Quelle stratégie ? note rédigée le 22 août pour un responsable politique


Quelques points importants :

– Le plus dur est devant nous. L’Etat Islamique (E.I) a décentralisé à l’extrême les cellules qui peuvent être désormais individuelles

– D’autres actions comparables sont à redouter. Avec l’attaque du Thalys, nous avons eu de la chance. Statistiquement, en raison du nombre croissant de volontaires prêts à s’en prendre à des cibles sur notre territoire, il est malheureusement fatal qu’un jour, un ou plusieurs tireurs, réussissent leurs missions.

– Ne pas se focaliser sur les détails mais se concentrer sur l’essentiel : nous ne faisons pas la guerre à des terroristes mais à un (des) groupe(s) pratiquant notamment le terrorisme.

– Nous ne devons pas céder à l’émotion ; même si elle est légitime.

– Être stupéfait aux dernières actions commises sur notre territoire, comme sur la violence déployée en Irak et en Syrie par E.I, c’est d’abord être ignorant du monde qui nous entoure et de l’histoire de l’humanité.
Décalage important entre une vision « occidentalo-centrée » (omniprésente dans nos sociétés et nos médias) et la vie réelle de la grande majorité de l’humanité.

– De ce fait, ces responsables tentent d’expliquer par des approximations et explications pathologiques les événements voulant masquer leurs incapacités à penser la violence intrinsèque du monde. De ce fait, nous montrons d’abord et avant tout notre propre faiblesse.

– De même notre exécutif (et nombres de responsables politique de droite, cf Ciotti, Etrosi ou Juppé) semblent incapables de relier entre eux les événements : on se félicite des révolutions arabes, puis on se plaint d’une région en décomposition… sans vouloir comprendre que les violences politiques –dont le djihad ne peut être déconnecté – au sein du PMO durant les 50 dernières années sont le signe d’une recomposition géopolitique.

– On fait la guerre pour obtenir un gain politique. Nos adversaires ont un but politique. Nous nous obstinons pour les vaincre de les ramener à la situation qui, justement, les faits nous combattre.

– E.I est bien une force politique. Il convient donc, non de la nier, mais de la comprendre, de la prendre en compte, puis de la traiter comme un ennemi… en lui faisant la guerre afin de lui imposer notre volonté. Mais ce sera dans un temps long. Pas en six mois.

– Nous sommes face à une organisation politique qui pratique notamment le terrorisme. Face à elle, le minimum c’est de nous battre. De mobiliser. De se mobiliser. Tous.

– A contrario des déclarations de notre exécutif sur la guerre en cours contre E.I, notre mode opératoire consiste en réalité à contenir et certainement pas à défaire l’ennemi. Il est illusoire de penser gagner la guerre avec de seuls moyens aériens. Ce faisant, les limites politiques que nous fixons à notre engagement démontrent la réalité et à la hauteur de nos ambitions…

– L’absence de résultats doit nous conduire à réévaluer notre posture et nous amener à définir précisément nos objectifs stratégiques au-delà de péroraisons verbales…
Certes, nous avons pour nous l’efficacité tactique, mais nous payons l’absence de réelle stratégie, en ce sens que nous n’avons aucune vision, aucun projet politique à proposer autre qu’une guerre sans fin.

– 1er objectif : Sécuriser, identifier, neutraliser les individus dangereux sur notre territoire (et hors territoire).
C’est l’essence des missions de nos services depuis de nombreuses décennies. Le terrorisme (quel que soit l’idéologie derrière lequel il se drape) va durer… constat établit dès les années 80 !
Pour ce faire, une politique claire de renseignements et de neutralisation qui n’a pas besoin de nouvelles lois mais de s’inscrire dans la durée (prendre la mesure du temps long)

– 2nd objectif : prendre la mesure des défis extérieurs auxquels nous sommes exposés.
o Pour la première fois, nous sommes engagés militairement simultanément sur plusieurs théâtres d’opérations envers la même mouvance, complexe et protéiforme.
o Comprendre le phénomène et donner du sens. Alors, vouloir peser sur la suite des événements.
o Remettre à plat notre politique de sécurité / défense / diplomatie et anticiper !
o Avoir une vision et un projet politique pour faire émerger une situation différente de celle que nous cherchons à maintenir (accords Sykes-Picot) qui pousse justement nos adversaires à recomposer la zone. (ce qui implique aussi de revoir nos alliances et la vision future de ces dernières…)

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