LBDSN


En ce jour de commémoration, et avec retard, je voudrais revenir très brièvement sur notre nouveau LBDSN….
La France a donc un nouveau Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale…Plutôt que de vouloir ici analyser en détails son contenu et revenir sur différentes contradictions, tentons de poser quelques interrogations…
Quel sens ? Quel sens dans la réduction des forces ? Quelles missions ? Quid demain ? Quel sens de notre engagement passé en Afghanistan ou présent au Mali ? Redonner du sens mais qu’elle ambition pour la France ? Quelle ambition mais plus encore qu’elle stratégie générale pour la France ? En économie on parle de conquêtes, de territoires à conquérir, de marchés, même de guerre économique….. Mais notre attitude politique et stratégique nie cette réalité conflictuelle dans le domaine stratégique…. Aberrant ! Bref, pour revenir à la terminologie économique ; la seule prise en compte aujourd’hui ; qu’elle est la raison sociale de la France ?
Avons-nous tiré les conclusions de la fin de la guerre froide ? Sommes-nous matures stratégiquement ? C’est à dire en réalité avons-nous la capacité de nous engager dans des opérations militaires tout en assumant la terminologie guerre comme étant l’aboutissement d’une politique ? Le trouble est de faire la guerre sans la nommer… et plus encore de ne point vouloir la nommer dans un LB au profit d’une surabondance de la terminologie crises et menaces… Bref il aurait fallu redéfinir la France et sa place dans le monde, définir une vision mondiale de la France et l’assumer.
La stratégie étant le pont entre le politique et militaire, qu’est-ce que la défense apporte comme moyens outils atouts pour la politique française ? De là nous pourrons définir formats, moyens, et capacités. La France tente de s’aligner sur des puissances symétriques mais sans assumer jusqu’au bout son positionnement stratégique.
La guerre est l’acte suprême de la politique, le nucléaire étant pour certain le sacre !… Or mettre en jeu la vie de soldats et l’accepter / l’assumer est la plus grande crédibilité stratégique. Ce faisant elle renforce aussi la dissuasion nucléaire. L’inverse discrédite à la fois le politique et les forces armées. Les affaires militaires sont exceptionnelles dans une démocratie car elles réfèrent à la vie et à la mort. L’engagement des militaires est donc une marche qui intervient comme expression de notre volonté politique lorsque d’autres marches ont été gravies. La guerre est l’incarnation de la volonté politique. Il ne peut y avoir en la matière d’improvisation stratégique. Ce faisant les militaires ne font pas de la sécurité !

Nous ne subissons pas une crise… Nous vivons une mutation !


La France se situe face à des mutations importantes : une remise en question du système financier planétaire (la crise, c’est d’abord et avant tout le bruit du changement) ; une remise en cause complète des modèles économiques (européen, américain, mais aussi asiatiques) et leurs nécessaires réinventions (là se posent aussi la place et compétences des élites qui se doivent de permettre cette réinvention, non pas de cristalliser l’immobilisme) ; des atteintes éparses mais multiples et répétées au concept et principes de la démocratie ; la poursuite des phases de mondialisation et dé-mondialisation avec leurs implications géopolitiques et leurs conséquences lourdes en termes de reclassement de puissance (dont les révoltes arabes comme la guerre en Libye sont un temps parmi d’autres) ; une crise du système de décision politico-militaro-diplomatique des pays occidentaux ; et le double constat d’un environnement géopolitique (re)devenu dynamique.
La crise économique, se traduit dans un premier temps par la « renaissance » des Etats, y compris dans la dimension des égoïsmes nationaux. Les objectifs des élites de différents pays ne visent pas à s’intégrer dans une quelconque mondialisation occidentale, mais bien à prendre leur revanche sur l’Occident. Revanche compréhensible, mais qui ne va pas dans le sens d’une mondialisation harmonieuse, ni même d’une diminution du rôle des Etats. Il est notable de constater aussi que la Chine et l’Inde s’arment à marches forcées, alors que dans la période stratégique précédente, la Chine, se sentant à l’écart du monde et de la mondialisation, n’avait pas privilégiée une telle posture de défense. Il s’agit, pour ces pays, de jouer (ou rejouer) sur la scène internationale le rôle que l’Histoire leur doit. Face à cela, nos pays européens ne semblent vouloir développer aucune action, ni même réaction. Là encore, les américains risquent, une fois de plus, d’être les premiers à entrer en « résistance »…
D’abord parce que la France voit sa prééminence au sein de l’Union européenne remise en question. D’autre part, parce que l’Occident dans son ensemble, subit avec violence, la remise en cause d’une supériorité qu’il croyait à la fois absolue et éternelle. L’actuelle phase de mondialisation place la France dans la zone contestée qui ne possède plus ni le monopole de la technologie, ni le monopole du savoir. Plus encore, cette phase de mondialisation qui a permis un éveil politique planétaire sur des thématiques jadis portées par la France, mais qu’elle n’incarne plus sur la scène internationale à l’instar de la notion de modernité.
Constat douloureux que celui de voir émerger d’autres notions de modernité. Or, il y a encore peu, pour nombres de peuples, la modernité signifiait purement et simplement occidentalisation. Et de fait, nous ne constituons plus le modèle. Ni l’Occident, ni la France. Pire encore, non seulement notre modèle n’inspire plus, non seulement il est contesté, mais ce modèle est désormais utilisé comme repoussoir à la modernité, qui n’est plus nôtres. Pour le pays des Lumières, cette part d’ombre n’est pas sans conséquences. L’âge historique ouvert par la fin de la féodalité se clôture, et pour la France, cette page d’histoire qui se ferme, est celle d’une prééminence intellectuelle en passe d’être révolue.
Nous sommes dès lors en quête de références, de grilles de lectures que nous pourrions considérer comme intemporelles, voir universelles, car telles étaient nos références. Or, face à l’inadéquation des anciennes références binaires issues de la guerre froide, nous sommes dépourvues de raisonnement stratégique à l’extérieur et de compréhension politique à l’intérieur. La grammaire du monde est bien en train de changer, tant dans sa dimension international que dans ses différentes dimensions nationales. Ces transformations géopolitiques planétaires, auront pour corollaire des modifications radicales des superstructures politiques y compris démocratiques. En ce sens, nous entrons dans des temps révolutionnaires.
La France est un composé, en cela le peuple français constitue une réelle nation. Plusieurs fois dans son histoire, notre pays s’est assoupi, voire effondré. Mais il a été rétabli. Il peut en être de même aujourd’hui. Si la France, refusant de se complaire dans la médiocrité, en a l’intelligence et la volonté. On ne redresse jamais définitivement une situation. Cela exige des efforts constants. La France ne doit pas perdre, comme d’autres nations avant elle, le goût de l’effort, le goût de l’excellence. Mesures fortes, difficiles, dures, claires, traçant la voie, selon des dynamiques propres ; refondation des systèmes économiques et sociaux, refondation des systèmes de gouvernance, refondation des règles et du cadre international, refondation de la puissance française.
De fait, ne réformons pas ; inventons. Ayons le sens de l’impossible.

Fractures morales, fractures économiques, fractures géopolitiques…


Surprise, Indignation, transparence…

Course non pas aux qualités des hommes et femmes mais bien course au misérabilisme… De nouveaux impôts sont et seront levés tandis que la dépense publique globale est plus haut historique… La dégradation morale est générale mais provient d’une confusion des valeurs et des problématiques. Nos actes ont des conséquences pour des générations…
Au niveau des valeurs, non seulement, être riche devient suspect, immoral…probablement illégal ; mais plus important et sous-jacent, nous assistons à la mise en place d’une exposition de la morale (individuelle, sorte d’examen de conscience) visant à permettre une morale collective dans le refus / renoncement de toute possibilité de morale individuelle… la morale et/ou la vertu obligatoire ne sont pas des bons souvenirs de l’histoire de France… les Français et plus encore l’éxécutif devraient s’en souvenir…

Les fractures actuelles laissent à penser à une simple bipolarisation de la société française comme européenne alors qu’en réalité le délitement et émiettement sociétal devrait être perçu comme extrêmement préoccupant car décrivant la fin d’un processus de déconstruction nationale… Pire, les Français comme l’ensemble des peuples européens n’ont plus confiance en leurs gouvernements car ils n’ont plus confiance en l’avenir…Durcissement du climat social alors que l’austérité n’a pas encore commencé…
Au niveau des problématiques et de la compréhension de la réalité, particulièrement celle de la situation de notre pays… La croissance économique ne vient pas du déficit public, même si certaines dépenses publiques peuvent contribuer à l’environnement de la croissance. Il est possible en ce sens, de réviser dans sa totalité sans pour autant tuer le service public. Et, chaque dépense doit avoir un sens…

Or, ont été sacrifiés toutes les dépenses de recherche et d’investissements (préparant le futur) pour préserver le règlement des pensions / salaires / rentes et le financement des structures publiques. La France attend des autres une hypothétique reprise dans un plan de communication / marketing !!!   La zone euro était en fin 2012 à 3,2% de moyenne de déficit…tandis que la France était à 4,8% de déficit : la France est, comme nous l’avons déjà dit, le maillon faible de la zone euro… potentiellement de l’Union européenne. La dette française va devenir ingérable… L’ensemble des pays européens, de la zone euro ou non, sombre…

Qui conçoit encore la légitimité des décisions prises ? Austérité versus croissance tel semble être le dilemne, comme si rien d’autre n’était possible… le débat comme les idées, est malheureusement binaire… et stupide…. le cadre choisit par les responsables ne nous laisse aucune porte de sortie… Faillite des élites… Faillite des experts… Faillite des politiques… Partout s’amoncellent les signaux mais peu semblent les voir, beaucoup veulent les ignorer ou les réfuter…
La baisse de l’or montre le ralentissement de la vitesse des monnaies malgré leurs manipulations, et donc, déjà, à terme, l’échec des différentes politiques monétaires mises en œuvre aux Etats-Unis et au Japon. Ainsi la manipulation des monnaies consiste à une tentative de vol de la croissance des autres pays ; tentative qui va à terme paralyser le commerce international… La confiance, c’est la paix ;  là encore ce que tous les Etats européens ne peuvent méconnaitre au regard de leur histoire. Les conséquences de cette omission/occultation seront dramatiques… Tous appelent aujourd’hui de leurs voeux d’aller au plus vite retrouver les Etats-unis et le Japon dans leurs politiques monétaires, oubliant qu’ils sont, eux aussi, aux bords du gouffre… Pire, puisque les régles comptables ne permettent plus de répondre, pas de souci… les régles du jeu sont modifiés à l’instar des modifications de calcul du PIB américain sous couvert de simple actualisation…  Les chiffres économiques ne sont pas bons donc il suffit de les modifier pour améliorer la situation économique… Ce n’est pas en changeant le thermométre que la fièvre baisse et que le malade guérit !!! le ridicule ne tue pas…ni l’absurdité ! Heureusement !
Nous allons vers des temps révolutionnaires. point de crise(s) ici et maintenant, mais une mutation géopolitique de grande ampleur : le système né de la Seconde Guerre Mondiale se désagrège…. l’onde de choc sera gigantesque !

Panique à bord….mais tout va bien !


Crise morale, crise politique. Mélange des genres et des termes. Mélange des sens. Tout dire et tout mélanger.
Il ne s’agira pas ici de porter un jugement politique sur l’affaire Cahuzac et les suites, mais de tenter d’analyser les conséquences immédiates et leurs portées géopolitiques…
Première conséquence immédiate et à portée internationale : s’agit-il de mensonge ou d’ignorance ? Autrement dit, quelle image de la France dans le monde, et plus encore, quelle voix (quel poids) de la France dans le monde ? Le fameux « cocu » de Molière peut-il être crédible sur la scène internationale ? Ainsi, l’exécutif Français est-il encore crédible lorsqu’il prétend pouvoir impulser un mouvement différent au sein de l’Union européenne ? La crédibilité de l’exécutif certes est mise en cause, mais désormais bien au-delà, la crédibilité de la France.
Seconde conséquence, l’instauration d’un doute. Doutes sur les capacités de l’exécutif, doutes sur la classe politique, doutes sur leurs propos et plus encore, non pas doute sur l’honnêteté des élus, mais doutes sur la sincérité de leurs actions et doutes sur leurs possibilités d’actions…L’action politique est donc remise en cause.
Mais il faut aussi comprendre l’environnement « stratégique » dans lequel cette affaire se déroule : celui d’une crise économique importante, 8 millions de personnes ont une vie précaire, 3 millions de chômeurs… des personnes n’arrivent plus à finir leurs fins de mois et constituent autant de réels populistes, c’est-à-dire en réalité des gens qui n’ont plus confiance dans la possibilité de s’en sortir… Dès lors est-ce une faute personnelle ? Le système, l’écosystème politique est en cause pour l’ensemble des Français.
Troisième conséquence donc, celle de la colère. Réactions de dégoût, de rejet. Sourde colère. Nous pourrions assister à des expressions violentes de mécontentement populaire, bien au-delà d’un simple vote de contestation…
A quoi assistons-nous en réalité ? A une décomposition de la sphère politique… La parole politique, de cet exécutif, comme d’autres responsables politiques y compris de l’opposition, cette parole politique n’est plus crédible ; d’autant plus qu’elle ne cesse de dire qu’elle est ignorante… Seules, aujourd’hui, les institutions de la Vème République nous préserve de la crise de régime. Or, les réponses proposées sont politiques, oubliant que l’on ne peut résoudre une crise morale avec des solutions politiques…

Who’s next ?


A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles disent certains sans se rendre compte à la fois de l’aberration de la situation, l’aberration des décisions souhaitées, l’aberration de leurs propres propos… Certes, la mesure est plus efficace que l’impôt, surtout si ces derniers ne rentrent pas, ne rentrent plus. Mais de quoi parlons-nous en réalité ? De la confiscation d’un bien de propriété par des responsables politiques, non-élus, qui à l’évidence possèdent une vision très floue de la réalité en n’hésitant pas à faire de la prédation… Nous sommes bien dans une crise politique avant d’être dans une crise économique ou financière….
Taxer les dépôts bancaires, revenir sur les garanties par le biais d’une destruction planifiée du principe de confiance constitue pour différentes personnes la meilleure solution ; oubliant qu’il ne peut y avoir de petit dans l’application des principes… Trop fort avec les faibles, trop faibles avec les forts, l’union européenne rompt avec l’état de droit (à contrario des propos de Jacques Attali)… et avec la démocratie. Ce que nous nommons dictature aujourd’hui, certains désirent le nommer demain pudiquement bonne gouvernance ! Le déni démocratique est redoutable…
Chypre, exemple et modèle des solutions à venir ? Désormais à genoux, entrant en récession, Chypre repousse jour après jour la réouverture des guichets bancaires par crainte de l’irrémédiable suite à venir : la panique financière…
Chypre a intégré la zone euro en 2008, donc point aujourd’hui de découverte…. Certes, la Russie mais aussi l’oligarchie chinoise utilisent les banques chypriotes pour faire des allers retours, c’est-à-dire du blanchiment…. Mais les pertes de Chypre viennent en partie du financement des dettes grecques. Chypre peut être vue comme un système réduit, local, du système financier mondial. Prendre des libertés avec les principes mais aussi la réalité parce que le système est analysé comme petit, local, réduit constitue une erreur grave et revient à ne pas comprendre la contamination de l’ensemble du système.
De fait, l’Union européenne n’a pas été un facteur d’apaisement, mais facteur aggravant de la crise. L’Union européenne a aggravé la situation en faisant une erreur majeure que celle de menacer les dépôts. Il est fascinant de constater avec quelle facilité les politiques font n’importe quoi… Les responsables politiques ouvrent actuellement des possibilités sans en mesurer les conséquences…La zone euro sans Chypre sera la démonstration que la boîte de Pandore est ouverte (ou l’a été)… terra ignognita…. La contagion chypriote à la Grèce, voir à d’autres pays européens dont la France est fort possible.
Le doute sur l’Euro change aussi de nature. De fait, nous passons en quelque sorte d’un doute de solvabilité à un doute de crédibilité de dépôt. Nous sommes dans le champ des perceptions. Il faut donc certes (re) gouverner Chypre, mais tout autant revoir la gouvernance de différentes prises de décisions tant au FMI qu’au niveau de Bruxelles, et des pays membres.
Une détestation de l’Allemagne pointe son nez sur le continent européen. Les images circulant en Espagne, au Portugal, en Grèce, à Chypre sont de ce point de vue inquiétant. Détestation et isolement politique. Il faut que la France « raccroche les wagons » avec l’Allemagne sous peine de voir voler en éclat l’Union… Le niveau de la colère est assourdissant mais personne ne l’entend… demain, les plus en colères iront voter associant vote de protestation, vote d’adhésion et vote d’abstention qui feront exploser le système…. Crainte de tous envers tous… sorte de rupture du contrat hobbesien.
Mais là aussi se pose d’emblée des questions majeures. Quelle Union européenne défendre ? Pour quel projet ? Bref, une Union Européenne pour quoi faire demain ? L’union européenne se vide, peu à peu, à chaque crise et à chaque inefficience, de sa substance… L’union européenne se satisfait de peu… de bien peu… de trop peu demain face aux peuples car elle ne construit rien et n’offre aucune perspective que celle de se survivre à elle-même. En ce sens, il est urgent de proposer Politiquement une modification du cadre de référence européen.
L’urgence est là, en Europe comme ailleurs. La dette est partout… 2 600 milliards d’euros de dettes en France pour 2 000 milliards d’euros de dépôts et 2 milliards d’euros de garantie de dépôts…15 000 milliards d’euros de dettes au Japon pour 8 000 milliards d’euros de dépôts…. 260 milliards d’euros de dettes au Portugal pour 160 milliards d’euros de dépôts. Ne nous voilons pas la face, ne masquons pas la réalité : il y aura défaut de paiement !

Désillusion sociale… et tensions politiques


Le 20 février, après dix jours de manifestations contre la pauvreté, émaillées de violences, le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov, a déposé sa démission au Parlement. Ces manifestations ont été déclenchées par la hausse brutale des factures d’électricité en janvier (les prix de l’électricité ont en fait augmenté de 13% en juillet dernier, mais l’impact de la mesure n’a été ressenti qu’au début de l’hiver). D’une façon plus générale, on peut considérer que c’est la crise économique et sa politique d’austérité, qui ont eu raison du gouvernement bulgare. En effet, la colère des Bulgares résulte avant tout de la hausse de la pauvreté dans tout le pays (salaire moyen mensuel à 800 levs soit 410 euros) et d’un taux de chômage atteignant 11.9%.
L’Italie est dans une impasse politique avec une Chambre des députés, à gauche et un Sénat sans réelle majorité. Certes, la gauche est majoritaire en nombre de voix et le centre-gauche de Pier Luigi Bersani est le parti vainqueur. Mais l’écart de voix entre le centre gauche et la droite de Berlusconi est très faible. A la Chambre des députés, au regard de la loi électorale qui donne une « prime » de 54% à la formation arrivant en tête, le nombre de sièges devrait se répartir entre 340 sièges pour la gauche et 290 pour la droite. Au sénat, en vertu de règles électorales différentes (prime de majorité par région), la gauche (malgré plus de voix) serait loin de la majorité absolue (158 sièges). Berlusconi, parti sous les huées fin 2011 est revenu à un haut niveau et ce en surfant sur les mesures impopulaires du gouvernement Monti. Monti ne remporte que 10% des voix dans chaque chambre et ne pourra assurer la grande coalition avec 17 à 20 sénateurs… A contrario, Beppe Grillo et son Mouvement 5 Etoiles (M5S) a surfé sur le mécontentement et le rejet grandissant de toute classe politique et obtient près de 25% des voix dans chacune de deux chambres et devient ainsi (provisoirement ?) la troisième force politique du pays… le populisme coïncide aussi en l’entrée d’un peuple en résistance contre ses élites selon Jacques Généreux… Le malaise social est là. La désillusion sociale aussi et elle sera fortement amplifiée dans les prochaines semaines et prochains mois… L’Italie est déprimée par la conjoncture économique et la récession (-2.2%), un pays perdant espoir dans son avenir… tout en possédant un excédent primaire… Aujourd’hui quasi-ingouvernable, certains risquent de choisir entre le pourrissement, la grande coalition éphémère ou le retour aux urnes afin de tenter de définir une nouvelle majorité…
En France, la gauche a porté lors de l’élection présidentielle d’immenses espoirs, tout particulièrement aux regards de l’entretien méticuleux du mensonge et de la démagogie. Elle déçoit donc très vite, y compris et surtout socialement, d’autant plus qu’elle a perdu son assise traditionnelle, mais en sus, elle s’enferme dans un déni de réalité… Alors que l’économie européenne et française ne peuvent plus être tirées par l’économie chinoise ou américaine, les prévisions économiques pour 2013 comme pour 2014 sont mauvaises : non seulement une croissance de l’ordre de 0,1% pour 2013 (je pense toujours que nous serons en récession comme pour l’ensemble de l’Union européenne), mais potentiellement une croissance 2014 de 0,4% (pour les prévisions les plus optimistes que je ne partage pas). Ce qui signifie donc, quasi mathématiquement, un déficit de l’ordre de 3,9% !!! Dès lors, l’exécutif français sera tenté (les premières annonces vont déjà en ce sens) à la fois d’instituer de nouveaux prélèvements et des mesures supplémentaires, conduisant à un effacement de tout potentiel de croissance et donc à une explosion du chômage, avec plus de 3,7 millions de chômeurs de catégorie A fin 2014 et plus de 5,6 millions toute catégorie confondue pour la France métropolitaine (plus de 6 millions si on y inclut les DOM-TOM). Ce double choc engendrera aussitôt une nouvelle contraction de la consommation comme une explosion des allocations à versées (dans l’hypothèse où ces dernières resteraient à niveau constant). Espérer un retour de croissance, même différé, pour fin 2013 ou pour 2014 semble illusoire…
Nous sommes désormais, conjointement, engagé dans une course vers le nivellement économique, voir demain vers une course à la dévaluation, ou pire, une course au défaut. Très clairement, malgré les différentes affirmations politiques, la zone euro risque fort au milieu de cette année 2013 ne plus pouvoir supporter le poids de la monnaie commune, encore monnaie unique pour quelque temps… Le désastre qui s’annonce est désormais d’une telle ampleur, que des mesures restrictives tant au niveau libre-échange que monétaire, voire d’urgences démocratiques pourraient voir le jour… La crise économique qui frappe l’Europe et le monde est en ce sens particulièrement inquiétante, car elle est, source d’une colère grandissante et profonde, d’une exaspération qui gagne tous les peuples… L’Union européenne était en charge d’assurer la paix… elle risque aujourd’hui d’engendrer non pas le mécontentement (cela est déjà fait) mais l’explosion sociale puis démocratique…
La société se stratifie avec des plafonds toujours plus résistants, rendant difficile toute évolution. Comme déjà dit, nous assistons à une baisse massive des revenus des ménages et à un déclassement du monde salarial, phénomène qui va en s’accélérant et dont la désindustrialisation est un symbole bien avant d’en être la cause, envoyant des millions de personnes à travers l’Union européenne vers la pauvreté. Face au sentiment de déclassement collectif mais d’abord perçu et vécu individuellement, face à la montée criante des inégalités, se pose la question fondamentale de la supportabilité, non seulement de nombreuses mesures, mais plus simplement, concrètement et réellement, des conditions de vie individuelles et familiales. En découle, ainsi, ces terribles tentatives d’immolation par le feu, que ce soit en France ou cette semaine en Espagne.
Nous assistons à une brutale et extrême régression économique et sociale, engendrant un sentiment d’abord diffus puis concret de désillusion sociale. Cette désillusion sociale, déjà forte en Europe comme en France va engendrer une explosion sociale, que malheureusement le gouvernement actuel fait sourdement monter… La désillusion sociale, c’est le cri de douleur de tous ceux qui n’ont plus rien ; de tous ceux qui souffre et dont la sécurité (professionnelle, alimentaire, culturelle, …) n’est plus assurée et que le reste de la collectivité ignore ; c’est l’abandon des dépossédés et l’angoisse de ceux qui redoutent de l’être ; c’est la servitude quotidienne de certains pour une vie que l’on ne maîtrise plus ; c’est aussi simplement le « non » jaillissant des poitrines des nouveaux gueux et des peuples à qui l’on a toujours exigé de dire « oui »… La désillusion sociale n’est pas le déni ou le refus de la réalité tragique de la vie humaine, c’est l’affirmation que transcendant cette tragédie, la vie à un sens commun et que le bien-être/bonheur existe… et notamment celui de l’appartenance du citoyen libre à une communauté de destin « le seul bien de ceux qui n’en ont pas » (Jean Jaurès) ; désormais mis à mal au profit d’une somme d’individus fier de leurs individualités…

Merkamrom


La croissance française sera donc de 0,1% selon la Commission européenne…. Assez loin des prévisions du gouvernement !
Face à cette bérézina, le gouvernement tente de conserver la méthode Coué, or nous serons probablement en négatif à la fin de l’année. C’est l’échec total de la politique économique suivi par cet exécutif. Rassurant pour l’exécutif, la Commission européenne nous comprend et nous ne sommes pas les seuls à subir ce défaut de croissance. Terriblement inquiétant pour moi. Pour rappel, le Japon est pour le troisième trimestre consécutif en récession, les statistiques de croissance chinoises sont falsifiées et gonflées ; enfin, les Etats-Unis ont officiellement annoncé un PIB de – 0,1% (PIB négatif donc avec une production tant industrielle que manufacturière en baisse).
Au niveau européen, les objectifs principaux du budget européen concernent essentiellement pour 45% des dépenses : renforcement de la compétitivité (innovation, recherche, développement des réseaux de transports et des interconnections énergétiques) et de la cohésion (fonds structurels) et pour 43% des dépenses : la PAC. Certes, il y a accord sur le cadre financier pluriannuel 2014-2020 lors du Conseil européen des 07-08 février : 960 milliards d’euros de crédits d’engagement (1% du PIB européen) ; 908,4 milliards d’euros de crédits de paiement (0,95% du PIB européen). Cet écart entre les engagements et les paiements peut a priori créer un déficit structurel. Tout le monde compare surtout le niveau des engagements. Seul compte le niveau des crédits de paiement donc des dépenses qui seront effectivement réalisées. De là, des négociations à venir avec le Parlement Européen : Conformément au Traité de Lisbonne, le Parlement Européen doit se prononcer sur ce projet de budget (session plénière en juillet). Les chefs des 4 principaux groupes politiques du Parlement Européen, dont les socialistes, ont annoncé qu’ils refuseraient d’accepter en l’état ce budget. Les parlementaires mettront en avant 3 revendications : une flexibilité maximale entre les années budgétaires et les postes de dépenses, une révision de l’accord à mi-parcours, une discussion sur les ressources propres de l’UE. Si le budget est rejeté, l’UE devra vivre avec des budgets annuels sur la base de celui de 2013 jusqu’à l’élaboration d’un nouveau cadre financier, source d’instabilité.
La France voulait que le budget européen envoie un signal de relance. Or le budget approuvé est un budget d’austérité. La France est isolée. Nous sommes passés du « Merkozy », tant décrié, au « Merkamron ». François Hollande a réussi le tour de force de créer un axe Grande-Bretagne/Allemagne, alliées de circonstances sur les perspectives budgétaires européennes alors que leurs projets politiques sont diamétralement opposés : Europe à la carte pour la Grande-Bretagne, intégration politique pour l’Allemagne. La France risque de devenir le maillon faible économique et industriel de l’Europe. La compétitivité est d’abord un problème national. On ne peut pas là non plus se défausser constamment sur nos partenaires.
Où est le projet politique de la France pour l’Europe ? Le discours de David Cameron a été beaucoup critiqué mais peu l’ont lu dans les détails. Il est habile : il s’adresse à ses électeurs et propose un projet. Je ne sais pas qui est aux commandes en France. En Europe, c’est clair. La France est absence. C’est désormais le couple Cameron Merkel comme a pu le démontrer les dernières négociations sur ce budget européen à minima…