Billet d’humeur sur un « drôle » de moment…


Nous avons fêté les 50 ans du couple franco-allemand…bel anniversaire… Mais quel projet ? Quelle vision politique ? Comment ne pas sentir cette absence de vision et de futur, tout particulièrement entre les deux pays fondateurs de l’Union européenne… y compris jusqu’à endormir certains de nos ministres, et non des moindres !
Véritable désunion européenne entre la France et l’Allemagne, et ce dans le même tempo…degré zéro de la politique européenne, isolant encore davantage la France et favorisant la dispersion des énergies européennes. A la fois significatif (malheureusement) et inquiétant…
C’est dans ce cadre historique du cinquantenaire du Traité de l’Elysée que s’inscrit le discours, fort habile, de David Cameron. A la fois objet de politique intérieure et objet de politique extérieure, voulant ancrer dès maintenant sa future renégociation d’un futur européen… Il est extrêmement dommageable que la France et son exécutif n’en aient pas fait de même…y compris dans le recours aux citoyens. L’union européenne ne peut se réduire à un marché unique, qui plus est, organisant entre ses membres une concurrence effrénée !
Il est étonnant d’entendre un Président « normal » ayant fait une campagne sur la thématique du « changement, c’est maintenant » déclarer, suite au discours du Premier Ministre britannique : « rien ne doit changer… une opportunité et une occasion de plus loupée ? Tout autant d’écouter son Ministre des Affaires Etrangères ; jadis « grand louvoyeur politique » » de la question européenne au gré des opportunités ; proclamer qu’il ne saurait exister une Union européenne à la carte ! Ah bon ? Mais alors, quid de la zone euro à 17 et non à tous les membres ? Quid des accords de Schengen ? Véritable ignorance de la réalité stratégique de l’Union européenne et de son avenir que nous ne cessons d’envisager : une Union européenne à plusieurs cercles et à plusieurs vitesses !
Il n’est alors pas étonnant, paradoxalement, d’entendre Madame Angela Merckel immédiatement intégré le discours et les propos de David Cameron… En ce sens, le discours de Cameron signe peut-être l’émergence d’un nouvel axe européen, avec l’Allemagne, pour redéfinir les contours du futur de l’Union européenne… Car, dans ce futur de l’Union européenne, il ne fait pas de doute qu’il conviendra de compter avec l’Allemagne… Une Allemagne qui a peur, terriblement peur de l’avenir… peur d’un avenir démographique qui la condamne à privilégier son épargne et des excédents… la peur intime du futur qu’à l’Allemagne repose sur sa démographie, sur rien d’autre… De ce fait, Cameron indique que certes, il faudra compter avec l’Allemagne dans la définition de la nouvelle architecture européenne, mais aussi avec la Grande-Bretagne… Et la France ? Silence… Au moins, soyons heureux ; l’initiative du Premier Ministre Britannique va nous contraindre à définir ce que nous voulons comme futur pour l’Union européenne…

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Non, Messieurs, le terrorisme n’est pas la guerre


En matière de relations internationales et de conflictualité, non seulement le poids du politique est prépondérant, mais qui plus est, tout discours du Président ou du Ministre en charge de la Défense, est perçu comme devenant stratégie, entendue comme préparation d’inéluctables cristallisations. Il en est de même des discours journalistiques…
Non, Messieurs, le terrorisme n’est pas la guerre, de même qu’il ne peut exister de guerre au terrorisme car on ne fait pas la guerre à une simple tactique. Je vous propose ci-après un texte publié en octobre 2010 sur ce sujet.

La conception de la guerre menée permet la conception du monde en devenir. Le terrorisme n’est pas la guerre. Mais ce terrorisme n’est ni une surprise, ni un accident, ni une nouveauté historique. Ses origines, ses motivations, ses méthodes comme ses acteurs ont fait l’objet de nombreuses études comme de nombreuses prises de positions. Il a été ainsi répété à de multiples reprises que le terrorisme est devenu planétaire, qu’il s’est structuré en réseau transnational et que, issu de la mondialisation, il s’est déterritorialisé et parfois, à l’instar d’AQMI, franchisé. Pour autant, la violence terroriste qui nous est opposée aujourd’hui n’est pas une posture stratégique. Elle n’est pas non plus l’expression d’une violence aveugle. Elle s’inscrit dans une logique de restauration géo-historique s’adossant fortement à un phénomène de culture, y compris sous forme de résurgence en politique. La menace terroriste est néanmoins globale dans le sens précis qu’aucun Etat n’est à l’abri. Elle concerne plus encore notre pays dans la mesure où cette menace est proportionnelle à notre capacité d’influence et d’action dans le monde musulman. De fait, les liens et intérêts de la France au Maghreb et au Moyen-Orient cristallisent cette menace.
Cette menace est globale d’abord et avant tout parce qu’elle est réputée issue de la « mondialisation », directement ou indirectement : exacerbation des différences culturelles, politiques, économiques, sociales, ethniques, religieuses… ; des inégalités ; des perceptions et représentations ; des disparités géographiques, historiques, environnementales… Elle est globale ensuite du fait de la diversité des « cibles » potentielles, militaires et civiles ; principalement civiles d’ailleurs, de la plus grande mise en évidence des leviers d’actions et des points d’applications, du renforcement de l’asymétrie structurelle, de l’augmentation de la compétence technique et de la diffusion de ce « savoir et savoir-faire », de la résonance médiatique mondiale et de la nécessité de scénariser la violence au niveau mondial, dans un désir de surenchère constante.
Mais plus encore, pour nous, Français et Européens, voire occidentaux, c’est dans l’espace de la « cible » terroriste que doit s’exprimer l’action de celui-ci. Il peut donc paraître étonnant qu’il existe plus d’attentats en interne, c’est-à-dire sur les lieux d’où devraient partir ce terrorisme, qu’en externe, espaces où il devrait se projeter. Au point qu’il convient de s’interroger s’il existe bel et bien aujourd’hui, encore un terrorisme « classique », traditionnel, tel que nous l’avons connu ces dernières années.
Mais, moins que de s’interroger pourquoi hier des terroristes ont voulu brûler le Grand Satan ; nous savons comment ils ont échoué, nous savons que leur combat n’est qu’essentiellement accumulation d’échecs, et nous savons que ce combat-là n’a aucune chance de réussir ; il convient, en dehors de « résidus » de groupuscules et de katiba franchisées, de s’interroger sur la permanence , réalité et identité d’une véritable action terroriste transnationale qui se poursuit, sur ses motivations nouvelles après l’échec politique des premières illusions. Dès lors, il semble plus important de s’interroger sur ce qui conduit différents acteurs à constituer des coalitions d’intérêts de circonstance, tel mouvement terroriste apportant son soutien logistique à tel autre, tel Etat défaillant ou voyou soutenant par opportunisme d’un instant tel autre mouvement terroriste ou contestataire radical.
Si dans les prochaines années, le nombre des Etats défaillants ne devrait pas décroître en Afrique Sub-saharienne, leur répartition dans l’espace pourrait évoluer au grès de l’émergence de zones grises. La région de l’ouest du Sahara, qui va de la Mauritanie au Tchad en passant par l’Algérie, le Mali et le Niger constitue un espace privilégié parmi d’autres, notamment en Afrique, au Moyen-Orient. C’est dans ces espaces que nous trouvons ces armées résiduelles djihadistes, ces fameuses Katiba, parfois concurrentes et qui pratiquent un nomadisme de circonstance au gré des intérêts des Etats et des sanctuaires qu’ils trouvent afin de poursuivre, non pas leur djihad, mais leurs activités criminelles (trafics, séquestrations, vols, exactions, …).
Mais, si ce phénomène pourra s’étendre à la péninsule arabique et aux Etats du golfe, dans une région essentielle pour nos approvisionnements en hydrocarbures, s’aggraver dans le Caucase, sur le pourtour de la mer Caspienne, et inévitablement chez nous ; n’est-ce pas leur faire trop de publicité que de décrire ces minuscules desperados de la misère (économique mais aussi religieuse et idéologique) comme l’avant-garde d’une armée immense qui va bientôt nous submerger… Partisans avoués du djihad mondial que préconisait Ben Laden pour certains ; la réalité de ces Katiba dont celle d’Abou Zeid, une fois encore, n’est pas si simple. S’ils portent bien la « marque » Al-Qaïda, les leaders d’AQMI sont très autonomes, adhérant à une franchise mondiale mais ne recevant ni ordres ni stratégies des dirigeants d’Al-Qaïda, et n’ont de contacts avec eux qu’un nombre très limité. Quant à la bannière de l’Islam ; nous savons tous à quel point c’est ici, instrumentalisé et qu’elle ne représente que le ciment facile pour des idéologies combattantes aux motivations très diverses.
L’enlèvement de ressortissants français vise d’abord et avant tout à se faire de la publicité, puis à obtenir de l’argent pour leur organisation. L’assassinat de ressortissants étant ensuite la rencontre entre la représentation et la destruction. Sorte de violence extraordinaire dans un environnement mystique car sacré de violence ordinaire. Les bombes dans une gare où les enlèvements de ressortissants n’étant que la forme extrême et très parcellaire de l’expression de celle-ci. Mais ne s’agit-il pas d’une vision quasi criminologique de la radicalisation terroriste : de « gentils » individus devenant des djihadistes par le passage à l’acte terroriste, mais étant en réalité des individus vulnérables qui adoptent progressivement une vision fanatique du monde sous l’influence de mauvais bergers qui exploitent leurs frustrations. L’environnement plus déterminant c’est bien sûr : l’échec de la démocratie, l’échec de l’occidentalisation, l’échec de la croissance et de sa redistribution. Un contexte économique socio-culturel qui est la première arme d’un prêche extrémiste porteur de l’idéologie de la légitimité de la violence qui, ne pouvant être collective de part l’impossibilité d’une guerre victorieuse contre cet Occident satanique, ne peut-être qu’individuelle par le suicide terroriste.
Bref ils adopteraient progressivement des représentations de la réalité qui nous seraient défavorables, en quelque sorte une culture délinquante. Il ne s’agirait alors plus d’une lutte contre le terrorisme mais d’un combat entre la normalité (et la modération politique) et d’autre part l’anormalité basé sur des illusions…Et nous nous retrouverions alors dans une simple problématique d’idéologie….
La vérité étant toujours multiple et non uniforme, alors, la guerre contre qui ? Contre le terrorisme ? Contre le banditisme ? Soyons sérieux. Comment pourrait-on être en guerre contre une simple méthode ? L’on confond encore une fois l’acte, l’image avec l’action, le fond ; permettant à certains de se définir en guerre contre le terrorisme comme étant une fin en soi, une forme de réponse géopolitique à un désordre stratégique. Au-delà, à l’échelle de la géopolitique internationale, les espaces environnants sont parcourus par de très nombreuses et très complexes lignes de fractures, de brisures, visibles ou invisibles qui ont extraordinairement fragilisés, sans que l’on puisse le lire, le cartographier avec la clarté de l’évidence le territoire de nos intérêts ; car pouvoir le radiographier, c’est déjà constater l’urgence de la situation et la gravité du danger. Nous ne pouvons éternellement garder à distance ces premières lignes de friction, annonciatrices de crises régionales. Mais cela implique un triptyque stratégique : posséder une compréhension politique et géopolitique du conflit ; incorporer sans la réduire la dimension militaire ; ne pas limiter l’analyse stratégique ni aux seules affaires militaires, ni aux seuls impératifs politiques…

Pensées aux hommes et femmes, soldats de France…


La guerre est surtout celle des hommes qui la font. Non pas des chefs politiques comme l’Histoire trop souvent le retient, mais celle des hommes et des femmes qui font notre défense, c’est-à-dire notamment ceux, qui sur le champ de bataille, servent la France avec abnégation, et qui se doivent de résoudre par la force et le droit ce que la raison n’est pas parvenue à faire.