Je suis en COLERE (bis)


Réveillons-nous !

La France est en situation d’urgence. Urgence sociale, économique et désormais sécuritaire. C’est un échec tragique de notre politique extérieure comme de notre politique sécuritaire…. On se focalise sur une cagoule et un couteau et on fait de la communication politique.

Nous sommes encore une fois (les deux discours du Président) dans l’émotion, dans l’emphase. Et nous faisons (premières décisions prises suite au Conseil de défense) de la surenchère sécuritaire : sentinelle (en janvier), fermetures des frontières, état d’urgence, lois sur le renseignement, …). Le temps ne doit pas être celui de l’émotion, de l’effroi, de la peur… ni de la colère.

Que se passera-t-il demain ? Il nous faut prendre du recul et ne pas (encore une fois) céder à l’émotion. Quelle stratégie ? Quels moyens ? Quels budgets ? Nous sommes encore une fois surpris ! Nous déployons les militaires sur le territoire, nous déployons des moyens aériens (limités) puis de manière temporaire le groupe aéronaval, nous créons une nouvelle loi sur le renseignement (comme à chaque fois)…. Mais cela ne définit pas une stratégie !

Stratégie = définition d’un objectif à atteindre, des moyens alloués et de la trajectoire pour l’atteindre.

 

Pour rappel, ce que je disais en janvier 2015 suite aux attentats contre Charlie

Ce qui devrait nous conduire à réfléchir prospectivement à ce que nous devons redouter dans les temps immédiats à venir : des raids plus ou moins planifiés et coordonnés de petits commandos terminant dans l’apothéose kamikaze. Sans folie d’aucune sorte de leur part, tuer pour participer à la tuerie…

Au-delà, la crainte véritable doit résider dans l’hypothèse d’une attaque de tueurs déterminés et coordonnés, s’inscrivant volontairement dans la durée de l’action afin de saturer les forces sécuritaires concernées, semant le doute, l’effroi et discréditant l’action publique. Mais, là encore, rien de neuf : le scénario de multiples attaques séquencées et/ou simultanées est redouté depuis Bombay. Vers un djihad de masse sur notre territoire…

 

Et ce que je disais suite à l’attaque du Thalys :

Le plus dur est devant nous. L’Etat Islamique (E.I) a décentralisé à l’extrême les cellules qui peuvent être désormais individuelles

D’autres actions comparables sont à redouter. Avec l’attaque du Thalys, nous avons eu de la chance. Statistiquement, en raison du nombre croissant de volontaires prêts à s’en prendre à des cibles sur notre territoire, il est malheureusement fatal qu’un jour, un ou plusieurs djihadistes, réussissent leurs missions.

 

Dresser le constat

 

Les attentats sont des actes de guerre. Aucun doute. Mais, le terrorisme n’est ni la guerre, ni un ennemi. C’est un moyen. C’est enfin et surtout un acte politique ; un modèle politique qui nous agresse afin de nous imposer son propre modèle.

Ni l’effroi ni la peur ne doivent guider nos actions. Restons fidèles à nos convictions, nos idées, nos idéaux, nos valeurs. D’autant plus fidèle à nos convictions et nos valeurs qu’elles ne sont pas universelles. Ni peur, ni renonciation.

Nommer l’ennemi c’est aussi commencer à la faire. Nommer notre ennemi c’est le dévoiler et porter la parole politique publique afin de désigner et non stigmatiser. Notre ennemi n’est pas tant le terrorisme que sa cause profonde. Notre ennemi c’est l’idée dont il est le fruit. Notre ennemi, c’est l’idéologie en cause. Notre ennemi, en ce cas, c’est le salafisme (wahhâbisme salafiste). La matrice idéologique est née en Arabie Saoudite.

Ne réduisons pas la problématique mais regardons la réalité en face.

Aujourd’hui, cet islam présente une incarnation majeure, le wahhâbisme salafiste mais pas d’illusion non plus, c’est bien d’abord l’Islam qui est en cause dans ce lien étroit qu’il entretient avec le djihadisme. Si, les Balkans, une des zones historiques de confrontation, permettent de le dire ; cette incarnation trouve son siège dans la péninsule arabique. C’est là que, se trouvent les émetteurs des ondes salafistes qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, et le plus tôt sera le mieux neutraliser : des émetteurs d’idées bien sûr mais aussi des sources de financements et des « stratèges ».

 

Cela signifie qu’il va falloir se poser la question de nos relations avec les pays de cette zone du Moyen Orient : Arabie Saoudite, Qatar, Turquie, la liste n’est pas exhaustive… il faut un minimum de cohérence.

 

Prendre les dispositions

 

L’absence de résultats doit nous conduire à réévaluer notre posture et nous amener à définir précisément nos objectifs stratégiques au-delà de péroraisons verbales…Certes, nous avons pour nous l’efficacité tactique, mais nous payons l’absence de réelle stratégie, en ce sens que nous n’avons aucune vision, aucun projet politique à proposer autre qu’une guerre sans fin.

 

– 1er objectif : Sécuriser, identifier, neutraliser les individus dangereux sur notre territoire (et hors territoire). C’est l’essence des missions de nos services depuis de nombreuses décennies. Le terrorisme va durer… constat établit dès les années 80 !

« neutraliser » les individus dangereux et identifiés (suivis ?) par nos services de renseignement : soit les contraindre au départ (en particulier quand ils ne sont pas ressortissants français (prédicateurs, imans, etc.) quel que soit leur statut), soit les interner (ce qui est différent de les emprisonner), ce que permettent les différents régimes juridiques déclenchés par le pouvoir (état d’urgence, voir état de siège) même au prix de quelques restrictions de libertés individuelles (il faut être cohérent) ;

 

Pour ce faire, une politique claire de renseignements et de neutralisation qui n’a pas besoin de nouvelles lois mais de s’inscrire dans la durée. Le temps et le champ du renseignement ne sont ni celui du politique ni, encore moins, celui des médias. Pour obtenir des résultats, il faut investir, pas seulement en moyens (équipements, humains qu’il faut recruter, former) mais surtout en sources, contacts, relations entre partenaires (services étrangers) ce qui prend du temps (des années !) et une constance que rien n’ébranle. Le temps long…

 

– 2nd objectif : prendre la mesure des défis extérieurs auxquels nous sommes exposés.

Pour la première fois, nous sommes engagés militairement simultanément sur plusieurs théâtres d’opérations envers la même mouvance, complexe et protéiforme.

Quant à la gestion des capacités militaires, l’heure de vérité approche : toute velléité de « surge » sécuritaire va rapidement percuter le mur des réalités. Les capacités sont limitées, leur efficacité anti-terroriste réduite. Une intensification des raids sur Daech est (symboliquement) envisageable sous réserve d’un bon travail de renseignement (identification de cibles crédibles) et d’une augmentation des moyens aériens (deux avions avec quatre bombes chacun ont-ils du sens ?).

Comprendre le phénomène et donner du sens. Alors, vouloir peser sur la suite des événements.

Remettre à plat notre politique de sécurité / défense / diplomatie et anticiper !

Avoir une vision et un projet politique pour faire émerger une situation différente de celle que nous cherchons à maintenir (accords Sykes-Picot) qui pousse justement nos adversaires à recomposer la zone.

Ce qui implique aussi de revoir nos alliances et la vision future de ces dernières…

 

 

 

 

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