Vers la désagrégation…sociétale et géopolitique


Moscovici annonce que la France et l’UE sont proches d’une solution concernant la dette grecque… Pire encore était la déclaration de FH annonçant que la crise était derrière nous… Il en sera de fait ainsi au niveau des décisions politiques, dans une course en avant… mais la réalité économique et financière sera tout autre. L’Allemagne fait actuellement tout pour « sortir » de la zone euro… sans jamais le dire. L’euro mourra de la part de la volonté des pays du Nord de l’Union, pas des pays du Sud. Cela semble nécessiter un point sur la situation économique internationale.
La Grèce va faire défaut et ce malgré le nouveau plan d’aide de l’UE. Avec ce plan, la dette grecque atteindra 331 milliards d’euros et représentera 168% du PIB grec. Pour rembourser sa dette, la Grèce aurait besoin d’un excédent budgétaire de + 8% /an. Or, son PIB est en baisse de – 8,5%. Il faudrait donc 16,5% d’excédent budgétaire pour rembourser la dette !!! Il est donc illusoire d’envisager le remboursement de la dette grecque, comme d’espérer un repli à 120% du PIB d’ici 2022. Un défaut partiel de la Grèce (50%) contraindra le budget français à hauteur de 32 milliards. Pour la Grèce la solution passe par trois étapes : sortir de la zone euro ; dévaluation massive des actifs grecs ; investissements tout aussi massifs des autres pays européens en Grèce.
La seule certitude est qu’il n’existe pas de solution de moindre mal.
L’Euro ne peut survivre qu’à la condition expresse d’organiser de gigantesques et massifs transferts de capitaux entre le Nord et le Sud de l’Europe… Le défaut grec risque d’entrainer celui de la BCE (détenant plus de 200 Mds d’euros de dettes grecques). S’imaginer que les taux négatifs favorisent la croissance est une irréalité économique. En fait, depuis les années 70, nous vivons dans un monde de prix faussé. Le défaut grec n’engendrera qu’une course au défaut. Le pire de la crise est à venir. La France va connaitre une récession, forte, brutale et qui durera plusieurs années.
Le Japon a lancé dernièrement un nouveau QE (le neuvième…) devant lui permettre d’accroitre son volume d’achats massifs. Au-delà des élections législatives anticipées dont l’issue économique sera de voter de nouvelles liquidités, le risque de défaut de ce pays est désormais réel… La cessation de paiement interviendra. C’est désormais acquis. Mais pas immédiatement. Les premiers signes inquiétants seront lorsque le Japon (du fait de sa démographie) sera contraint de s’endetter à l’extérieur. Par ailleurs, la production japonaise (malgré ces 9 QE) est en repli de – 4,1% ! Les QE ne fonctionnent pas. Le Japon en est l’exemple. Logique, puisque nous ne cessons de confondre crise de solvabilité et crise de liquidités !
Aux Etats-Unis, nous assistons à une baisse significative du taux d’épargne (de 4,4% à 3,3%). Ce qui indique que les ménages américains continuent de s’endetter pour consommer alors même que les salaires baissent. Le modèle américain reposant sur la consommation, le système va s’effondrer… Au niveau de la croissance économique, les Etats-Unis se situent à 2%. Si nous ôtons les 0,7% de croissance gouvernementaux (issu des QE), la croissance américaine chute à 1,3% et ce chiffre sera prochainement (et officiellement) revu à la baisse. Et lorsque les taux d’intérêts américains augmenteront, ils impliqueront en hausse les taux d’intérêts Français par manque d’attraits des OAT. De fait, les Etats-Unis connaissent (et vont continuer de connaître) une crise sans précédent, tout particulièrement au niveau social. Développement d’une bulle des crédits étudiants, fracture sociale, fracture ethnique entre les blancs et les minorités, demande de sécession de la part d’individus, Blocage politique entre républicains et démocrates ; falaise de la dette et fiscal cliff (plafond fiscal à renégocier). Quant à la dette, elle atteint aujourd’hui le pourcentage de 150 % du PIB (dette de l’Etat fédéral + dettes des états + garanties bancaires)… Par ailleurs, l’inflation est de 2% tandis que les salaires progressent (officiellement de 1,1%) et les nouveaux emplois voient leurs rémunérations baisser…Nous assistons donc à une baisse massive des revenus des ménages américains. Certes, les résultats des entreprises américaines sont bons, mais essentiellement par hausse de la productivité, conduisant à une augmentation du chômage.
De ce fait, des dysfonctionnements majeurs sont à craindre aux Etats-Unis, y compris des affrontements violents et des tentations sécessionnistes…Et ce, avec en parallèle la recherche d’un homme providentiel, probablement militaire. Les risques géopolitiques sont eux aussi majeurs, de par l’absence de leader géopolitique et la volonté de « tester » les Etats-Unis dans différents endroits du monde par le biais de crises… Tandis que les Etats-Unis vont chercher, y compris par des moyens militaires, la sanctuarisation de l’Etat américain et de sa signature…
Aux Etats-Unis, comme en Europe, nous allons voir apparaître des menaces graves de désagrégation des sociétés…

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La sécurité a pris le pas sur la défense


Ci-après une tribune libre du VAE (2S) Thierry d’Arbonneau, ancien commandant de la force océanique stratégique, auteur de Brises Stratégiques (SPE Barthélémy).

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/budget-des-armees-la-securite-a-pris-le-pas-sur-la-defense_1187170.html?xtor=EPR-3020-1187170-20121118

L’amiral Thierry d’Arbonneau s’inquiète de voir les questions de défense et de sécurité nationale traitées par un seul « Livre Blanc », qui doit définir les orientations du pays sur ces sujets d’ici au début 2013. Selon lui, cette association risque de se faire au détriment des armées. Tribune publiée sur le site l’express.fr.

 

Parmi les grands sujets régaliens non abordés pendant la campagne présidentielle, la défense figure en bonne place dans le peloton de tête, en nombreuse compagnie il est vrai. Les efforts pour qu’il en soit autrement ont été vains. Les Français, même s’ils déterminent leur choix électoral d’abord sur d’autres critères, avaient pourtant le droit de savoir.
Le « chef des armées », choisi au suffrage universel, n’est pas un titre protocolaire, c’est une responsabilité rare dans les pays démocratiques. Incidemment, au moment de l’élection l’armée était lourdement engagée en Afghanistan et un sommet important de l’OTAN était annoncé. Mais la frontière du nord-est étant calme, la défense n’a-t-elle donc plus d’importance?
Après l’annonce hasardeuse et téméraire d’un retrait anticipé d’Afghanistan dont il a fallu gommer les effets malheureux auprès des Alliés comme au sein des armées, après un positionnement opportunément en retrait au sommet de Chicago, la défense est remise dans les mains de la Commission du livre blanc.
La principale idée sur la défense est donc sa réduction
Mais quelle que soit son analyse géostratégique, elle sera brillante, l’enveloppe budgétaire est déjà définie en solide réduction. La principale idée sur la défense est donc sa réduction. Sa nature ne peut pourtant se satisfaire d’une explication limitée à la simple participation à un effort collectif qui d’ailleurs ne l’est pas complètement. C’est un peu court compte tenu des enjeux, celui de l’Union Européenne n’est pas le moindre (1). Mais à en croire l’agenda qui nous est proposé, il faut attendre le livre blanc pour les connaître. Ce sera un peu tard.
Si la dissuasion est maintenue par la volonté présidentielle explicite, et c’est heureux, la réduction va se porter sur les trois composantes conventionnelles des armées selon deux schémas que l’on pressent : réduction homothétique de l’armée de Terre, de la Marine et de l’armée de l’Air, ou réduction massive de l’armée de Terre et maintien à peu près des deux autres armées. Le choix est simple et il promet de belles bagarres: les deux options sont également mauvaises. Il reste que les armées devront rentrer tête baissée mais disciplinées, dans l’une de ces deux seringues qui lui seront offertes. Le livre blanc le justifiera.
On aurait pu espérer mieux. La démarche politique qui manœuvre là comme ailleurs au gré des évènements, espérant coller à la meilleure option tactique, ne se hasarde pas à la recherche du sens donné aux décisions. Quelle est la vision prospective pour la défense, quel est le sens de nos actions au-delà de l’opportunité politique ou industrielle (2), telles sont les questions qu’il faut se décider à résoudre avant de se lancer dans la cueillette, bien sûr essentielle, des formats d’armées et de leurs équipements.
A propos de sens, l’amorce du contresens fut donnée en 2007, avec le nouveau livre blanc qui additionnait la sécurité à la défense. Les deux ont leur noblesse, la question n’est pas là. Pour justifier cet amalgame défaillant, il fallait une expression, ce fut le « continuum » entre la sécurité et la défense. Il arrive bien entendu que les moyens de la défense soient nécessaires pour épauler certaines tâches de sécurité (3), mais le coeur du métier n’est pas le même. La nature du terrain et les armes utilisées par les délinquants qu’ils soient terroristes ou de droit commun, peuvent le justifier.
S’il faut intervenir au Sahel pour aider les pays de la région à en chasser AQMI et ses milices locales, ce sera affaire de moyens militaires. La sauvegarde en mer, la surveillance aérienne du territoire, sont toutes deux indispensables, et font naturellement appel aux moyens de la Marine et de l’armée de l’Air. Mais les experts de la sécurité le reconnaitront, le véritable continuum se fait entre la sécurité et le développement économique créateur d’emplois, entre la sécurité et la formation, entre la sécurité et les activités variées de la vie citoyenne, culturelles, cultuelles, sportives ou autres. Dans ces domaines il est vrai, le rôle social des armées peut apporter quelques réponses (4), mais elles seront marginales.
Les choix budgétaires, on y revient, peuvent ainsi se lire comme un jeu de vases communicants, qui transfère une partie des crédits de la défense vers ceux de la sécurité.
Le continuum aurait également pu se faire avec la diplomatie. La célèbre formule de Clausewitz, « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », l’a exprimé il y a deux siècles. C’était un constat de l’histoire, et la fin de la guerre froide l’a remis d’aplomb. Le lien entre diplomatie et défense est sans doute le plus fort et le plus nécessaire, mais la force du dispositif vient de la séparation/coopération des deux, et non de leur fusion, d’ailleurs tout spécialement improbable. Donc pas de livre blanc de la défense et de la diplomatie.
Il y a aussi un continuum du renseignement. Quel que soit l’organe de sa collecte, il est, selon sa nature avec l’ajout assez récent de l’économique, au service des diverses actions de l’état et des entités publiques ou privées auxquelles ce dernier le destine. Mais s’il y a un domaine où tous les œufs ne doivent pas être mis dans le même panier, c’est bien celui-ci. L’organisation actuelle est le fruit d’une certaine sagesse. Le choix des hommes pourvoit au bon fonctionnement. Le continuum du renseignement ne justifie pas la fusion sécurité et défense.
Force est de constater que dans cette fusion, la sécurité a pris de facto le pas sur la défense. Les choix budgétaires, on y revient, peuvent ainsi se lire comme un jeu de vases communicants, qui transfère une partie des crédits de la défense vers ceux de la sécurité. Les besoins certains de la sécurité ne sont pas en cause mais la fusion complique la compréhension de la défense, comprime son rôle et donc ses ressources.
Il faut extraire la sécurité du livre blanc sur la défense et rédiger un livre blanc de la sécurité doté d’une égale ambition. La complexité actuelle de la protection des installations d’importance vitale, le justifie à elle seule. Le livre blanc sur la défense doit retrouver son originalité, son sens, afin de retrouver le sens de la défense elle-même, de procéder aux bons choix et d’éviter aux armées de mener un âpre combat défensif pour sauver ce qui peut l’être, si besoin au détriment l’une de l’autre.

Références: (1) Brises stratégiques pages 13 à 16(2) Brises stratégiques page 7. (3) Puisqu’il y a continuum, pourquoi passer la Gendarmerie avec son statut militaire qui en fait l’originalité, de la défense à l’intérieur? (4) Brises stratégiques, pages 31 à 33