Impensables certitudes


L’Euro est sauvé, l’Euro est irréversible… Il est désormais impensable d’envisager la fin de l’euro…c’est une certitude…
Que de titres flatteurs et de commentaires avisés d’experts médiatiques et médiatisés… Oui, la décision de la BCE est à la fois exceptionnelle (nous l’avions annoncée dès mai 2012) et courageuse. Mais, non, l’euro n’est pas sauvé. Non l’euro n’est pas une autoroute sans sortie, l’euro n’est pas irréversible. Juste du temps. Du temps acheté (à nouveau) pour que des décisions et actions qui auraient dû être prises et entreprises dès 1992, puis dès 2002, soient désormais effectives !
Oui, les dirigeants allemands ne veulent pas être ceux par qui l’euro est tombé. Oui, les dirigeants européens dans leur ensemble veulent éviter un éclatement de la zone. Mais les peuples et dirigeants européens accepteront-ils de faire les efforts demandés en échange de la décision de la BCE ? Et, dans la négative, l’opinion allemande soutiendra-t-elle ses actuels responsables politiques ? Plus globalement, les opinions publiques européennes resteront-elles attachées à l’Union politique ? Et, là aussi dans la négative, n’allons-nous pas assister à une déconstruction nationale de l’union européenne, politique comme économique ?
Parallèlement, n’assistons-nous pas à la mise en place d’un mécanisme pernicieux de fuite en avant : mettre toujours plus de moyens pour ne pas reconnaître une erreur et donc amplifier, in fine, les pertes… ce que certains nomment le dilemme du prisonnier…
Autre interrogation, le sentiment d’appartenance à un ensemble commun (européen) s’il existe, ne modifie en rien l’appartenance à une identité percevant l’autre comme étranger et l’étranger, fut-il notre voisin européen, comme un danger… Enfin, une interrogation sur laquelle je reviendrai prochainement, n’y-a-t-il pas aujourd’hui en Europe (Union européenne), voir ailleurs (Etats-Unis notamment) une dérive politico-économique induisant un risque sur les systèmes démocratiques ?
Beaucoup d’interrogations donc. Beaucoup trop et de trop grandes importances pour des certitudes…impensables !
Et, ces impensables certitudes touchent les sujets les plus essentiels à une Nation. Ainsi, Hubert Védrine, ancien Ministre des Affaires Etrangères Françaises affirmant la semaine dernière que la guerre est désormais impensable pour les 50 ans à venir sur le continent européen !
L’impensable n’est pas seulement probable, il est toujours possible. De fait, comme le disait Pierre DAC : « il ne faut pas se fier aux choses qui ne peuvent pas arriver, car c’est justement celles-là qui arrivent… ».

Elections présidentielles en Egypte


Mohamed Morsi, candidat des frères musulmans, a remporté la présidentielle égyptienne en obtenant 51,73% des voix contre 48,27% pour Ahmad Chafiq, dernier premier ministre du Président Hosni Moubarak. Morsi, ingénieur de 60 ans, devient le premier dirigeant islamiste du pays le plus peuplé du monde arabe. Il est aussi le premier civil (mais un religieux et un ancien prisonnier politique) à devenir chef de l’État depuis 1952 (chute de la monarchie), ses prédécesseurs étant tous issus des rangs de l’armée. Par ailleurs il est l’ombre de Khairat al Chater dont la candidature à l’élection avait été invalidée.
Sa marge de manœuvre sera extrêmement réduite face au Conseil Militaire et aux forces armées (Conseil Suprême des Forces Armées – CSFA) qui ont récupéré le pouvoir législatif après la dissolution de l’Assemblée Nationale (mi-juin) contrôlée par les islamistes ; parallèlement le CSFA (au pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak) a dépouillé le chef de l’État de l’essentiel de ses attributions.
Nous assistons en réalité à des multiples tensions entre Islamistes et militaires, mais aussi entre laïcs et religieux… L’armée, qui vient de procéder à un coup d’état institutionnel, n’a cessé de réagir aux événements, de s’adapter à la situation afin de conserver son pouvoir et de faire face aux islamistes (une stratégie en réalité à l’œuvre tant en Égypte qu’en Tunisie depuis 15 mois). Par ailleurs, l’Armée voudra conserver un droit de regard sur la rédaction de la future Constitution. Un flou qui concerne aussi la composition du futur gouvernement… comme le non choix des électeurs Égyptiens entre la poursuite du modèle politico-militaire et la crainte de la théocratie (un quart seulement des électeurs se sont prononcés pour Morsi) … Au-delà des questions politiques, les défis sont considérables tant concernant les actions sociales à mener que concernant l’économie, le tourisme, les investissements… Et là n’est pas le moindre défi qui attend le nouveau Président élu…
Il est probable que les jours séparant l’élection des résultats ont été des jours de tractation entre les Frères musulmans et l’armée et donc qu’un compromis a été conclu… Que cherche le CSFA ? Revenir au statu quo ante et abolir les acquis de la révolution ? Marquer des points dans une négociation pour un partage du pouvoir avec les Frères musulmans ? Des garanties que leurs intérêts (économiques, budgétaires, et judiciaires ?) seraient pris en compte après avoir sacrifié politiquement Moubarak ?
Que recherchent les Frères musulmans ? Un retour aux valeurs de l’Islam et de l’arabité ? L’émergence d’une théocratie ? Quelles seront leurs relations / rapport de force avec les Salafistes ?
Que veulent les autres mouvements politiques issus de la Révolution, éparpillés mais représentant plus de 40% des électeurs inscrits…
Quel jeu, pour différents pays, allant de l’Arabie Saoudite à la Turquie, mais plus encore de l’Iran au Qatar ?
Quelles conséquences géopolitiques ? Probablement pas une remise en cause de l’équilibre régional ni des traités, mais plus certainement un appui renforcé au Hamas…
En conclusion, aucun des acteurs du processus de transition ne sait précisément où il va. Tous naviguent à vue en terrain inconnu, cherchant à marquer des points en prévision d’une situation future de rapports de force qui ira en s’intensifiant… les acteurs du processus savent qu’en Politique, suivant les préceptes de Machiavel, il importe autant d’être craint que d’être aimé… Les risques politiques sont donc forts… mais l’enjeu premier est d’ordre économique ce dont personne ne parle… Or, c’est sur ce dernier sujet que des boucs émissaires risquent de devoir être trouvés…