Penser l’impensable : le fait national-libéral


Ci-après une note rédigée en décembre 2016 suite à la victoire de Donald Trump pour un service gouvernemental Français.

Imprévisible élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis comme l’était l’imprévisible Brexit ! Imprévisible pour tous ceux qui refusent de penser l’impensable…
Lire une analyse et découvrir que le Brexit comme l’élection de Trump « ne se peut » car elle fait « figure de scandale » en dit long sur l’incompréhension du mouvement de fond et le refus de regarder en face la nouvelle réalité du monde. Pétrification idéologique, pétrification stratégique, qui conduisent à refuser le constat que dressait l’ambassadeur de France dans un tweet « tout est désormais possible » …
Trump et son entourage inquiètent… Certains analystes n’hésitent pas à décrier « la brutalité » du nouveau dirigeant, sa « violence verbale dans nos démocraties réglées », ou encore sa « dangereuse inculture » … Refusant cette réalité élective, ils espèrent d’abord un rejet de son élection par les grands électeurs, puis souhaiteront un impeachment… Les mêmes décrivent un « phénomène politique interne isolé » oubliant que si Trump remporte l’élection présidentielle américaine, la lame de fond électorale lui offre tout autant le Congrès (le Sénat et la Chambre des représentants), et, plus important encore, la Cour suprême.
Plutôt que de poursuivre les descriptions et jugements sommaires sur Trump, son style, sa coupe de cheveux, son équipe de campagne ou son entourage ; nous devrions nous interroger sur les raisons qui ont conduits tant les électeurs britanniques à produire le Brexit et les électeurs américains à produire Trump… car les deux phénomènes ont les mêmes origines et leurs conséquences géostratégiques sont de prime importance ; puis de là, tenter de nous projeter dans un avenir.

Une rupture du monde s’est produite en novembre 1989. La chute du mur de Berlin constitue, de manière symbolique mais aussi géopolitique, le début d’une période de transition. Un nouveau monde n’est pas né en 1991 au travers de l’affirmation d’un nouvel ordre mondial, ni même le 11 septembre 2001 ; car malgré les déclarations péremptoires, les démocraties n’ont pas changé le monde ! Bien, étonnamment, en 2016 avec la conjugaison du Brexit et de l’élection de Trump, se produit la rupture stratégique.
Depuis 1688 (Glorious Revolution), le monde anglo-saxon « fait » (détermine) le jeu mondial. Or, et c’est bien là l’important, les bouleversements se déroulent au cœur de ce monde anglo-saxon. Britanniques et américains ont rompu le consensus. Le Brexit, comme l’élection de Trump, c’est dire et affirmer vouloir faire autrement, et donc annonciateurs d’autres bouleversements. De là aussi, stratégiquement, la réaffirmation de l’Etat territorial. Une forme d’impérialisme américain d’un côté (forme d’Hégémon), recentrage national et retrait du monde de l’autre. Ce qui se traduit immédiatement dans les représentations américaines en matière de politique étrangère.
2008 fut l’année d’une prise en compte, le début d’une révolution et l’aube d’une dynamique. Celle, non plus de davantage d’interdépendance mais de plus de souveraineté. Révolution car les opinions anglo-saxonnes, hyper-individualistes, redécouvrent soudainement et profondément les vertus du « collectif ». En ce sens, aussi, quête culturelle identitaire et recherche de « valeurs traditionnelles » face à la globalisation. La dynamique remet en cause ce que les américains nomment « le consensus de Washington » et elle pose un constat : l’Etat-Nation, pour l’Occident comme pour son cœur qu’est le monde anglo-saxon, apporte des bénéfices que la mondialisation, non seulement ne peut apporter, mais désormais détruit.
Pétrification économique qui consiste à accumuler des richesses et du capital, non pas pour utiliser ces richesses et ce capital, mais à unique fin d’accumulation ; aboutissant par là à une pétrification sociale et à un élargissement entre possédants et non-possédants. Même pétrification dans notre modèle social français tant vanté, qui ne protège que les protégés et laisse dans le froid et sur le chemin des milliers (millions ?) de nos concitoyens précarisés et figés dans le non-emploi/vie précaire (précariat).
Le modèle anglo-saxon bouge car il ne fonctionne plus pour le plus grand nombre. Dénonciation du libre-échange, volonté de protéger et de défendre sa population, affirmation territoriale y compris dans la dimension « frontière » … En ce sens, révolution / transition américaine et britannique en cours, mais aussi (re)découverte de ce qui se joue sur le continent européen avec l’Allemagne et la Russie, et un basculement vers le fait national.

La victoire de Trump vient de la contestation du libre-échange qui détruit le peuple américain (les classes moyennes) ; une victoire qui surgit du cœur blanc de la démocratie américaine (démocratie blanche qui constate son déclassement démographique à terme) souffrant de la violence de la mondialisation. Trump a défini les maux ET la réalité américaine, du moins vécue par une part considérable de la population américaine (classes moyennes et classes dites populaires) : celle d’un quotidien déplorable issu d’une mondialisation et globalisation détruisant l’intérieur de la société américaine.
Obama laisse son pays dans un état catastrophique. Le rêve américain ? Oui, mais loin de l’être pour tous les américains pour lesquels les indicateurs socio-économiques exposent à la vue de tous (années 2010-2016) une nette dégradation du niveau de vie. Comme le démontre Olivier Delamarche, ce sont près de 102 millions d’américains qui sont sans emploi ; plus de 50 millions qui se nourrissent avec les bons d’aide alimentaire et 33% des américains qui sont désormais incapables de subvenir normalement à leurs besoins alimentaires ; ce sont près de 20% des jeunes adultes qui vivent chez leurs parents/grands-parents faute de pouvoir se loger ; c’est une mortalité en hausse dans la population blanche pour la tranche 45/54 ans ; … Le compromis socio-économique n’est plus tenu…
Ce malaise dans les classes moyennes et populaires (désormais affublées du terme « populistes ») conduit politiquement à une pression démocratique sur des sociétés qui ne sont déjà plus des sociétés démocratiques ; conséquence directe de la disqualification du Politique et de la démocratie représentative (démocratie twitter avec Trump ?). La démocratie, directe ou indirecte, n’est pas un régime de compétences ; tant au niveau des électeurs que des responsables et dirigeants politiques ; d’où son besoin impérieux d’une élite. En France, aussi sidérant que cela puisse être, celui qui se définit comme issu du corps des élites et qui entend répondre aux effets de la mondialisation et des souffrances engendrées, se nomme Emmanuel Macron. Curieuse campagne de fait que la campagne présidentielle française qui s’annonce, où François Fillon entend représenter l’antisystème, Jean-Luc Mélenchon veut abandonner le bruit et la fureur révolutionnaire, et Emmanuel Macron propose la révolution.
La situation américaine (interne comme externe) sera compliquée avec ou sans Trump, au regard du montant des dettes (niveau économique) et des détenteurs de cette dette (niveau géopolitique). Actuellement les Chinois vendent de la dette américaine, et les Japonais, derniers serviteurs zélés de l’Hégémon américain, achètent cette même dette, soit 1 070 milliards de dettes américaines supplémentaires entre le 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016. Et la politique économique de Trump vise à augmenter cette dette…
Donald Trump indiquait clairement, dès avril 2016, que sa priorité serait désormais « l’Amérique d’abord ». Pour lui comme pour les Britanniques, forme de refondation et de recherche d’un développement autonome se recomposant autour de fondamentaux traditionnels.
Trump n’est pas en guerre contre le libéralisme économique. Theresa May, Xi Jinping et Vladimir Poutine sont sur la même ligne. Ne pas confondre libre-échangisme économique et interdépendance. Etablir des barrières tarifaires, des frontières économiques ou migratoires, des politiques protectionnistes, limiter la circulation des personnes et du capital, autant de mesures qui appartiennent aussi à la pensée économique libérale, et nous ramènent aux origines mêmes du développement économique du monde anglo-saxon. La remise en cause des accords d’échange sera donc une suite logique. Trump, de par sa personnalité, va favoriser des négociations bilatérales commerciales, dans une forme de diplomatie du deal, qui viseront d’abord à permettre un phénomène de réindustrialisation et de recentrage économique. Deal économique, deal commercial, deal géopolitique, …

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, l’effet Brexit et l’effet Trump conduisent à un constat majeur : la question allemande va redevenir d’actualité. Mais de nombreuses questions restent en suspens et particulièrement celle de l’Euro/gouvernement de la zone euro. Et, là, certes les événements à venir au sein de la zone euro seront contraignants, mais plus encore l’attitude allemande.
De fait, au sein de l’Union européenne, devant l’abandon Français (la France est tétanisée par le vertige du déclassement), l’Allemagne visera à imposer ses intérêts économiques et géopolitiques avec davantage d’indépendance (et moins d’interdépendance), tant vis-à-vis de la France que de l’Union européenne ; ce que Steinmeeir à l’été 2016 annonçait déjà en indiquant que l’Allemagne se devait d’agir politiquement et économiquement « éventuellement avec l’Union » face aux puissances mondiales (signifiant par là-même en contrepoint sa volonté d’agir sans l’Union).
Le fait national allemand, c’est tout autant sa prise de contrôle économique et commerciale, sa toute-puissance monétaire au travers de l’euro, que dans un autre domaine sa politique migratoire. La question allemande que nous (re)découvrons, et qui ne va avoir de cesse de se développer pour les deux décennies à venir, devrait nous conduire à nous interroger profondément sur le devenir de notre relation avec la Grande-Bretagne.
Le Brexit n’est pas un souci économique pour les Britanniques mais un problème politique pour les pays européens, signifiant en terme politique une volonté de retour au peuple, en matière monétaire une nécessaire donc prévisible chute de l’euro, et en terme territorial comme stratégique, une Union européenne qui devra impérativement se modifier/corriger si elle souhaite perdurer (ce qui n’est pas acquis).
Vladimir Poutine en Russie, Trump aux Etats-Unis, Xi Jinping en Chine, mais aussi Angela Merkel en Allemagne et Theresa May en Grande-Bretagne, doivent nous amener à regarder le monde réel. Volonté du peuple américain de se désengager du monde, pas de ses dirigeants traditionnels (Clinton versus Trump). Volonté britannique de recouvrer sa liberté envers une bureaucratie bruxelloise jugée bien trop contraignante. Volonté russe de recouvrer une puissance malmenée depuis 25 ans, volonté allemande de se réaffirmer nationalement, volonté chinoise de restaurer l’Empire du milieu…

En laissant faire cette dérive stratégique qui nous isole doublement (isolement stratégique face à la Grande-Bretagne et isolement stratégique face à l’Allemagne), la France a bel et bien perdu (provisoirement ?) la main stratégique. Sommes-nous dans l’aveuglement ? Ce double choc a eu lieu. Il faut le regarder comme tel et non pas le nier. Or, de nombreux analystes et dirigeants politiques tentent de croire dans une illusion qui leur convient alors que nous sommes en train d’assister à la fin du système occidental. Il faut d’urgence accepter la réalité, fut-elle impensable. Faute de quoi, nous serions, nous Français, en train de quitter l’histoire !

Syrie et PMO


L’élargissement des vols de reconnaissance de la France dans ce qui semble désormais faire office de stratégie française, constitue d’abord et avant tout une réponse à l’opinion publique française. Il en est de même des premières frappes des forces aériennes françaises en Syrie, visant avant tout à affirmer une posture présidentielle française face à Vladimir Poutine et Barak Obama à New-York de crainte d’être désormais isolé… Sorte de volonté présidentielle de se hisser sur un strapontin à la table de négociations après quatre années d’errements moralisateurs par le biais de postures et terminologies martiale….
Des négociations ont lieu depuis plusieurs mois puis se sont intensifiés ces dernières semaines entre Américains, Iraniens et Russes sur la suite à donner. Les Russes veulent éviter l’effondrement de l’Etat Syrien et trouver une sortie « honorable » à Bachar. De là, depuis mai 2015 des entretiens bilatéraux entre Russes et Américains, puis élargies aux Iraniens (en bi puis trilatérale).
La personne de Bachar El-Assad est le point de fixation. Les atermoiements sur Bachar sont contre-productifs. La question n’est pas l’avenir de Bachar Al-Assad. Pactisez ou pas n’est pas la question. Personne ne conteste la réalité de Bachar Al-Assad et de son régime. Nous sommes dans un système complexe. La question est de trouver une solution politique. Introduire une dimension personnelle sur Bachar dans notre politique extérieure est (était) une erreur grave, aux conséquences funestes. Pour rappel à certains de nos politiques qui nous expliquent la « faute morale » à vouloir discuter avec Bachar, les propos de Churchill au début de la Seconde Guerre Mondiale, évoquant une alliance avec le diable si Hitler envahissait l’enfer…
En parallèle de ces premières initiatives diplomatiques, Vladimir Poutine a graduellement déployé des forces en Russie, mettant les autres puissances devant le fait accompli et ne reconnaissant son implication qu’à ce stade… Politique du fait accompli qui est la marque de Poutine depuis 2008, et qui après le Caucase du Sud, puis la Crimée, s’imbrique au sein du Proche et Moyen-Orient montrant ainsi la volonté russe de s’impliquer à nouveau dans les questions de cette zone. Certes, d’abord par le constat de la réalité du terrain, renforcé par le fait que les iraniens ont indiqué à la Russie ne plus être en mesure à reprendre le contrôle de certaines positions comme à protéger Bachar (entretien entre des responsables russes et iraniens de la Brigade Al-Qods). Mais, de manière plus profonde, rien de moins qu’un changement majeur dans les relations internationales, équivalent (effet boomerang ?) de son éviction de la scène internationale en 1991… Juste retour du balancier pour les russes… Mais, de fait, une période de transition s’achève, un nouveau monde est en train de naître….
A ce stade, et en Syrie, la Russie ne cherche pas à s’opposer frontalement aux puissances occidentales, mais cherche plus intelligemment à devenir le « leader » de la coalition anti-E.I et le garant d’une solution. Une coalition concentrée sur cet adversaire et non pas Bachar Al-Assad dans laquelle il veut amener les américains à définir avec lui les opérations à venir. C’est l’arrière-plan de sa position et de son discours.
Et cette habile manœuvre diplomatique n’a pas attirée que la Syrie et l’Iran. L’Arabie Saoudite depuis plusieurs mois a des entretiens réguliers avec la Russie tout comme l’Egypte ou encore la Jordanie. Le Premier Ministre Israélien a eu des entretiens avec Vladimir Poutine (dans une volonté de montrer son agacement vis-à-vis de la politique américaine mais aussi une nécessité de « coordonner » techniquement les opérations entre les deux pays puisqu’était présent outre le Premier Ministre, le chef des renseignements militaires ainsi que le Chef d’Etat-major de le Tsahal), suivi peu après par la Turquie. L’Allemagne a eu des entretiens discrets avec les russes sur le sujet, tout comme Kerry… Petit à petit donc, les européens et les américains s’alignent sur la position russe : simple principe de réalité ?
Un principe de réalité que nous n’aurions jamais dû omettre. La stratégie française en Syrie est en échec depuis quatre ans car en décalage profond avec les événements. Elle risque de l’être encore en partie au regard du décalage entre les déclarations stratégiques (nous voulons la destruction de l’E.I) et des moyens (frappes aériennes).
Et, il est tout autant « surprenant » d’entendre nombres de nos responsables politiques constater que nos frappes ont des effets limitées et/ou marginales ; qu’elles ne nous préservent pas du risque d’attentats terroristes contre nos intérêts (sur notre territoire ou à l’extérieur) ; qu’elles ne réduisent pas l’attrait au djihad de nombres de nos jeunes ; qu’elles ne nous procurent pas une place centrale mais une place marginale au sein des négociations diplomatiques ; etc… Serait-ce là une « surprise » pour eux ?
Au-delà, considérant les multiples déclarations de ces mêmes responsables politiques de droite comme de gauche demandant une intervention militaire contre l’E.I (avec des variantes burlesques) ; pour l’essentiel et à une notable exception, ce sont les mêmes politiques qui depuis 1981 n’ont eu de cesse, exécutif par exécutif, de mettre à mal l’armée française. Personne n’assume les conséquences de ces décisions passées et une contradiction majeure : les armées françaises n’ont plus les moyens des ambitions du pays, tandis que nombres de responsables souhaitent leurs assigner un engagement militaire hors de proportion… constat douloureux de personnels politique dégrisés.
Or, devant l’émotion des opinions publiques ; la confusion gagne conduisant nos responsables politiques effarés à vouloir fondre les problèmes en un seul : terrorisme, migrants, E.I ; et à décider de nouvelles phases d’opérations sans aucune perspective de solution pour l’après E.I. faute d’appréhender la complexité de la situation. Mais la virilité de la posture politique l’impose !
Sur le terrain, tout est fragmenté. Les acteurs sont multiples (plus de 2 000 katibas sur le terrain), les alliances diverses, variées et fluctuantes… tous les acteurs y compris régionaux ont des intérêts contradictoires, impliquant des ambiguïtés et des double-jeux politiques. Dans le viseur la Turquie, mais aussi les monarchies du Golfe….
E.I a une stratégie. Vladimir Poutine a une stratégie. La France n’a pas de stratégie. Le Président Français nous indique vouloir lancer une offensive sur Daech (qu’il conviendrait de nommer E.I) afin de « réduire la menace terroriste » (avec l’invocation de l’article 51 de la Charte des Nations unies), est-ce à dire que les frappes aériennes de la coalition depuis un an n’ont produit aucun effet ? Donc, est-ce à dire que notre stratégie initiale était fausse ou incomplète ? Est-ce à dire que nous allons frapper aussi au Yémen contre AQPA (responsable d’attentat contre la France) ? Est-ce à dire que nous aurions dû faire cela auparavant, y compris en 1995 ? Est-ce à dire, enfin et surtout, que nous pensons réellement que ces frappes aériennes vont dissuader et/ou empêcher tout nouvel attentat ?
Les frappes aériennes comme une potentielle offensive terrestre ne constituent pas une réponse globale. Une guerre, comme une offensive (terrestre ou autre) n’est pas une finalité politique. Juste un moyen. En ce sens, le choix de frappes aériennes définit l’objectif : non pas vaincre, juste contenir… ce qui est déjà quelque chose, mais en inadéquation avec les objectifs stratégiques. Un moyen devant permettre la mise en œuvre d’une solution / effet final recherché, soit dans le cadre préétabli, soit dans un nouveau cadre. On fait la guerre pour un devenir !
Voilà pourquoi, en Syrie et en Irak, rien ne se fera (et ne se fait) sans forces au sol… De là aussi, la nécessité impérieuse d’associer des puissances régionales : certes l’Iran que tout le monde cite, ou encore la Turquie, mais aussi l’Egypte.
E.I est une organisation née en Irak, qui s’est exportée en Syrie, puis répandue ailleurs du Maghreb à l’Asie. E.I est un projet politique révolutionnaire international, susceptible d’attirer à lui tout le monde. En ce sens, la problématique politique est autant chez eux (recomposition de la zone du PMO) que chez nous… de ce fait, il s’agit bien là, à l’œuvre, de transtensions mondiales remettant en cause « l’ordre mondial ». Un nouvel ordre va naître. Changement par le chaos et non pas les nouvelles croisades. E.I utilise un mythe et ces membres ne veulent pas être (plus être) les perdants de l’Histoire.
Ce qui se déroule actuellement en Syrie et en Irak, ne concerne pas uniquement ces deux pays, mais bien au-delà : le Proche et Moyen-Orient est en recomposition ; l’ensemble du monde arabo-musulman (appellation très impropre je le concède) est concerné ; l’Etat Islamique mais aussi des groupes comme Al-Nosra, sont dans un projet politique global avec de nombreuses ramifications. Refus de la modernité diront certains. Refus de notre modèle social, politique mais aussi économique (qualifié par eux de « barbare ») surtout bien avant des questions de religions. Question de souveraineté au sens de légitimité, tant individuelle que collective. Sorte de refus du « nous » que nos sociétés proposent au profit d’un « je » individuel devenant très vite un « nous » collectif pour une autre forme de société.
En Irak, en Syrie, en Libye, en Egypte mais aussi dans les zones tribales Afghano-Pakistanaises (un mouvement pro E.I émerge) les Etats traditionnels ont implosé dans une dynamique de recomposition à la fois territoriales (frontalières), sociétales et politiques (dans une logique d’agonie des différents régimes). Demain, d’autres pays seront concernés, en premier lieu l’Arabie Saoudite.
Face à des groupes djihadistes (Yémen, Mali, Nigeria, Afghanistan, Pakistan, Somalie, Libye, …) aux motivations multiples mais regroupés au sein d’un projet politique global, il nous faut nous adapter. Si nous avons su (partiellement) dans le passé faire face à des petits groupes variés, dispersés et géographiquement localisés ; nous devons appréhender la mouvance djihadiste adaptative actuelle de manière différente et elle aussi adaptative.
Sur le plan géopolitique, il nous faut d’abord donner des garanties aux populations diverses de la zone ; revoir avec l’ensemble des partenaires régionaux les problématiques frontalières, et travailler dans le temps long par le biais d’une diplomatie ambitieuse : c’est-à-dire ayant pour tâche de (re)nouer des relations difficiles et ne pas les refuser de prime abord.
Voilà pourquoi sans perspective de solution politique immédiate pour l’après E.I, notre combat militaire ne peut être que d’arrière garde : tenir la position et non pas de grande offensive terrestre. Tenir la position : renseignements toujours, cycle raccourci d’exploitations, frappes ciblées, politique assumée de décimation de l’ennemi (y compris lorsqu’ils sont de nationalité française ce qui risque de faire « tanguer » politiquement certains) et de ses chefs. Tenir la position, mais en étant assuré sur sa « vision politique », solide sur ses positions géopolitiques et morales ; affermit sur ses moyens, clair sur les conséquences de ses choix et actes, puissant sur sa volonté politique…

Craquements syriens


Il est désormais possible que Damas tombe ainsi que son régime. De même, une extension de la zone de crise à la Jordanie est désormais certaine. Ce pays fournit des bases logistiques et d’entraînement à certaines forces rebelles. Il est vrai essentiellement en tant qu’intermédiaire stratégique pour les pays occidentaux et les pays du Golfe.

L’armée syrienne, qui vient de connaître de nouveaux revers au sud (frontière Jordanienne) mais aussi à Alep, est éprouvée. A l’Est de la Syrie, Daesh pousse son avantage sur la route de la capitale (y compris à Deir ez-Zor). Surtout, dans la province d’Idlib, les forces fidèles au régime ont connu une défaite majeure face à des forces fédérées autour du groupe Front Al-Nosra (villes d’Idlib et de Jisr Shughour). Le centre de la Syrie va devenir une zone de guerre forte où s’affronteront plusieurs groupes djihadistes concurrent. La situation se tend aux frontières de la Syrie. Si celle avec l’Irak à disparue, celle avec la Turquie pose problème ainsi que la zone de délimitation avec les kurdes. Le recours à des attentats suicides pour forcer les verrous (plus de 40 attentats suicides pour la seule ville d’Iblib) est devenu la norme des tactiques de Daesh comme du Front Al-Nosra ; tout comme lors de certaines de ces opérations, l’usage massif de missiles antichar occidentaux, démontre l’implication de nombreux pays.

Il n’est pas invraisemblable d’envisager une attaque massive des groupes djihadistes sur Damas par le biais d’une multitude d’attentats… « Poly-attentats » suicides déstructurant les forces et le commandement dans la capitale.

Il convient de noter que des opérations sont en cours de préparation de la part de différents pays (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Russie, mais aussi Turquie, Arabie Saoudite, Qatar, Israël). Au total, le nombre de « forces spéciales » et autres « membres de services » actuellement sur place est effarant, combinés à des alliances différentes, mais visant à faire tomber le régime syrien.

Et, le fait marquant, essentiel est là. Depuis le début de la crise en Syrie, les protagonistes se combattaient les uns les autres afin d’obtenir et d’affermir le soutien des puissances étrangères, qui du Qatar, qui de l’Arabie Saoudite, qui des Emirats-Arabes-Unis, qui de la Turquie… De même, les positions des puissances occidentales divergeaient.

Au niveau diplomatique, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie se sont rapprochés. Ainsi, on a pu assister lors de certains combats à des djihadistes utilisant des armes fournies par Ryad, blessés franchissant librement la frontière Turque afin d’être soignés par des médecins turques. Dernièrement, ce sont les journaux turcs eux-mêmes qui se sont fait l’écho des livraisons d’armes aux djihadistes via la Turquie par le biais des services secrets de leur pays. Mais plus encore, un accord semble avoir été conclu entre toutes les parties prenantes, y compris les puissances occidentales. Bachar El-Assad affronte donc des forces hétéroclites et radicales mais désormais coalisées.

Dès lors, il est logique de constater l’implication croissante de l’Iran et surtout de son bras armé dans la région que constitue le Hezbollah. Son leader, Hassan Nasrallah a clairement indiqué que son mouvement soutiendrait le régime syrien jusqu’au bout et plus encore a répété dernièrement une nouvelle fois que son mouvement combattrait « où il le faudrait sur le territoire syrien ». Ce faisant, la menace se fait plus pesante au Sud. Dès lors, la Jordanie devra faire face dans les tous prochains mois, à la fois à la pression du Hezbollah et à l’implantation de Daesh sur son territoire.

Pour survivre, le régime de Bachar El-Assad va devoir faire des choix, et d’abord des choix territoriaux, laissant certaines zones et certains axes à Daesh d’une part et au Front Al-Nosra d’autre part. Or, Damas ne contrôle déjà plus que 30% de son territoire (mais environ 60% de sa population)

La « crise » va donc durer. Daesh est en train de se structurer véritablement en s’appuyant notamment sur les cadres baasistes.

Bachar El Assad, qui reste dans une structure mentale baasiste, envisage toujours la reprise totale du territoire syrien. A l’inverse, son allié iranien, pousse Bachar El-Assad a accepter une partition de son territoire et replie ses forces sur un territoire plus réduit autour de Damas. Surtout ce schéma implique un abandon d’Alep.

Dans l’attente d’une offensive djihadiste sur Damas, l’entourage de Bachar EL Assad est en train de quitter le pays et se rend à Minsk (hors des poursuites internationales). En parallèle, les Russes semblent sur le point de le lâcher et de négocier avec différents pays une suite tragique.

 

Quant à la France, elle a toujours manqué de vision et de clairvoyance sur ce dossier et c’est contentée de réagir aux événements sans jamais ni les anticiper, ni les prévenir. Il n’est pas exclu de la part de la France d’un nouveau changement de cap diplomatique et que nos forces effectuent des frappes en Syrie dans les semaines qui viennent, uniquement dans le but d’avoir voix au chapitre… bien piètre vision stratégique….

 

 

Les arbres ne montent pas au ciel


Les derniers chiffres de l’économie américaine sont encore plus mauvais que les précédents. La production industrielle américaine est une nouvelle fois en baisse. Nous assistons au début d’une phase de début de récession (- 0,54), tandis que les investissements baissent depuis 6 mois et que les salaires et revenus personnels chutent. Les ventes en gros sont en baisse pour le huitième mois consécutif (ce qui explique en corollaire la hausse des stocks). Officiellement, le chiffre du PIB va être revu à la baisse, alors qu’il était de + 0,5% !
Plus encore, la Présidente de la FED semble ne plus comprendre : il y a seulement quinze jours, elle déclare qu’il n’existe aucune bulle…. Et la semaine dernière, Yelen nous déclare conjointement à Christine Lagarde qu’il existe une bulle des actions… (ce que nous décrivons depuis de nombreux mois). Bref, nous assistons de la part des responsables des banques centrales à une perte totale de compréhension et de contrôle… Et, cette bulle des actions se rapproche étrangement de celles de 1928…. Or, 1929 à suivi 1928…

Les chiffres chinois d’exportation officiellement publié montrent une baisse de 15%, les importations chutent de 12,3%. Le ralentissement de l’économie chinoise est beaucoup plus brutal que ce que les chiffres montrent engendrant une vraie préoccupation des autorités chinoises. La Chine est confrontée à une problématique majeure : elle fait face à une bulle de crédit gigantesque en parallèle d’un ralentissement de croissance extrêmement fort (7% de croissance officielle ; en réalité entre 2 et 3% !). La Chine est donc coincée entre un ralentissement économique important qui demanderait un élargissement du crédit et une baisse des taux, mais sa bulle de crédit exige une réduction de ses lignes de crédit.

La Chine s’éteint, le Brésil s’arrête, les émergents chutent les uns après les autres, le Japon poursuit sa (lente) agonie, les Etats-Unis ont fortement ralenti et se préparent à une récession, l’Union européenne se rattache aux prévisions de l’OCDE… Ainsi, ce que vit actuellement le Brésil était prévisible et son déroulement décrit par avance : hyperinflation, accident de croissance, crise brutale et sévère.

Il n’y a pas de reprise en Europe. Certes, la baisse temporaire du Pétrole conjuguée à celle de l’euro (parité euro/dollar) a procuré un « bol d’air » comptable sans augmentation des marges des entreprises. Plus encore, la baisse de prix de l’énergie a plus induit en réalité un déplacement de consommation et moins une augmentation de consommation. Nous assistons d’ailleurs au même phénomène en ce moment aux Etats-Unis.
En Espagne, le chômage repart à la hausse (27%) tandis que la croissance allemande elle-même s’essouffle. Les négociations en Grèce tournent à la « Comedia Del Arte ». Le Grexit ne fait plus peur car « intégré ». Mais, intégré psychologiquement car il ne faut pas confondre deux choses totalement différentes : s’attendre à la sortie de la Grèce de l’euro est différent de la « douleur » qui en résultera : nous ne maitrisons pas les conséquences financières ni les conséquences politiques intra-européenne, intra zone euro, mais aussi comme déjà souligné les conséquences géopolitiques. Les Grecs ne peuvent pas payer. Actons-le, mais préparons-le y compris en termes de conséquences… ce que nous aurions dû faire il y a plus de quatre ans déjà.
Il est à ce titre étonnant que le pouvoir grec issu des urnes n’ait pas été plus « brutal » que cela dans les négociations. Pour qu’un pays fasse défaut, il convient à ce dernier de ne plus avoir de déficit public (hors charges financières) et qu’il n’y ait plus de déficit courant, c’est-à-dire une balance commerciale équilibrée. Les Grecs n’en sont pas si éloignés. Les efforts ont été faits par les gouvernements précédents : les déficits publics hors charges financières sont globalement satisfaisant et la balance commerciale en partie équilibrée. Mais, le gouvernement grec n’a pas mis en place un contrôle des capitaux afin de restreindre la fuite de ces derniers ; 15 milliards de capitaux qui partent en un mois, c’est 7,5% du PIB de la Grèce qui quitte le pays.
Si, en janvier 2015, le gouvernement grec avait fait défaut et conjointement instauré un contrôle des capitaux, c’est 120% du PIB de dettes qui auraient disparu tandis que restaient 35% de dettes, détenues par des grecs… un défaut presque parfait !
Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Et, pourquoi le feraient-ils maintenant ? Il convient donc d’être extrêmement prudent sur le sujet. Nous sommes dans une décision politique, ce qui signifie déjà en préambule que cette décision n’est ni automatique ni logique. Elle est binaire : oui versus non. Vous la prenez ou vous ne la prenez pas. Bref, dans ce deal, nous sommes en négociations de marchands de tapis…

Etonnante et paradoxale logique : les chiffres économiques sont mauvais mais les indices boursiers sont bons. Nous sommes, dans le gonflement d’une bulle (+ 27% en un trimestre) : le QE européen à un effet d’éviction, les capitaux se fixent en Europe (avec de plus la crainte sur les émergents). Plus encore, la politique monétaire européenne mise en place favorise la suppression de l’épargne et l’augmentation de la dette des Etats. Personne ne maîtrise la situation, tout le monde tente de repousser les problématiques et de gagner du temps…
Peu importe les fondamentaux, les éléments financiers sont là pour permettre aux marchés de monter et de se maintenir à des niveaux qui ne correspondent en rien à la réalité. Les gens achètent aujourd’hui en bourse un papier, dont la valeur boursière ne correspond en rien à la valeur réelle. Les marchés financiers sont actuellement guidés uniquement par les liquidités.
Nous n’avons jamais vu, historiquement parlant, de tels taux de marge sur les marchés financiers. Deux scénarii sont alors prévisibles d’ici la fin de l’année : soit une poursuite de la bulle puis une baisse continue par paliers ; soit (malheureusement le plus probable), un décrochage des marchés boursiers de l’ordre de 20% pour certains, plus certainement de l’ordre de 30 à 35% (avec pour effet, un « train » de faillite).

PONZI…


Les mêmes responsables politiques qui louaient hier un euro fort (à 1.36), chantent désormais les louanges d’un euro faible (à 1.08), sans mesurer (apparemment) ni leurs propres contradictions, ni le niveau de leurs réflexions.
En premier lieu, le passage en moins d’un an, d’une parité à 1.36 à une parité à 1.08 est le signe d’une forte dépréciation de notre monnaie.
En second lieu, cette dépréciation monétaire favorise une baisse (relative) des prix des exportations et une hausse (elle aussi relative) des produits importés. Mais, pour être efficace, cette dépréciation monétaire (dévaluation) doit se faire face à vos principaux concurrents. Si, pour la France, 47% de notre commerce se fait dans la zone euro ; il n’en est pas de même de différents de nos partenaires européens : de 65% pour l’Espagne à 70% pour l’Italie. Dès lors, cette dépréciation monétaire n’avantage que les pays disposant d’une industrie majoritairement tournée à l’export en zone dollar, et en interne que les industries en concurrence zone dollar. Conséquence logique : les effets seront limités pour l’ensemble de la zone euro (mais plus importants pour la France que pour ces partenaires européens).
Troisièmement, cette dépréciation monétaire n’est pas suffisante pour restaurer la compétitivité de l’économie de nombres pays de la zone euro (Italie, Grèce, Irlande, Italie, Portugal, Espagne). Pour être efficace, cette dépréciation monétaire devrait atteindre des taux, selon les différents pays, de l’ordre de 12% (Portugal) à 22% (Italie).
Quatrièmement, puisque que la seule dépréciation monétaire ne peut réduire les écarts de compétitivité en cours au sein de la zone euro, ces derniers ne peuvent l’être que par des dévaluations salariales (coût unitaire de la main d’œuvre). Mais, de telles dévaluations salariales contractent la demande intérieure (70% du PIB des pays européens provient de la consommation intérieure) et donc induisent une récession (avec en complément une augmentation du ratio dette/PIB).
Au niveau monétaire, l’absence de variation du taux de change dans la zone euro issue de la monnaie unique engendre une perte d’ajustement compétitif. Au niveau économique, un rebond limité de l’activité est attendu. Au niveau politique, les conséquences des effets pervers des ajustements économiques par dépréciation salariale sont (malheureusement) connues. Pour différents pays (Grèce, Italie, Portugal, Espagne) la sortie de l’Euro cesse d’être un choix pour devenir l’unique stratégie de retour compétitif.
La politique du QE (Quantitative Easing) est une aberration économique. Nous sommes en train de perdre le contrôle de nos différentes politiques économiques.
Le Japon finance un déficit depuis 20 ans par émission monétaire. Le ratio dette/PIB dépassant désormais 240%, implique une fin prévisible : un effondrement monétaire. Le Japon est en outre un bon exemple de comparaison car il est en avance de situation démographique par rapport aux pays de l’Union européenne et aux pays de la zone euro. L’Union européenne commence à vieillir. Le Japon n’a pas accepté de faire le constat économique de son vieillissement démographique. L’Union européenne peut encore le faire.
Le pilier de la croissance économique repose au 2/3 sur la consommation. Une demande est alimentée par un besoin, un désir. Or, une population qui vieillit, consomme moins. Une population vieillissante signifie donc moins de consommation, impliquant donc aussi une croissance économique faible.
Il ne suffit pas de la décrire ou de le comprendre. Il nous faut adapter la soutenabilité de notre modèle de développement à celui de notre croissance économique. Ce qui revient à dire qu’il faut diminuer les dépenses publiques car sinon ce dernier devient structurel et chronique au détriment de l’avenir.
Au niveau boursier, il convient de prévoir un vaste mouvement de consolidation (OPA) afin d’assurer un développement externe par l’atonie de la croissance interne du CA des sociétés. Les banques centrales investissent de la monnaie par le biais de QE dans le seul but d’éviter un effondrement des marchés financiers. De ce fait, il n’y a plus aucune correspondance entre les résultats des entreprises et les valeurs boursières de ces mêmes entreprises.
L’indice français comme l’indice allemand est au plus haut ainsi que celui de wall street. Le Nikkei japonais a franchi les 20 000 points alors même que la monnaie japonaise s’effondre. Nous atteignons les limites d’un système boursier mis en place en 2009. A titre d’illustration, les entreprises américaines distribuent actuellement davantage de dividendes qu’elles ne réalisent de profits. Elles n’investissent que modérément, préférant racheter leurs propres titres.
Pour résumer, nous sommes au niveau économique comme au niveau boursier dans une fuite en avant. Nous gagnons du temps en maintenant haut les marchés financiers. Une bascule (correction) de la bourse, à commencer par la bourse américaine, est probable.
Les banques grecques sont confrontées depuis le début de l’année à une fuite massive de capitaux : 27 milliards d’euros en janvier 2015 soit avant l’arrivée au pouvoir de Syriza ; 15 milliards d’euros en février 2015 (soit pour ce seul mois, 7,5% du PIB qui a fui). Cette fuite des capitaux, au-delà de son impact fiscal, provoque un asséchement des liquidités dans l’économie, et risque de faire sauter en cascade les banques grecques.
La Grèce est en faillite. Dette publique : 315,509 milliards d’euros, soit 176 % du PIB. Les banques privées grecques sont en faillite. La Banque centrale de Grèce est gavée d’obligations de l’Etat grec, mais ces obligations d’État ne seront jamais remboursées. En clair : la Banque centrale de Grèce est en faillite. La Grèce est en défaut.
Véritable schéma de Ponzi, seule solution pour tenir encore quelques semaines de plus, au moins jusqu’en juin : il faut que l’Union Européenne prête en urgence quelques milliards d’euros supplémentaires à la Grèce !
Alexis Tsipras a averti par lettre en date du 15 mars Angela Merkel qu’il serait impossible pour Athènes d’assurer le service de la dette d’ici les prochaines semaines si l’UE ne distribuait pas à court terme une assistance financière au pays. « Étant donné que la Grèce n’a pas accès aux marchés financiers et en vue des pics attendus dans nos échéances de dette au printemps et à l’été… il est clair que les restrictions particulières de la BCE combinées à des retards de versement rendraient impossible pour tout gouvernement d’assurer le service de sa dette ».
Le bras de fer entre l’Eurogroupe et le gouvernement grec vise à faire plier ce dernier par cet étranglement monétaire et à faire perdurer une dépendance de la Grèce aux aides de l’Eurogroupe et de la BCE, voulant ainsi définir une défaite politique du gouvernement Tsypras (dangereux) tandis que dernier joue contre l’Allemagne la carte Podemos avec les prochaines échéances espagnoles.
La Grèce doit mettre en place rapidement un contrôle des capitaux mais en ayant conscience que cette mesure ne réglera pas l’asséchement des liquidités. Cette mesure, proposée par l’Eurogroupe se situe hors cadre juridique des accords euro ; mais un cadre juridique de « force majeure » le permet à l’instar de ce qui fut réalisée en 2013 à Chypre. Mais, de ce fait, l’Eurogroupe reconnait aussi que le gouvernement Tsypras peut prendre tout aussi légalement des mesures « de force majeure » hors cadre juridique des accords euro, comme une « renationalisation » provisoire (6 mois ?) de la Banque Centrale Grecque émettant ses propres euros…
L’Eurogroupe serait mis en face d’un choix stratégique : accepter l’émission d’euros grecs, soit les interdire de circuler hors Grèce, reconnaissant alors de facto un défaut grec… Un défaut de la Grèce sur sa dette ne serait pas catastrophique pour ce pays. La Grèce dispose d’un excédent budgétaire (hors paiements de la dette), d’un solde commercial positif. En cas de défaut, la monnaie Grèce sera mécaniquement dépréciée, favorisant un retour d’investissements étrangers et un regain touristique.
La problématique Grecque est jugée sur un mauvais plan de part et d’autre (Eurogroupe et Varoufakis) en se contentant d’utiliser une grille « théorie des jeux ». Le cadre de référence devrait être un cadre politique (donc stratégique). Toutes mesures que peut prendre la Grèce se situe dans un cadre « d’exception ». Ce dernier peut se situer dans le respect des normes, soit en contrevenant aux normes. Si nous nous contentons d’une théorie des jeux, nous omettons (consciemment ou inconsciemment) la dynamique stratégique : la démonstration politique du gouvernement Tsypras qu’il est souverain en dernier ressort de son pays, et pas l’Eurogroupe !
Les conséquences politiques d’une telle décision : une Grèce hors zone euro, c’est une Grèce qui se tournera vers la Russie avec affirmation souveraine. Un tag se retrouve régulièrement actuellement sur les murs en Grèce, Ελευθερία ή θάνατος (« La liberté ou la mort »), devise de la Grèce née lors de la révolution nationale de 1821.
Mais, au-delà, pour la zone euro, ne pas entrevoir les conséquences stratégiques est tout aussi dangereux. La sortie de la Grèce de la zone euro ne sera pas sans conséquences financières (douloureuses) ni sans répercutions : l’Espagne, le Portugal et l’Italie pointent déjà.

Craquements stratégiques


En Afrique, 2015 sera une année d’élections législatives (Nigeria –février ; Soudan et Bénin en avril ; Ethiopie en mai ; Burundi en juillet, Tanzanie en octobre) et présidentielles (Zambie en janvier, Nigéria en février, Soudan en avril ; Burundi et RCA en juillet ; Côte d’Ivoire et Tanzanie en octobre ; Guinée Conakry et Burkina Faso en novembre).
En Libye, la situation se complique fortement, particulièrement en Tripolitaine où les forces djihadistes des Frères musulmans de Misrata et les fondamentalistes de Tripoli s’allient tandis que les Touaregs les rejoignent et les Berbères pourraient le faire. Si tel est le cas, la frontière Tunisienne et Algérienne bascule…. La prise de contrôle des hydrocarbures de tripolitaine par les islamistes pose d’autant plus problème que les islamistes ont tenté de prendre le contrôle des terminaux de Ras Lanouf, d’Al Sedra et de Brega (Cyrénaïque)… En Cyrénaïque, l’Egypte soutient les forces du général Khelifa Haftar contre les islamistes de Benghazi et de Derna (ayant fait allégeance à EI). Officiellement, la France n’interviendra pas en Libye (FH à RFI) mais des forces spéciales françaises ont d’ores et déjà été déployées.
L’Algérie est devenue incontournable dans la résolution de la situation en Libye mais aussi au Mali. La France le reconnait (Jean-Marie Guéhénno à Alger). Les affrontements du premier week-end de la nouvelle année et du lundi suivant à Nampala (frontière Mauritanienne) démontrent que rien n’est résolu. Le leader d’Ansar Dine, Iyad Ag Ghali est inféodé au DRS (services secrets algériens) qui craint par-dessus tout la création d’un Etat aux confins du Mali susceptible d’alimenter les revendications des propres minorités algériennes (Berbères, Kabyles, Touaregs) tandis qu’Alger abrite les négociations entre les différentes factions maliennes… Certains islamistes algériens se sont rendus au nord-Mali auprès de katibas pour négocier un ralliement à EIIL. Enfin, l’élection en Tunisie de Bej Cadi Essebssi (proche du clan Bouteflika) renforce encore le poids d’Alger. (et choix de Habib Essid, ancien ministre de l’intérieur tunisien au poste de PM).
Au Nigeria, Boko Haram a fait allégeance à EI tout en augmentant ses opérations et son assise, y compris au-delà des frontières du Nigeria (Cameroun, Niger, Tchad). Les élections de février 2015 devraient voir une intensification des opérations de ce groupe. Le Niger est désormais pris en étau entre Boko Haram et les islamistes du sud libyen.
En RCA, l’armée Française n’a pas réussi à stopper les massacres entre les rebelles de la Séléka (majoritairement musulmans) et les milices anti-balaka (essentiellement chrétiennes) ; massacres apparus avec le renversement du régime du Président Bozizé en mars 2013 par les Séléka. Après un an de présence (05/12/2013), les 1950 soldats français de la force Sangaris amorcent un repli. Ce retrait, annoncé fort discrètement, se fait alors que le pays est dans une situation chaotique absolue. Certes, l’ONU compte 8 600 casques bleus (+ arrivés prochaine de bataillons angolais), mais la séléka devrait profiter du retrait des forces françaises. L’Ouganda et le Congo (médiateur officiel) soutiennent Bozizé. Surtout, la France a sous-estimé la complexité de la situation (« une opération rapide qui n’a pas vocation à durer ») et n’a pas fourni l’accompagnement politique et diplomatique en appui de l’intervention militaire.
En Arabie Saoudite, JYLD a rencontré le roi d’Arabie Saoudite (très amaigri et qui a dû être ré-hospitalisé) ainsi que le Prince Héritier Aziz puis les principaux interlocuteurs défense saoudiens (Intérieur, Affaires Etrangères, Garde Nationale, Défense). Au menu, sujet diplomatique (crise syrienne, irakienne, lutte contre le terrorisme) mais aussi relation bilatérale de défense. Le sujet contrat d’armements saoudiens a été abordé, notamment les patrouilleurs. Accord aussi sur contrat Liban qui devrait être notifié (VAB, Gazelle, missiles anti-char HOT, Puma, Artillerie, patrouilleurs, moyens de renseignements et de communications). Mais, au-delà des négociations sur ces accords, se pose la question de la donne politique. Si les apparences désignent le prince héritier Salman Ben Abdelaziz (80 ans) comme successeur au Roi ; les tensions politiques actuellement à l’œuvre à Riyad confinent à la crise de régime. Souffrant de la maladie d’Alzheimer, le prince héritier ne pourra exercer le pouvoir… De là, la nomination du prince Mokran comme deuxième prince héritier. La problématique du Califat est toujours actuelle : la succession du roi Abdallah est porteuse de troubles pour les temps à venir.
En Iran, la situation se tend entre le gouvernement de Hassan Rohani (défini comme modéré) et les conservateurs au point que le Président iranien menace de consulter le peuple par référendum (prévu par la Constitution) afin de pallier à l’hostilité et l’opposition du parlement. L’objet des discordes concerne le développement économique, lui-même lié à la question nucléaire : « le pays ne peut se développer de manière constante dans l’isolement ». Un référendum sur cette question pourrait donc voir le jour. Mais la réalité des tensions politiques provient d’une mesure fiscale : le président Rohani veut revenir sur l’exonération d’impôts des dignitaires religieux et militaires… arme financière utile dans le bras de fer qui l’oppose aux conservateurs sur nombres de mesures.
En Chine, d’importantes sorties de capitaux ont lieu dépréciant le RMB mais démontrant aussi l’inquiétude sur la situation économique réelle du pays. De là, une perspective de faiblesse continu de l’investissement et donc de la croissance chinoise. Changement de modèle de croissance économique et de société en cours. En parallèle, l’épargne chinoise est en train de se transférer massivement en bourse avec des effets de levier, donc à crédit, renforçant la constitution d’une bulle spéculative. Au niveau géopolitique, la Chine adopte une stratégie englobante inverse à celle des Etats-Unis, allant de l’Asie vers l’Europe.
En Russie, la chute des cours de pétrole provoque non seulement une importante récession économique et un déficit budgétaire, mais plus encore si cette chute perdure au-delà du premier trimestre, une crise bancaire majeure…
En Grèce, l’élection du 25 janvier est importante. Théoriquement, le choix des Grecs semble évident : le vote pour Syriza. Le PIB a baissé de 25%, à l’identique du pourcentage de la population au chômage. Le niveau de dettes est au plus haut, malgré deux restructurations. Alexis Tsipras indique ne pas vouloir quitter la monnaie unique (posture visant à rassurer les électeurs ?) malgré son programme (renégociation de la dette à hauteur de 50%, hausse du SMIC et fin des politiques d’austérité). En cas de désaccord de la troïka, Athènes pourrait sortir de la monnaie unique (quid de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, et de l’Allemagne ?) et entrainer de violentes spéculations sur l’euro. De ce fait, l’UE pourrait être tentée d’accepter une nouvelle renégociation ainsi qu’un assouplissement des politiques budgétaires. Mais en ce cas, quid de l’Allemagne ? Retour du deutsche mark ? Nous ne pouvons pas exclure également que le gouvernement actuel l’emporte sur le fil ou qu’un accord sauvant la face de tous soit trouvé.
Aux Etats-Unis, les rapports d’analyse financière montrent que désormais la dette des entreprises américaines (hors secteur financier) croît plus rapidement que leur cash-flow. Fait nouveau, la dette américaine (18 000 milliards de $ pour la dette de l’Etat fédéral et 59 000 milliards de $ pour la dette globale, publique et privée) est désormais aussi détenue en interne par des fonds de pension. La chute du Yen et de l’Euro devrait dans un premier temps favoriser le dollar (premier semestre 2015) accentué par la peur… Il y aura une hausse du coût de la dette donc des défauts : forte probabilité de renégociation de dettes…
Au final, au-delà des éléments décrits ci-dessus, nous assistons à la fin du système monétaire actuel (la devise est ce qui libelle toute l’économie) : le yen est moribond, le dollar n’est plus qu’une monnaie d’apparence/apparat en tant que monnaie internationale, le RMB plonge, l’euro est en crise et au bord de l’éclatement depuis 2008 … La dé-dollarisation des échanges internationaux est en marche (Inde, Turquie, Iran, Russie, Chine, …).
Il faut un changement de système monétaire, passant d’une monnaie nationale de référence (le dollar) à une monnaie « globale ». Nous devons l’anticiper, y réfléchir et le proposer. La Chine s’y prépare, notamment par ses investissements publics et privés dans l’or physique.

un système monétaire mondial OUT


Japon :
La population japonaise vieillit à un rythme rapide (127 millions de japonais aujourd’hui, 84 millions en 2050 ; soit 1/3 de population en moins). Par ailleurs, nous constatons une très forte chute du Yen face au dollar (76 yen pour 1 dollar au début des Abenomics ; 116 aujourd’hui). Ceci a entrainé mécaniquement une augmentation du coût d’acquisition des denrées (énergie : + 66% ; alimentation : + 50%)
L’inflation est en hausse : 3,1% contre 0,7% fin 2013. Les analystes s’en félicitent expliquant par la même la réussite du plan des Abenomics… omettant que cela correspond à l’augmentation (3%) de la TVA. Cette inflation est donc purement mécanique et ne correspond en rien en une conséquence de l’afflux de liquidités.
La population japonaise vieillit et ne reconstitue plus son épargne, en parallèle d’une paupérisation (de septembre 2012 à 2013, le pourcentage de la population japonaise n’ayant plus aucune épargne financière est passé de 26 à 31% ; le chiffre n’étant pas communiqué par les autorités japonaises pour la période 2013 à 2014…) et diminue donc sa consommation (- 5,3%).
Au niveau des entreprises japonaises , nous constatons un renchérissement des matières premières et une baisse des exportations conduisant à une diminution des marges des entreprises japonaises et à une réduction des coûts des entreprises japonaises par baisse des investissements directs (- 5,1%) aboutissant à un recul du PIB ( – 1,8% au dernier trimestre).

Etats-Unis :
Le taux de chômage est de 5,9% et la croissance atteint selon les chiffres officiels trimestriels américains 4,6%.
La croissance américaine, qui sera révisée à la baisse prochainement est essentiellement fabriqué par le déficit et la dette. La croissance américaine a atteint 3% pour le dernier trimestre, dû selon les autorités américaines aux fortes exportations… sans préciser les zones d’exportations dans un monde en récession.
Le taux de chômage est de 5,9%… qui s’explique uniquement par la baisse du taux de participation de la population active : au 31 décembre 2007 à aujourd’hui, 13 millions d’américains ont disparu des statistiques… tandis que deux nouvelles bulles sont apparues : bulles des prêts étudiants et bulles des prêts automobiles…

Mais au-delà de ces deux cas, que pouvons-nous en dire ?
Tandis que en zone euro nous sommes en récession malgré les dires des politiques ; les fondamentaux se dégradent de plus en plus tant en zone euro, qu’au Japon, en Chine, et aux Etats-Unis. Le seul moteur économique devenant / restant les liquidités créées… Les marchés boursiers sont surévalués mais sans création de panique (pour le moment) du fait des politiques monétaires dites accommodantes !
De plus en plus de dettes pour maintenir l’économie et une illusion de croissance. Je Japon détient 1 200 milliards dollars de dettes américaines. Or, le yen ne vaut plus rien en regard des dettes propres du Japon…

Comprenons bien : le risque majeur aujourd’hui est un risque devises. Les contreparties bancaires n’existent plus. Or, la devise est ce qui définit la totalité des actifs.
Nous allons donc assister à une chute des systèmes monétaires du Japon comme de la zone euro, et en partie de celles Etats-Unis. Mais, c’est en réalité à un changement de système monétaire mondial que nous allons assister qui ira bien au-delà des accords de dé-dollarisation actuellement en vogue dans certains échanges économiques.