Terres et temps inconnus


Revenons un instant à la situation européenne. Les opinions publiques européennes veulent revenir à l’époque des trente dernières années ; époque bénie des temps où nous avons cru, collectivement, être beaucoup plus riches que nous ne l’étions… Un système de vie à crédit… Nous sommes dans une escalade d’engagements, allant toujours plus loin dans les solutions les pires, à défaut d’avoir voulu en des temps meilleurs, régler et apurer nos dettes. Allons-nous alors vers des terres et temps inconnus ?
Real politics oblige, Angela Merckel n’est pas affaiblie, à contrario de ce que pensent nos médias sans connaissance et certains experts politiques béats, autoproclamés commentateurs avisés. Plus encore, notre pays comme nos prétendus intellectuels entretiennent consciencieusement l’ignorance. A l’inverse de ce qui est dit, les positions de la France et de l’Allemagne ne sont pas inconciliables. Elles peuvent être complémentaires mais elles demandent d’abord au nouveau Président Français d’ajuster socialement son programme présidentiel. Nous assistons, en réalité, depuis quelques jours, à la mise en place d’un décor, d’un paysage vis-à-vis des opinions publiques…et des électeurs.
Néanmoins, le contexte se modifie. Différents pays ; Pays-Bas, Espagne, Italie, Portugal, Grèce (demain la France ?) ; ne peuvent ou ne pourront remplir leurs objectifs de réduction de déficit, certes avec des différences notables. De nouveaux axes « géo politiques » (au sens littéral des deux termes) apparaissent au sein de l’Union européenne, confortant en cela notre analyse d’une Union européenne en devenir à plusieurs vitesses et à plusieurs cercles. L’axe Grande-Bretagne – Italie en est le plus surprenant. Or, nous ne nous situons qu’au regard d’un pays… Il y aura compromis, mais un compromis politique sur des bases qui restent à définir. Et ce, alors que le temps n’est plus aux compromis… Constatons aussi l’échec complet de la gouvernance européenne depuis quatre ans.
Dans une économie mondialisée, nous ne sommes plus compétitifs. Mais il ne faut pas, à l’inverse, uniquement réduire cela à des coûts salariaux trop élevés… mais plus globalement (malheureusement) à des coûts de structure trop importants… Comment assurer l’emploi sans croissance ? Cette question est primordiale alors qu’il convient de s’attendre à plusieurs années de stagnation (0,5% à 1% de croissance). La croissance n’est pas une incantation magique permettant de ne pas faire les efforts nécessaires… Nous cherchons des solutions idéales, simplement en colmatant des brèches… Elles n’existent pas. Nous vivons dans la fiction de l’existence d’une solution nous permettant d’éviter des sacrifices, y compris en les reportant sur les autres peuples, grecs en premiers… L’imperfection est une norme là aussi !
Le risque ne provient pas du montant des dettes (actuelles et supplémentaires) à supporter mais du stress et de la contagion, y compris par le biais de la fuite des dépôts… Crise des sub-primes, puis crise bancaire, puis crise des dettes souveraines… bientôt crise monétaire… Et, par la montée et diffusion de la protestation, crise politique dans des Etats européens (et, demain d’autres Etats occidentaux)… y compris par résurgence de luttes sociales avec un déclassement des classes dites moyennes, mais aussi ouvrières… permettant une mise en cause du terreau politique (sensation réelle ou fantasmée de confiscation du pouvoir par des élites, populisme et poujadisme)… des souffrances réelles de populations se paupérisant … sans omettre un risque de contagion sacrificielle…
Véritable Choc de l’incertitude. Mais, au-delà des erreurs de ceux d’hier qui nous expliquent comment nous en sortir demain ; personne ne semble vouloir accepter de changer à la fois de grille de lecture et d’échelle ! La transition entre un monde ancien et un monde nouveau appelle à de nouvelles politiques à rebours des logiques politiques d’hier, défaillantes et aveugles ; qui ne cessent de banaliser les conséquences d’actes inconsidérés pris sans horizon stratégique car se projetant avec des considérations datant de la veille, jamais du lendemain… Ayons l’honnêteté de nous confronter avec la réalité… Nous côtoyons l’abîme. Diverses économies européennes sont proches de sombrer. Et, nous précipitons le mouvement… Nous devons impérativement réfléchir différemment… Alors, oui, nous entrons en des terres inconnues. Espérons aussi en des temps de politiques inédites….Mais aussi potentiellement dans celui de responsables neufs, qui, n’ayant pas à porter le poids des erreurs passées, peuvent légitimement prétendre innover. Car la situation montre l’importance du Politique : l’indécision politique à définir un cap comme à donner du sens à l’action est malheureusement déterminante dans la crise actuelle…
Au niveau européen il convient de réduire les délais d’ajustement, d’augmenter la coordination à l’échelle européenne (à 17 pays) ; de garantir les dépôts européens et de mettre en place un système de recapitalisation bancaire à l’échelle de l’Union européenne ; de mutualiser une part de la dette (et donc un contrôle des autres Etats européens sur notre propre budget) ; d’introduire de l’inflation… mais plus encore de vivre les uns avec les autres !
Pour la France, trois futurs existent : sombrer, être la meilleure, intégrer un destin commun… Au niveau national, il convient donc de mettre la France en mouvement. Pour rétablir l’espoir et la confiance, il faut indiquer une direction, une voie, qui ne peut être simplement celle d’une sortie de crise. Il faut à la France à la fois une vision, un projet, une stratégie… et une volonté !

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