Les arbres ne montent pas au ciel


Les derniers chiffres de l’économie américaine sont encore plus mauvais que les précédents. La production industrielle américaine est une nouvelle fois en baisse. Nous assistons au début d’une phase de début de récession (- 0,54), tandis que les investissements baissent depuis 6 mois et que les salaires et revenus personnels chutent. Les ventes en gros sont en baisse pour le huitième mois consécutif (ce qui explique en corollaire la hausse des stocks). Officiellement, le chiffre du PIB va être revu à la baisse, alors qu’il était de + 0,5% !
Plus encore, la Présidente de la FED semble ne plus comprendre : il y a seulement quinze jours, elle déclare qu’il n’existe aucune bulle…. Et la semaine dernière, Yelen nous déclare conjointement à Christine Lagarde qu’il existe une bulle des actions… (ce que nous décrivons depuis de nombreux mois). Bref, nous assistons de la part des responsables des banques centrales à une perte totale de compréhension et de contrôle… Et, cette bulle des actions se rapproche étrangement de celles de 1928…. Or, 1929 à suivi 1928…

Les chiffres chinois d’exportation officiellement publié montrent une baisse de 15%, les importations chutent de 12,3%. Le ralentissement de l’économie chinoise est beaucoup plus brutal que ce que les chiffres montrent engendrant une vraie préoccupation des autorités chinoises. La Chine est confrontée à une problématique majeure : elle fait face à une bulle de crédit gigantesque en parallèle d’un ralentissement de croissance extrêmement fort (7% de croissance officielle ; en réalité entre 2 et 3% !). La Chine est donc coincée entre un ralentissement économique important qui demanderait un élargissement du crédit et une baisse des taux, mais sa bulle de crédit exige une réduction de ses lignes de crédit.

La Chine s’éteint, le Brésil s’arrête, les émergents chutent les uns après les autres, le Japon poursuit sa (lente) agonie, les Etats-Unis ont fortement ralenti et se préparent à une récession, l’Union européenne se rattache aux prévisions de l’OCDE… Ainsi, ce que vit actuellement le Brésil était prévisible et son déroulement décrit par avance : hyperinflation, accident de croissance, crise brutale et sévère.

Il n’y a pas de reprise en Europe. Certes, la baisse temporaire du Pétrole conjuguée à celle de l’euro (parité euro/dollar) a procuré un « bol d’air » comptable sans augmentation des marges des entreprises. Plus encore, la baisse de prix de l’énergie a plus induit en réalité un déplacement de consommation et moins une augmentation de consommation. Nous assistons d’ailleurs au même phénomène en ce moment aux Etats-Unis.
En Espagne, le chômage repart à la hausse (27%) tandis que la croissance allemande elle-même s’essouffle. Les négociations en Grèce tournent à la « Comedia Del Arte ». Le Grexit ne fait plus peur car « intégré ». Mais, intégré psychologiquement car il ne faut pas confondre deux choses totalement différentes : s’attendre à la sortie de la Grèce de l’euro est différent de la « douleur » qui en résultera : nous ne maitrisons pas les conséquences financières ni les conséquences politiques intra-européenne, intra zone euro, mais aussi comme déjà souligné les conséquences géopolitiques. Les Grecs ne peuvent pas payer. Actons-le, mais préparons-le y compris en termes de conséquences… ce que nous aurions dû faire il y a plus de quatre ans déjà.
Il est à ce titre étonnant que le pouvoir grec issu des urnes n’ait pas été plus « brutal » que cela dans les négociations. Pour qu’un pays fasse défaut, il convient à ce dernier de ne plus avoir de déficit public (hors charges financières) et qu’il n’y ait plus de déficit courant, c’est-à-dire une balance commerciale équilibrée. Les Grecs n’en sont pas si éloignés. Les efforts ont été faits par les gouvernements précédents : les déficits publics hors charges financières sont globalement satisfaisant et la balance commerciale en partie équilibrée. Mais, le gouvernement grec n’a pas mis en place un contrôle des capitaux afin de restreindre la fuite de ces derniers ; 15 milliards de capitaux qui partent en un mois, c’est 7,5% du PIB de la Grèce qui quitte le pays.
Si, en janvier 2015, le gouvernement grec avait fait défaut et conjointement instauré un contrôle des capitaux, c’est 120% du PIB de dettes qui auraient disparu tandis que restaient 35% de dettes, détenues par des grecs… un défaut presque parfait !
Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Et, pourquoi le feraient-ils maintenant ? Il convient donc d’être extrêmement prudent sur le sujet. Nous sommes dans une décision politique, ce qui signifie déjà en préambule que cette décision n’est ni automatique ni logique. Elle est binaire : oui versus non. Vous la prenez ou vous ne la prenez pas. Bref, dans ce deal, nous sommes en négociations de marchands de tapis…

Etonnante et paradoxale logique : les chiffres économiques sont mauvais mais les indices boursiers sont bons. Nous sommes, dans le gonflement d’une bulle (+ 27% en un trimestre) : le QE européen à un effet d’éviction, les capitaux se fixent en Europe (avec de plus la crainte sur les émergents). Plus encore, la politique monétaire européenne mise en place favorise la suppression de l’épargne et l’augmentation de la dette des Etats. Personne ne maîtrise la situation, tout le monde tente de repousser les problématiques et de gagner du temps…
Peu importe les fondamentaux, les éléments financiers sont là pour permettre aux marchés de monter et de se maintenir à des niveaux qui ne correspondent en rien à la réalité. Les gens achètent aujourd’hui en bourse un papier, dont la valeur boursière ne correspond en rien à la valeur réelle. Les marchés financiers sont actuellement guidés uniquement par les liquidités.
Nous n’avons jamais vu, historiquement parlant, de tels taux de marge sur les marchés financiers. Deux scénarii sont alors prévisibles d’ici la fin de l’année : soit une poursuite de la bulle puis une baisse continue par paliers ; soit (malheureusement le plus probable), un décrochage des marchés boursiers de l’ordre de 20% pour certains, plus certainement de l’ordre de 30 à 35% (avec pour effet, un « train » de faillite).

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PONZI…


Les mêmes responsables politiques qui louaient hier un euro fort (à 1.36), chantent désormais les louanges d’un euro faible (à 1.08), sans mesurer (apparemment) ni leurs propres contradictions, ni le niveau de leurs réflexions.
En premier lieu, le passage en moins d’un an, d’une parité à 1.36 à une parité à 1.08 est le signe d’une forte dépréciation de notre monnaie.
En second lieu, cette dépréciation monétaire favorise une baisse (relative) des prix des exportations et une hausse (elle aussi relative) des produits importés. Mais, pour être efficace, cette dépréciation monétaire (dévaluation) doit se faire face à vos principaux concurrents. Si, pour la France, 47% de notre commerce se fait dans la zone euro ; il n’en est pas de même de différents de nos partenaires européens : de 65% pour l’Espagne à 70% pour l’Italie. Dès lors, cette dépréciation monétaire n’avantage que les pays disposant d’une industrie majoritairement tournée à l’export en zone dollar, et en interne que les industries en concurrence zone dollar. Conséquence logique : les effets seront limités pour l’ensemble de la zone euro (mais plus importants pour la France que pour ces partenaires européens).
Troisièmement, cette dépréciation monétaire n’est pas suffisante pour restaurer la compétitivité de l’économie de nombres pays de la zone euro (Italie, Grèce, Irlande, Italie, Portugal, Espagne). Pour être efficace, cette dépréciation monétaire devrait atteindre des taux, selon les différents pays, de l’ordre de 12% (Portugal) à 22% (Italie).
Quatrièmement, puisque que la seule dépréciation monétaire ne peut réduire les écarts de compétitivité en cours au sein de la zone euro, ces derniers ne peuvent l’être que par des dévaluations salariales (coût unitaire de la main d’œuvre). Mais, de telles dévaluations salariales contractent la demande intérieure (70% du PIB des pays européens provient de la consommation intérieure) et donc induisent une récession (avec en complément une augmentation du ratio dette/PIB).
Au niveau monétaire, l’absence de variation du taux de change dans la zone euro issue de la monnaie unique engendre une perte d’ajustement compétitif. Au niveau économique, un rebond limité de l’activité est attendu. Au niveau politique, les conséquences des effets pervers des ajustements économiques par dépréciation salariale sont (malheureusement) connues. Pour différents pays (Grèce, Italie, Portugal, Espagne) la sortie de l’Euro cesse d’être un choix pour devenir l’unique stratégie de retour compétitif.
La politique du QE (Quantitative Easing) est une aberration économique. Nous sommes en train de perdre le contrôle de nos différentes politiques économiques.
Le Japon finance un déficit depuis 20 ans par émission monétaire. Le ratio dette/PIB dépassant désormais 240%, implique une fin prévisible : un effondrement monétaire. Le Japon est en outre un bon exemple de comparaison car il est en avance de situation démographique par rapport aux pays de l’Union européenne et aux pays de la zone euro. L’Union européenne commence à vieillir. Le Japon n’a pas accepté de faire le constat économique de son vieillissement démographique. L’Union européenne peut encore le faire.
Le pilier de la croissance économique repose au 2/3 sur la consommation. Une demande est alimentée par un besoin, un désir. Or, une population qui vieillit, consomme moins. Une population vieillissante signifie donc moins de consommation, impliquant donc aussi une croissance économique faible.
Il ne suffit pas de la décrire ou de le comprendre. Il nous faut adapter la soutenabilité de notre modèle de développement à celui de notre croissance économique. Ce qui revient à dire qu’il faut diminuer les dépenses publiques car sinon ce dernier devient structurel et chronique au détriment de l’avenir.
Au niveau boursier, il convient de prévoir un vaste mouvement de consolidation (OPA) afin d’assurer un développement externe par l’atonie de la croissance interne du CA des sociétés. Les banques centrales investissent de la monnaie par le biais de QE dans le seul but d’éviter un effondrement des marchés financiers. De ce fait, il n’y a plus aucune correspondance entre les résultats des entreprises et les valeurs boursières de ces mêmes entreprises.
L’indice français comme l’indice allemand est au plus haut ainsi que celui de wall street. Le Nikkei japonais a franchi les 20 000 points alors même que la monnaie japonaise s’effondre. Nous atteignons les limites d’un système boursier mis en place en 2009. A titre d’illustration, les entreprises américaines distribuent actuellement davantage de dividendes qu’elles ne réalisent de profits. Elles n’investissent que modérément, préférant racheter leurs propres titres.
Pour résumer, nous sommes au niveau économique comme au niveau boursier dans une fuite en avant. Nous gagnons du temps en maintenant haut les marchés financiers. Une bascule (correction) de la bourse, à commencer par la bourse américaine, est probable.
Les banques grecques sont confrontées depuis le début de l’année à une fuite massive de capitaux : 27 milliards d’euros en janvier 2015 soit avant l’arrivée au pouvoir de Syriza ; 15 milliards d’euros en février 2015 (soit pour ce seul mois, 7,5% du PIB qui a fui). Cette fuite des capitaux, au-delà de son impact fiscal, provoque un asséchement des liquidités dans l’économie, et risque de faire sauter en cascade les banques grecques.
La Grèce est en faillite. Dette publique : 315,509 milliards d’euros, soit 176 % du PIB. Les banques privées grecques sont en faillite. La Banque centrale de Grèce est gavée d’obligations de l’Etat grec, mais ces obligations d’État ne seront jamais remboursées. En clair : la Banque centrale de Grèce est en faillite. La Grèce est en défaut.
Véritable schéma de Ponzi, seule solution pour tenir encore quelques semaines de plus, au moins jusqu’en juin : il faut que l’Union Européenne prête en urgence quelques milliards d’euros supplémentaires à la Grèce !
Alexis Tsipras a averti par lettre en date du 15 mars Angela Merkel qu’il serait impossible pour Athènes d’assurer le service de la dette d’ici les prochaines semaines si l’UE ne distribuait pas à court terme une assistance financière au pays. « Étant donné que la Grèce n’a pas accès aux marchés financiers et en vue des pics attendus dans nos échéances de dette au printemps et à l’été… il est clair que les restrictions particulières de la BCE combinées à des retards de versement rendraient impossible pour tout gouvernement d’assurer le service de sa dette ».
Le bras de fer entre l’Eurogroupe et le gouvernement grec vise à faire plier ce dernier par cet étranglement monétaire et à faire perdurer une dépendance de la Grèce aux aides de l’Eurogroupe et de la BCE, voulant ainsi définir une défaite politique du gouvernement Tsypras (dangereux) tandis que dernier joue contre l’Allemagne la carte Podemos avec les prochaines échéances espagnoles.
La Grèce doit mettre en place rapidement un contrôle des capitaux mais en ayant conscience que cette mesure ne réglera pas l’asséchement des liquidités. Cette mesure, proposée par l’Eurogroupe se situe hors cadre juridique des accords euro ; mais un cadre juridique de « force majeure » le permet à l’instar de ce qui fut réalisée en 2013 à Chypre. Mais, de ce fait, l’Eurogroupe reconnait aussi que le gouvernement Tsypras peut prendre tout aussi légalement des mesures « de force majeure » hors cadre juridique des accords euro, comme une « renationalisation » provisoire (6 mois ?) de la Banque Centrale Grecque émettant ses propres euros…
L’Eurogroupe serait mis en face d’un choix stratégique : accepter l’émission d’euros grecs, soit les interdire de circuler hors Grèce, reconnaissant alors de facto un défaut grec… Un défaut de la Grèce sur sa dette ne serait pas catastrophique pour ce pays. La Grèce dispose d’un excédent budgétaire (hors paiements de la dette), d’un solde commercial positif. En cas de défaut, la monnaie Grèce sera mécaniquement dépréciée, favorisant un retour d’investissements étrangers et un regain touristique.
La problématique Grecque est jugée sur un mauvais plan de part et d’autre (Eurogroupe et Varoufakis) en se contentant d’utiliser une grille « théorie des jeux ». Le cadre de référence devrait être un cadre politique (donc stratégique). Toutes mesures que peut prendre la Grèce se situe dans un cadre « d’exception ». Ce dernier peut se situer dans le respect des normes, soit en contrevenant aux normes. Si nous nous contentons d’une théorie des jeux, nous omettons (consciemment ou inconsciemment) la dynamique stratégique : la démonstration politique du gouvernement Tsypras qu’il est souverain en dernier ressort de son pays, et pas l’Eurogroupe !
Les conséquences politiques d’une telle décision : une Grèce hors zone euro, c’est une Grèce qui se tournera vers la Russie avec affirmation souveraine. Un tag se retrouve régulièrement actuellement sur les murs en Grèce, Ελευθερία ή θάνατος (« La liberté ou la mort »), devise de la Grèce née lors de la révolution nationale de 1821.
Mais, au-delà, pour la zone euro, ne pas entrevoir les conséquences stratégiques est tout aussi dangereux. La sortie de la Grèce de la zone euro ne sera pas sans conséquences financières (douloureuses) ni sans répercutions : l’Espagne, le Portugal et l’Italie pointent déjà.

Victoire de Syriza et QE – Comprendre les implications


Oui, la situation économique de la Grèce et le montant des dettes proviennent aussi de la faiblesse structurelle de l’Etat et des rentrées fiscales. Oui, effectivement le vote massif pour Syriza est d’abord la conséquence du discrédit de la classe politique grecque (oligarchie), de la fatigue des partis politiques traditionnels grecs et du charisme du nouveau leader (incarnation d’un renouvellement des responsables politiques). Ce vote consacre aussi des décennies de gestion politico-économique désastreuse. Mais-est-ce le cas de la Grèce seulement ?
La victoire de Syriza consacre aussi l’aveuglement bruxellois qui a omis à la fois la « fierté des peuples » (Syriza combat pour la souveraineté de la Grèce face à la zone euro) et surtout n’a jamais voulu acter par idéologie (l’euro est irréversible) une sortie de la Grèce. C’est aussi un rejet politique massif de la politique économique imposée par la Troïka et ses conséquences.
En principe, nous devrions en tirer une seule conséquence : l’urgence d’une réforme radicale de l’Union européenne, seul remède pour sauver l’union politique. Mais, toutes les préoccupations se concentrent sur le remboursement de la dette… avec des affirmations pathétique à l’instar de celle du banquier Matthieu Pigasse affirmant qu’un défaut de la Grèce à hauteur de 50% de sa dette n’aurait aucune conséquence puisque « déjà inscrit dans son bilan ».
Tout le monde a intérêt à gagner du temps et à trouver une solution négociée en apparence… car dans les faits, les Grecs ne rembourseront pas (170% du PIB). La Grèce n’a toujours pas (et n’aura pas) les moyens de rembourser sa dette. Il y aura restructuration de la dette grecque (et pas uniquement sur sa duration). Il n’y a pas d’autres solutions. Dans les faits, le défaut de paiement est là. Les politiques se contentent de gagner du temps pour éviter une crise systémique (faillites bancaires). Voilà longtemps que j’écris qu’il nous fallait faire sortir la Grèce de la zone euro et prendre nos pertes afin d’éviter un risque de contagion.
Avec Syriza (au-delà de la victoire politique) nous allons vers un affrontement « dur » avec la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) de par la volonté de refuser toute négociation directe avec la Troïka mais privilégier uniquement des négociations bilatérales, en premier lieu avec l’eurogroup. De fait, la structure de l’alliance, comme les nominations ministérielles, indique une ligne politique dure dans la préparation des négociations avec la zone euro (demande de rééchelonnement de la dette sur 30 ans – cf moratoire allemand de 1953). Une manière soft de ne pas rembourser. Le volet social de Syriza n’étant pas négociable.
Jouant sur sa position de faiblesse, la Grèce mise sur son incapacité d’honorer d’ici début juillet (23 milliards d’euros).C ‘est dans ce cadre qu’il convient de placer le renoncement de la Grèce à l’aide de la Troïka (7 milliards) plaçant encore davantage le pays en situation de faiblesse. Le calendrier est donc clair : un accord devra être impérativement trouvé avant fin juin.
Et il faudra un vainqueur. La question est de savoir s’il peut y avoir une coopération implicite entre l’Allemagne et la Grèce, ou si nous allons vers une collision frontale…

Tout le monde semble se réjouir de la baisse de la monnaie européenne qui est repassé sous son cours d’introduction (1.17 dollar) soit une baisse supérieure à 15% de sa valeur en moins de 6 mois.
La baisse de l’euro est préoccupante. Ne pas croire que cette baisse est significative pour les exportations de la zone euro et donc engendrera un retour de la croissance. Les pays européens font leur commerce intra-zone (80% pour l’Espagne, 70% pour l’Italie et certes, 50% pour la France).
La baisse de l’euro n’est donc pas spécialement une bonne nouvelle (démonstration de l’allocation des ressources financières vers d’autres lieux plus attractifs) et ne résout pas le problème de la compétitivité économique intra-zone.
Nous allons assister à une tension sur la structure de l’euro. Les négociations internes à la BCE ont été très difficiles, particulièrement avec les Allemands. Le climat s’est d’ailleurs « tendu » entre la France et l’Allemagne. La relation avec l’Allemagne est encore plus cruciale pour le devenir de l’Union Européenne. L’avenir de la relation franco-allemande est primordial.
L’Allemagne est désormais confrontée à un piège politico-monétaire : soit elle accepte une restructuration de la dette Grecque mais avec augmentation de sa contribution financière et risque de contagion ; soit elle refuse et elle portera la responsabilité de la dislocation de la zone euro.
La crédibilité de la monnaie européenne est en train de se jouer, y compris dans un processus de recherche de (re)création d’inflation. L’affaire de la BNS démontre qu’il faut revenir, tôt ou tard, aux fondamentaux et que les banques centrales ont des limites… ce qui contredit d’emblée toute politique de QE.

La BCE applique avec espérance un « médicament » qui n’a fonctionné, ni au Japon, Ni aux Etats-Unis, ni en Grande-Bretagne comme le démontre les dernières analyses. Mais les marchés financiers sont satisfaits d’une telle manne qui n’aura aucune influence sur l’économie réelle. Une banque centrale ne créée pas de richesse. Jamais.
Cela d’autant plus qu’une erreur de diagnostic est réalisé : la faiblesse de l’activité économique implique une politique budgétaire. Or, la BCE fait le choix d’une politique monétaire. De plus, nous sommes confrontés à une problématique de solvabilité et absolument pas de liquidités.
Le QE a été fait pour maintenir les taux d’intérêts très bas, face notamment à la situation de la France. Il s’agit d’abord de protéger certaines économies européennes face à une remontée des taux. Mais, le QE ne produira aucune incitation pour les ajustements nécessaires tant au niveau de l’Etat qu’au niveau des industries.
Mais, surtout, le QE de la BCE, dans sa structure même, signifie la fin de l’union monétaire européenne. 80% des risques sont portés par les banques nationales, seuls 20% étant portés par la BCE. Il n’y a plus d’union monétaire ni organisation politique monétaire. La BCE a fait long feu. Plus encore, le démontage (partiel ou complet) de la monnaie unique est désormais acquis.

Avec le QE de la BCE, après les trois successifs de la FED et ceux de la BoJ ; nous jouons avec nos monnaies (Yen, Dollar, Euro, et Sterling). Pour nombres de responsables politiques et économiques de pays émergents, l’Occident fabrique de la fausse monnaie et fragilise l’équilibre géopolitique précaire de la planète. Les derniers propos de Thomas Piketty sur le QE sont indicatifs
Nous assistons avec ce QE à un affaiblissement de la main de la BCE, alors même, je le répète, que nous sommes dans les prémisses d’un changement de système monétaire international. L’invitation du Président d’Obama à Angela Merkel de venir rapidement à la Maison Blanche en est l’un des indicateurs.

Craquements stratégiques


En Afrique, 2015 sera une année d’élections législatives (Nigeria –février ; Soudan et Bénin en avril ; Ethiopie en mai ; Burundi en juillet, Tanzanie en octobre) et présidentielles (Zambie en janvier, Nigéria en février, Soudan en avril ; Burundi et RCA en juillet ; Côte d’Ivoire et Tanzanie en octobre ; Guinée Conakry et Burkina Faso en novembre).
En Libye, la situation se complique fortement, particulièrement en Tripolitaine où les forces djihadistes des Frères musulmans de Misrata et les fondamentalistes de Tripoli s’allient tandis que les Touaregs les rejoignent et les Berbères pourraient le faire. Si tel est le cas, la frontière Tunisienne et Algérienne bascule…. La prise de contrôle des hydrocarbures de tripolitaine par les islamistes pose d’autant plus problème que les islamistes ont tenté de prendre le contrôle des terminaux de Ras Lanouf, d’Al Sedra et de Brega (Cyrénaïque)… En Cyrénaïque, l’Egypte soutient les forces du général Khelifa Haftar contre les islamistes de Benghazi et de Derna (ayant fait allégeance à EI). Officiellement, la France n’interviendra pas en Libye (FH à RFI) mais des forces spéciales françaises ont d’ores et déjà été déployées.
L’Algérie est devenue incontournable dans la résolution de la situation en Libye mais aussi au Mali. La France le reconnait (Jean-Marie Guéhénno à Alger). Les affrontements du premier week-end de la nouvelle année et du lundi suivant à Nampala (frontière Mauritanienne) démontrent que rien n’est résolu. Le leader d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali est inféodé au DRS (services secrets algériens) qui craint par-dessus tout la création d’un Etat aux confins du Mali susceptible d’alimenter les revendications des propres minorités algériennes (Berbères, Kabyles, Touaregs) tandis qu’Alger abrite les négociations entre les différentes factions maliennes… Certains islamistes algériens se sont rendus au nord-Mali auprès de katibas pour négocier un ralliement à EIIL. Enfin, l’élection en Tunisie de Bej Cadi Essebssi (proche du clan Bouteflika) renforce encore le poids d’Alger. (et choix de Habib Essid, ancien ministre de l’intérieur tunisien au poste de PM).
Au Nigeria, Boko Haram a fait allégeance à EI tout en augmentant ses opérations et son assise, y compris au-delà des frontières du Nigeria (Cameroun, Niger, Tchad). Les élections de février 2015 devraient voir une intensification des opérations de ce groupe. Le Niger est désormais pris en étau entre Boko Haram et les islamistes du sud libyen.
En RCA, l’armée Française n’a pas réussi à stopper les massacres entre les rebelles de la Séléka (majoritairement musulmans) et les milices anti-balaka (essentiellement chrétiennes) ; massacres apparus avec le renversement du régime du Président Bozizé en mars 2013 par les Séléka. Après un an de présence (05/12/2013), les 1950 soldats français de la force Sangaris amorcent un repli. Ce retrait, annoncé fort discrètement, se fait alors que le pays est dans une situation chaotique absolue. Certes, l’ONU compte 8 600 casques bleus (+ arrivés prochaine de bataillons angolais), mais la séléka devrait profiter du retrait des forces françaises. L’Ouganda et le Congo (médiateur officiel) soutiennent Bozizé. Surtout, la France a sous-estimé la complexité de la situation (« une opération rapide qui n’a pas vocation à durer ») et n’a pas fourni l’accompagnement politique et diplomatique en appui de l’intervention militaire.
En Arabie Saoudite, JYLD a rencontré le roi d’Arabie Saoudite (très amaigri et qui a dû être ré-hospitalisé) ainsi que le Prince Héritier Aziz puis les principaux interlocuteurs défense saoudiens (Intérieur, Affaires Etrangères, Garde Nationale, Défense). Au menu, sujet diplomatique (crise syrienne, irakienne, lutte contre le terrorisme) mais aussi relation bilatérale de défense. Le sujet contrat d’armements saoudiens a été abordé, notamment les patrouilleurs. Accord aussi sur contrat Liban qui devrait être notifié (VAB, Gazelle, missiles anti-char HOT, Puma, Artillerie, patrouilleurs, moyens de renseignements et de communications). Mais, au-delà des négociations sur ces accords, se pose la question de la donne politique. Si les apparences désignent le prince héritier Salman Ben Abdelaziz (80 ans) comme successeur au Roi ; les tensions politiques actuellement à l’œuvre à Riyad confinent à la crise de régime. Souffrant de la maladie d’Alzheimer, le prince héritier ne pourra exercer le pouvoir… De là, la nomination du prince Mokran comme deuxième prince héritier. La problématique du Califat est toujours actuelle : la succession du roi Abdallah est porteuse de troubles pour les temps à venir.
En Iran, la situation se tend entre le gouvernement de Hassan Rohani (défini comme modéré) et les conservateurs au point que le Président iranien menace de consulter le peuple par référendum (prévu par la Constitution) afin de pallier à l’hostilité et l’opposition du parlement. L’objet des discordes concerne le développement économique, lui-même lié à la question nucléaire : « le pays ne peut se développer de manière constante dans l’isolement ». Un référendum sur cette question pourrait donc voir le jour. Mais la réalité des tensions politiques provient d’une mesure fiscale : le président Rohani veut revenir sur l’exonération d’impôts des dignitaires religieux et militaires… arme financière utile dans le bras de fer qui l’oppose aux conservateurs sur nombres de mesures.
En Chine, d’importantes sorties de capitaux ont lieu dépréciant le RMB mais démontrant aussi l’inquiétude sur la situation économique réelle du pays. De là, une perspective de faiblesse continu de l’investissement et donc de la croissance chinoise. Changement de modèle de croissance économique et de société en cours. En parallèle, l’épargne chinoise est en train de se transférer massivement en bourse avec des effets de levier, donc à crédit, renforçant la constitution d’une bulle spéculative. Au niveau géopolitique, la Chine adopte une stratégie englobante inverse à celle des Etats-Unis, allant de l’Asie vers l’Europe.
En Russie, la chute des cours de pétrole provoque non seulement une importante récession économique et un déficit budgétaire, mais plus encore si cette chute perdure au-delà du premier trimestre, une crise bancaire majeure…
En Grèce, l’élection du 25 janvier est importante. Théoriquement, le choix des Grecs semble évident : le vote pour Syriza. Le PIB a baissé de 25%, à l’identique du pourcentage de la population au chômage. Le niveau de dettes est au plus haut, malgré deux restructurations. Alexis Tsipras indique ne pas vouloir quitter la monnaie unique (posture visant à rassurer les électeurs ?) malgré son programme (renégociation de la dette à hauteur de 50%, hausse du SMIC et fin des politiques d’austérité). En cas de désaccord de la troïka, Athènes pourrait sortir de la monnaie unique (quid de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, et de l’Allemagne ?) et entrainer de violentes spéculations sur l’euro. De ce fait, l’UE pourrait être tentée d’accepter une nouvelle renégociation ainsi qu’un assouplissement des politiques budgétaires. Mais en ce cas, quid de l’Allemagne ? Retour du deutsche mark ? Nous ne pouvons pas exclure également que le gouvernement actuel l’emporte sur le fil ou qu’un accord sauvant la face de tous soit trouvé.
Aux Etats-Unis, les rapports d’analyse financière montrent que désormais la dette des entreprises américaines (hors secteur financier) croît plus rapidement que leur cash-flow. Fait nouveau, la dette américaine (18 000 milliards de $ pour la dette de l’Etat fédéral et 59 000 milliards de $ pour la dette globale, publique et privée) est désormais aussi détenue en interne par des fonds de pension. La chute du Yen et de l’Euro devrait dans un premier temps favoriser le dollar (premier semestre 2015) accentué par la peur… Il y aura une hausse du coût de la dette donc des défauts : forte probabilité de renégociation de dettes…
Au final, au-delà des éléments décrits ci-dessus, nous assistons à la fin du système monétaire actuel (la devise est ce qui libelle toute l’économie) : le yen est moribond, le dollar n’est plus qu’une monnaie d’apparence/apparat en tant que monnaie internationale, le RMB plonge, l’euro est en crise et au bord de l’éclatement depuis 2008 … La dé-dollarisation des échanges internationaux est en marche (Inde, Turquie, Iran, Russie, Chine, …).
Il faut un changement de système monétaire, passant d’une monnaie nationale de référence (le dollar) à une monnaie « globale ». Nous devons l’anticiper, y réfléchir et le proposer. La Chine s’y prépare, notamment par ses investissements publics et privés dans l’or physique.

un système monétaire mondial OUT


Japon :
La population japonaise vieillit à un rythme rapide (127 millions de japonais aujourd’hui, 84 millions en 2050 ; soit 1/3 de population en moins). Par ailleurs, nous constatons une très forte chute du Yen face au dollar (76 yen pour 1 dollar au début des Abenomics ; 116 aujourd’hui). Ceci a entrainé mécaniquement une augmentation du coût d’acquisition des denrées (énergie : + 66% ; alimentation : + 50%)
L’inflation est en hausse : 3,1% contre 0,7% fin 2013. Les analystes s’en félicitent expliquant par la même la réussite du plan des Abenomics… omettant que cela correspond à l’augmentation (3%) de la TVA. Cette inflation est donc purement mécanique et ne correspond en rien en une conséquence de l’afflux de liquidités.
La population japonaise vieillit et ne reconstitue plus son épargne, en parallèle d’une paupérisation (de septembre 2012 à 2013, le pourcentage de la population japonaise n’ayant plus aucune épargne financière est passé de 26 à 31% ; le chiffre n’étant pas communiqué par les autorités japonaises pour la période 2013 à 2014…) et diminue donc sa consommation (- 5,3%).
Au niveau des entreprises japonaises , nous constatons un renchérissement des matières premières et une baisse des exportations conduisant à une diminution des marges des entreprises japonaises et à une réduction des coûts des entreprises japonaises par baisse des investissements directs (- 5,1%) aboutissant à un recul du PIB ( – 1,8% au dernier trimestre).

Etats-Unis :
Le taux de chômage est de 5,9% et la croissance atteint selon les chiffres officiels trimestriels américains 4,6%.
La croissance américaine, qui sera révisée à la baisse prochainement est essentiellement fabriqué par le déficit et la dette. La croissance américaine a atteint 3% pour le dernier trimestre, dû selon les autorités américaines aux fortes exportations… sans préciser les zones d’exportations dans un monde en récession.
Le taux de chômage est de 5,9%… qui s’explique uniquement par la baisse du taux de participation de la population active : au 31 décembre 2007 à aujourd’hui, 13 millions d’américains ont disparu des statistiques… tandis que deux nouvelles bulles sont apparues : bulles des prêts étudiants et bulles des prêts automobiles…

Mais au-delà de ces deux cas, que pouvons-nous en dire ?
Tandis que en zone euro nous sommes en récession malgré les dires des politiques ; les fondamentaux se dégradent de plus en plus tant en zone euro, qu’au Japon, en Chine, et aux Etats-Unis. Le seul moteur économique devenant / restant les liquidités créées… Les marchés boursiers sont surévalués mais sans création de panique (pour le moment) du fait des politiques monétaires dites accommodantes !
De plus en plus de dettes pour maintenir l’économie et une illusion de croissance. Je Japon détient 1 200 milliards dollars de dettes américaines. Or, le yen ne vaut plus rien en regard des dettes propres du Japon…

Comprenons bien : le risque majeur aujourd’hui est un risque devises. Les contreparties bancaires n’existent plus. Or, la devise est ce qui définit la totalité des actifs.
Nous allons donc assister à une chute des systèmes monétaires du Japon comme de la zone euro, et en partie de celles Etats-Unis. Mais, c’est en réalité à un changement de système monétaire mondial que nous allons assister qui ira bien au-delà des accords de dé-dollarisation actuellement en vogue dans certains échanges économiques.

Qui va se substituer à moi pour assurer les risques ?


En France, les marges des entreprises ont peu de chance de s’améliorer, tandis que les investissements sont en panne faute à la pression fiscale, tandis que pour la grande majorité des citoyens la priorité n’est plus d’épargner ou d’investir mais d’échapper à l’impôt ! En parallèle les retraites des systèmes privés (AGIRC ARRCO sont discrètement pillées afin de renflouer les systèmes de retraite publics (IRCANTEC) permettant de sauvegarder les régimes spéciaux).

Nous n’avons plus d’argent donc nous le dépensons sans compter… Notre système économique fonctionne désormais sur la dette.

Le déficit continue de se creuser alors même que notre pays a subi un choc fiscal sans précédent (69 milliards d’euros de prélèvements supplémentaires depuis 2011). L’objectif du déficit budgétaire de 3.6% du PIB en 2014 et de 3% en 2015 ne sera pas tenu. A comparer avec la promesse de FH (comme de NS) d’atteindre celui des 3% dès 2013 ! Nous sommes non seulement hors-jeu mais aussi discrédités…

La France est désormais un partenaire « junior » pour l’Allemagne. Le triangle dominant est UK-ALL-IT chacun défendant ses intérêts. UK fait du chantage sur sa sortie. ALL domine économiquement. Renzi est le socialiste européen qui réussit (pour le moment). La France a le levier de l’international mais ne l’utilise pas ! Sauf peut-être pour faire diversion par rapport à la scène intérieure : intervention à venir en Irak pour « effacer » les affaires Thevenoud, le succès littéraire de la rentrée et le retour de NS. Nous ne faisons plus partie du triangle dominant. Or, les autres pays européens s’agrègent auprès des dominants (Pologne-Allemagne, Tusk-Merkel notamment).

 

En Europe, la production industrielle a progressé de 2.2% en juillet mais uniquement grâce à l’Allemagne (2.4%)… il est amère de constater que l’Euro est devenue un outil déflationniste : hier, l’ajustement se faisait par la valeur de la monnaie (déflation), aujourd’hui, l’ajustement se fait par les salaires ; la baisse des salaires renforce la compétitivité… Certes, c’est la politique qui fut conduite par l’Allemagne.

L’ensemble des politiques économiques mises en place dans les pays européens et visant à renforcer la compétitivité par ajustements salariaux a alors conduit à rompre un cycle potentiel de croissance et a abouti à une impasse économique et budgétaire prévisible (je n’ai de cesse de le dire depuis trois ans) et à amplifier la déflation.

La crise provient de surendettement et de sur liquidités. Les réponses actuelles sont mauvaises car reposants sur une mauvaise allocation de l’épargne.

La déflation est notre horizon. L’inflation est passée en zone euro de 1.3 à 0.3% en un an. Dans différents pays (du Sud), les prix baissent de manière importante (Grèce et Espagne notamment). Or, la déflation induit mécaniquement une spirale dangereuse : baisse de l’activité (notamment par report des dépenses), baisse de la croissance (déjà nulle), augmentation de la dette et du coût de la dette (Grèce : recul du PIB de 20% et hausse de 25% du poids de la dette). Pour le bien de l’Europe, il faut que l’Allemagne aille moins bien !

 

En Allemagne, les données sont impressionnantes : faible chômage, profitabilité des entreprises, diminution du déficit public, augmentation des exportations et donc de l’excédent extérieur, augmentation des revenus par tête et stabilisation des inégalités (qui ne sont pas plus importantes du reste de la zone euro). A terme le vieillissement démographique allemand va modifier ce constat et notamment sur deux points immédiats : le taux d’épargne des ménages et le potentiel de croissance (faible : 0.4%).

Plus encore, la faiblesse de l’Allemagne dans les nouvelles technologies du fait des investissements importants dans le niveau de gamme de sa production dégraderont son commerce extérieur et entraineront des pertes de parts de marché vis-à-vis de nouveaux concurrents émergents. Mais il s’agit d’un modèle économique non duplicable car reposant sur un fort excédent commercial alors même qu’il est structurellement impossible à tous les pays européens d’être simultanément dans la même position. L’Allemagne est un passager clandestin pour le reste des pays européens. Ses solutions ne sont pas transposables.

 

Au Portugal, l’Etat est en faillite mais personne ne veut le reconnaitre, lui permettant de s’endetter à nouveau pour renflouer une banque. Or, les banques européennes étaient définies par l’ensemble des politiques européens comme saines et le système monétaire européen comme sain et sauf… Notre modèle européen dérive : les contribuables deviennent les seuls responsables de tous…

 

Il est sidérant de voir des responsables politiques dénoncer les risques de déflation tout en menant des politiques économiques déflationnistes. Pire, ces mêmes responsables réclament aujourd’hui des mesures d’assouplissement monétaire de la part de la BCE ; une drogue apaisante ; sans mesurer (ou vouloir mesurer) les conséquences de ces mesures ni même les travers du système monétaire mis en place. Mario Draghi est parfait dans son rôle mais n’a pas les moyens de transmettre des impacts dans l’économie réelle.

Les politiques d’assouplissement monétaire (en réalité, des politiques d’impression monétaire) ont partout échoués. Même la FED le reconnaît dans son rapport publié début septembre.

 

Au Japon, les revenus continuent de diminuer (c’est une constante économique japonaise depuis plus d’une décennie).

Le cas japonais est exemplaire à plusieurs titres car il est aussi structurel tandis qu’en face les responsables politiques ne cessent de pratiquer la même politique économique (nous en sommes à la 9ème politique d’impression monétaire) avec un leitmotiv : « cela ne marche pas mais cela finira par marcher » !

La Banque centrale japonaise ne peut plus désormais financer le déficit japonais car l’épargne japonaise est devenue insuffisante tandis que les investisseurs étrangers refusent de prêter au Japon (endettement à hauteur de 240 % de PIB). Donc, pour faire face, le Japon imprime des billets. Et certains en France et en Europe nous parlent de « modèle japonais » en nous exhortant à suivre sa politique.

Comprenons bien, la politique monétaire japonaise n’est pas une politique choisie mais une politique subie. A défaut le Japon sera en faillite car ne pouvant financer son déficit public. Le Japon est entré dans un cycle d’effondrement de la devise et d’hyperinflation violente avec pour conséquence à terme la cessation de paiement. Or, le Japon est la 3ème économie mondiale. Les conséquences économiques seront majeures.

 

Aux Etats-Unis, pas de croissance des revenus mais une reprise du crédit. De là, l’actuel reprise de croissance économique (1 à 1.8%), mais avec un nouveau problème de « qualité » du crédit, d’autant plus qu’un crédit est une dette soit pour investir soit pour consommer…. La bulle des crédits étudiants (student loans) risque d’éclater du fait de leur fort caractère subprime ; les actifs des entreprises sont nettement surévaluer (multiple supérieur à celui de 2007 et identique à celui d’octobre 1929 !) ; l’effet richesse ne cesse d’augmenter (l’enrichissement des ménages les plus riches impactes positivement la croissance, mais toute correction boursière entrainerait mécaniquement une récession).

La balance des exportations hors commerce extérieur se creuse. Certes les stocks ont baissé et réalisent à eux seuls pour près de 1.5% de croissance. Le déficit budgétaire américain ne se résorbe pas : de septembre 2013 à septembre 2014, 1 000 milliards de dettes supplémentaires aux Etats-Unis.

Plus encore, avec une croissance de 1.8% pour 2014, cela équivaut à 900 milliards de dollars de croissance de PIB pour une injection de 5 000 milliards de dollars dans leur économie. Ce qui signifie que pour 5 dollars de dettes, il y a 1 dollar de PIB !

Pire, là aussi les inégalités se creusent comme l’a démontré Thomas Piketty puis la FED. Si la crise financière avait permis une légère contraction des inégalités, ces dernières ont augmentés depuis 2010 : la part des richesses détenues par les 3% des américains est passée de 51.8% à 54.4% entre 2007 et 2013 (+2.6), tandis que celle de 90% des américains est passée de 33.2% en 1989 à 24.7% en 2013 (- 8.5) !

La macro économie n’est que l’agrégation des comportements économiques micro, c’est-à-dire individuel… On voit partout les revenus baissés et un chômage de masse atteignant des proportions hallucinantes et certains espèrent une croissance forte…. Tandis que certains interprètent les paroles de Yelen ou de Draghi, ou la parité euro-dollar, comme hier on interprétait les astres…. Certes, les économistes ont été inventés pour que les astrologues aient l’air sérieux, mais restons sérieux et constatons surtout le manque de conviction de tous les acteurs économiques et la recherche effrénée de justifications.

En réalité, depuis les années 80 en France et au Japon ; les années 90 aux Etats-Unis et en Europe, les années 2000 en Chine ; le dynamisme économique s’est fortement érodé. Refusant ce constat pour des raisons diverses (et radicalement différentes selon les zones), les responsables politiques ont décidé de stimuler l’économie de manière artificielle (politique de taux d’intérêt bas et politique d’assouplissement monétaire).

Du refus de ce constat, nombres d’erreurs ont été réalisées et notamment celle de la croyance en un redémarrage économique facile. Nous naviguons à vue…. Personne ne veut prendre la mesure du phénomène en cours depuis plus de 20 ans dans le monde….

Mais plus encore que le refus du constat, personne n’a voulu affronter la double origine de cet affaiblissement : le privilège commercial accordé en 2000 à la Chine par son entrée dans l’OMC et le vieillissement démographique de nos populations. Une population vieillissante réclame une monnaie forte afin de lutter contre l’inflation (l’inflation diminue les rentes). Lorsqu’une population vieillit démographiquement, elle devient rentière (par diminution du nombre de « producteurs ») et préfère détruire sa compétitivité (y compris à l’export) au profit du maintien de sa rente. De ce fait, il est sidérant de voir le gouvernement français s’attaquer à la seule politique française efficace que constitue notre politique familiale !!

Ce que nous observons actuellement dans le monde entier (stagnation-baisse des salaires, montée des inégalités, augmentation du capital) traduit un dysfonctionnement du système politique qui ne parvient plus à rendre les « marchés » concurrentiels encourageant les dysfonctionnements.

 

Qui va se substituer à moi pour assurer les risques ?

 

Nous sommes très loin de la reprise économique.


Les prêts aux entreprises et aux ménages baissent dans tous les pays européens tandis que les revenus disponibles ne cessent de diminuer. Le taux de croissance de la zone euro s’établit à 1,1% en moyenne sur la période 2001-2011 contre 1,9% hors zone euro. Pour rappel, pour la France : 0%, Italie : -0,1%, Portugal : -0,7%, Pays-Bas : -1,4%, Allemagne : 0,8% alors même que 80% de la richesse mondiale provient des exportations, ce qui démontre malheureusement le peu de dynamisme du commerce mondial…
Au niveau des PIB la situation est tout aussi inquiétante : si le PIB allemand a augmenté de 3,3% depuis 2008, il est en baisse dans toute la zone euro, atteignant une baisse de 23,3% en Grèce. L’investissement est lui aussi en baisse
Dans différents pays de la zone euro, les prix baissent ; 2% en moyenne en Grèce sur la dernière année mais dorénavant aussi au Portugal depuis février 2014 et en Espagne depuis mars (- 0,2% sur un mois), augmentant mécaniquement aussi le poids de la dette…
Pour la France, notre inflation est tombée à 0,5% au regard du fameux « panier de la ménagère » (donc avec marge de la distribution) alors qu’ils sont en baisse de 1,3% dans l’industrie (retrouvant en cela les baisses de 2008/2009). Un processus déflationniste semble en train de s’engager dans une partie de la zone euro.
Aux Etats-Unis, les derniers chiffres sont à ce titre particulièrement significatifs (et renforcent notre dernière analyse) : – 2,9% de croissance révisée pour le premier trimestre 2014 avec correction négative pour avril et mai… Pour rappel, il était initialement défini par les autorités américaines a +0,1% et j’avais indiqué combien il était absurde de le prendre au sérieux… Durant la période récente (depuis 2008), le QE mis en place par la FED a conduit à la fois à une hausse du prix des actifs tandis que le taux d’épargne des ménages n’ eu de cesse de baisser depuis 2012…
Les inégalités ne cessent de croitre dans les différentes sociétés (aux Etats-Unis, depuis 2009, 95% de la croissance des revenus est allée au 1% le plus riche). Les revenus du capital étant plus élevé que la croissance, une nouvelle concentration des richesses et du capital se poursuit… Cette croissance des inégalités, si elle n’est pas combattue, impliquera des déflagrations de violence de par l’absence de débouchés de travail ainsi qu’une redéfinition des critères politique. Il convient donc d’élaborer un nouveau système fiscal (remise à plat du système de l’impôt sur le revenu et le capital).

En conséquence :
– Miser sur le retour de la croissance pour lutter contre le chômage paraît donc totalement en décalage avec la réalité économique. Ne pas omettre un fait démographique : en Allemagne le taux d’emploi augmente parce que la démographie diminue (la baisse du taux de chômage en Allemagne provient pour plus de 80% des départs en retraite).

– L’insuffisance de croissance économique ne fait que renforcer les risques géopolitiques (manque d’argent pour « acheter » les problèmes).