Victoire de Syriza et QE – Comprendre les implications


Oui, la situation économique de la Grèce et le montant des dettes proviennent aussi de la faiblesse structurelle de l’Etat et des rentrées fiscales. Oui, effectivement le vote massif pour Syriza est d’abord la conséquence du discrédit de la classe politique grecque (oligarchie), de la fatigue des partis politiques traditionnels grecs et du charisme du nouveau leader (incarnation d’un renouvellement des responsables politiques). Ce vote consacre aussi des décennies de gestion politico-économique désastreuse. Mais-est-ce le cas de la Grèce seulement ?
La victoire de Syriza consacre aussi l’aveuglement bruxellois qui a omis à la fois la « fierté des peuples » (Syriza combat pour la souveraineté de la Grèce face à la zone euro) et surtout n’a jamais voulu acter par idéologie (l’euro est irréversible) une sortie de la Grèce. C’est aussi un rejet politique massif de la politique économique imposée par la Troïka et ses conséquences.
En principe, nous devrions en tirer une seule conséquence : l’urgence d’une réforme radicale de l’Union européenne, seul remède pour sauver l’union politique. Mais, toutes les préoccupations se concentrent sur le remboursement de la dette… avec des affirmations pathétique à l’instar de celle du banquier Matthieu Pigasse affirmant qu’un défaut de la Grèce à hauteur de 50% de sa dette n’aurait aucune conséquence puisque « déjà inscrit dans son bilan ».
Tout le monde a intérêt à gagner du temps et à trouver une solution négociée en apparence… car dans les faits, les Grecs ne rembourseront pas (170% du PIB). La Grèce n’a toujours pas (et n’aura pas) les moyens de rembourser sa dette. Il y aura restructuration de la dette grecque (et pas uniquement sur sa duration). Il n’y a pas d’autres solutions. Dans les faits, le défaut de paiement est là. Les politiques se contentent de gagner du temps pour éviter une crise systémique (faillites bancaires). Voilà longtemps que j’écris qu’il nous fallait faire sortir la Grèce de la zone euro et prendre nos pertes afin d’éviter un risque de contagion.
Avec Syriza (au-delà de la victoire politique) nous allons vers un affrontement « dur » avec la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne) de par la volonté de refuser toute négociation directe avec la Troïka mais privilégier uniquement des négociations bilatérales, en premier lieu avec l’eurogroup. De fait, la structure de l’alliance, comme les nominations ministérielles, indique une ligne politique dure dans la préparation des négociations avec la zone euro (demande de rééchelonnement de la dette sur 30 ans – cf moratoire allemand de 1953). Une manière soft de ne pas rembourser. Le volet social de Syriza n’étant pas négociable.
Jouant sur sa position de faiblesse, la Grèce mise sur son incapacité d’honorer d’ici début juillet (23 milliards d’euros).C ‘est dans ce cadre qu’il convient de placer le renoncement de la Grèce à l’aide de la Troïka (7 milliards) plaçant encore davantage le pays en situation de faiblesse. Le calendrier est donc clair : un accord devra être impérativement trouvé avant fin juin.
Et il faudra un vainqueur. La question est de savoir s’il peut y avoir une coopération implicite entre l’Allemagne et la Grèce, ou si nous allons vers une collision frontale…

Tout le monde semble se réjouir de la baisse de la monnaie européenne qui est repassé sous son cours d’introduction (1.17 dollar) soit une baisse supérieure à 15% de sa valeur en moins de 6 mois.
La baisse de l’euro est préoccupante. Ne pas croire que cette baisse est significative pour les exportations de la zone euro et donc engendrera un retour de la croissance. Les pays européens font leur commerce intra-zone (80% pour l’Espagne, 70% pour l’Italie et certes, 50% pour la France).
La baisse de l’euro n’est donc pas spécialement une bonne nouvelle (démonstration de l’allocation des ressources financières vers d’autres lieux plus attractifs) et ne résout pas le problème de la compétitivité économique intra-zone.
Nous allons assister à une tension sur la structure de l’euro. Les négociations internes à la BCE ont été très difficiles, particulièrement avec les Allemands. Le climat s’est d’ailleurs « tendu » entre la France et l’Allemagne. La relation avec l’Allemagne est encore plus cruciale pour le devenir de l’Union Européenne. L’avenir de la relation franco-allemande est primordial.
L’Allemagne est désormais confrontée à un piège politico-monétaire : soit elle accepte une restructuration de la dette Grecque mais avec augmentation de sa contribution financière et risque de contagion ; soit elle refuse et elle portera la responsabilité de la dislocation de la zone euro.
La crédibilité de la monnaie européenne est en train de se jouer, y compris dans un processus de recherche de (re)création d’inflation. L’affaire de la BNS démontre qu’il faut revenir, tôt ou tard, aux fondamentaux et que les banques centrales ont des limites… ce qui contredit d’emblée toute politique de QE.

La BCE applique avec espérance un « médicament » qui n’a fonctionné, ni au Japon, Ni aux Etats-Unis, ni en Grande-Bretagne comme le démontre les dernières analyses. Mais les marchés financiers sont satisfaits d’une telle manne qui n’aura aucune influence sur l’économie réelle. Une banque centrale ne créée pas de richesse. Jamais.
Cela d’autant plus qu’une erreur de diagnostic est réalisé : la faiblesse de l’activité économique implique une politique budgétaire. Or, la BCE fait le choix d’une politique monétaire. De plus, nous sommes confrontés à une problématique de solvabilité et absolument pas de liquidités.
Le QE a été fait pour maintenir les taux d’intérêts très bas, face notamment à la situation de la France. Il s’agit d’abord de protéger certaines économies européennes face à une remontée des taux. Mais, le QE ne produira aucune incitation pour les ajustements nécessaires tant au niveau de l’Etat qu’au niveau des industries.
Mais, surtout, le QE de la BCE, dans sa structure même, signifie la fin de l’union monétaire européenne. 80% des risques sont portés par les banques nationales, seuls 20% étant portés par la BCE. Il n’y a plus d’union monétaire ni organisation politique monétaire. La BCE a fait long feu. Plus encore, le démontage (partiel ou complet) de la monnaie unique est désormais acquis.

Avec le QE de la BCE, après les trois successifs de la FED et ceux de la BoJ ; nous jouons avec nos monnaies (Yen, Dollar, Euro, et Sterling). Pour nombres de responsables politiques et économiques de pays émergents, l’Occident fabrique de la fausse monnaie et fragilise l’équilibre géopolitique précaire de la planète. Les derniers propos de Thomas Piketty sur le QE sont indicatifs
Nous assistons avec ce QE à un affaiblissement de la main de la BCE, alors même, je le répète, que nous sommes dans les prémisses d’un changement de système monétaire international. L’invitation du Président d’Obama à Angela Merkel de venir rapidement à la Maison Blanche en est l’un des indicateurs.

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