Arabie saoudite…. succession et géopolitique


Le roi Abdallah Ben Aziz Al-Saoud est gravement malade.
Selon différentes sources son état serait suffisamment grave pour que les membres de la famille royale saoudienne ait reçu consigne de reporter leurs déplacements hors du royaume. De même, le roi a été, à de multiples reprises, absent lors de discours officiels au mois d’août, septembre et octobre 2013. Plus encore, depuis le début du mois d’octobre, seul son fils, Mouteb Ben Abdallah, ministre de la garde nationale, est autorisé à le voir.
Cette aggravation de l’état de santé du roi saoudien place de fait, le royaume dans une succession problématique.
Le Prince héritier, Salman Ben Abdel Aziz (qui a succédé au Prince Nayef) a été imposé par la contrainte à la famille par le roi Abdallah (comme l’avait été aussi Nayef). Or, non seulement il doit faire face au « ressenti » et aux oppositions de certains membres de la famille royale, mais plus encore il ne dispose que de peu de leviers et notamment pas ceux des forces de sécurités.
Face à lui, le clan Sultan revient en force de par sa position au sein de l’appareil politique et militaire saoudien via Salman Ben Sultan, vice-ministre de la défense tandis que Bandar Ben Sultan tient les manettes de ceux des services de renseignements… face au roi qui avait tenté à la fin du premier semestre de cette année de limoger Khalid Ben Sultan via un décret… Plus encore, toutes les forces de sécurité et sécuritaires saoudiennes sont aux mains de concurrents de l’actuel Prince héritier. Le fils du roi dirige la garde nationale, le ministère de l’intérieur est aux mains de Mohamed Ben Nayef Ben Abdel Aziz et du Prince Abdel Rahman, tandis que le ministère de la défense est entre celles de Mohamed Ben Salma et de Salman Ben Sultan, tous deux en conflit larvé.
La succession se heurte donc à trois problématiques majeures : le prince héritier ne bénéficie d’aucun appui sur les forces militaires et sécuritaires ; toute désignation d’un nouvel héritier sera difficile ; les clans familiaux s’opposent au sein de conseil de famille…
Plus encore, les problématiques géopolitiques (Syrie, Iran, Egypte) modifient profondément la donne. D’une part le clan Sultan, historiquement proche des américains, s’appuie sur les néo-conservateurs américains. Mais, l’évolution de la position américaine, tant sur les frappes occidentales en Syrie que sur le dossier iranien, a donné naissance à un climat non pas encore de défiance, mais d’inquiétude… Le lâchage de Moubarak et plus encore l’absence de soutien des américains au général Sissi face aux Frères Musulmans n’a toujours pas été digéré par les saoudiens…
De fait, le rapprochement américano-iranien comme la reculade américaine sur les frappes en Syrie inquiète la famille royale et engendre des recherches de soutien politico-militaire, tant pour le royaume que pour d’éventuels appuis pour la succession…. Bandar Ben Sultan, tout en continuant de faire fonctionner ses réseaux américains (22 ans passés à Washington) vient de faire passer quelques messages officieux à la France par le biais d’émissaires officieux puis par celui de notre ambassadeur.
Sur la Syrie, l’Arabie Saoudite a ainsi clairement indiqué souhaiter travailler avec d’autres partenaires que les Etats-Unis, privilégiant désormais la France et la Jordanie ; demandant à la France de la soutenir sur le dossier syrien, sur la problématique iranienne mais aussi concernant l’Egypte en permettant l’acquisition de matériels terrestres par l’Egypte via un financement saoudien…
De même, le refus de siéger au conseil de sécurité de l’ONU (ce qui laissera la porte ouverte à la Jordanie) est d’abord un message adressé directement aux américains. Cette décision fut prise à l’encontre du travail des diplomates saoudiens ayant œuvré pour ce poste et cette reconnaissance du rôle de l’Arabie Saoudite. Au-delà des contradictions de la diplomatie saoudienne inhérente aux luttes de factions au sein de la famille royale, au-delà même de message de mécontentement adressé aux américains, l’Arabie Saoudite entend dire que dorénavant seuls ses propres intérêts seront pris en compte….
Néanmoins, si les émissaires saoudiens ont tout aussi clairement indiqué la volonté saoudienne de diversifier ces approvisionnements militaires, et ont invités le Président Français à se rendre prochainement en Arabie Saoudite ; aucun pays ne pourra se substituer dans l’immédiat aux Etats-Unis pour assurer la sécurité du royaume (et de la famille royale).

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Otages : le « jeu » malien…


Au-delà des énormités proférées ces derniers jours concernant la libération de nos otages puis de l’assassinat de deux journalistes au Mali, il convient de remettre certains faits en perspectives.
AQMI revendique aujourd’hui l’acte. D’abord, il est peu probable que cette organisation ait eu le temps et les moyens d’organiser cette opération dans des délais si brefs. Ensuite, au-delà de leur habillement, les quatre hommes ayant enlevés puis exécutés les deux journalistes, parlaient tamashek, c’est-à-dire la langue Touareg. Enfin à Kidal, différentes sources indiquent nettement des Touaregs, sous-traitants monnayant leur butin auprès de commanditaires, issus de la ville même de Kidal ; et décrivent moins une capture / enlèvement des journalistes à l’extérieur, qu’une « livraison » de ces deux derniers par des membres du MNLA à des sous-traitants travaillant ici pour la katiba d’al-Targui (Touareg proche d’AQMI).
De fait, nous nous situons dans une lutte politique entre différents mouvements (MNLA, Ansar-Dine, AQMI, Signataires du Sang, MUJAO, …), c’est-à-dire dans un jeu complexe d’alliances, de désalliances et de recompositions politiques, avec en son centre Iyad Ag Ghali.
Ce dernier est fondateur du mouvement touareg islamiste Ansar Dine, à la fois initiateur de la prise de Konna et du raid sur Bamako, et au cœur de la problématique malienne.
Iyad Ag Ghali vient de se (re)positionner politiquement par le biais de la libération des quatre otages Français et du blanc-seing accordé par le gouvernement Français (liberté totale de mouvement pour lui et ses hommes durant la négociation, réarmement, financement, …).
Les deux journalistes sont donc d’abord victimes indirectes de luttes de pouvoir entre mouvements et plus encore entre chefs de faction. Plus encore si comme nous l’indiquent nos sources, la rançon de libération des otages n’a pas été « redistribuée » comme convenue par Ag Ghali…
Là est un des motifs premiers : plusieurs armées et factions rivales cohabitent sans qu’aucune ne maîtrise la ville de Kidal, mais aussi au-delà de la périphérie. Et ce n’est ni l’armée française ni la MISMA qui créeront une quelconque stabilité ou sécurité.
Au-delà de sa tragédie, cet acte est le révélateur de l’incompréhension des décideurs français de la problématique malienne ; de l’échec politique (car idéologique) du pouvoir français malgré une réussite militaire (Opération Serval) comme de l’inadéquation entre principes moralisateurs et réalités géopolitiques.