L’Europe des Nains


Fraîchement pressé, un billet d’humeur suite à une rencontre avec des homologues, loin de France…
Beaucoup de désillusions de la part de nos partenaires lointains qui ne comprennent pas l’évolution de notre organisation/système politique… Et ils ne sont pas les seuls… Donc un court exposé oral pour tenter de leur faire comprendre différentes dimensions, un débat engageant et engagé, et pour finir… fraîchement pressé vous dis-je, un billet regroupant ce que j’ai dit et certains choses que je n’ai pu dire…pudeur ou fierté nationale retenue lorsque je me trouve loin de ma terre natale ; la seule terre que j’aime profondément au fond de mon cœur malgré la beauté de toutes les autres…
L’Europe des nains donc… et pour complaire à l’idéologie dominante d’un universalisme vert béat, l’Europe des nains de jardins…
Regardons avec objectivité les attendus et les résultats du dernier congrès des VRP nationaux que sont devenus nos représentants politiques européens, sur le budget européen…L’union européenne va dans le mur, chacun le sait, chacun le mesure à l’aune des différentes déclarations politiques, nous avons atteint le niveau zéro de la réflexion budgétaire, signifiant là, que nous sommes passés dans le domaine du négatif en ce qui concerne la réflexion stratégique… constituant à mon sens un dysfonctionnement majeur de l’Union européenne mais aussi de nos différentes démocraties nationales… sorte d’aveu (enfin) de leurs graves affections….
La Politique (avec un « P », c’est-à-dire la Grande Politique), c’est d’abord et avant tout des mots, qui donnent des formules, définissant une vision qui produit un effet sur une population et donc qui engendre une Histoire !
Rien de tout cela désormais…. Des nains vous dis-je !
Lisons le discours du « Moi, Le, Président de la République » au parlement européen… Un vrai condensé de mots creux, de fausses formules, d’absence de vision… Que de critiques apportées au sens de l’union européenne par un de ceux qui, patiemment et régulièrement, y a toujours apporté son concours… Que de différences entre les discours tenus à Bruxelles, à Strasbourg, à Berlin, à Athènes ; et il y a encore peu à Londres ; et les décisions politiques prises en France… La France est absente, tristement absente de la réalité du monde et des évènements, se contentant de bruits et de gestes maladroits face à une poussière stratégique de plus en plus prégnante… regardons le couple franco-allemand.
Il n’y a plus de couple franco-allemand. Absence de vision à la fois nationale, mais aussi collective (européenne) et commune. Aux regards des faits, je suis contraint de constater une forme de trahison politique tant du côté allemand que du côté français…
Or, à l’évidence, désormais, la France manque les différents rendez-vous internationaux. Juste des sous-performances politiques essentiellement liées à l’impréparation des équipes et des conseillers en place me direz-vous ? Malheureusement pas. Non que les équipes arrivées en France en mai/juin 2012 ne furent pas elles-mêmes surprises par leur victoire ; non pas par un manque quelconque de compétences ; mais malheureusement, par un claire manque de vision…
Aujourd’hui, partout où je me déplace, je ne puis que constater que la France manque… Notre pays manque au monde. Manque au couple Franco-allemand. Manque à l’Union européenne… Manque au continent européen… Manque ailleurs, même si pour certains, aller parader en guerre constitue le plus beau jour de leur vie….
La crise de l’Euro est finie ! La crise économique se termine ! La reprise économique est là… du moins pour le second trimestre 2013…. Tout cela est derrière nous ne cessent-ils de nous dire. Retournez-vous, messieurs les gouvernants, messieurs les sachants…vous verrez ainsi de face ce qui nous attend !
Alors qu’il nous faudrait des investissements massifs dans la recherche, diminution de ces derniers ! Alors que les temps à venir vont être destructeurs pour nombres de personnes, forte diminution des aides, tout particulièrement alimentaires ! Le budget 2014-2020 sera donc en recul, non seulement une première pour l’Union européenne ; mais aussi une abération méthodologique dans sa projection vers l’avenir…. Il est tout aussi « amusant » d’entendre le Premier Ministre reconnaitre son erreur dans sa projection de croissance à un an tout en affirmant sa clairvoyance et sa maîtrise dans sa projection à 4 ans…
Est-il possible de se faire élire sans être démagogue dans une démocratie ? Si la mise en exergue de la réalité ne peut tuer l’utopie, la désespérance démocratique est dangereuse… Aujourd’hui la France compte 4 à 5 millions de chômeurs, 10 millions de mal logés, et presque autant de mal nourris…. Une large part de notre population paie par lâcheté politique nos problèmes… Ainsi notre logique (constante depuis près de 40 ans) est de protéger le travail de ceux qui en ont et non pas de privilégier de créer du travail pour ceux qui n’en ont pas ! Nous voulons sécuriser les emplois, et non sécuriser les personnes… Pis, le modèle français, tant vanté mais jamais copié, est défendu par tous dans une tentation/aspiration/résignation de fatalité. Nous nous attaquons aux signes, jamais aux causes… et nous exécutons sans vergogne le messager porteur de la (si) mauvaise nouvelle….
La dette publique et privé atteint aujourd’hui 270% du PIB dans les pays définis comme PDEM…. Les stratégies et politiques monétaires (et économiques) actuelles (2012-début 2013) épuisent les armes démocratiques d’ajustement économiques… et impliquent le fin du cycle actuel de mondialisation, chacun prenant le contrôle de sa monnaie face aux politiques des uns et des autres…. Chacun, sauf l’Union européenne grâce à l’Allemagne et contre le désir de François Hollande…. Heureusement d’ailleurs. Mais cette fin du cycle actuel de mondialisation va dériver vers l’émergence d’un nouveau cycle, celui de la continentalisation du monde en parallèle d’une crise latente mais profonde du système international héritée de la Seconde Guerre Mondiale et de la structuration de la Guerre Froide. Le monde tel que nous le connaissons, encore quelque temps, va s’embraser !
Problème de temporalité mais aussi d’espace géographique d’expression. L’Etat-nation, véritable invention française, n’est plus le cadre maximum dans lequel peuvent s’inscrire les modalités du politique. Ce que l’on retrouve au niveau européen. De là, aussi, l définition prospective du Général De Gaulle concernant l’Europe des Nations. Le Politique se doit donc de prendre en compte cette réalité stratégique : l’état-nation n’est plus le seul arbitre des décisions politiques ! Le prendre en compte, c’est-à-dire, non seulement l’accepter en tant que tel et rejeter toute faute sur lui en l’espèce… mais inscrire dans le « jeu » national (voire dans le « je » national) à la fois le cadre européen mais aussi le cadre international…
Et, dans ce « je » national, nous gommons les différences au lieu de les tolérer. Face à une conception de la République où l’Etat a pris la place du Roi d’hier, et donc de Dieu ; sorte de fétichisme de l’Etat ; l’autorité est aujourd’hui remise en cause via une déconstruction de la collectivité souveraine au profit de l’individu ; désagrégation de la collectivité dans un phénomène que certain (Jacques Généreux) nomme avec justesse : la « dissociété » qui fait disparaître la société au profit de communautés et d’individus ; forme de montée de légitimité politique de tous au sein d’un égalitarisme béat… De ce fait, aussi, la France, a du mal à se projeter dans un monde, qui lui, ne l’est assurément pas !
Point de décadence, ni de déclin…. La réaction est possible… Elle sera douloureuse… Mais, force de constater que si la France manque au monde, elle manque d’abord parce qu’elle se ment à elle-même…

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