Otages : le « jeu » malien…


Au-delà des énormités proférées ces derniers jours concernant la libération de nos otages puis de l’assassinat de deux journalistes au Mali, il convient de remettre certains faits en perspectives.
AQMI revendique aujourd’hui l’acte. D’abord, il est peu probable que cette organisation ait eu le temps et les moyens d’organiser cette opération dans des délais si brefs. Ensuite, au-delà de leur habillement, les quatre hommes ayant enlevés puis exécutés les deux journalistes, parlaient tamashek, c’est-à-dire la langue Touareg. Enfin à Kidal, différentes sources indiquent nettement des Touaregs, sous-traitants monnayant leur butin auprès de commanditaires, issus de la ville même de Kidal ; et décrivent moins une capture / enlèvement des journalistes à l’extérieur, qu’une « livraison » de ces deux derniers par des membres du MNLA à des sous-traitants travaillant ici pour la katiba d’al-Targui (Touareg proche d’AQMI).
De fait, nous nous situons dans une lutte politique entre différents mouvements (MNLA, Ansar-Dine, AQMI, Signataires du Sang, MUJAO, …), c’est-à-dire dans un jeu complexe d’alliances, de désalliances et de recompositions politiques, avec en son centre Iyad Ag Ghali.
Ce dernier est fondateur du mouvement touareg islamiste Ansar Dine, à la fois initiateur de la prise de Konna et du raid sur Bamako, et au cœur de la problématique malienne.
Iyad Ag Ghali vient de se (re)positionner politiquement par le biais de la libération des quatre otages Français et du blanc-seing accordé par le gouvernement Français (liberté totale de mouvement pour lui et ses hommes durant la négociation, réarmement, financement, …).
Les deux journalistes sont donc d’abord victimes indirectes de luttes de pouvoir entre mouvements et plus encore entre chefs de faction. Plus encore si comme nous l’indiquent nos sources, la rançon de libération des otages n’a pas été « redistribuée » comme convenue par Ag Ghali…
Là est un des motifs premiers : plusieurs armées et factions rivales cohabitent sans qu’aucune ne maîtrise la ville de Kidal, mais aussi au-delà de la périphérie. Et ce n’est ni l’armée française ni la MISMA qui créeront une quelconque stabilité ou sécurité.
Au-delà de sa tragédie, cet acte est le révélateur de l’incompréhension des décideurs français de la problématique malienne ; de l’échec politique (car idéologique) du pouvoir français malgré une réussite militaire (Opération Serval) comme de l’inadéquation entre principes moralisateurs et réalités géopolitiques.

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Une réflexion sur “Otages : le « jeu » malien…

  1. ciralda dit :

    Il est en effet illusoire de chercher à comprendre le jeu des influences au Sahel, mais il faut en avoir la connaissance, et ne pas se brûler les doigts (le terme est bien trop faible) à vouloir s’y immiscer. Les journalistes ont payé le prix fort de cette erreur française.

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