aux Politiques de se présenter comme grand ordonnateur ou sauveur….
Au niveau économique, pas de retour de la croissance et pas d’amélioration profonde malgré les dires du ministre… Nous attendons une sortie de récession et un retour de croissance et elle n’est (toujours) pas là. Et, disons-le, elle ne sera pas là ! Aux Etats-Unis, en Europe, comme au Japon (et, là encore, je le redis une nouvelle fois, les abenomics ne marchent pas et ne marcheront pas !), les indices de vente à la consommation sont mauvais (y compris pour l’alimentation).
De ca fait, le problème est ailleurs : pourquoi nos entreprises (petites et grandes) ont disparu ou sont rachetées par des capitaux étrangers (textile, habillement, métallurgie, aluminium, automobile, agroalimentaire, …). Ont-elles toutes faites des erreurs de stratégies ? Etaient-elles toutes mal gérées ? Ou y-a-t-il plus réellement et prosaïquement un problème d’environnement économique (charges excessives, réglementation, orientation de l’épargne pour les besoins de l’Etat et non pour ceux de l’économie, …) ? Les « mesurettes » de servent pas à grand-chose comme d’ailleurs le plan de 50 milliards… Pas de baisse du chômage non plus car nous ne cherchons plus à produire de la richesse, mais juste à produire de la valeur… Les négociations concernant le Traité transatlantique en est le dernier exemple inquiétant…
La seule solution, à mes yeux, c’est de prendre ses pertes….
Pour conclure, dans son livre intitulé « Effondrement », Jared Diamond mentionne parmi les raisons pour lesquelles des civilisations anciennes meurent, l’incapacité de leurs élites à se représenter clairement le processus de bouleversement / d’effondrement en cours ou, si elles en ont pris conscience, leur incapacité à le prévenir en raison d’une attitude de défense « court-termiste » de leurs privilèges…
Mais, une autre lecture me semble possible : les acteurs économiques « testent » la France (l’exécutif français) à être en position / posture de prendre des décisions fortes sur des dossiers stratégiques. La réponse pourrait être simple : Alstom est stratégique pour la France, donc c’est moi l’Etat qui prend la décision et je prends celle de préserver ce cœur stratégique… L’enjeu est donc politique et concerne la crédibilité de notre exécutif. Sans réponse, nos autres fleurons économiques pourront devenir des proies en cas de difficultés.

Focus Japonais…


Le Japon en est à son QE 9…neuvième plan massif d’injection de liquidités… Et cela ne marche pas… La seule nouveauté du plan de Shinzo Abe est de se définir comme illimité… ce qui en soi constitue déjà une aberration…
Le Japon a 15 000 milliards de dettes pour 8 000 milliards de dépôts… Ce qui signifie que le Japon ne pourra pas rembourser sa dette…dette qui atteint déjà les 230% du PIB et atteindra en 2015 plus de 255% du PIB… Certes, sa dette est détenue à 95 % par les Japonais (individus, entreprises, institutions notamment bancaires) mais par la pression démographique la base sur laquelle la dette repose est en réduction massive… Le Japon fait face à un vieillissement démographique sans précédent couplé à un non renouvellement des générations… et la politique monétaire illimitée ne va faire qu’accroître les tensions entre les générations (les retraités ont besoin d’actifs ayant des rendements, les jeunes ont besoin de désendettement…).
Et ce alors que, pour simplifier, 70% de la dette nouvellement émise par l’Etat japonais est rachetée par la banque centrale japonaise…qui doit donc tenir mécaniquement le rendement obligataire… d’où un objectif d’inflation de 2%… Ces derniers jours, la BOJ (Banque Centrale Japonaise) a vu les rendements des obligations augmenté en quelques heures (0,6 puis 0,8 à 1,1%) ce qui a suffi pour affoler Haruhilo Kuroda (Gouverneur de la BOJ) y compris face à de possible carry trade (j’emprunte dans une monnaie au taux faible, le Yen par exemple, et j’achète dans une autre monnaie à plus haut rendement) …
Au Japon, cette politique commence à produire des effets négatifs sur la Bourse comme sur les importations /exportations….
Ces politiques monétaristes sont décrites comme non-conventionnelles…Depuis quelques jours des rapports officiels d’économistes, de financiers, les décrivent désormais comme, je cite « désespérées » (cf dernier rapport de Patrick Artus)… Dès lors, la seule issue pour le Japon est d’imprimer toujours plus de papier pour soutenir son marché obligataire (une bulle obligataire en réalité) et ce, sans pouvoir s’arrêter… Nous allons donc vers un krach obligataire…
Ces faits ont conduits au derniers propos du Ministre de l’économie japonaise… comme au dernier rapport du Ministère de l’économie sur les risques de bulle et d’implosion du système monétaire japonais… Pour rappel, j’évoquais dans ma dernière note d’analyse sur ce sujet je cite « un effondrement total de la monnaie japonaise est à prévoir »…
La Chine tente cette politique. Elle a ainsi injecté pour le seul premier trimestre une injection monétaire de 1 000 milliards de dollars soit 6,16 trillions de Yuans afin de faire repartir sa croissance économique… 1$ de crédit apportait 0,87$ de croissance en 2007 ; 0,27$ en 2012 et désormais seulement 0,17$ (soit donc pour 1$ de croissance l’injection de 6$ de crédit !)… Selon les analyses, y compris chinoises, je cite « la croissance chinoise qui ne répond plus au stimulus de crédit est porteuse d’une grave crise à venir »….

Lignes stratégiques…


Point de situation économique
Au niveau mondial, différents signaux montrent qu’une aggravation de la crise est là. L’Union européenne est en récession, la Chine voit son économie se contracter en parallèle de l’apparition d’une bulle de crédit. Un effondrement total de la monnaie japonaise est à prévoir. Les propos du Ministre de l’économie japonaise, sont à la fois, les confirmations de nos précédentes analyses et l’annonce de ce qui va suivre. Il risque fort d’en être de même aux Etats-Unis. L’économie américaine est sous transfert monétaire massif (injection de liquidités qui soutiennent l’activité). Si ces injections massives de liquidités cessent, l’économie américaine s’effondre ; alors même que la plupart des indicateurs américains sont au rouge.
Plus encore, nous sommes face à une bulle obligataire de plusieurs milliers de milliards de dollars. Les dettes japonaises (230% du PIB) comme els dettes américaines changent de main. Désormais les dettes hypothécaires sont aux mains des banques qui détournent les marchés, y compris en vendant leurs stocks d’or et en faisant chuter ainsi les cours. Mais attention, il y a désormais un découplage entre l’or-papier et l’or-physique… Les marchés financiers sont à des niveaux sans correspondance avec les fondamentaux économiques. L’ayant bien compris la Chine tente d’acheter massivement via Hong-Kong de l’or physique (stratégie de sortie de l’ère dollar ? internationalisation future du Yuan ? précaution de crise de liquidités à venir ?).
La seule certitude est que différents pays tentent de définir un nouveau système mondial plus conforme à leurs vœux, notamment un monde économique hors dollar…

Zone Euro : scénarii possible
1- Approfondissement de la crise
Dépression économique. Absence de croissance. Absence d’investissements. Fuite des capitaux et des cerveaux. Tensions sociales fortes et montée des mouvements politiques contestataires.
2- Eclatement de la zone
Aggravation de la situation économique dans de nombreux pays dont la France. Absence de politique économique et énergétique européenne. Contestation de l’Union européenne qui ne constitue plus un rêve au niveau des peuples européens, et au niveau des aspirations extérieures. Dépréciation stratégique de l’UE face à la Russie, à la Chine, Etats-Unis mais aussi face à de nombreux pays comme l’Inde et le Brésil. Tensions sociales incontrôlables et montée des mouvements politiques européens contestataires avec remise en cause des institutions européennes.
3- Création d’un Union européenne à différentes vitesses et différents cercles.
UE à géométrie variable avec constitution d’un noyau dur européen. Nécessité de définir l’accord politique autour du noyau. France-Allemagne ? Scénario supposant une forte entente Franco-allemande.
4- Saut fédéral
Mutualisation des dettes et transferts importants. Mais accords politiques et abandons de souveraineté importants notamment budgétaires.
5- Dissolution ordonnée de la zone euro.
Mise en place de mécanismes de concertation et flexibilité monétaire face à une zone euro dysfonctionnelle (Irlande 120% PIB de dette ; Portugal supérieur à 100% ; Italie 130% PIB de dettes)

Le sort de la France ; à moins de réformes structurelles importantes ; ne lui appartient plus mais appartient au nord à l’Allemagne (et à son acceptation de poursuivre des transferts massifs), et au sud à l’Italie et à l’Espagne (en espérant que ces deux pays décident de rester dans la zone euro).

Petit tour d’horizon de fin d’année…


Au mois de novembre, les Etats-Unis et la Chine ont renouvelé la tête de leur exécutif. Barack Obama a été réélu face à Mitt Romney, second président démocrate après Bill Clinton à réussir cet exploit depuis 1945. Il a été réélu par les états du Nord-Est et du Pacifique, fortement plébiscité par les minorités ethniques (Afro-américains et Latinos), les jeunes (60% des 18-25 ans) et les femmes. Mitt Romney a été soutenu par les hommes blancs, les personnes âgées, et la couche aisée. En somme, deux Amériques bien différentes…
Barack Obama doit faire face à une situation économique fortement dégradée et à la « falaise fiscale »… la récession américaine sera violente. En matière de politique étrangère, les défis sont tout aussi importants : Iran, question Israélo-palestinienne, Syrie, Nord-Mali, et montée des autres puissances en Asie…Là, le sénat américain vient d’infliger un camouflet à la Russie et particulièrement à Poutine… Cela faisait des décennies que les Russes attendaient l’abrogation de l’amendement Jackson Vanik, cette provision datant de 1974, qui avait imposé des limitations au commerce avec l’Union soviétique. Depuis ce jeudi, les Sénateurs ont remplacé, à 92 voix contre 4, cet amendement à la loi régulant le commerce entre les deux pays par un autre amendement, qui représente un camouflet sévère pour le régime de Vladimir Poutine. Ce texte, connu sous le nom, de loi Magnitsky, impose des interdictions de visas et des interdictions bancaires aux officiels russes qui se rendraient coupables de violations sévères des droits de l’homme. (Sergueï Magnitsky, avocat russe de 37 ans, mort en prison dans des circonstances extrêmement suspectes après avoir dénoncé un cercle de corruption dans les plus hautes sphères du pouvoir russe). Ce jeudi, au moment où le Sénat passait au vote, Hillary Clinton, a dénoncé depuis Londres « les tentatives de resoviétisation de l »Europe de l’Est » et de l’Asie centrale par le régime russe. La question est de savoir jusqu’à quel point toutefois l’administration Obama, absorbée par sa crise économique et par les désordres à haut risque du Moyen Orient, aura la volonté et la capacité de s’investir de près dans le dossier de la Russie et de l’espace post-soviétique.
Xi Jinping, lui, a été désigné sur une lutte entre réformateurs et conservateurs en toile de fond ; avec lui aussi d’importants défis à relever : corruption (affaire Wen Jiabao), luttes politiques (Bo Xilai), baisse de la croissance économique, tensions sociales (18 000 incidents de masse recensés par les autorités chinoises officiellement !), mais aussi définition d’un nouveau modèle économique et mise en place d’une diplomatie de grande puissance … tel est aussi le sens des deux premières visites du nouveau leader : régime d’artillerie nucléaire (mettant en œuvre les missiles nucléaires stratégiques chinois), Sghenzen zone économique spéciale avec visite port de pêcheurs (allusion à Deng).
En Asie, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un a décidé de tirer une nouvelle fusée afin de commémorer la mort de son père le 17 décembre dernier, malgré sa réticence à donner l’image d’un pays agressif… Le Japon, quant à lui, à l’instar de nos précédents écrits d’octobre et novembre, une fois les élections législatives passées, a lancé un nouveau plan de mise à disposition de liquidités…illimitées….
En Afrique, la situation se tend au Nord-Mali, mais aussi, on l’oublie, au Nord-Kivu (République Démocratique du Congo) où de nouvelles exactions ont lieu menés par des seigneurs de la guerre (notamment le M23) et soutenu par le Rwanda…
Au Moyen-Orient, l’Iran se voit fortement pénalisé par la chute du rial, une inflation dépassant dorénavant les 50% (le prix du pain a triplé depuis janvier). Israël a procédé à l’exécution ciblé d’un dirigeant du Hamas (Ahmad Jaabari), provoquant une nouvelle vague de tirs de roquettes y compris jusqu’à la banlieue de Tel-Aviv… En Egypte, en Syrie, en Tunisie, la situation là aussi se tend…
Le président Mohammed Morsi, tout auréolé du succès de son entremise dans le conflit israélo-palestinien, a fait un coup de force : il s’est arrogé, par une « Déclaration constitutionnelle », le pouvoir d’édicter des lois et des décrets qui échappent à la censure des tribunaux et a interdit à la Haute Cour constitutionnelle de se prononcer sur toute demande relative à la Commission constitutionnelle, alors occupée à rédiger le projet de Constitution. Cette déclaration devrait aussi permettre de juger une nouvelle fois des responsables du régime précédent, c’est-à-dire de les condamner à des lourdes peines, puisqu’on doute qu’il s’agisse de les rejuger pour les absoudre. Enfin, il a en profité pour limoger à nouveau le Procureur général. La récente adoption du projet de Constitution par la Commission consultative jette un éclairage nouveau sur ce coup de force. On sait que celle-ci vient d’approuver l’ensemble des articles de la Constitution alors qu’il lui restait encore deux mois de délais pour le faire. Cette sortie va se faire au bénéfice des forces politiques conservatrices et, plus particulièrement, islamo-conservatrices. Morsi a été élu par tous les Egyptiens, pas uniquement par les Frères Musulmans. Or, aujourd’hui les Frères Musulmans utilisent le même logiciel que le précédent avec l’islamisme en plus….Ce qui importe, maintenant, ce sont, déjà, les étapes suivantes : les législatives, qui vont suivre, et les premiers mois de fonctionnement du gouvernement constitutionnel qui en sera issu. Pour l’instant, ce sont les libéraux qui, depuis presque le début du processus, s’arcboutent pour ne pas en sortir. Cela se comprend, dans la mesure où ils savent que – compte tenu du rapport de force – cela ne peut se faire qu’à leur détriment. Pour autant, le président Morsi n’a plus les coudées aussi franches qu’il l’aurait souhaité. La réaction d’une partie de la population égyptienne et l’unification de l’opposition indiquent que les jeux ne sont pas faits, ni dans un sens ni dans l’autre. Nous assistons donc à la mise en place d’une sorte d’équilibre entre le président Morsi et les Frères musulmans d’un côté, et une partie de la société civile, l’Armée de l’autre se positionnant au centre du jeu, ce qui indique que cette dernière est toujours au cœur de la vie politique égyptienne.
En Syrie, la situation se dégrade. Selon différentes informations (non vérifiables en l’état) les responsables syriens auraient préparés des bombes chimiques au gaz sarin… Pour éviter à la fois l’emploi d’armes chimiques mais aussi leur éventuelle prise par des djihadistes, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France s’apprête à mener des opérations ; soutenus en cela par des pays limitrophes comme la Jordanie. Les Etats-Unis viennent de positionner un porte-avions dans la zone (Porte-avions Eisenhower). Pour la France, il s’agirait d’utiliser des forces spéciales afin de mener des opérations visant à prendre, sécuriser et rapatrier des armes chimiques. La décision est à la seule appréciation du chef des armées, à savoir le Président de la République. Mais, à l’évidence, les responsables gouvernementaux français actuels confondent l’ASL (Armée Syrienne Libre à forte émanation djihadiste, soutenu par certains groupes islamistes Turcs et financés par l’Arabie Saoudite) et certaines factions politiques membre du Conseil National Syrien… Encore en plus en les confondant avec la Coalition Nationale soutenue par le Qatar et reconnue par la France… Quant aux instances politiques, mis à part quelques réels démocrates, l’essentiel sont issus des Frères Musulmans…
Les Turcs ont demandé et obtenu de l’Otan des batteries Patriot pour protéger leur territoire et population. Il s’agit d’une demande plus politique (garantie de réassurance et expression de solidarité de l’Alliance) que réellement opérationnelle face à une menace. Mais, une question, pourquoi la France n’a-t-elle pas proposé le déploiement de système SAMP/T franco-italiens ? N’y avait-il pas là une opportunité politique, industrielle et économique, et ce alors même que lors de la dernière rentre FH / Monti la décision de faire évoluer le SAMP/T vers l’antimissile balistique a était prise ?
Si effectivement, nous ne pouvons prendre le risque que des armes chimiques tombent entre les mains des groupes djihadistes, ou qu’elles soient utilisées contre le peuple syrien, cette situation est d’abord la résultante de mauvaises appréciations et mauvaises décisions. Le Président Hollande risque d’engager la France sur de mauvaises décisions, suite à de mauvais diagnostics sur le conflit syrien…. Comme on le constate aujourd’hui, et comme je le disais déjà cette date, les printemps arabes n’instaureront pas la démocratie. Leurs auteurs n’en ont malheureusement pas l’intention… A l’évidence, nous n’avons pas fait le choix de soutenir les véritables démocrates… mais celui d’armer à répétition des rébellions ayant adhéré au djihadisme….Et ce sont d’abord les populations locales qui sont les premières victimes….
En Tunisie, les mouvements sociaux (liés essentiellement à une situation de frustration sociale) se généralisent et les heurts se généralisent, dernièrement dans le nord-ouest du pays. Aucune amélioration des conditions économiques et sociales depuis la révolution, mais au contraire aggravation de la situation économique… et donc dégradation du niveau de vie. Le chômage augmente. Le gouvernement est alors perçu comme inefficace tant au niveau économique que sécuritaire. La question du religieux dans la société divise profondément la Tunisie. D’un côté des libéraux, à priori minoritaires ; de l’autre une frange majoritaire de la population attachée à une identité culturelle et religieuse musulmane et ayant des valeurs conservatrices mais qui n’est pas désireuse d’instaurer un ordre religieux. Les fondamentalistes restant très minoritaires. Nous assistons là, à des rapports de force entre différentes partis de la société civile tunisienne mais aussi politique. Le consensus politique national sera difficile à trouver, mais heureusement, les médias sont de réels contre-pouvoirs, on a pu le constater dans le cas du viol de la jeune femme…
Enfin, l’Europe… L’Union européenne est à la peine, le dernier conseil a été un échec ; les élections en Catalogne donnent la majorité à des partis tentés par l’autodétermination ; la Grèce s’enfonce chaque jour davantage entraînant une nouvelle dégradation de sa note et une notation de défaut partiel… Le FME lui-même voit sa notation dégradée… Les tentations sécessionnistes se généralisent : en Europe, aux Etats-Unis, mais aussi au Brésil du fait de la manne pétrolière de Prè-sal… la volonté de partager les richesses s’estompe en ces temps de crise… avec celui d’un destin commun.

Un moment de vérité


Tous les moteurs économiques s’éteignent les uns après les autres…le ralentissement économique est majeur : -21% en Europe, -14% en Chine; enfin -2,4% aux Etats-Unis…
Dans ce dernier pays, avec un taux de chômage de 7,8% de la population active cela semble aller mieux. En réalité, les chiffres de l’économie américaine sont faussés. Cet été, ce sont près de 600 000 personnes qui ont disparu des statistiques démographiques… et en septembre plus de 800 000… Si nous réintégrons ces personnes dans les statistiques, le taux de chômage monte à près de 15%… Si on y ajoute le temps partiel, on atteint les 20% … De même, il est paradoxal d’entendre les commentateurs nous indiquer une forte hausse de la construction immobilière, mais de constater à l’analyse des statistiques démographiques des personnes travaillant dans le domaine de la dite construction immobilière, qu’il y a stagnation… étrange incohérence… La croissance américaine est faible face à une nécessité (en principe) de réduire les dettes, et la volonté des ménages américains de se désendetter engendrant une forte compression de la demande. D’où une politique de forte création monétaire devant permettre une dépréciation monétaire… Les Etats-Unis fixent donc des priorités claires afin de faire face à ce ralentissement, et pour certains analystes, ce qu’ils nomment le déclin américain… Efforts importants pour améliorer la compétitivité économique, y compris par la baisse des coûts salariaux (les emplois créés sont rémunérés à la baisse, la pauvreté explose et la pauvreté se répand…1 enfant sur 5 est en situation de misère) ; recherche d’énergie à bas coûts ; la FED émet de la dette, la tire dans le temps afin au minimum de la déprécier, puis potentiellement pourrait viser le non remboursement par répudiation si la conjoncture géopolitique internationale lui permet… ; politique de plus en plus protectionniste et isolationniste (« arrêtons de sauver le monde »)…Cependant, d’ici 5 ans les Etats-Unis vont bénéficier dans l’industrie (lourde particulièrement) et dans la chimie d’un fort avantage comparatif par le biais des gaz de schistes…
En Chine, là encore la croissance est actuellement en réalité beaucoup plus faible qu’annoncée officiellement. Tous les indicateurs de croissance (production électrique, consommation d’énergie, transports de marchandises, …) démontrent que les chiffres de croissance du PIB sont faussés. Si la stagnation, voire la récession de différentes économies a une implication directe et indirecte sur l’économie chinoise, la Chine est surtout aujourd’hui confrontée à des problèmes structurels. Le modèle de croissance chinois (exportations massives de produits peu sophistiqués) est remis en cause ; la hausse des coûts salariaux en Chine depuis plusieurs années contraint cette dernière à délocaliser les sites de production, particulièrement en Afrique. Plus encore, la hausse des coûts salariaux a dégradé la compétitivité des entreprises chinoises et étrangères ; d’autant plus que les Chinois privilégient l’épargne et non la consommation de biens. En conséquence, le ralentissement puis la faiblesse de la croissance chinoise risque d’être durable. De ce fait aussi, le ralentissement attendu d’autres économies fortement liées (Australie, Japon, Brics, …), la baisse des prix des matières premières et la hausse des valeurs refuge… La conjonction de la hausse des coûts salariaux et de la perte de profitabilité des grandes entreprises va conduire à une diminution nette de l’emploi ainsi qu’au départ d’entreprises étrangères… et engendre trois interrogations majeures : d’où vont venir les futurs emplois chinois ? Quel modèle de croissance économique ? Quelles conséquences sociales et politiques ? En conclusion, les luttes politiques et les problématiques structurelles (taux d’épargne, typologie de la production manufacturière, absence de protection sociale, bulle immobilière, vieillissement démographique, écarts régionaux, hausse des salaires, revendications sociales, …) sont telles que la Chine va connaître de manière durable un affaiblissement de sa croissance économique, voire une récession ; engendrant une reconfiguration stratégique risquée…
Plus généralement en Asie, tandis que l’économie est moribonde au Japon (qui fera défaut), si quelques pays voient leur croissance continuer de croître (Thaïlande, Malaisie, Indonésie) du fait d’une forte demande intérieure, l’ensemble des pays de la zone connaissent une forte baisse de leur activité économique allant pour certains, déjà, jusqu’à une croissance négative (Taiwan)…
Au Proche et Moyen-Orient, crise financière, segmentation politique, mouvements sociaux mais plus encore situation géopolitique explosives… De nombreux pays ne possèdent plus de marges de manœuvres budgétaires. Les recettes fiscales diminuent notamment du fait des suites du Printemps arabe, des évolutions géopolitiques au levant et une dépendance trop importante au cours du pétrole (l’Iran a besoin d’un cours supérieur à 150 dollars / barils pour équilibrer son budget).
En Amérique Latine, après une période plutôt favorable en 2012 et début 2011, les différents pays connaissent en 2012 un fort ralentissement sans avoir engagé les réformes structurelles nécessaires. De ce fait, la croissance de la zone Amérique Latine sera faible.
Le ralentissement de la croissance mondiale est à la fois désormais général ; aucune zone économique n’y échappe ; et structurel : tous les modèles économiques et sociaux sont à réinventer, du modèle chinois au modèle américain, sans omettre celui de l’UE, ainsi que le fameux modèle social français.
Pour l’Union Européenne et en particulier pour l’ensemble de la zone euro, il y aura une forte récession en 2013…L’Espagne, l’Italie, mais aussi la Grèce, la France sont touchés. La France joue son avenir. Le chômage va croître de l’ordre de 50 000 personnes/mois soit d’ici décembre 2013 près de 700 000 chômeurs de plus. Nouvelle génération que celle dite boomerang, qui doit retourner vivre chez ses parents du fait de la situation économique, que ce soit en Espagne, Italie, Grèce, Portugal, mais aussi France et Etats-Unis… La crise n’est pas finie. Malheureusement, de nombreuses années difficiles sont devant nous… Nous allons assister à un approfondissement de la crise. Nous allons vers une récession grave car nous n’aurons pas de croissance. La croissance française ne sera pas de 0,8% en 2013. Vraisemblablement, nous pouvons estimer une croissance française de l’ordre de – 1% à -1,5%…. Nous allons donc assister à la poursuite des délocalisations des outils de production et désormais sièges sociaux ; à l’acquisition par des intérêts non européens d’entreprises européennes ; à une intensification de la fuite des capitaux et des cerveaux ; et donc à un affaiblissement encore plus conséquent du poids de l’UE et de la France dans le monde.
Comme nous l’indiquions dans un précédent billet, l’euro n’est pas sauvé. Il y a une incompréhension majeure de ce qui se déroule actuellement : l’ajustement économique de la zone euro se fait par appauvrissement alors qu’il y a absence de fédéralisme. La zone euro va vers la dissolution. La Grèce ne pourra pas rembourser. Le défaut approche, et l’effet boule de neige, conduisant à une course à la restructuration des dettes, voir à leurs répudiations… La dernière fois que la France a fait défaut, ce fut en 1787… entraînant impôts (sur la bourgeoisie), convocation d’Etats généraux (pour faire approuver ces impôts), puis…révolution…
De fait, nous assistons à l’échelle occidentale à un déclassement du monde salarial, phénomène qui va s’accélérant et dont la désindustrialisation est un symbole bien avant d’en être la cause. Deux niveaux de consommation apparaissent désormais : le low cost et le high level car la middle class n’existe plus, éradiquée par les politiques. Est-ce la fin de la consommation de masse ? En simultané, se produit un gigantesque transfert de richesses à l’échelle mondiale… Les fondamentaux économiques ne sont plus respectés. Le monde est sous perfusion, le liquide coule mais les prochaines poches sont vides même avec un QE3 illimité.
Ces situations économiques vont déclencher de forts mouvements sociaux, explosions sociales, émeutes, puis troubles politiques et en répercussions des transformations géopolitiques, car en parallèle un déclassement stratégique s’opère…Les Etats-Unis connaissent désormais le doute et la peur du déclin. L’apparition d’un important vote populiste (Tea Party) étant la conséquence d’une désindustrialisation dont les classes moyennes sont les premières victimes. Le sentiment de déclin, plus exactement de perte de terrain face à la Chine que d’aucuns décrivent devant les Etats-Unis dès 2017 nourrit une vision pessimiste… La puissance américaine ; comme celles des vieux pays du continent européen, est remise en cause tant au travers des symboles que dans la réalité géostratégique. Pour les Etats-Unis, se sont de véritables tests qui se déroulent actuellement à l’échelle planétaire (Proche et Moyen-Orient, Asie, …). Lorsque ces tests se clôtureront, ce sont non seulement les alliances mais aussi le cadre de régulation internationale qui sera remis en question. Brutalement. Le monde se prépare à des affrontements stratégiques, ce que réfute les pays du vieux monde, mais ce qu’attestent les ventes d’armes…

Océans et stratégie


A la veille des UED de la défense qui se tiendront à Brest ; à la lecture de nombreux articles de presse sur la mer et la maritimisation, je voudrais apporter quelques éléments en reprenant intégralement ci-après un discours tenu le 09 décembre 2008 lors d’un colloque intitulé : « quelle ambition navale pour la France » ?

Des Phocéens aux Carthaginois, des Vikings aux Portugais, de l’Antiquité à nos jours, tous les événements marquants, tous les grands enjeux de la planète ont tourné autour de la mer avec parfois des retournements inattendus. Ainsi, en 479 avant JC, pour avoir anéanti la flotte de Xerxès lors d’une tempête, la mer fut condamnée à recevoir 300 coups de fouet. Et la sentence fut exécutée !!! Dois-je rappeler que d’après Victor Hugo, de chaque coup de fouet surgit l’un des 300 Spartiates qui attendaient Xerxès aux Thermopyles ?
Plus sérieusement, en 404 avant JC, lorsque la guerre du Péloponnèse prend fin, l’amiral spartiate Lysandre fait son entrée dans le port du Pirée à la tête d’une flotte supérieure à celle d’Athènes. Sparte, cité terrienne par excellence, pour vaincre, avait dû devenir une puissance navale. 1798 : bataille d’Aboukir. Ce ne fut pas seulement une défaite de l’escadre française face à l’escadre britannique, ce fut aussi la destruction des communications entre la France et l’armée de Napoléon, et donc, la fin de la campagne d’Egypte…Plus près de nous, que seraient les armées et la sécurité des pays du XXème siècle, sans les fameux cuirassés de 1900, les sous-marins – pirates des mers en 1914 comme en 1940, puis garants de la protection nucléaire – ou les porte-avions ? Comment écrire l’histoire des conflits du XXe siècle sans évoquer le rôle décisif de la marine – de Midway au 6 juin 1944, des opérations en Asie ou au Moyen-Orient ?
Le XXème siècle naval coïncide aussi avec une aventure technique, économique et politique sans équivalent dans l’histoire. Les façades maritimes sont devenues les poumons des économies – du canal de Suez à la mer du Nord, de la mer de Chine aux champs de pétrole. Plus encore, aujourd’hui, c’est les 4/5 des activités industrielles mondiales qui se concentrent sur l’espace littoral, là même où se regroupent déjà 82% des hommes. Force donc est de constater que la mer a concrétisé la mondialisation bien avant l’heure.
Au-delà de ces simples dates, si je regarde à travers l’Histoire, je m’aperçois que la notion de puissance navale dans une dimension globale, est apparue dans les Pays-Bas du XVIIème siècle, s’est développée dans l’Angleterre des XVIIIe et XIXème siècle, et s’est poursuivie dans les Etats-Unis du XXe et de ce XXIème siècle naissant. Et, ce fut cette puissance navale qui, permit d’intervenir de manière décisive dans les grands conflits. Ainsi de la puissance britannique. La France, l’Espagne, la Hollande ont été battues, les unes après les autres quand la puissance britannique fut à même de couper les communications, quand elle exerça le contrôle des mers. Par cette puissance, la Grande-Bretagne a été en mesure, pendant des siècles, de peser sur l’équilibre des puissances européennes à un degré dépassant de très loin ses ressources et ses richesses. De fait, l’influence de la puissance navale et maritime a été déterminante, tout au long de l’histoire, au point que les nations ont été incapables de s’y soustraire et moins encore, pour les plus faibles, de s’y opposer.
La France, quant à elle, a presque toujours entretenu avec la mer des rapports difficiles, fondés parfois sur l’ignorance, l’indifférence et l’incompréhension. L’importance des océans, leur rôle moteur dans le développement des civilisations ont été fréquemment méconnus et les Français n’ont participé que tardivement au grand mouvement des découvertes. L’histoire de la Marine française est donc une étrange alternance de points forts et de faiblesses. La France sut, par épisodes, se construire de grandes flottes : celle de Louis XIV et de Colbert, celle de Louis XVI, celle du Second Empire à la pointe du progrès technique, celle de la IIIème République finissante. Mais, entre ces sommets, survinrent aussi des périodes d’abandon aux lourdes conséquences.
La naissance d’une véritable marine française fut en proie à trois difficultés, autant de désavantages vis-à-vis de l’Angleterre qui deviendra très vite la seule grande ennemie. La première difficulté : il faut entretenir deux flottes différentes, l’une atlantique et l’autre méditerranéenne. Seconde difficulté : le sort du pays se joue apparemment sur terre, alors on laisse la marine manquer d’argent et même d’hommes. La troisième résulte d’une mauvaise administration : sous la royauté, les officiers nobles sont en constante opposition avec les autres officiers de marine, et on voit jusqu’à un enfant de douze ans commander la marine française parce qu’il est grand seigneur. Il fallut donc plus de quatre siècles, entre les premières passes d’armes navales de Philippe Auguste et l’ébauche d’une marine « royale » par Richelieu, pour que les princes français prennent conscience de leurs frontières maritimes. A ce royaume entouré d’eau, seule une puissante marine militaire permanente pouvait garantir intégrité et respect. Anglais, Espagnols, Barbaresques, narguaient nos havres et nos navires en dépit des actions héroïques de nos premiers marins de guerre. Aux ambitions du Roi Soleil, devaient répondre les moyens de sa politique navale. Colbert eut la sagesse d’imposer la marine, aux côtés de l’arme terrestre traditionnelle, et l’on apprit bientôt, mais rudement, qu’en matière de marine, rien ne s’improvise.
Pour les nations, puissance et marine sont indissociables. De la victoire de Sparte sur Athènes, des tentatives prussiennes puis allemande, de l’avènement des Etats-Unis comme puissance mondiale, à la tentative avortée soviétique, jusqu’à celles aujourd’hui de la Chine et de l’Inde. Voilà donc pourquoi, si la France veut rester une grande puissance mondiale, elle doit disposer d’une réelle puissance navale. Pas uniquement au regard de l’étendue de son territoire maritime, dont il faut rappeler qu’avec 15 millions de kilomètres carrés, il est le deuxième du monde, mais simplement parce qu’une marine est un outil-clé de puissance.
Aujourd’hui, la Marine intervient dans les 5 fonctions stratégiques avec des moyens parfois spécifiques, parfois polyvalents. La disponibilité opérationnelle de notre puissance navale repose sur une cohérence d’ensemble ainsi que sur un vivier de compétences rares, longues à obtenir et parfois coûteuses à entretenir. Or, le vieillissement des bâtiments comme par exemple les frégates ASM Tourville et De Grasse, l’obsolescence de certains matériels à l’instar du Super-Frelon ou encore du système de détection acoustique ; le dysfonctionnement de certains systèmes d’armes, y compris venant d’être acquis ; l’insuffisance d’entraînements de certains personnels ; le décalage entre le contrat opérationnel et la disponibilité de la flotte, remettent en question cette cohérence, pouvant conduire à de lourdes conséquences, et à terme à la perte de la dimension océanique de notre marine.
Demain, pour que la France participe à la mondialisation, mais plus encore aux mécanismes de contrôle de cette mondialisation et à sa sécurisation, pour que notre pays maintienne son rang, pour que nous restions une puissance politique ; nous devons être une puissance navale forte. A défaut, nous laisserons l’exclusivité de la puissance à un face à face entre les Etats-Unis (sans même être en mesure de les soutenir) et des puissances asiatiques. L’enjeu, n’en doutons pas, c’est aujourd’hui et demain, le rang de la France dans le monde.
Ainsi, l’US Navy ne connaît aujourd’hui, pas de concurrent à sa mesure. Pour rappel, elle représente à elle seule l’équivalent de la puissance navale cumulée des cinq plus grandes marines (Russie, Chine, Japon, Royaume-Uni, France). De même, la Marine chinoise qui ne s’est pas trompée en comprenant à quel point l’outil naval est le levier par lequel elle a bien l’intention, dans un temps historique remarquablement court, de redevenir une puissance régionale puis mondiale par la maîtrise d’une future marine océanique. Au-delà de la Chine, l’Inde mais aussi d’autres marines de pays émergents, particulièrement en Asie, font le même choix stratégique, dans l’urgence, et se dotent, en achetant le plus souvent des sous-marins, de forces significatives. Il est extrêmement inquiétant que la France, et plus généralement l’Union Européenne, ne perçoivent pas de leur côté les mêmes urgences, ou du moins, se montrent incapables de procéder au choix qui s’impose ; c’est-à-dire donner la priorité à la remise en ligne d’une force navale, moderne, polyvalente et interactive pour la défense de ses intérêts dans un futur dangereusement proche.
La France et l’Union Européenne devront s’y adapter si elles veulent encore compter demain. En conséquence de quoi, aussi, il n’y aura pas d’Europe puissance, sans ambition navale européenne. L’Europe est-elle prête politiquement à s’engager dans cette voie ? Ce refus européen d’une philosophie de la force projetée, conquérante, ne doit absolument pas être antinomique avec la conscience de la nécessité de maintenir « haut la garde », dans une posture dissuasive vis-à-vis de tous ceux, ou toute situation, qui porteraient atteinte à nos intérêts stratégiques et/ou vitaux. Des intérêts essentiels à notre survie dont les directions politiques européennes ont pourtant bien compris que ceux-ci ne sont plus de dimension régionale ou simplement continentale ; mais dans un monde globalisé, de nature intercontinentale et planétaire. C’est ce vaste espace ouvert et qui concentre déjà aujourd’hui les neufs dixièmes de nos échanges internationaux qu’il s’agit, par l’instrument approprié, non de conquérir et d’occuper, mais de « patrouiller » (jamais terme militaire n’a été autant adapté) pour le sécuriser.
Dans ces conditions, comment qualifier alors les temps à venir ?
A défaut de vous surprendre, je dirai que tous les facteurs sont réunis pour l’extension des crises, et, malheureusement aussi, pour leur extension en gravité et en intensité ; car la crise n’est que le bruit du changement. Plus encore, nous vivrons le retour de tensions interétatiques et, je le précise, de guerres. J’insiste sur ce point, des guerres interétatiques reviendront. L’Histoire nous l’enseigne, l’Histoire nous l’a déjà montré à de multiples reprises. Or, la guerre, ce n’est pas du mécénat. Il ne faut donc pas perdre le sens aigu du combat. Nous devons conserver les forces, les talents, les mentalités nécessaires.
Il nous faut véritablement concevoir notre défense et notre sécurité dans la profondeur. Il nous faut identifier les risques, les menaces, les adversaires, les atteintes potentielles à nos vulnérabilités, là où elles naissent, c’est-à-dire pour l’essentiel loin, bien loin, de nos frontières. Dès lors, la sécurisation de notre territoire et de nos concitoyens, la sauvegarde de nos intérêts, la protection de nos approches maritimes va de pair avec l’intervention de haute mer, c’est-à-dire avec la puissance océanique. Nous devons donc disposer de plateformes lourdes, pour produire de la souveraineté, produire de l’influence, mais aussi produire du pouvoir à travers le monde, quand on en a besoin, et là où l’on en a besoin. Et, le « là où l’on en a besoin » revient en définitive à définir l’océan où la partie de l’océan en question.
Les océans, « clés de l’Histoire, rivages de l’avenir » sont l’une de mes rares convictions. C’est l’espace stratégique majeur pour toute puissance qui veut continuer à jouer un rôle au XXIe siècle, tout particulièrement pour la France qui a hérité d’un des premiers territoires maritimes du monde. Plus que jamais, plus certainement encore dans ce XXIe siècle en construction qu’au XIXe siècle ou encore au XVIIIe, à une époque où nos grands rois n’hésitaient pas à ordonner de couper tous les arbres des forêts domaniales pour construire la première flotte du monde en quantité sinon en qualité face à l’empire britannique.
La France, au-delà de sa simple façade côtière et de son territoire maritime, est particulièrement concernée par l’état et le devenir de sa marine. Elle l’est doublement, au travers de son histoire, mais en cohérence avec sa géographie qui reste elle-même le produit de son héritage colonial. La France doit faire preuve, plus que certains de nos voisins de l’interland, d’une maturité concernant cette question du maintien en puissance de nos marines.
Aujourd’hui, pour ne pas être en état de faiblesse, la France au travers de sa Marine, ne doit d’abord, pas perdre ses ambitions.
Au-delà des effets attendus et induits par la mondialisation, tout particulièrement sur l’aspect marine, je voudrais rappeler ici qu’à mon sens, la stratégie a toujours été l’art de maîtriser les flux (qu’ils soient humains, de biens, de données, ou encore d’idées) et les espaces (espaces géographiques ; espaces-milieux, terrestres, aériens, maritime ou spatial ; ou encore espace-temps). Dès lors, je définirai notre stratégie navale comme la capacité de maîtrise, c’est-à-dire la capacité d’assurer la libre circulation de ces flux dans ces espaces à notre propre bénéfice, mais aussi celle de dénier à d’autres, si besoin, cette même liberté. Cette maîtrise des flux, de l’espace et du temps, apanage d’un tout petit nombre de pays dans le monde, conduit à un rétrécissement du globe et donne aux pays qui la possèdent, une capacité de projection de force ou de puissance ; comme l’illustrent les frappes françaises en Afghanistan effectuées depuis le PA Charles de Gaulle. Bien entendu, je parlerai du PAN. Certains esprits disent que les bateaux sont beaucoup plus lents que les avions. Certes. Mais force est de constater au regard des opérations récentes, que le déploiement d’avions devient de plus en plus problématique, y compris pour de simples avions de soutien. De plus en plus de pays conditionnent, au mieux, interdisent, au pire, le survol de leur territoire par nos appareils. Face à cela, comme la Cigale de la fable, on risque fort de se trouver démuni.
Nous n’avons pas, nous n’avons plus le choix.
La mer, encore, comme enjeu stratégique essentiel parce qu’elle est devenue le premier vecteur commercial. Autant de facteurs qui font que les océans sont devenus de véritables autoroutes stratégiques et que nous devons plus que jamais les sécuriser pour les garder ouverts, en particulier dans ces espaces à très haute sensibilité que sont les canaux, les détroits et autres couloirs d’étranglement…. Les océans constituent un espace ouvert ; espace disponible à travers lequel nous pouvons encore espérer projeter des forces de renseignements et de vigilance, des forces dissuasives ou d’engagement sur de très grandes distances et pour des durées prolongées pour la défense de nos intérêts majeurs ; intérêts déjà très éloignés et tendanciellement dans un contexte de rareté, plus éloignés encore demain, en particulier en ce qui concerne nos sources d’approvisionnement stratégique et de matières premières d’une part, et de nos marchés commerciaux d’autre part. Espace « disponible », apte à des parades, démonstrations de force, à proximité d’éventuelles cibles potentielles désignées.
La mer est donc pour la France une « opportunité » toute particulière pour peu que celle-ci se donne les capacités de s’y projeter. Est-il besoin de rappeler à quel point l’héritage colonial sous la forme des DOM TOM continue à constituer une extraordinaire opportunité, comme autant de points d’ancrage, à notre marine, sur tous les océans et les mers du monde, à moindre coût et pour une meilleur sécurité logistique. Pour une moyenne-grande puissance comme la nôtre, les océans constituent bel et bien un « espace ouvert », non approprié, dernier vecteur d’opportunité pour nous « exprimer » dans un espace beaucoup plus vaste que notre strict noyau national. En l’absence de perspectives crédibles pour l’Europe à moyen terme de très grandes capacités terrestres ou encore spatiales, une task force digne de ce nom, pour nous pourrait signifier une très grande autonomie dans nos éventuelles interventions extérieures, permettrait une mobilité exceptionnelle de type véritablement planétaire, et enfin, comme déjà dit, un potentiel de stationnement dans la durée pour des attitudes d’observation des menaces ou d’attaque. C’est dire pour la France la nécessité à terme de reconstituer au moins deux Task Forces, afin que l’une soit toujours 100% opérationnelle, à disposition de nos politiques, et sentinelle de nos intérêts vitaux dans ce monde de plus en plus rétracté, aux intérêts plus nombreux et plus contradictoires
Une marine de guerre, à condition qu’elle soit conçue comme une chaîne de navires spécialisés et complémentaires entre eux, me paraît donc la carte utile à jouer pour les trente prochaines années, dans un monde aux menaces à la fois multiples mais atomisées à l’échelle mondiale et aléatoires dans un « temps » du risque de moins en moins linéaire et prévisible.
Si, une fois de plus, les politiques veulent avoir les moyens de faire entendre leurs voix.
Ils doivent alors accepter le poids de l’urgence d’un réinvestissement de la France vers sa marine pour répondre à la nécessité absolue d’être prêts face à la proximité d’engagement à venir, la brutalité des chocs, et la rapidité de conclusion… Ce n’est qu’à ce prix que nous existerons dans la légitimité de nos droits… Mais, une marine, une puissance navale, c’est d’abord et avant tout un outil politique, issu d’une certaine conception de la nation, de l’Etat, de la société. Certes, la puissance navale est l’instrument par excellence de la diplomatie d’une nation. Mais c’est surtout, et plus que n’importe quelle autre force, une capacité à produire de l’efficacité politique.
Il convient donc aujourd’hui, et pour les années à venir, de penser la mer pour la France. Mais, qu’apporte la puissance océanique au pouvoir politique de notre pays ? D’abord et avant tout, à mon sens, la présence permanente de bâtiments, associée à la notion déjà décrite de vigilance, procurant un renseignement précis et continu des situations. Et là, en mer comme en escale. Ensuite, une marine océanique, par son déploiement permanent, très loin du noyau national, procure une capacité d’action immédiate, qui elle-même offre au pouvoir politique une latitude d’action, une souplesse d’emploi sans égal. Nous pouvons varier le déploiement, nous pouvons le doter d’une posture discrète, ou ostensible, voire même menaçante. Nous pouvons passer d’une posture à l’autre, revenir en arrière ou au contraire aller jusqu’à la frappe. Tout cela à partir d’un espace que peu de pays peuvent tenter de nous interdire et pour un coût qui, au regard des enjeux, devrait être compris comme relativement modeste.
Car en somme de quoi s’agit-il ? En amont, le courage de la décision politique. En aval, de moyens : le recours à une marine significative, immédiatement opérationnelle à partir de plusieurs noyaux de forces disposées sur des portions de mers ou d’océans à travers lesquels nous croyons nécessaire d’exprimer la légitimité de nos intérêts et donc de nos forces. Mais une puissance navale n’est rien, sans une base industrielle et technologique permettant l’entretien et la modernisation des capacités navales effectives. De fait, la pérennité et l’efficacité de nos capacités navales ne peuvent se concevoir indépendamment d’une base industrielle et technologique souveraine en mesure d’élaborer les systèmes nécessaires mais également d’assurer leur maintien en condition opérationnelle.
Cet ensemble reconstituera un outil par lequel une moyenne grande puissance de la taille de la France peut espérer s’élever, et se tenir à un rang d’autorité, en réalité très supérieur, à l’état objectif de ses ressources et richesses. J’insiste : coûteux certes, mais le moins cher et de fait, le seul outil militaire à notre disposition, adapté comme nous l’avons vu à notre maturité historique, à nos opportunités géographiques. Un choix nécessaire assez curieusement comparable avec celui fait par le général de Gaulle, lorsque ce dernier avait perçu l’acquisition par la France du feu nucléaire comme moyen le plus rapide de rester dans le « clan » des grandes puissances… Faire en sorte qu’il faille, de nouveau, compter avec la France et donc l’écouter….
Enfin, je veux rappeler ici le pouvoir de la surprise, des événements auxquels on ne s’attend pas. Pour notre pays, cela signifie que nous sommes une nation maritime, et nous ne pouvons nous empêcher d’en être une ; dans un monde, non pas plus complexe mais plus incertain, non pas plus dangereux mais plus compétitif. Une France demain, sans marine à capacité opérationnelle forte, c’est une France diluée dans ses forces vives, une France de deuxième ou troisième rang, une France qui n’existerait peut-être plus qu’à travers ses alliés. Pour autant que ceux-ci existent en tant que force solidaire ou existeront encore au-delà des égoïsmes nationaux, des rétractions géopolitiques. En conséquence de quoi, la France ne doit pas avoir peur de la solitude, y compris stratégique.
Pour conclure, je rappellerai qu’il faut beaucoup de temps, de constance et de persévérance pour construire une marine digne de ce nom. Il a fallu à notre pays plusieurs siècles pour se doter d’une réelle marine océanique. On ne change pas de cap, d’autant plus s’il est le bon, au premier grain, fût-il financier. Il est possible de diminuer le nombre de plateformes, mais il ne faut rien céder sur la cohérence d’ensemble de la marine. Pour autant, la Marine pour la Marine n’est rien. De fait, comme le disait bien avant nous Péricles, Mega to tés thalassés kratos ; La puissance de la mer confère à celui qui sait s’en servir.