OTAN


« Ne vous jetez pas sur le problème » avait coutume de dire le général Georges Marshall. Aussi, avant de vous proposer mon analyse du Sommet de l’OTAN à Chicago et des décisions qui y furent prises (annoncées ou pas), je voudrai d’abord revenir cette construction politique que constitue l’Alliance Atlantique, sujet à multiples facettes, idéologiquement toujours connoté, politiquement délicat.
Construite à compter de 1949 et à partir du traité de Washington, l’OTAN s’est très vite agrandie, dépassant le simple axe atlantique. La charnière 1989-1991, marquée à la fois par la victoire sur l’URSS et la dissolution de Pacte de Varsovie, est un événement majeur dans l’évolution de l’Alliance, qui ne se connaît plus de rivale. La responsabilité territoriale de l’Alliance se modifie, aux zones internes s’ajoutent désormais les zones adjacentes et les zones externes. L’OTAN devient un outil d’expansion d’une communauté occidentale. 1999 voit ainsi l’intégration de trois nouveaux membres, puis des Etats Baltes, faisant de la Baltique une mer intérieure otanienne, sur le principe de la continuité territoriale. Il en sera de même avec l’intégration de la Slovaquie, puis de la Slovénie, de la Roumanie, de la Bulgarie, déplaçant les lignes de plus de 1000 km vers l’Est, et faisant de l’Alliance une véritable alliance continentale.
De fait, l’Alliance est certes une organisation, mais elle constitue, d’abord et avant tout, une construction politique, liée à la réalisation d’un projet géopolitique. Avec la réintégration de la France dans le Commandement intégré de l’Alliance Atlantique, cette dernière est devenue véritablement une communauté atlantique sous direction américaine. Ce qui ne change pas dans l’Alliance, est que l’Union Européenne, en tant qu’acteur stratégique, n’existe pas. Ce faisant, il ne s’agit que d’entériner un simple mais fatal constat : l’Europe n’est plus le centre de gravité des affaires stratégiques mondiales. La manière technique pour la France de réintégrer l’Alliance, démontre bien que le ressort politique d’aller au-delà, vers une véritable défense européenne est cassé. Nous avons certes donné des gages à nos partenaires euro-occidentaux, tout en rendant les opérations plus faciles dans le cadre du maintien de la paix. Mais cette réintégration, à contretemps et contre-pied, est un non-événement stratégique.
L’OTAN aujourd’hui, c’est d’abord 28 Etats membres et 22 pays partenaires. L’Alliance opère notamment aux Balkans, en Méditerranée, au Proche et Moyen-Orient, en Afghanistan, dans le Golfe Persique, mais aussi aux frontières de l’Iran et aux pourtours immédiats du Pakistan. Géographiquement donc, l’OTAN est présente de l’espace atlantique à l’arc de crise oriental, sans omettre l’arc allant des Balkans au Xinjiang chinois…En termes d’opérations, l’OTAN dispense des formations en Afrique, forme les forces de sécurité en Irak, contrôle les voies maritime en Méditerranée mais aussi plus loin vers le Golfe Persique, assure un Partenariat via diverses initiatives de coopération, fournit des avis sur les réformes de défense y compris jusqu’au Proche et Moyen-Orient, met en œuvre différentes manœuvres et exercices, encourage l’interopérabilité, et bien évidement, mène des opérations militaires allant du maintien de la Paix aux opérations en Afghanistan. L’Alliance, utilise donc, en fonction des besoins, des stratégies d’engagement, de présence, d’influence, mais aussi via les champs idéologique, technologique, commercial, voir procédural, une stratégie d’enculturation.
Au regard de l’histoire de l’organisation atlantique, il convient de constater que chaque refonte des structures politico-stratégiques de l’Alliance correspond à une évolution de la doctrine de sécurité américaine, à l’instar de celle définie en 1991 lors du sommet de Rome dans l’environnement de l’immédiat après-guerre froide. Il en fut de même lors de tous les sommets suivants, permettant tour à tour, une réduction et un repositionnement des forces et des commandements ; une otanisation de l’UEO au profit de la PESD puis plus tard une mise en forme de la dépendance capacitaire au travers des accords dits Berlin + ; l’adoption de nouveaux concepts stratégiques ; l’élargissement et l’intégration, et l’inter-opérabilisation des forces et systèmes. Car, aujourd’hui, l’OTAN c’est aussi plus de 320 comités et sous-comités qui, au travers de procédures et des fameux stanags, visent à interopérabiliser.
Nous pouvons donc aisément constater la diminution du facteur géographique de l’Alliance. Aujourd’hui, l’OTAN n’a plus de zone de référence et SACLANT a perdu en 2002 ses attributions de défense du territoire américain. Plus encore, force aussi de constater que l’OTAN est une organisation utile aux Etats-Unis, mais dont ils peuvent aussi ne pas se servir dès lors que la grille politico-stratégique de Washington suggère une autre posture…Très clairement, au risque de provoquer, je résumerai ce constat en une formule : l’Alliance défend l’Europe qui ne se sent et ne se veut pas menacée, et de défend plus les Etats-Unis, qui sont en guerre…Concrètement, l’utilité de l’OTAN se trouve donc dans ses fonctions, et non plus dans sa géographie, ou dans la somme des géographies de ces membres.

Publicités

2 réflexions sur “OTAN

  1. Voilà une structure politico-militaire qui devra migrer sous le commandement du conseil de sécurité des nations-unies avec une autonomie qui lui permetra d’agir sans l’aval des politiques quant à l’exercice du droit d’ingérence humanitaire. L’ex-Yougoslavie,le Rwanda et la Syrie sont des exemples de ce qui ne doit plus se passer sur cette planète quand on y dispose d’une machine comme l’OTAN qui,depuis l’éclatement du pacte de Varsovie, est comme une belle dame qui a perdu prématurément son époux et s’ennuie à mort dans la solitude de son veuvage.

  2. egea dit :

    Ludovic, billet intéressant même si tu peux te tromper sur des détails : ainsi, ACT (auparavant ACLANT) n’a jamais eu de responsabilité territoriales sur le territoire des États-Unis, qui n’ont jamais voulu partager cette souveraineté là.
    Amitiés
    égéa

Les commentaires sont fermés.