tour d’horizon géo-stratégique… suite


Algérie :
La tension monte en Algérie entre divers clans et en tout premier lieu entre le clan Bouteflika et l’armée ; et ce dans la perspective des élections présidentielles du 17 avril.
Enjeu : un quatrième mandat de Bouteflika (soutenu par le FLN) qui ne suscite nullement l’adhésion de l’armée et encore moins celle des services de sécurité, DRS. Seul le général Gaid Salah soutient le clan Bouteflika. Il faut dire qu’il vient d’être nommé par ce dernier chef d’Etat-major et vice-ministre de la défense. Selon diverses sources, le Président Algérien aurait décidé de mettre à la retraite le puissant chef des services algériens, le général le général Mohamed Médiène, alias Toufik, 74 ans, en prétextant son âge avancé et ses 42 années de services qu’il totalise à la tête du DRS. Abdelaziz Bouteflika et ses conseilleurs auraient utilisé l’Ordonnance n° 06-02 pour dégommer le patron du DRS qui se serait opposé au quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika.
Depuis l’AVC de Bouteflika en avril 2013 et son hospitalisation de 80 jours en France, les rumeurs sur l’état de santé du président sortant vont bon train. Ce dernier ne serait plus en mesure de se tenir debout ou de marcher. Il n’est plus apparu en public depuis un déplacement à Sétif en mai 2012. Le suspense devrait durer jusqu’au 4 mars, date butoir à laquelle Abdelaziz Bouteflika devra avoir signé sa déclaration de candidature.
Les prochains jours doivent être suivis avec attention car c’est tout un système politique qui s’effondrera : soit celui établi par le FLN et qui tente de se maintenir avec un quatrième mandat de Bouteflika ; soit celui de l’emprise de l’armée sur l’ordre politique….

Arabie Saoudite / Syrie / Jordanie
La lutte pour le pouvoir en Arabie Saoudite s’intensifie et s’internationalise. Le prince Bandar ben Sultan, puissant chef du GID (General Intelligence Directorate) et grand héritier du clan Sudeiri (opposé à la branche Tuwaijri du roi Abdallah) a défini et dirige une politique extrêmement agressive envers l’Iran et les chiites. Il revendique publiquement être à l’origine du groupe djihadiste Jabhat el Nosra qui combat en Syrie. Les divergences de vues sur la Syrie l’ont d’ailleurs conduit à menacer explicitement Poutine lors d’une entrevue entre les deux hommes….
Mais les intentions de Bandar dépassent la Syrie. A l’axe chiite est ouest unissant l’Iran à la Syrie (clan des Alaouites) au Hezbollah libanais et au nouveau régime irakien est en train de se mettre en place un axe sunnite nord-sud unissant la Turquie (membre de l’Otan, militairement moderne et puissante, rejetée par l’Union européenne et dirigé par un parti islamiste) à l’Arabie Saoudite. Mais la constitution de cet axe suppose à la fois que la Syrie tombe sous la coupe de groupes sunnites et que la Jordanie fasse de même…

Egypte
Le maréchal Abdel Fattah Al Sissis, commandant en chef de l’armée égyptienne a donc annoncé qu’il sera candidat lors de l’élection présidentielle prévue en avril en Egypte. Cette décision intervient après que l’armée lui ait demandé de se présenter à l’élection présidentielle. Il devra à cette fin démissionner de ses fonctions militaires.
Certes, les Egyptiens ont dit « oui » (98,1% des votants mais 40% de participation) à la nouvelle constitution. Certes le texte ressemble à un compromis reconnaissant tant l’importance de l’islam que celle de l’armée, mais l’Egypte reste divisée entre pro et anti Morsi.
Les frères musulmans, chassés du pouvoir, se radicalisent tandis que les attentats se multiplient. Pour autant, Sissi est le seul candidat crédible et les législatives ont été décalées après la présidentielle. La situation ressemble à s’y méprendre à celle de 1981 ou Moubarak avait pris le pouvoir dans un contexte de forte tensions entre islamistes et militaires.
Forts de profondes connexions tant aux Etats-Unis qu’en Arabie Saoudite, Sissi est un homme discret et très religieux. Sa candidature est d’ailleurs soutenue à la fois par le mouvement Tamarrod (anti-Morsi), les coptes et le parti Nour (Salafiste) tandis que la presse ne cesse de le comparer à Nasser. Issu d’un milieu modeste il est l’exemple égyptien de la méritocratie militaire, alliance aussi de prudence et de réalisme.
Avec Sissi la question du leadership semble ne plus se poser, d’autant qu’il est aujourd’hui le seul successeur de la dynastie militaire au pouvoir en Egypte depuis 1954. En cela la révolution égyptienne s’achève.
Pour autant la situation n’est pas stabilisée, loin de là, malgré les déclarations quotidiennes de la nouvelle autorité. Désormais, trois forces dissemblables se font face : le pouvoir militaire, les djihadistes, les membres de la Confrérie….Il conviendrait d’ajouter aussi une quatrième force apparaissant, celle de cellules autonomes voir individuelles La situation est donc hors contrôle et ressemble à s’y méprendre à celle de l’Algérie de 1992… Le plus probable aujourd’hui est que l’Egypte devienne, à son tour, une prochaine terre de djihad…

Etats-Unis : discours de l’Union
Obama a fait un discours sur l’état de l’union peu porteur dans l’opinion publique américaine en parlant des inégalités mais à contrario très porteur sur le ré-enchantement du rêve américain. Il s’agit d’abord pour Obama de remobiliser la base électorale démocrate face aux élections de novembre prochain.
Mais le plus intéressant se situe ailleurs… Barack Obama a de nouveau affirmé sa doctrine en matière politique étrangère. Il présente de nouveau son pays comme un pays exceptionnel et a insisté sur le fait que le monde s’est tourné vers les Etats-Unis lors de la crise de 2008 et suivante… Mais Obama précise dans son discours que l’Amérique, exemplaire, n’a pas vocation à intervenir militairement partout…
Ce discours (qui fait écho aux discours du XIXème siècle), ajouté à différentes déclarations, tant du Président américain que de hauts responsables (notamment discours sur la politique étrangère américaine de janvier 2012), traduit la montée en puissance d’une tendance isolationniste de fond des Etats-Unis.

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